Les dix invincibles de l’UFC partie 2 (Top Fight n°2, décembre 2010)

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Suite de notre dossier sur les combattants références de  l’UFC. Quels sont ceux qui accompagnent Cain Velasquez, Junior Dos Santos, Mauricio Rua, Rashad Evans et Anderson Silva dans le haut de tableau ? Bilan et perspectives.

 

 

 

RANDY COUTURE, le maître Yoda du MMA

 

        Un déclin mille fois promis… mille fois reporté

 

À 47 ans, Randy continue de délivrer des prestations proprement hallucinantes. The Natural reste sur trois succès consécutifs. Le plus récent, face à James Toney, a rangé au placard le débat stérile sur l’opposition boxe contre MMA. Un véritable cas à part, tant les stars vieillissantes subissent habituellement un contrecoup. Pour s’en convaincre, il suffit de chercher où en sont aujourd’hui les fighters de sa génération : Ken Shamrock, Marco Ruas, Tank Abbott, Pedro Rizzo… retraités ou combattants de compagnies mineures. Des légendes qui inspirent compassion et nostalgie. Deux sentiments dont on n’affuble jamais Couture. Dans son cas, c’est avant tout respect et fascination qui l’emportent. Randy avait bien quitté l’UFC en 2006 après sa deuxième défaite de rang contre Chuck Liddell, mais ce n’était que pour mieux revenir, et prendre le titre des poids lourds pour la troisième fois l’année suivante. La perte de ce Championnat face à Brock Lesnar fin 2008 n’aura pas eu raison de la persévérance de Captain America.

 

        Une figure reconnue au-delà de ses qualités de fighter

 

The Natural a beaucoup accompli pour le MMA, bien au-delà de l’aspect sportif. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les réactions du public à son endroit à la récente fan expo de Londres. Chacun l’aborde comme s’il était une vieille connaissance, quelqu’un les ayant accompagnés toute leur vie. Une attitude qui s’explique par la bonhomie et l’accessibilité de ce Hall of Famer des plus modestes. Randy se situe à mille lieues du stéréotype du combattant animal, animé par des intentions de destruction. Ses objectifs sont toujours dictés par le souci de livrer un combat propre et d’atteindre les sommets de la discipline. Suite à sa dernière victoire face au boxeur James Toney, Couture ne s’est pas étendu sur la supposée suprématie du MMA, alors que nombre de médias spécialisés voulaient faire de ce combat un symbole. Très demandé par les studios hollywoodiens, Couture compte une dizaine de films à son actif. Là encore, il ne cherche jamais à tirer la couverture à lui, laissant la lumière à d’autres stars tandis qu’il joue les seconds rôles, comme récemment dans The Expendables.

 

        Retraite dorée, recyclage certifié ?

 

Bien qu’il soit doté du don de reporter éternellement le débat sur son éventuelle retraite (jusqu’à 62 ans ?), Captain America devra tôt ou tard quitter l’Octogone. Mais il ne désertera pas le giron du MMA pour autant. Déjà, lors de sa longue pause en 2006, Couture avait immédiatement rebondi en joignant les deux commentateurs américains pour analyser les shows UFC. Quatre ans plus tard, Randy est plus que jamais un ambassadeur, un guerrier au grand cœur qui a un bel héritage à transmettre. Il n’est pas garanti que l’UFC trouve plus belle icône dans les années à venir. Que ce soit comme entraîneur, consultant ou simple spectateur, l’attachement de Randy Couture à ce sport trouvera toujours moyen de se matérialiser. Pour la joie de tous.

 

DEMIAN MAIA, un seul titre vous manque…

 

        Le successeur avéré de Royce Gracie

 

Les années 1990 ont eu Royce Gracie, la décennie suivante peut se targuer d’avoir Demian Maia. Les deux hommes partagent cet art particulier de conclure un combat au sol, ce goût pour la recherche du mouvement adéquat, celui qui va irrémédiablement contraindre l’adversaire à l’abandon. Sans retirer le moindre mérite au plus brillant des Gracie, la tâche de Maia aujourd’hui est bien plus ardue que la sienne hier. Dans la deuxième moitié des années 2000, quasiment tous les combattants qui pénètrent dans l’Octogone ont des bases, ne serait-ce que défensives, en jiu-jitsu. Ils sont donc souvent à même de s’extirper de tentatives d’étranglement ou de clés. L’époque où un jiu-jitsuka avait 80% du match gagné dès son adversaire amené au sol est définitivement révolue. Dans ce contexte, les cinq victoires de Maia sur des prises de soumission à l’UFC (huit toutes compagnies confondues) prennent une dimension fabuleuse. Chael Sonnen et Nate Quarry, deux des hommes ayant capitulé des mains du Brésilien, peuvent en témoigner.

 

        Un regain de popularité et de reconnaissance

 

Challenger infortuné d’Anderson Silva en avril dernier, Demian Maia n’a pas tout perdu lors de cette rencontre. Face à l’attitude irritante du Champion, passant le plus clair du temps à esquiver l’affrontement avec malice, les spectateurs ont progressivement apporté leur soutien à Maia, qui à l’inverse de Silva s’est démené pour donner de la consistance au combat. Depuis, sa cote d’amour est nettement en hausse. Une reconnaissance tardive qui rappelle la difficulté, pour un spécialiste du sol, d’être reconnu et apprécié par le grand public. Par nature, l’échange debout rassemble plus facilement une foule, pour peu qu’il soit débridé et spectaculaire, mais parfois de solides adeptes de grappling parviennent à atteindre les cœurs. Le talentueux jiu-jitsuka peut aisément se poser en porte-drapeau de ce type de combattants. 

 

        Tout près du but

 

Le grand défaut de Maia est connu par tous, lui-même en premier lieu. Il s’agit de ses limites dans l’échange en boxe, offensives comme défensives. Un certain manque de puissance contrarie également ses amenées au sol. Son revers en vingt secondes contre Nathan Marquardt à l’été 2009 a été le premier signe annonciateur. Seulement, un peu plus d’un an après, ces aspérités sont en passe d’être gommées. Le jiu-jitsuka a dû livrer bataille debout durant une bonne partie de ses trois plus récentes rencontres et il a plutôt bien rendu les coups. Dan Miller a eu l’honneur d’être le premier à voir à l’œuvre le nouveau Demian Maia. Anderson Silva, redoutable empêcheur de boxer en rond, peut remercier sa vista. Quant à Mario Miranda, bien qu’essentiellement dominé au sol, il a constaté à son détriment les grands progrès de son opposant dans le domaine de l’impact physique. Demian Maia sait ce qu’il reste à accomplir : devenir le combattant complet que le MMA moderne exige qu’il soit.

 

 

 

GEORGES « RUSH » SAINT-PIERRE, l’indétrônable

 

        L’art de tirer des enseignements de ses revers

 

Certains hommes ne supportent pas la remise en cause ou l’irruption du doute dans leur esprit. Saint-Pierre se situe dans une autre classe. Celles de ceux qui se nourrissent de leurs incertitudes pour mieux reprendre confiance. Suite à son échec en 2004, lorsqu’il dispute pour la première fois le titre des welters au Champion historique Matt Hughes, le Canadien réétudie toute sa préparation. Il améliore sensiblement ses compétences de boxeur, en anglaise comme en thaïlandaise. Deux ans plus tard, le travail porte ses fruits face au même Hughes. Incontestable dominateur de sa catégorie, GSP commet un péché d’orgueil devant Matt Serra. Un affrontement démarré de manière bien trop « facile », la sanction est radicale, un K-O inattendu dés le premier round. Au lieu d’être miné par cette épreuve, Georges s’immerge dans une quête de rédemption. Meilleur que jamais, il redevient au cours de l’année 2008 ce combattant à l’appétit vorace et à la détermination totale.

 

        L’anéantissement des autres poids welters

 

GSP n’a pas seulement réalisé un des plus brillants parcours de ces dernières années, il a littéralement pris le contrôle d’une division entière. Capable de dominer à deux reprises des anciens Champions emblématiques tels Matt Hughes et BJ Penn, le Canadien a aussi écœuré un à un les nouvelles forces vives du circuit. Le niveau très relevé d’hommes issus de The Ultimate Fighter, tels Josh Koscheck, Jon Fitch ou Dan Hardy n’a pas suffi à stopper la dynamique de victoires de Rush. Au fil du temps, GSP est apparu comme de plus en plus dominateur tandis que la relève ne semble pas pointer le bout de son nez. Son prochain challenger, Josh Koscheck, a déjà subi ses foudres lors de l’UFC 74. Signe évident du manque de renouvellement dans cette catégorie.

 

        Vers un doublé… voire un triplé ?

 

Sauf accident ou performance exceptionnelle de Josh Koscheck, son challenger, au mois de décembre, le Canadien devrait terminer l’année avec la ceinture des welters autour de la taille. Et après ? Les clients ne se bousculant pas au portillon, la question quant à donner une nouvelle orientation à sa carrière va inévitablement se poser. Au-delà de l’éventuel « dream match » face à Anderson Silva, GSP, 29 ans, peut tabler sur un minimum de cinq ou six ans au plus haut niveau. Le temps nécessaire pour rejoindre le club très fermé des combattants ayant détenu des titres UFC dans deux catégories différentes (à ce jour seuls Randy Couture et BJ Penn en sont membres). Et pourquoi ne pas tenter un triplé historique ?

 

 

 

 

 

 

FRANKIE « THE ANSWER » EDGAR, le Champion inattendu

 

        Un « drôle » de physique qui ne fait plus rire personne

 

Difficile de passer pour une terreur lorsque l’on mesure moins d’un mètre soixante-dix et que l’on peine à atteindre les 70 kilos, plafond autorisé des poids légers. Pourtant, Edgar que l’on surnomme « The Answer » (la réponse) a levé tous les doutes émis sur ses capacités. Outsider permanent du fait de son gabarit, l’Américain rencontre d’autres obstacles lorsqu’il se lance sur le circuit à la fin de l’année 2005. Bien que bon lutteur universitaire, ses connaissances martiales sont alors limitées. Un retard à l’allumage que ce jeune homme, âgé de 24 ans lors de ses débuts professionnels, s’empresse de rattraper. Pour gagner sa place de challenger au titre, Edgar a remporté six succès en sept rencontres à l’UFC, le plus souvent acquis à la décision. Malgré cela, les spécialistes ne sont pas convaincus par ce feu follet. Paradoxalement, les reproches portent sur sa principale qualité : sa grande mobilité. Edgar passe pour un sprinteur, un combattant qui évite au maximum le clinch. Ce scepticisme accompagne chacune de ses sorties, jusqu’au jour où The Answer décide de mettre les points sur les « i » et de balayer toutes les questions.

 

        Double peine pour BJ

 

Il y a des victoires plus significatives que les autres. Au-delà des noms, d’éventuelles tensions entre deux adversaires et des récompenses en jeu. À ce titre, la double confrontation entre Frankie Edgar et BJ Penn est un cas d’école. Leur premier duel, en avril 2010, a laissé une bonne partie du public sur sa faim. Un Penn étonnamment statique est contourné durant cinq rounds par un challenger plein de tonicité. Edgar boxe habilement et empêche le Champion « historique » de réduire la distance. Une bonne partie du public hue le couronnement du nouvel homme fort de la catégorie. Pourtant, la vérité saute aux yeux : s’il y a un des deux combattants qui a déçu, c’est bien l’idole hawaïenne. Lors de la deuxième manche, la vitesse d’exécution d’Edgar fait merveille… mais elle n’explique pas tout. Ainsi BJ a-t-il été surclassé dans le domaine de la puissance (de belles projections d’Edgar ainsi qu’une superbe amenée au sol par balayage) et vraisemblablement dans celui du mental, comme en témoigne l’attitude désabusée de The Prodigy au moment de regagner son coin au 3e round. Pour sa part, The Answer dévoile enfin l’efficacité de sa boxe et de son ground & pound. Avec cette très nette victoire, Edgar obtient enfin la reconnaissance absolue. 

 

        La meilleure endurance du circuit ?

 

Être au sommet des poids légers implique, plus que dans n’importe quelle autre catégorie, une capacité à enchaîner des rencontres de cinq rounds. Si les K-O se font très rares, le manque de puissance des concurrents n’est pas en cause. La différence se situe souvent au niveau de la grande mobilité et de la condition physique. Ce que l’on appelle communément le « cardio ». Dans ce domaine, le Champion des poids légers paraît au-dessus de tous ses concurrents. Véritable pile électrique, le combattant « aux trois poumons » a sidéré tous les observateurs lors de sa récente défense de titre. À l’issue de 25 minutes éprouvantes, Edgar est apparu à peine émoussé, tout juste a-t-il témoigné du souffle court de quelqu’un qui reviendrait de son footing du dimanche. Quasiment prêt à remettre le couvert pour vingt-cinq minutes supplémentaires ! Heureusement pour ses futurs adversaires, aucune clause de prolongation n’est mentionnée dans le règlement de l’UFC.

 

 

 

 

GRAY « THE BULLY » MAYNARD, à l’aube de la dernière marche

 

        Le double TKO de la gloire

 

Initialement, ce combattant issu de la 5e saison du TUF est connu pour un fait de match rarissime. En juin 2007, lors de son premier combat professionnel dans l’Octogone, Maynard porte un puissant slam à Robert Emerson au début du deuxième round. Assommé, son adversaire trouve un éclair de lucidité pour taper, discrètement certes, en signe d’abandon. Hélas, la tête de Gray vient elle aussi percuter le sol au cours de cette manœuvre, ce qui le rend sévèrement groggy quelques instants. L’arbitre réagit vivement et interrompt le duel tandis que la stupéfaction gagne la salle. Lors de l’annonce officielle, le no contest est prononcé à la grande désapprobation de Maynard. Cet épisode lui colle longtemps à la peau, car suite à ce final cocasse, il manifeste une certaine mauvaise foi, prétendant qu’il n’a jamais été inconscient. Une réaction d’orgueil qui résume assez bien son caractère.

                                                                        

        Une invincibilité acquise par décision

 

Hormis la défaite « non officielle » (car dans le cadre de The Ultimate Fighter) contre Nate Diaz, Maynard reste sur une série de victoires à faire saliver tous les poids légers de l’UFC. Que l’on apprécie ou pas son utilisation de la lutte dans un strict but de contrôle du combat, on ne peut que louer son efficacité. Huit de ses dix victoires ont été obtenues à la décision. Une issue toujours aussi préférentielle dans la catégorie des poids légers, ce qui n’est pas en contradiction avec le rythme soutenu des combats. Surtout que Maynard n’affronte quasiment que le top de la catégorie, peu ou pas de matchs de transition à son actif. Dennis Siver, Roger Huerta, Nate Diaz (revanche, officielle celle-ci, à l’UFN 20) et même Frankie Edgar, deux ans avant son sacre, ont été dominés par la technicité de Maynard.

 

        La seule alternative à un long règne d’Edgar ?

 

Le fait que Maynard ait vaincu Frankie Edgar en avril 2008 plaide déjà en soi en faveur d’un changement de titre, lorsque les deux hommes se croiseront à nouveau (rencontre fixée à l’UFC 125, le 1er janvier 2011). Mais les deux années écoulées ont bouleversé la hiérarchie. De plus, un mystère demeure sur la stratégie qu’abordera Gray. Son endurance n’a jamais vraiment été mise à mal lors de ses précédentes joutes. Lui qui est habitué à gérer un match en trois rounds sera-t-il capable de contrôler un adversaire aussi vif qu’Edgar sur cinq reprises ? Ou fera-t-il parler la poudre plus que de coutume ?

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