Four Horsemen, les pionniers de l’apocalypse (Planète Catch n°42, Mars 2012)

L’annonce est tombée au moment où on ne l’attendait plus : les Four Horsemen, gang légendaire mené par Ric Flair, seront intronisés au cours du Hall of Fame pré-WrestleMania XXVIII. Une façon de solder l’oubli de l’an dernier où le show avait lieu à Atlanta, siège historique de la défunte WCW. Mais avant tout un juste retour des choses pour des hommes qui ont posé les bases de ce qui conduit au succès d’un groupe.

 

Où en serait aujourd’hui le catch si un quart de siècle plus tôt, la National Wrestling Association n’avait pas enfanté le premier grand clan de l’Histoire de ce sport ? Aurions-nous connu l’Attitude Era, la recrudescence des matchs à stipulations, la formation de certains groupes ? Rien n’est moins sûr. Dans une ère où l’imagerie du catch était dominée par le grand héros au cœur tendre et les méchants caricaturaux, un groupe animé de valeurs tout autres a imposé le chaos. Une incroyable audace qui trouvera pour écho un phénoménal succès.

Une association fortuite…

En 1986, la NWA est une des plus grandes compagnies en activité. Elle possède son pendant à Hulk Hogan en la personne de Dusty Rhodes, dont l’empathie avec le public américain est autant due à sa puissance salvatrice qu’à son aspect de gentil Mr. Toulemonde. Le père de l’actuel Champion intercontinental n’hésite pas à venir au secours de la veuve et de l’orphelin dès que le besoin s’en fait sentir. À l’époque son ennemi héréditaire se nomme Ric Flair, catcheur controversé qui provoque une ambigüité de sentiments chez les fans. Le public n’adhère pas à ses agissements synonymes de lâcheté, mais ne peut cacher sa fascination devant son charisme et sa technique. Le Nature Boy détient son troisième titre mondial lorsqu’il saisit une occasion en or : s’entourer de catcheurs d’avenir pour mieux régner sur la fédération.

Une décision qui n’en est pas vraiment une. En effet, ce sont avant tout les contraintes horaires spécifiques à la NWA qui ont rapproché les futurs Horsemen. Le temps dévolu aux entrevues était alors très réduit par rapport à la place prise par les combats. En tant qu’acteurs majeurs, chacun dans leur catégorie, Flair (champion mondial), Arn & Ole Anderson (associés en Tag Team) et Tully Blanchard (tour à tour en course pour les titres TV ou U.S.) sont rassemblés dans les studios et prennent le micro à tour de rôle.

Ces séquences, en grande partie improvisées, provoquent un très vif intérêt auprès du public. « Chaque fois que vous voyez les Four Horsemen ensemble, c’est quelque chose de spécial, c’est un jour spécial, c’est un événement ! » clame J.J. Dillon qui devient rapidement leur manager. Les quatre hommes possèdent le même mode de vie débridé et décadent. Loin de s’en cacher, ils multiplient les discours vantant leur relation à l’argent, leur rapport aux femmes et la grande vie qu’ils mènent en dehors des rings. Leur goût pour les vêtements et les objets de luxe est également explicité via un Ric Flair qui ne fait pas dans la dentelle : « Regardez-moi : Des chaussures en lézard à 700 dollars, une rollex, une bague qui vaut plus que votre maison, c’est de la pure classe ! ».

…tout comme l’appellation

Néanmoins, le clan cherche encore ses repères après quelques mois. Il manque à son actif l’acte fondateur qui va sceller son importance. Voilà qui est chose faite durant l’été 1986 lorsqu’Ole Anderson intervient dans un combat et brise littéralement le poignet de Dusty Rhodes. Plus tard, se félicitant de la mise à l’écart de cet ennemi, Arn Anderson déclare : « Pour retrouver dans l’Histoire quatre personnes ayant causé autant de ravages, il faut remonter aux cavaliers de l’Apocalypse ». Les mots sont lâchés, l’identité trouvée. Le geste des quatre doigts pointés en l’air se charge ensuite de créer un symbole reconnaissable entre mille.

Le quatuor domine la compagnie jusqu’en fin d’année. La passion ne se dément jamais : leurs adeptes sont ravis de la tournure que prennent les évènements, leurs détracteurs suivent les shows dans l’espoir de les voir chuter de leur piédestal. Ce qui arrive épisodiquement, comme lorsque Dusty Rhodes détrône Flair, l’espace de deux semaines. La perte des titres par équipe des Anderson à Starrcade 1986  (équivalent de WrestleMania pour la NWA puis WCW) va avoir plus de conséquences. Critiqué par les autres membres pour ses occupations extérieures (telle aller voir son fils combattre dans une autre fédération), Ole est poussé vers la sortie et remplacé par Lex Luger, nouvelle force vive de la NWA, dont le lobby pour intégrer le groupe finit par payer. Sans que le bodybuilder blond soit vraiment apprécié de ses alliés.

Le succès relatif des incarnations suivantes

Le départ d’Ole amène Tully Blanchard à faire plus souvent équipe avec Arn Anderson et le duo impose rapidement sa loi dans la division Tag Team. Leurs oppositions avec les Road Warriors (Legion Of Doom à la WWE) battent tous les records en termes d’intensité. Quant à Luger, il gravit rapidement les échelons en solo, à tel point qu’il devient un danger pour Ric Flair. Une légère brouille avec J.J. Dillon sert de prétexte au renvoi brutal de Luger. Le clan entame donc l’année 1988 doté de seulement trois membres. Au vu de leur patronyme, le recrutement d’un nouveau catcheur s’impose. Le rôle échoit à Barry Windham, qui trahit Luger au cours d’un match contre Arn Anderson et Blanchard. Contrairement à Luger, le nouveau venu fait l’unanimité… en sa faveur « Barry était le choix parfait. Il avait autant de talent que nous autres, il s’exprimait bien, il avait un très bon look en plus d’être un gars génial. Un Horsemen à part entière. » Hommage flairien en bonne et due forme.

Si cette nouvelle mouture est reconnue comme la meilleure sur le plan purement technique, c’est d’ailleurs celle-ci qui sera consacrée au Hall of Fame, le charme des débuts et la spontanéité des entrevues s’estompent quelque peu. Bien qu’ils continuent à truster les titres de la fédération, la coulisse aboutit à amputer le groupe de deux membres. En l’occurrence un désaccord contractuel pousse Arn et Tully à rejoindre la WWE à la fin de l’été.

De manière étrange, Flair et Windham continuent à se faire appeler Horsemen plusieurs mois après ce clash. Des catcheurs comme Butch Reed et Kendall Windham, frère de Barry, gravitent autour du clan sans le rejoindre formellement. Le pompon est atteint début 1989 quand J.J. Dillon part à son tour pour la concurrence, et que la NWA ne trouve rien de mieux que de le remplacer par Hiro Matsuda. Un manager japonais bien éloigné des préceptes du groupe, sans compter l’inconvénient propre à son vocabulaire limité en anglais.

Suite au départ de Barry Windham, le nom est rangé au placard pour de bon, Flair devient même un favori de la foule grâce à sa légendaire trilogie face à Ricky Stemboat.

Épilogue rageur

Surfant sur le nouveau statut de Flair, les Horsemen se réunissent en décembre 1989, sous les vivats de la foule. En l’absence de Tully Blanchard, les autres représentants élisent Sting comme quatrième homme. Un choix qui peut intriguer aujourd’hui, tant ce catcheur a imposé l’image d’un héros solitaire. Mais le Sting de 1990 n’est pas une âme en peine munie d’une batte de baseball. Bien au contraire ! Il démontre une excentricité de tous les instants, comparable à celle de l’Ultimate Warrior, alors à son apogée à la WWE. Logiquement, le Stinger va viser plus haut que le rôle de sbire. Suite à un tournoi faisant de lui le challenger au titre mondial, il est passé à tabac par son propre clan. Le conservatisme de Flair a eu raison de lui. Il en sera souvent de même lors des reformations suivantes, fragilisées à mesure que naissent les ambitions individuelles chez les nouvelles recrues.

Mis en sommeil durant le passage du Naitch à la WWE de 1991 à 1993, les Four Horsemen connaissent quelques resucées dès son retour au sein de la World Championship Wrestling. Sans jamais retrouver les sommets connus durant la décennie précédente.

En septembre 1998, les Horsemen se retrouvent une dernière fois, au cœur d’un conflit entre leur leader et Eric Bischoff, vice-président de la WCW. Après six mois passés loin de l’antenne, Ric Flair revient à Nitro (show équivalent de Raw pour la WCW) et déverse sa bile au sujet de la direction que prend la compagnie. Celle-ci délivre alors un contenu sans queue ni tête, symbolisé notamment par la dérive de la nWo qui est allée jusqu’à regrouper près de la moitié de l’écurie.

Malgré cette triste fin, le prestige de cette association ne s’est jamais démenti. Le 31 mars prochain, les Four Horsemen ont rendez-vous avec la postérité.

 

Top 5 des plus grands clans

Les Horsemen étant hors concours, voici le classement des associations ayant suivi leur trace.

 

1 Evolution (WWE; février 2003-février 2005)

Les membres : Triple H, Ric Flair, Batista, Randy Orton (fondateurs) + Eugene en membre honoraire courant 2004.

Ce qui les rapproche des Horsemen: Avoir possédé tous les titres importants d’une fédération au même moment (Armageddon 2003) et bien sûr Ric Flair.

 

2 nWo originelle noire et blanche (WCW; juillet 1996-janvier 1999)

Les membres : Hulk Hogan, Kevin Nash, Scott Hall (fondateurs) et une dizaine d’autres catcheurs affiliés au fil des mois.

Ce qui les rapproche des Horsemen: Le côté meute de loups s’acharnant sur une seule cible, Sting a endossé bien malgré lui le rôle de Dusty Rhodes.

 

3 D-Generation X originelle (WWE; septembre 1997-mars 1998)

Les membres : Shawn Michaels, Triple H, Chyna, Rick Rude.

Ce qui les rapproche des Horsemen : L’attitude tellement cool et provocatrice qu’une partie du public les acclame malgré les multiples controverses dont ils font l’objet.

 

4 Fortune (TNA; juin 2010-janvier 2012)

Les membres : AJ Styles, Bobby Roode, James Storm, Kazarian + des membres honoraires tels Desmond Wolfe, Christopher Daniels… et Ric Flair en manager.

Ce qui les rapproche des Horsemen : Si ce n’était un problème de droits, Flair aurait volontiers considéré cette association comme les Horsemen modernes.

 

5 The Radicalz (WWE; janvier 2000-juin 2000)

Les membres : Eddie Guerrero, Chris Benoit, Perry Saturn, Dean Malenko. Terri Runnels en manager.

Ce qui les rapproche des Horsemen : L’agressivité, l’identité du groupe très marquée WCW mais aussi la présence de Benoit et Malenko, deux composantes de la dernière incarnation officielle des Horsemen.

Les Flop Horsemen

Si le clan s’est souvent réunit, il n’a jamais comporté la même mouture. De nouveaux membres se sont brillamment intégrés, d’autres un peu moins.

 

1 Paul Roma (incarnation de 1993)

Véritable gag aux yeux des fans, ne voyant en lui qu’un catcheur besogneux voire une parodie de Tully Blanchard.

 

2 Sid Vicious (1990-1991)

Peu doué techniquement, brutal et dénué de classe.

 

3 Curt Hennig (1997)

Un acte manqué plus qu’un flop puisque le regretté Mr. Perfect s’est servi du clan pour mieux intégrer la nWo quelques jours après.

 

4 Dean Malenko (1998-1999)

Techniquement excellent mais bien trop froid pour cadrer avec le groupe.

 

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