Dana White, l’homme qui a transformé l’UFC (Top Fight n°1, Novembre 2012)

TF01 Page 34 Portrait Dana WhiteTF01 Page 35 Portrait Dana WhiteTF01 Page 36 Portrait Dana WhiteTF01 Page 37 Portrait Dana White

En moins de dix ans, Dana White a permis à l’Ultimate Fighting Championship de passer du rang d’organisation dénigrée à celui de leader d’un sport dont la popularité surclasse désormais la boxe : les Mixed Martial Arts.

Lorsqu’il rencontre un certain Lorenzo Fertitta sur les bancs du collège, Dana White est loin de se douter que son destin sera intimement lié à celui de cet homme. Tiraillé par une enfance vécue entre Boston, Las Vegas et le Maine, le jeune Dana ne dispose que de peu de temps pour se faire de réels amis. Heureusement, il démontre un sens de la débrouillardise et du contact humain au-dessus de la moyenne et vit de diverses professions comme videur et garde du corps. Mais sa passion réside dans la boxe… et les Red Sox, l’équipe de baseball de la ville de Boston. Dès qu’il le peut, le futur président de l’UFC se conduit en véritable inconditionnel des stades. Un aspect de sa personnalité qui rejaillira dans sa façon de diriger la compagnie numéro 1 de MMA.

Du sens de l’amitié au sens du business

 Au début des années 1990, les affaires l’appellent du côté de la Mecque incontestée de la boxe, Las Vegas. Au détour d’un mariage, White recroise Lorenzo Fertitta, devenu, avec son frère, propriétaire richissime de nombreux casinos de « la ville du jeu ». Les deux anciens camarades renouent instantanément de solides relations. D’amis à partenaires financiers, il n’y a qu’un pas… et ils vont le franchir allégrement. Le milliardaire n’hésite pas à investir dans les salles de sport où son ami dispense des cours de boxe et d’aérobic. Fertitta, à l’occasion, laisse même tomber la chemise pour suivre lui-même un entraînement en règle. Des figures célèbres du MMA passent par ces clubs, en premier lieu Chuck Liddell et Tito Ortiz. White devient leur manager et lie notamment un indéfectible lien d’amitié avec celui que l’on surnommera « The Iceman ». Alors membre de la Nevada State Athletic Commission (NSAC), l’organe le plus influent au niveau des règlements de sports de combat, Lorenzo Fertitta se trouve aux premières loges pour juger du lent déclin que connaît l’Ultimate Fighting Championship à la fin de la décennie 1990. La stratégie de Semaphore Entertainment Group (SEG), alors en possession de l’UFC, a atteint ses limites : vendre les arts martiaux mixtes comme un évènement dans lequel un sport en croise un autre, et non comme un gala où des concurrents s’opposent dans un sport à part entière. Une erreur de présentation qui marginalise la pratique plutôt que de la démocratiser. À cette période, Fertitta et White ont un projet en vue : monter une nouvelle organisation de boxe. Mais Lorenzo, informé des déboires de SEG pressent la bonne affaire et lâche à son ami : « Il me semble que l’UFC est à vendre, qu’en penses-tu ? » En janvier 2001, l’affaire est conclue. Détenteur de 10 % des parts de la société, Dana est promu président de l’UFC. Pour leur part, Lorenzo et son frère, Frank, sont en charge de Zuffa, l’entité nouvellement créée dans laquelle est englobée l’organisation de MMA. Le premier objectif de White est de légitimer ce sport sur lequel les médias continuent de véhiculer des idées reçues. Tout ou presque est remis à plat : règles, catégories de poids, implantation du siège social, lieux où se déroulent les évènements. Les tractations avec la NSAC sont concluantes. Elles débouchent sur un règlement comprenant 31 grandes interdictions. Celui-ci sert rapidement de mètre étalon aux autres organisations de MMA qui le reprennent à leur compte. En complément de ces décisions juridiques et sportives, l’UFC retrouve une vitrine via les retransmissions en pay-per-view sur un vaste réseau télévisé américain. Chaque évènement comprend alors la défense d’un ou plusieurs titres, bientôt considérés comme des Championnats mondiaux sans plus que personne ne se gausse. Les catégories de poids passent de trois à cinq avec l’apparition de celle des moyens (combattants compris entre 77 et 84 kg) et celle des légers (moins de 70 kg). Si Las Vegas devient le terrain privilégié pour héberger les shows, l’ambition de White conduit rapidement à conquérir tout le territoire américain… et au-delà ! Ainsi, le Royal Albert Hall de Londres accueille en juillet 2002 l’UFC 38, le premier gala ayant lieu en Europe. Les chiffres de vente des pay-per-views explosent, en même temps que l’affluence dans les salles. Le Mandalay Bay de Las Vegas est symptomatique de cette évolution : garni de 8 687 spectateurs en septembre 2001, il voit son affluence passer à plus de 10 000 personnes deux ans plus tard et 11 000 les fois suivantes. À titre de comparaison, du temps de l’ancienne direction, certains évènements peinaient à attirer 1 500 spectateurs.

Cependant, le regain de forme de l’UFC n’est pas seulement dû à des décisions sportives et commerciales, il doit beaucoup à l’image que véhicule son président.

Le chef d’entreprise le plus « cool » au monde

Si Dana White a su s’entourer et jouer intelligemment un rôle de médiateur entre l’activité qu’il promulgue et les organes qui régissent les sports de combat, ses qualités premières résident dans ce qu’il incarne : un homme simple. Rarement chef d’entreprise n’a inspiré autant de sympathie : allure limite débonnaire, phrasé franc et direct, implication à 100 % dans son activité. Dana White, souvent vêtu d’un T-shirt et d’un jean des plus classiques, observe une rencontre avec des étoiles plein les yeux, n’hésite pas à prendre parti pour un combattant lorsqu’il estime qu’il n’a pas été récompensé à sa juste valeur (notamment dans le cas de décisions contestables des juges), se permet d’en égratigner un autre s’il n’a pas livré la prestation attendue. Le premier des supporteurs ! Homme de son temps, White est très friand d’Internet et s’affiche sur tous les réseaux sociaux en vogue : Facebook, MySpace… sa préférence allant à Twitter. Ce site constitue un de ses moyens de communication préférés. Twitter ou comment délivrer de manière informelle… des informations officielles. Ainsi, c’est par ce biais qu’il confirme récemment la mise en place d’un match pour le titre Middleweight entre Anderson Silva et Vitor Belfort début 2011. Toujours depuis son Twitter, White profite de ce moyen pour pousser un coup de gueule au beau milieu de l’UFC 119 fin septembre, considérant que les juges ont donné injustement la victoire à Sean Sherk face à Evan Dunham. Malgré ses fonctions, White a acquis ce droit de regard « partial », en vertu du dispositif réglementaire qui garantit l’indépendance des juges et des arbitres, sous contrat avec les commissions sportives de leur état et non avec l’organisation pour laquelle ils officient. La force du président de l’UFC est aussi son implication dans la présentation des évènements. Là où de nombreuses compagnies utilisent des voix off assourdissantes pour mettre en scène leurs bandes-annonces, l’UFC préfère alterner extraits de combats et propos des principaux intéressés. Et au cœur des présentations, un homme délivre son expertise… Dana White, qui d’autre ? Le même qui publie sur YouTube, une vidéo incendiaire à l’encontre de Loretta Hunt, une journaliste du site spécialisé Sherdog, coupable à ses yeux d’un article mensonger. Pas rancunier, le président, interrogé quelques mois plus tard par un magazine américain sous la forme j’aime/je n’aime pas, classe sans distinction le site Sherdog… dans les deux catégories. Une façon de ne pas condamner un média qui partage sa passion. Même chose lorsqu’il attaque ses concurrents, White se signale par des salves tranchantes, mais est capable de les conclure avec une petite pointe humoristique. Sa cible favorite est le Russe Emelianenko Fedor, qualifié de  « combattant qui n’a vaincu personne de valable depuis 2005 ». Aussi jubile-t-il lors de la récente défaite du tsar au StrikeForce : « Que dire sinon que je vous l’avais dit ? »

Sur tous les terrains

Depuis le rachat du Pride Fighting Championships courant 2007, l’UFC baigne dans une certaine hégémonie. Cette situation paraît aujourd’hui couler de source, mais l’absorption du concurrent numéro un n’explique pas tout. Ce rachat est l’aboutissement d’un brillant travail de sape de White autour du monde, à la recherche de nouveaux combattants et de nouveaux eldorados. Souvent accusées de nombrilisme, les organisations japonaises, notamment le Pride, ont raté le train de l’expansion mondiale du MMA. De son côté, l’UFC a sans cesse battu la campagne : de l’Australie jusqu’aux Émirats arabes unis (en avril dernier) en passant par l’Angleterre (qui vient d’accueillir son dixième UFC) et le Japon, de nombreux pays ont fait connaissance avec l’Octogone. Au sein d’une décennie 2000 marquée par l’explosion de la télé-réalité, Dana White a su élever l’émission The Ultimate Fighter au rang de show incontournable, au point de faire entendre raison aux traditionalistes des arts martiaux, opposés à cette nouvelle forme de médiatisation. Lors de la première saison, en 2005, le risque de voir évoluer à l’antenne des « jeunes talents » de bas niveau est réel, mais un recrutement sans faille se met en place. La majorité des participants perce dans le métier : Forrest Griffin et Diego Sanchez (vainqueurs respectivement en Light Heavyweight et Middleweight) mais aussi Josh Koscheck, Stephan Bonnar, Mike Swick, Kenny Florian, Chris Leben, Nathan Quarry… des hommes que personne ne s’aventure à réduire au rang de candidats de télé-réalité. Dans ce périlleux défi, White a su rester fidèle à lui-même : toujours en première ligne ! Durant le show, il apparaît comme un acteur jouant son propre rôle et ne cache pas une certaine délectation. Son côté papa-poule avec les combattants transparaît également. Mais la main de fer habite volontiers le gant de velours. Ainsi, lorsque certaines jeunes pousses reviennent d’une sortie au Hard Rock Café (idée du boss lui-même), passablement ivres, et commettent des saccages sur le lieu qui les héberge, les sanctions tombent. Principaux visés : Josh Koscheck et Chris Leben. Solution choisie ? Les nominer de fait à l’élimination. L’objectif prend forme : vulgariser les arts martiaux pour au final les élever davantage. À l’affût de ce qu’il se passe dans les autres organisations, le président de l’UFC constate la présence de nouvelles catégories de poids dédiées aux combattants très légers. En accord avec Zuffa, il décide de racheter la World Extreme Cagefighting à la fin 2006. Cette compagnie devient une filiale complémentaire, puisqu’elle consacre des catégories absentes de l’Octogone comme celle des Featherweights (poids maximum 66 kg) et des Bantamweights (61 kg ou moins). Une passerelle idéale pour les combattants souhaitant monter dans des catégories supérieures, autant qu’une anticipation salutaire pour Zuffa si ces combats de légers gagnent en popularité au fil des années. Ironiquement, le fanatique de boxe qu’est White a monté un business qui contribue à l’enterrement de première classe de sa passion juvénile. Dans le cœur du public, les arts martiaux mixtes détrônent le noble art. Il est bien loin le temps où un jeune entraîneur de Las Vegas s’écriait à la vue de l’UFC : « C’est n’importe quoi ce sport ! N’importe quel boxeur pourrait mettre ces types K-O ! »

(Encadré) PETITS ET HAUTS FAITS D’ARMES

1/ A développé une des meilleures cellules médicales dans le sport professionnel.

2/ A contribué à rendre les combattants plus accessibles et plus humains.

3/ A créé en 2005 The Ultimate Fighter, show TV au succès jamais démenti. Douzième saison en cours avec Georges Saint-Pierre et Josh Koscheck dans le rôle des coachs.

4/ A obtenu la signature de Brock Lesnar et a cru en ses capacités, alors que le monde du MMA jurait le contraire.

5/ A accepté de se mesurer à Tito Ortiz dans un match de boxe. L’affrontement était prévu aux bénéfices d’un gala de charité. Mais un des deux hommes s’est défilé au dernier moment… et pas celui auquel on pense.

LE « TRASH TALKING » ET DANA

Devenue incontournable, la pratique du « Trash Talking » (c’est-à-dire déblatérer) contribue à pimenter les conférences de presse et autres interviews entre deux évènements. Si certains forcent souvent leur nature, Dana White est parfaitement à l’aise dans cet exercice. Petit florilège de ses déclarations incendiaires.

« Il faut donner au peuple ce qu’il veut, or personne n’a demandé ce match entre Mayweather et… quel est son nom ? Personne dans cette pièce ne sait qui affronte Floyd ! »

(Alors qu’on l’interroge sur la concurrence d’un gala de boxe devant avoir lieu le même soir que l’UFC 103)

« Un gars comme Josh Barnett par exemple. Ce mec a été contrôlé positif à trois reprises, et il continue de nier qu’il prend des stéroïdes. On parle bien d’un gars qui a ruiné une organisation à lui tout seul, je dis bien ruiner une organisation à lui tout seul, à cause de ce qu’il a fait et il n’a aucuns remords pour ça. Voilà, ça, c’est le genre d’individu pour lequel je n’ai aucune tolérance. C’est pour ça qu’il n’est pas à l’UFC et c’est pour ça qu’il ne le sera jamais. » (Sur la responsabilité de Barnett dans la faillite d’Affliction en 2009)

« La chose qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas Scott Coker qui dirige StrikeForce, mais les crétins de Showtime, OK ? Or, qu’est-ce que Showtime a déjà produit de bon ? Niveau boxe, ils sont derrière HBO. Au niveau des autres programmes, ils sont aussi derrière HBO. Ils n’ont jamais créé quelque chose de bon et il n’y a rien à attendre d’eux. » (Son avis radical sur le diffuseur du principal concurrent de l’UFC)

« Si Frank Mir ne peut pas vous intimider, son cœur se contracte à la taille de celui du Grinch. S’il ne peut pas vous amener au sol, son cœur se contracte à la taille d’un petit pois. » (Suite au main event décevant Mir contre Cro Cop à l’UFC 119)

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