Fusion UFC/WEC : à quoi faut-il s’attendre ? (Top Fight n°2, Décembre 2010)

TF02 Page 37 Débat Fusion UFC-WECTF02 Page 38 Débat Fusion UFC-WECTF02 Page 39 Débat Fusion UFC-WEC

Le 28 octobre dernier, tout le microcosme du MMA est suspendu aux lèvres de Dana White. En effet, le président de l’UFC a promis de faire une grande annonce à cette date. Dès lors, une multitude de rumeurs affluent : des plus plausibles (retraite de Randy Couture, reconverti en ambassadeur du MMA ?), aux plus ambitieuses (contrat de diffusion avec une grande chaîne publique américaine ou création d’une chaîne exclusive à l’UFC), en passant par les plus fantasmé (un show en France ?). Résultat des courses : le rattachement du WEC à l’UFC est officialisé. Pas une révolution en soi mais un évènement digne d’intérêt.

·                 Quel était le statut du WEC vis-à-vis de l’UFC jusqu’à maintenant ?

Le World Extreme Cagefighting a été créé en juin 2001 et est resté une organisation indépendante jusqu’à la fin de l’année 2006. Ses évènements étaient alors assez confidentiels et presque exclusivement concentrés dans la ville de Lemoore, en Californie. Mais la notoriété de cette compagnie grandit grâce à ses diffusions sur HD Net. De nombreux titres sont mis en service, dont certains concernent des divisions absentes de la plupart des organisations : poids plumes (66 kg max), poids coqs (61 kg max), mais aussi poids super-lourds (+ de 120 kg). Au total, le WEC a compté jusqu’à huit catégories de poids différentes. Au moment où Zuffa (société propriétaire de l’UFC) jette un œil du côté de la côte Ouest, son intérêt se porte avant tout sur les poids légers, combattants peu présents à l’UFC. D’où la suppression progressive des catégories communes aux deux compagnies, lors du rachat du WEC en décembre 2006. Depuis début 2009, le WEC se concentre sur seulement trois divisions : Lightweight, Featherweight et Bantamweight. Ses shows sont donc indépendants de l’UFC, de même que la composition de son écurie, bien que le passage d’une compagnie à l’autre soit courant et favorisé par l’absence de négociations (cf encadré). Enfin, le WEC possède ses propres organisateurs de matchs dont le principal est Sean Shelby. Malgré ces distinctions, la parenté avec la grande sœur est évidente et voulue par la maison-mère. Ainsi, l’UFC a d’emblée modifié la forme et la taille de la cage du WEC, passé de pentagonale à octogonale, dans une version réduite du modèle de référence. De même, les shows ont logiquement bifurqué vers Las Vegas et d’autres villes majeures niveau fight. Depuis, la fédération spécialisée en poids légers a connu une forte expansion médiatique et économique. A priori suffisante pour voler de ses propres ailes, perspective remise en cause avec la fusion qui deviendra effective en janvier 2011.

·                 Est-ce que cette décision était prévisible ?

Dans un sens, Dana White a surpris son monde en annonçant le rassemblement sous une même bannière des combattants en contrat avec Zuffa. Cependant, cette idée a souvent circulé depuis les premiers rapprochements entre les deux entités. Fin 2009 déjà, de nombreuses sources se faisaient l’écho de rumeurs annonçant l’imminence d’une fusion. Le projet consistait alors à organiser trois UFC par mois en intégrant au compte-gouttes les fighters des nouvelles catégories. Ainsi, le WEC continuait à exister par lui-même dans cette configuration. Aujourd’hui, cette décision prend le contre-pied de cette hypothèse : il s’agit de concentrer le pouvoir et les ressources. Si l’on en croit Dana White, le moment était plus opportun que jamais : « Nous avons toujours voulu avoir toutes les catégories de poids dans l’UFC, d’autant plus que nous gagnons en popularité aux quatre coins de la planète ». Un raisonnement en cohérence avec les projets de l’organisation, qui souhaite étendre sa portée géographique à des pays émergents dans le domaine du MMA. L’Inde, le Mexique et la Chine sont les premiers visés. Or, ce sont des nations qui comportent essentiellement des combattants poids légers. Belle coïncidence, n’est-ce pas ?

·                 Comment l’UFC va-t-il gérer la croissance importante de son écurie ?

Au petit jeu de l’anticipation sur les conséquences que le regroupement va induire, il y a deux écoles : ceux qui craignent que l’UFC, bientôt plus de 300 fighters au compteur, multiplie le nombre de shows de manière démesurée ; et ceux qui espèrent que ce nouvel afflux va permettre de mieux équilibrer et resserrer le niveau des cartes. Sur cette question, Dana White garantit que la compétitivité sera au rendez-vous : « Pour assurer la progression de notre organisation, nous souhaitions offrir des combats de Championnat à nos amateurs dans toutes les catégories de poids ». Au-delà du provisoire doublon dans la division Lightweight, le vainqueur de Frankie Edgar vs Gray Maynard devant rencontrer le Champion du WEC (Benson Henderson ou Anthony Pettis) au premier semestre de l’année à venir, l’UFC disposera de sept catégories actives. Si la compagnie garde son tempo actuel, la possibilité de voir au moins un titre en jeu en main event de chaque show est bien réelle. Les premiers signes vont d’ailleurs dans ce sens puisque l’UFC 125, symboliquement programmé le 1er janvier 2011, sera le théâtre de deux défenses de titre dont celle de l’actuel Champion poids plumes du WEC, José Aldo, automatiquement promu Champion UFC suite à la fusion. De quoi éviter la tenue de shows où le public n’a d’intérêt que pour un ou deux combats, comme ce fut le cas à maintes reprises cette année (UFC 109, 114 et 119 notamment). Espérons que ce nivellement annoncé concerne aussi les évènements se tenant hors des États-Unis, notamment les shows européens. Les récentes cartes présentées à Londres et à Oberhausen ont suffisamment fait grincer des dents pour que la compagnie envoie un signal fort à ses fans internationaux.

·                 Quelle est la tendance pour ceux qui ont empruntés l’itinéraire WEC-UFC ?

Beaucoup de combattants vont franchir un palier important en passant du WEC à l’UFC, un peu comme une ascension de la deuxième à la première division en football. L’inquiétude pointe à l’horizon pour certains fighters, mais si l’on en croit les expériences des derniers transfuges en date, la compatibilité semble de mise. Ainsi, le challenge fut relevé avec brio par les anciens ténors des catégories disparues du WEC. Carlos Condit, dernier Champion poids welters de la filiale de l’UFC (de 2007 à 2009) s’est installé comme une figure importante de l’Octogone. On envisage déjà de le confronter à Georges Saint-Pierre, pourtant son partenaire d’entraînement.

Idem pour Chris Leben, premier Champion Middleweight de l’histoire du WEC, titre qu’il avait abandonné pour participer à The Ultimate Fighter première saison, un choix qu’il n’a pas eu à regretter.

James Irvin, Mike Swick, Paulo Filho et Mike Pyle peuvent aussi se prévaloir, dans une moindre mesure, d’un parcours honorable au sein de l’UFC.

Enfin, Hermes Franca est parvenu à mener de front une carrière dans les deux organisations, dominant notamment Nate Diaz et Spencer Fisher dans l’Octogone, avant de décliner suite à son échec au titre Lightweight contre Sean Sherk le 7 juillet 2007.

·                 Qu’en pensent les fighters ?

Starification, augmentation des revenus, prestige sportif décuplé : on promet le meilleur aux membres de cet UFC, millésime 2011. Notamment pour ceux qui vont réaliser le saut vers la Mecque du MMA. Dana White l’assure : « C’est un grand jour pour notre sport et pour les athlètes qui auront l’opportunité de se faire valoir au sein de la plus grande organisation d’arts martiaux au monde ». Mais qu’en pensent les principaux intéressés ? Ancien Champion poids coqs du WEC, Miguel Torres est un des premiers à avoir donné son avis. Il se montre très enthousiaste : « C’est quelque chose que je voulais depuis longtemps et maintenant j’y suis. Je vais avoir la possibilité de montrer à quel point je suis un monstre à un public plus large ». Même son de cloche du côté du tenant du titre poids légers du WEC, Benson Henderson : « J’ai hâte, c’est vraiment cool […], tous les autres poids légers, écoutez bien, c’est mon annonce officielle  »J’arrive »’ ». À vrai dire, il est difficile de trouver des commentaires négatifs sur cette nouvelle donne. Est-ce à dire que les combattants ont les mains liées ? Pas nécessairement. Toujours est-il que lorsqu’un membre du StrikeForce exprime son opinion, les violons sont étrangement dissonants. L’homme qui a décidé de monter au créneau, à contre-courant de la joie ambiante, n’est nul autre que Josh Thomson, ancien Champion poids légers du concurrent numéro 1 de l’UFC. Son analyse est sans appel : « La vérité, c’est que le WEC a échoué et ils ont laissé l’UFC s’occuper d’eux. Comparer les poids légers du WEC avec ceux du StrikeForce et de l’UFC n’a pas de sens, parce que s’ils étaient bons, ils combattraient déjà à l’UFC. J’ai un grand respect pour Jamie Varner (ancien Champion poids légers du WEC, ndlr), mais j’ai battu Hermes Franca et lui a battu Varner. Alors qu’est-ce que ça veut dire ? ». Gageons que ce léger bémol ne contrariera pas l’effectivité de cette fusion.

(encadré) Les leaders actuels du WEC

Avant même de pénétrer dans la cour des grands, ces hommes sont déjà des stars en puissance :

– Benson « Smooth » Henderson, tenant du titre poids légers depuis le début de l’année et son succès sur Jamie Varner. Il va tenter de créer la sensation en remettant en cause la suprématie de Frankie Edgar… à moins que ce ne soit celle de Gray Maynard. D’ici là, il défendra son titre contre Anthony Pettis en main event du dernier show de l’histoire du WEC, le 16 décembre.

– José Aldo, Champion des poids plumes

Huit matchs au WEC. Huit victoires. Une seule à la décision (contre Urijah Faber). Le Brésilien constitue sans doute l’arrivée la plus attendue de 2011. Il devra confirmer dès le 1er janvier contre John Grispi.

– Dominick Cruz, Champion des poids coqs

Après un échec dans la course au titre Featherweight (contre l’éternel Faber), Cruz a trouvé sa voie en rejoignant la catégorie des coqs. Depuis, il reste sur six succès de rang. Cruz aura l’insigne honneur de figurer lui aussi sur la carte du dernier show de l’histoire du WEC, face à Scott Jorgensen.

– Urijah Faber, la figure emblématique

Sa belle gueule et son style spectaculaire ont depuis longtemps séduit le public. Qu’importe le résultat, Faber ne déçoit jamais. Il est irrémédiablement associée au WEC, qu’il n’a pourtant rejoint qu’en 2006. Mais ses douze participations et son long règne en poids plumes ont construit sa légende.

– Miguel Torres, 29 ans et une (très) longue carrière

Celui qui a livré son premier match de MMA à 19 ans, s’est patiemment forgé un palmarès à travers les États-Unis (seul pays où il a combattu). Lorsqu’il arrive au WEC en 2007, il présente un score de 32 à 1. La majorité de ses succès est obtenue via des soumissions. Depuis, il a décroché six victoires supplémentaires pour seulement deux défaites. Ses débuts sont attendus à l’UFC 126, le 5 février.

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