Dossier La Route de WrestleMania est ouverte, Partie 2 : Février de tous les dangers (Planète Catch n°42, Mars 2012)

Le Royal Rumble constitue toujours le début du chemin vers WrestleMania, mais ne suffit pas à dégager les affiches qui composeront le Grandaddy of Them All. Conserver son statut entre ces deux shows historiques est loin d’être une formalité tant les obstacles sont légion. Chronique en trois étapes d’un mois de février devenu un véritable panier de crabes.

Phase 1 : Instauration de PPV supplémentaires

Une personne connaissant seulement l’ère actuelle aura du mal à y croire. Et pourtant, la période post-Rumble fut autrefois synonyme de long fleuve tranquille. Jusqu’en 1996, les oppositions de WrestleMania étaient connues aussitôt les lumières du Rumble éteintes. Puis un grain de sable est venu bouleverser l’empire WWE courant 1995, ou devrait-on dire un véritable tourbillon. En l’occurrence l’ajout de sept nouveaux évènements mensuels dans le calendrier. Appelés dans un premier temps In Your House (littéralement « dans votre maison »), ces galas ont une durée plus courte que les cinq PPV alors en vigueur et répondent aux Clash of the Champions de la WCW. En effet, les premières armes s’affûtent entre les deux compagnies dont l’entrée en concurrence frontale est imminente. À l’échelle de la compétition sportive, la multiplication des rencontres entraîne une forme d’insécurité pour les Champions en titre. Fini le temps où Randy Savage ou Hulk Hogan pouvaient traverser trois PPV consécutifs sans défendre leur ceinture, oubliée l’image d’un Ric Flair paradant avec la ceinture mondiale entre le Royal Rumble 1992 et WrestleMania VIII. En février 1996, In Your House 6 est donc le premier show de la série à s’intercaler entre les deux galas historiques. D’emblée, cette position interroge sur son rôle : PPV de transition ou véritable évènement pouvant redistribuer les cartes ? Les premières années abondent dans le sens d’un gala mineur : faible nombre de combats au programme, nulle trace d’actes restant gravés dans les mémoires, et même absence du Champion en titre, Shawn Michaels, deux années de suite. Si l’édition 1997 sauve la face par le biais de la remise en jeu du titre vacant (voir encadré), le Street Fight par équipe qui lui succède laisse songeur. D-Generation X sans son leader opposé à Steve Austin et des alliés de circonstance, à quoi bon ?    

Phase 2 : Systématisation des défenses de titre et controverses

Il faut donc attendre 1999 pour juger véritablement des enjeux de cette période de l’année et du PPV qu’elle comporte. Cette fin de décennie est marquée par l’apparition de l’émission hebdomadaire SmackDown, mais aussi par la remise en cause de plus en plus constante des Champions et prétendants désignés. Le Royal Rumble crée plus de polémiques qu’il n’en résout et le PPV de février gagne en importance. C’est d’ailleurs à compter de cette édition qu’une ceinture majeure (titre WWE et/ou World Heavyweight Championship) y est toujours défendue*. Les victoires conjuguées de Vince McMahon dans la bataille royale et du Rock dans le match de Championnat WWE, grâce à un enregistrement falsifié faisant dire « I quit » à Mankind/Foley, sont trop contestables pour donner entière satisfaction. Le In Your House St Valentine’s Day Massacre permet d’établir Austin comme véritable prétendant au titre. Quant au titre mondial, il orne les hanches du Rock au moment du Big One non sans avoir été repris dans l’intervalle par Mankind. Les Champions ne sont définitivement plus à l’abri. La décennie suivante confirme la tendance avec de nombreux tenants dépouillés durant ce maudit mois de février, de Kurt Angle en 2001 à Sheamus et Undertaker en 2010 en passant par Brock Lesnar en 2004. L’an dernier, Edge a dû brièvement céder les honneurs à Dolph Ziggler suite à une manipulation de la General Manager du moment, Vickie Guerrero. Au vu des relations tendues entre les Champions actuels et les GM en activité, un remake n’est pas à exclure.

La donne est analogue pour les gagnants de la bataille royale, non assurés de conserver la place durement acquise pour WrestleMania. En 2000, Big Show, images à l’appui, prouve que les pieds du Rock ont touché le sol avant que ce dernier ne se redresse pour l’éliminer. Le World’s Largest Athlete obtient sa revanche lorsqu’il bat Rocky en un contre un à No Way Out. Mais la confusion est telle que la WWE choisit de promulguer les deux hommes ainsi que Mick Foley en main event du show. L’alternative consistant à rajouter des opposants lors du match de Championnat, sans destituer le challenger originel, reste d’ailleurs la voie privilégiée par la fédération. Ainsi, Shawn Michaels vient se mêler à la passe d’armes Triple H/Chris Benoit en 2004 et Randy Orton s’incruste aux côtés de Kurt Angle et Rey Mysterio en 2006. Le cas du Triple Threat de WrestleMania XXIV est plus atypique. Il trouve pour source la volonté du vainqueur du Rumble 2008, John Cena, d’utiliser son droit de prétendant dés No Way Out. Grugé par la fourberie de Randy Orton, le Marine n’a pas à regretter son audace puisqu’il obtient de partager le statut de prétendant avec Triple H. Ainsi est sauvegardé le lien historique Rumble-Mania.

Phase 3 : De No Way Out à Elimination Chamber

Difficile en effet de trouver dans le monde du catch deux évènements si étroitement liés. Les PPV passent, disparaissent, changent de nom, subissent un toilettage au niveau de leur forme, mais l’ossature du premier tiers de l’année se maintient sur ses bases. Quant au PPV de février, il connaît une refonte majeure en passant de No Way Out à Elimination Chamber en 2010. Ce changement d’appellation valide en réalité une situation existante depuis deux ans puisque c’est depuis 2008 que deux matchs de type Chambre des Éliminations constituent le socle du PPV.

Au lieu d’un, le Champion en titre doit se coltiner cinq adversaires assoiffés de gloire, dans une des plus dangereuses stipulations qui plus est. Cette nouveauté permet d’élargir le champ des possibles à des hommes peu habitués aux rencontres au sommet : Finlay, Big Daddy V, Mike Knox, Vladimir Kozlov ou Ted Dibiase ont eu droit à cet insigne honneur. Si leurs chances de victoire sont restreintes dans une telle configuration, ils ont un rôle de trouble-fête majeur. Quasiment celui d’un arbitre. Ainsi, lors de l’édition 2008, Chris Jericho et Shawn Michaels payent cash le temps passé à batailler avec JBL et Umaga. Plus frais car rentrés dans les deux dernières positions, Jeff Hardy et Triple H les mettent hors course.

Nul ne peut maîtriser tant d’éléments épars. Une perte de contrôle qui se matérialise par quatre changements de titre consécutifs lors des EC de 2009 et 2010. Mention spéciale à Edge, auteur d’un record qui sera bien dur à égaler : perdre le titre WWE et gagner le World Heavyweight Championship le même soir. Dans un autre registre, le double changement du titre WWE en 2010 (Cena puis Batista) rappelle que gagner un Elimination Chamber ne vous met pas à l’abri d’une entourloupette de dernière minute. Tous les Champions n’ont pas la chance de passer, comme The Miz, leur mois de février à confronter Jerry Lawler…

L’imbroglio de 1997

Niveau bouleversement post-Royal Rumble, on n’a pas fait mieux que l’année 1997. Première source de conflit : la victoire controversée de Steve Austin dans la bataille royale, ce dernier ayant été projeté au-dessus des cordes auparavant sans que les arbitres n’aient validé son élimination. La fédération sévit : pour la première fois, un vainqueur est démis de son title shot. Suppléant légitime, Bret « HitMan » Hart doit récupérer le sésame. C’était sans compter le retrait (provisoire) des rings du tenant du titre, Shawn Michaels. Lors d’un Raw se déroulant exceptionnellement un mardi, HBK prononce un discours rentré dans la postérité sous l’appellation « I lost my smile » (« J’ai perdu mon sourire ») où il évoque ses différentes blessures et sa perte de passion vis-à-vis du métier. Son choix d’abandonner la ceinture WWE provoque la mise en place accéléré d’un fatal 4-way entre les premiers rôles de l’époque (Hart, Austin, Undertaker et Vader). Le HitMan s’impose, mais doit céder le titre au Raw du lendemain à Sycho Sid. Conséquence : le main event de WrestleMania 13 n’implique ni le Champion au sortir du RR ni le vainqueur de la bataille royale. D’autant plus dommage que la qualité de ce Sycho Sid/Undertaker est plus que passable. Mais sans cet imbroglio nous n’aurions pas eu droit non plus au légendaire No Holds Barred entre Bret Hart et Stone Cold.

 

* 2007 fait figure d’exception puisque s’y déroule un main event par équipe où sont inclus les tenants du titre (John Cena, Batista) et leurs challengers de WrestleMania (Shawn Michaels, Undertaker).

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