Bam Bam Bigelow, Regrets Enflammés (Planète Catch n°41, Février 2012)

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Voilà cinq ans que Bam Bam Bigelow a quitté le monde des vivants. Durant les années 1990, The Beast From the East a livré une immense carrière sur le circuit américain, passant notamment par les trois plus grandes fédérations de l’époque : WWE, WCW et ECW. Pourtant à l’heure du bilan, on ne peut que pointer l’absence de consécration pour un homme qui a prouvé, bien avant Mark Henry et le Big Show, que les gros gabarits ne valent pas que par leur puissance.

Imaginez un homme mesurant 1,91 m et pesant 176 kg. Imaginez maintenant le même en train de réaliser des sauts chassés, d’exécuter avec précision des plongeons du haut des cordes ou encore une roue en plein centre du ring. Ne cherchez plus, ce spécimen a sévi durant vingt ans dans le catch professionnel et répond au nom de Bam Bam Bigelow.

La plupart des fans français n’ont de lui que le souvenir d’un homme sans pitié, dont l’agressivité se reflétait dans le tatouage sur le crâne et la tenue composée de motifs de flammes rouge et jaune. Une forme d’injustice tant le natif d’Asbury Park a apporté au catch bien plus que les trois années passées à la WWE de 1992 à 1995.

Aux côtés de Hulk Hogan

Ce passage n’est d’ailleurs pas le seul lien entre la fédération de Stamford et la Bête de l’Est. Déjà en 1987 les managers de la compagnie s’arrachaient les services de celui que le Wrestling Observer (magazine américain de référence) a élu Rookie of the Year l’année précédente. Le public fut instantanément captivé par ce poids lourd au style unique. Signe de son importance, Bam Bam participe au main event de la première édition des Survivor Series au sein de l’équipe d’Hulk Hogan pour confronter André le Géant et quatre autres mastodontes. Loin de faire de la figuration, il survit plus longtemps que le Hulkster et se retrouve à trois contre un. D’abord dominé par King Kong Bundy, l’homme à la tenue enflammée esquive ensuite une Avalanche et enchaîne avec un Splash qui sonne son opposant pour le compte de trois. Entre alors en piste One Man Gang. Diminué, mais toujours vif, Bam Bam réalise une nouvelle esquive et élimine un deuxième adversaire. Hélas il ne voit pas se ruer vers lui André le Géant et doit s’incliner sur un Belly-to-Belly Suplex. Malgré cette fin malheureuse, la notoriété de Bigelow fait un bond de géant.

Suite à un imbroglio autour du titre WWE, devenu vacant début 1988, Bam Bam est sélectionné avec 13 autres catcheurs dans le cadre d’un tournoi pour déterminer un nouveau Champion à WrestleMania IV. Le soir venu, la terreur du New Jersey est hors de forme et subit l’élimination dès le premier tour des mains du One Man Gang. Mal remis d’une blessure au genou, Bam Bam traîne sa frustration dans les coulisses et resurgit en fin d’année… du côté de la NWA (National Wrestling Alliance). Au sein de ce nouveau territoire de prestige, il manque de toucher au titre U.S. détenu alors par Barry Windham (et aujourd’hui propriété de la WWE). Mais c’est seulement au Japon que viendront les honneurs. Sa bestialité est enfin appréciée à sa juste valeur dans ce pays où les big men coexistent si bien avec les catcheurs très techniques. Son alliance avec Big Van Vader instille la terreur à la New Japan Pro Wrestling (NJPW). Les deux colosses détiennent le titre IWGP Tag Team près de quatre mois au cours de l’année 1992. Une performance tant le précieux est convoité par les meilleures équipes nippones et nord-américaines de l’époque comme les Legion of Doom ou les Steiner Brothers.

Main event au goût amer

De retour dans l’empire McMahon, The Beast From the East est bien décidé à atteindre les sommets. Lors du Royal Rumble 1993, il envoie un message fort en atomisant le Big Boss Man, vétéran de la compagnie. Pourtant, sa montée en puissance est contrariée au soir de WrestleMania IX où son combat contre Kamala est annulé en dernière minute. Bam Bam n’a pas le temps de ronger son frein que la création d’un nouveau PPV, le King of the Ring, lui donne l’occasion de rebondir. Après une qualification aux allures de formalité face à Typhoon, le New Jersien domine « Hacksaw » Jim Duggan et se voit exempter de demi-finale à la faveur d’un nul au tour précédent. La finale face à Bret « Hitman » Hart s’annonce comme une bataille épique… et elle l’est ! Suite à une attaque à mains armées de sa manager, Luna Vachon, Bam Bam obtient le compte de trois. À lui le sceptre et le couronnement de Roi du Ring ? C’était sans compter l’intervention d’un second arbitre qui informe le premier de la triche survenue. Le match redémarre et le Canadien parvient à river les épaules de son opposant grâce à un astucieux Roll-up.

Dépité de cumuler les places d’honneur, Bam Bam se perd dans des rivalités sans reliefs, le pompon étant atteint le soir des Survivor Series 1993 dans un match à éliminations face aux Bushwhackers & Men on a Mission habillés en Doink Le Clown. Heureusement, il se relance l’année suivante en intégrant la Million Dollar Corporation du « Million Dollar Man » Ted DiBiase. Bigelow s’allie avec Tatanka pour conquérir les titres par équipe à l’occasion d’un tournoi. Le duo parvient jusqu’à la finale qui a lieu au Royal Rumble 1995. En position de favoris face au duo Bob Holly/1-2-3 Kid, l’équipe de la Corporation échoue lamentablement après une chute du haut des cordes de Bam Bam. Assis au premier rang, la légende du football américain Lawrence Taylor se moque ouvertement de ce final cocasse. S’ensuit une échauffourée avec la Bête de l’Est et des déclarations par presse interposée les mois suivants. Plus le choix, les deux hommes devront régler leurs comptes à WrestleMania XI. La compagnie promulgue même la rencontre en main event du show.

Ce qui est pour toute Superstar l’aboutissement d’une carrière s’avère pour Bam Bam la plus grande humiliation. En effet, le public d’Hartford n’a d’yeux que pour les stars de la National Football League (NFL) et leur représentant du soir. L’opposition tourne rapidement à un match de bûcherons qui ne dirait pas son nom : Corporation de Ted DiBiase (composée alors de Tatanka, King Kong Bundy, Kama, Nikolaï Volkoff et I.R.S.) contre les amis de Lawrence Taylor (dont Steve « Mongo » McMichael, futur membre des Four Horsemen à la WCW). Conscient qu’il n’est pas la vedette, Triple B redouble d’agressivité et présente sa face la plus sombre. Quitte à en perdre son catch en chemin. Alors que la victoire lui tendait les bras suite à un Moonsault du haut des cordes, Bam Bam choisit de casser le compte de l’arbitre à 1. Excès de confiance ou volonté de détruire davantage son opposant ? Sans doute un peu des deux. Malgré l’utilisation d’une autre de ses prises fétiches, le Diving Headbutt (plongeon aérien tête en avant), la star du foot U.S. ne rend pas les armes et finit par s’imposer à la surprise générale. Raillé par ses confrères, exclu de la Million Dollar Corporation, Bam Bam ne s’apitoie pas sur son sort et regagne progressivement des fans en s’alliant au Champion WWE en titre, le « Big Daddy Cool » Diesel. À ses côtés, la Bête de l’Est prend sa revanche sur deux membres de la Corporation, Tatanka et Sycho Sid, lors du main event du King of the Ring 1995. Un coup d’éclat sans lendemain puisque la WWE décide de rompre son contrat peu après.

Le côté hardcore de la force

1996 est une année de transition pour le guerrier d’Asbury Park qui se rapproche de l’Extreme Championship Wrestling mais n’y fait que des apparitions sporadiques. Le temps d’un clash (déjà !) avec son futur grand rival : Taz. Recruté à prix d’or (100 000 dollars selon ses dires) par l’organisation U-Japan le temps d’un show unique, Bam Bam s’essaie sans succès aux arts martiaux mixtes face à une des terreurs du circuit, Kimo Leopoldo. Retour en fanfare à la ECW où il intègre le célèbre clan Triple Threat, incluant Chris Candido et le leader Shane Douglas. Bigelow se retourne rapidement contre le chef du clan et lui ravit le titre mondial ECW. Une consécration bien brève puisque Douglas récupère le sésame dans un match légendaire au PPV November to Remember 1997. Le public de Philadelphie n’a pas fini d’être sidéré par les exploits de l’homme d’Asbury Park, qui retrouve Taz sur son chemin et le projette à travers le ring. Il lui ravit d’ailleurs le titre de Champion TV en mars 1998, mais doit le céder un mois plus tard à Rob Van Dam. Lors de cette période, Bam Bam livre de nombreux combats sans disqualification ou à stipulations dangereuses. Une expérience qu’il fait fructifier lors de ses trois années à la WCW où il devient une figure de proue de la division hardcore tout en fondant un nouveau clan : The Triad, aux côtés de Diamond Dallas Page et de Chris Kanyon. Deux titres tag team plus tard, Bigelow subit de plein fouet le rachat de la fédération par la WWE. Déjà âgé de 40 ans, il préfère réaliser des apparitions sur le circuit indépendant plutôt que suivre le rythme d’enfer de la grande compagnie. Un choix à l’image de la carrière atypique de l’homme qui aimait les flammes.

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