Le jour d’après (Planète Catch n°44, mai 2012)

Si on établissait un calendrier spécifique au catch, on pourrait le considérer comme le premier jour de l’année. Le Raw et les évènements suivant directement WrestleMania sont aussi attendus (et donnent lieu à des séquences inattendues) que le PPV  lui-même. La saison vient de s’achever : certains en profitent pour revenir à la compétition ou pour la quitter, d’autres réclament des revanches pour faire oublier l’image donnée au Showcase of the Immortals, tous se lancent dans de nouvelles perspectives. Petites et grandes histoires de ces lendemains qui enchantent.

30 mars 1998 : près de quinze ans derrière nous, mais les fans de l’époque s’en souviennent comme si c’était hier. Vince McMahon, au centre du ring, la smoking skull belt* à la main, annonce l’arrivée du propriétaire de l’objet : Stone Cold Steve Austin. La veille, lors de WrestleMania XIV, le Rattlesnake a connu l’apogée de sa carrière en décrochant son premier titre de Champion de la WWE face à Shawn Michaels. Une nouvelle ère s’ouvre sans que nous en ayons vraiment conscience. Du moins avant la fin du segment. Car Austin annonce vite la couleur, il jette au sol la ceinture « officielle » de la fédération, celle ornée d’un aigle, et arrache des mains de Vince celle dont il a lui-même travaillé le design. La smoking skull belt vient d’acquérir sa légitimité, elle inspirera ensuite les modélisations réalisées par The Rock et John Cena durant leurs règnes de Champions.

Dans le discours qui suit, le Chairman informe le nouvel homme fort de la fédération de ses responsabilités : devenir un salarié responsable, un homme corporatiste qui donnera une bonne image de la compagnie autour de lui et dans les médias. En gros de filer droit. S’il applique ce principe, tout ira pour le mieux, lui assure Vince. S’il choisit la manière forte, il s’en mordra les doigts. Faussement studieux, Stone Cold écoute le sermon patronal comme s’il était au catéchisme dominical, mais sa décision est déjà prise. Le Stunner fait office de réponse limpide, sous les acclamations de la foule, avant que le Champion ne précise « Je choisis la manière forte ! »

WrestleMania, passerelle plutôt que conclusion

Des moments comme celui-ci voient leur importance renforcée par leur positionnement sur le calendrier. Les esprits sont alors susceptibles d’être plus marqués, puisque le public attend fébrilement les retombées du show des shows. Il y a alors deux grandes orientations possibles : la poursuite des antagonismes en cours ou l’accession de talents émergents au statut de main eventers. À cet égard, la WWE a connu deux grandes phases, la première voyait WrestleMania comme le point culminant, celui où les conflits se soldaient définitivement ou presque. Ainsi, de l’évènement originel du Madison Square Garden à celui de Boston en 1998, soit quatorze éditions, seulement deux des catcheurs vaincus lors du combat pour le titre WWE ont eu droit à un rapide match retour dans  un PPV ou un gala télévisé (voir encadré). Pis, il n’était pas rare de voir le main eventer infortuné redescendre brusquement en bas de la carte. Témoignage de cette spécificité, le sort réservé à Yokozuna en 1994. Déchu du titre par Bret Hart le 20 mars, le sumo est réduit dès la semaine suivante à rencontrer des individus confidentiels comme Scott Powers, Terry Stubbs et Joey Stallings. Même l’Immortel Hulk Hogan a été victime de cette politique radicale. Quelques semaines après avoir perdu la ceinture aux mains d’Ultimate Warrior (WrestleMania VI), le célèbre moustachu affronte Mr Perfect en ouverture d’un Saturday’s Night Main Event (shows proches de PPV à leur époque) tandis que le Warrior défend son titre contre Haku (!).

Un changement de cap s’opère au début de l’Attitude Era, les rencontres de Championnat ne concernent plus que quelques stars confirmées, et ce n’est pas une défaite, même majeure, au Grandaddy of them All qui va briser leur hégémonie. De 1998 à 2001 inclus, Steve Austin, Triple H, Mankind, Undertaker et The Rock ne laissent que des miettes aux autres membres de l’écurie WWE. Le Great One se paye ainsi le luxe d’obtenir trois revanches de rang, dans la foulée de ses échecs aux WrestleMania XV, 2000 et X-Seven.

Ce virage est confirmé de manière plus nette à compter de 2005, les figures tutélaires de la Modern Era (John Cena, Batista, Edge, Randy Orton et toujours  un peu Triple H) se partagent les matchs les plus importants, du moins à cette période phare de l’année. Les rivalités principales s’étendent souvent jusqu’au mois de mai, moment de creux du calendrier jusqu’à SummerSlam. Conserver les grands protagonistes de WrestleMania dans les matchs au sommet devient une nécessité, cela permet de surfer sur la dynamique insufflé par l’évènement pendant plusieurs semaines.

Le moment idéal pour revenir… ou partir

Mais ce qui dresse encore davantage l’oreille des fans et capte leur attention, ce sont les évènements fondateurs, les retournements de situation ou les arrivées tonitruantes. À l’instar du face à face Austin/McMahon décrit en préambule, la violente attaque de Sid (pas officiellement Sycho à ce moment-là) sur Shawn Michaels au lendemain de WrestleMania XI, a provoqué la stupeur. D’autant que HBK et Diesel s’étaient précédemment accordés pour rééditer leur duel de la veille. Le Showstopper eu pour seul tort de répudier la présence de Sid, alors son garde du corps, autour du ring. Ni d’une ni deux le psychopathe blond se retourna contre son employeur, provoquant l’arrivée à la rescousse… de Diesel. Les associés de la veille devenaient ennemis et vice versa. Schéma identique en 2002 entre The Rock et Hulk Hogan. Lors du Raw suivant WrestleMania X8, le premier persuade le second d’abandonner les couleurs nWo pour revenir en rouge et jaune. Les changements d’association sont aussi à l’ordre du jour en 1998 avec la formation de la D-Generation X deuxième mouture, Triple H en leader aux côtés de Chyna, X-Pac et les New Age Outlaws. L’année précédente, la Hart Foundation new school se forme huit jours après le sanglant et passionnant submission match entre Bret Hart et Steve Autin.

Constitutions de clans, changements d’attitude, mais aussi nouveautés purs et simples, cette période de l’année est propice à toutes les extravagances. Impossible d’imaginer le retour de Goldberg en 2003 au lendemain d’un PPV comme Bad Blood ou Bragging Rights, le timing se devait de concorder à la portée de l’évènement. Triple réussite au final : le caractère inattendu du revenant (plus de deux ans après le rachat de la WCW), l’identité de celui qu’il défie (The Rock) et le déroulement de la séquence (courte et intense). Que dire des débuts fracassants de Mankind, assaillant de l’Undertaker pour son premier soir à la WWE ? Ou de ceux Brock Lesnar, qui démantibule Spike Dudley avec l’aval de Paul Heyman ? Ou encore de ceux d’Umaga qui s’en prend directement au Nature Boy Ric Flair ? Toujours ce point commun, le fait qu’ils aient eu lieu au lendemain du Grandaddy of them All. À ce niveau-là, on ne peut plus parler de coïncidence.

Et même si le J+1 est le terreau idéal pour les arrivées, il n’y a pas de contre-indication à ce que les partants n’utilisent cet espace pour leur cérémonie d’adieu.

En 2008, le show se clôt sur l’hommage unanime à la carrière prolifique de Ric « Woo » Flair. Une séquence de plus de vingt minutes n’était pas de trop pour saluer The Dirtiest Player in the Game, tombé la veille les armes à la main contre Shawn Michaels. Ce dernier bénéficiera de moins d’emphase pour sa propre retraite deux ans plus tard, son discours constituera néanmoins la séquence finale de Raw, preuve de la forte symbolique du moment.

Moralité : les retombées de WrestleMania ont toujours de quoi faire couler, que ce soit de l’encre ou des larmes.

*Ceinture personnalisée par Stone Cold Steve Austin, comportant notamment une tête de mort.

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