Et maintenant ? Les retombées de WrestleMania XXVIII (Planète Catch n°44, mai 2012)

Séchons nos larmes quelques instants, oui le plus grand événement de catch au monde fait désormais partie du passé, mais cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés à vivre des moments fades jusqu’à la prochaine édition du show des shows. Les jours suivants WrestleMania sont généralement tout aussi enthousiasmants que le PPV (voir article page 36) et cette année ne semble pas devoir faire exception à la règle.

Les uns relâchent la pression, à l’image d’un Rock apaisé par le devoir accompli ou d’un Big Show rigolard et désormais à l’offensive envers Cody Rhodes, les autres ressassent le déroulement de la soirée en s’interrogeant sur leurs manquements, les possibilités qui s’ouvrent à eux ou les portes qui se ferment. John Cena est sans conteste le plus concerné par cette deuxième classe. La veille, il n’a pas seulement perdu un combat, il s’est incliné face à un emblème d’un catch du passé, celui de l’Attitude Era. Et avec lui c’est toute la Modern Era qui est remise en cause.

L’absence ne gomme pas le talent

Comment un homme éloigné des affres du catch de haut niveau depuis près d’une décennie a pu dominer la plus grande star actuelle du circuit ? Les explications sont multiples et hasardeuses, mais il y a bien une chose de certaine : le Great One n’a pas menti quant à sa motivation pour ce match, il a nécessairement suivi un entraînement draconien pour pouvoir tenir sur ses épaules le main event du plus gros show de l’année. Aux inévitables déçus par l’affrontement des deux icônes, on ne peut que conseiller de revoir le Rock/Austin de 2003, précédente performance solo du Brahma Bull à WrestleMania. Un duel en rien supérieur à celui de cette année. Si ce n’est que le premier clash représentait une finalité logique, la dernière manche entre les deux figures majeures de l’Attitude Era. Deux athlètes concernés à 100% par leur métier, soucieux de boucler un antagonisme de longue date. Or dans le conflit présent, un seul des deux hommes est impliqué à temps plein dans la compagnie. Une situation qui n’est pas étrangère à l’animosité entre The Marine et The Rock, largement antérieure à 2011. Le premier reproche au second de renier le domaine qui l’a fait roi. Réponse de l’acteur de films d’action « J’ai dominé la fédération quand le catch était à son meilleur, à un moment où les stars n’étaient pas seulement acclamées par des gamins. » Au-delà de cet argument fallacieux, la réalité est intransigeante. Tandis que The Rock devenait de plus en plus Dwayne Johnson chaque jour, John Cena prouvait soir après soir qu’il n’était pas un feu de paille ni un simple Hulk Hogan moderne. Ainsi, le rappeur, émancipé des modèles de référence, acquière crédibilité au fil des performances et force le respect des plus sceptiques. Un travail de fond qui s’est brisé en l’espace de deux événements. D’abord en novembre dernier, lorsque le Great One tire toute la couverture à lui lors du tag team match des Survivor Series, allant jusqu’à inciter le public à en remettre une couche dans ses invectives à l’encontre de Cena. WrestleMania a porté le coup de grâce : non seulement le Champ’ a été vaincu, mais il a également déçu sur la forme. Aveuglé par sa volonté de surclasser publiquement son adversaire, il a voulu se payer le luxe d’asséner un People’s Elbow à l’inventeur de la manœuvre. Gourmandise punie à la hauteur du péché capital qu’elle constitue. De ce type de gestes insensés que l’on qualifie de géniaux lorsqu’ils atteignent leur objectif, tel en football un pénalty tiré via une Panenka. Désormais, ces considérations se sont effondrées, Cena a loupé le cadre au plus mauvais moment. Une éventuelle course à la revanche n’est pas à exclure, mais The Rock a été clair, il ne lui reste rien à accomplir sinon récupérer le titre WWE une nouvelle fois. Enterrement en première classe du côté de Stamford.

Lesnar entre dans l’équation

Et pourtant, malgré ce début de sinistrose, le Raw au lendemain du PPV a rappelé une donnée majeure : John Cena est resté l’homme à (a)battre, celui qu’il faut défier pour se faire un nom ou se remettre en selle après un break. Bousculé par Rob Van Dam et les fans de la Ecw en 2006, sauvagement attaqué par un Umaga alors invaincu l’année suivante, martyrisé par le clan Nexus en 2010, cible privilégiée de CM Punk dans sa rébellion contre la fédération, mis au pas par The Rock, voilà qu’il subit l’assaut d’une vieille connaissance, Brock Lesnar himself. Une réminiscence d’un temps que les moins de dix ans ne peuvent pas connaître. Celui où SmackDown était géré par Stéphanie McMahon et avait pour leader le géant blond, véritable animal destructeur et jamais très éloigné du Championnat WWE. Ainsi a-t-il défendu son titre durant quinze minutes contre un John Cena 1.0 au soir de Backlash 2003, PPV resté célèbre pour avoir abrité le dernier combat solo… d’un certain The Rock. Du moins jusqu’au 1er avril dernier. Encore une fois le Champ’ semble dans une impasse, voué à mettre en jeu ce qui lui reste de prestige face à un homme absent des rings depuis huit ans et connu davantage par la jeune génération pour ses accomplissements en Mixed Martial Arts que pour son parcours de catcheur (voir page 40). Une rencontre aux allures de quitte ou double. Personne ne comprendrait que le Doctor of Thuganomics s’incline une deuxième fois consécutive devant une star sur le retour. Quant à Lesnar, a-t-il seulement agi pour créer un buzz au moment M ou cibler Cena dans un but précis ? De son degré de motivation dépend l’issue de la rencontre.

Punk-Jericho, haine tenace

S’il va falloir se résoudre à mettre une croix sur un rematch immédiat entre les deux protagonistes du main event de WrestleMania XXVIII, le titre WWE oscille toujours entre le tenant, CM Punk et son insolent challenger, Chris Jericho. Petit rappel des faits. Lorsque Y2J débarque en tout début d’année, son retour est enveloppé de mystère, de multiples vidéos ont laissé entendre qu’au-delà du sport son arrivée viendrait mettre fin à un « certain monde ». Muet sur ses intentions durant un mois, le recordman des titres intercontinentaux précise sa pensée au lendemain du Royal Rumble : il en a marre des copieurs, de cette nouvelle génération sans créativité qui lui pique tous ses effets. Et surtout il ne tolère pas la nouvelle popularité de CM Punk, érigé au rang de « best in the world » par le simple fruit de son affirmation quand Y2J a gagné ce surnom au bout d’années de travail. La chasse au titre WWE n’en est pas vraiment une à ses yeux, ce qui importe davantage est l’accomplissement d’une mission. Le comportement du King of Bling-Bling n’a cessé de traduire ce postulat, que ce soit à Elimination Chamber où il s’acharne sur un Kofi Kingston déjà éliminé plutôt que de surveiller ses arrières, lors des Raw suivants où il se contente de dénigrer la famille du Champion WWE par des promos à distance plutôt que le confronter sur le ring, et bien sûr au Grandest Stage of Them All où il tente dans les premières minutes de pousser CM Punk à la disqualification. Une perspective qui l’aurait assuré de ne pas être Champion ! Au sortir de cette opposition, aucun des deux n’est rassasié : Jericho n’est pas parvenu à faire dévier son ennemi de son idéologie Straight Edge, Punk n’a pu venger l’affront familial à la hauteur des attaques portées. D’autant que le challenger semble en avoir gardé sous la semelle au rayon des immondices. En témoignent le déversement de bière et la bouteille brisée sur le crâne du Champion WWE le lendemain de leur match. Seule une revanche avec stipulation hardcore semble en mesure de solder ce conflit. Par chance, le PPV Extreme Rules se profile à l’horizon…

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