Fedor, la fin par manque d’appétit ? (Top Fight n°13, Août-Septembre 2013)

Tout fan de sport redoute, bien qu’il les anticipe, les départs en retraite de ses héros. Le ressenti diffère cependant selon que le moment apparaisse comme idéal et porté par une logique sportive, ou soit le fruit d’un coup de tête – aucune allusion à Zidane ici –, le tsar du fight a d’une certaine manière mixé les deux positionnements. Ses accomplissements sont tels qu’il n’a plus rien à prouver, mais d’autre part il se retire après avoir connu l’unique période difficile de sa carrière. Il y a comme  un goût d’inachevé dans l’air…

 

 

lA t-on revu le grand Fedor lors de ses trois derniers matchs ?

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est difficile de percevoir en Jeff Monson, Satoshi Ishii et Pedro Rizzo en mode 2012 une opposition à valeur de test pour l’ancien meilleur combattant pound for pound. En premier lieu, un maître du grappling et accessoirement punching-ball idéal, puis un tout jeune Champion olympique de judo qui semble craindre les échanges pieds/poings comme la peste, et enfin un semi-retraité dont le plus haut fait d’armes est d’avoir échoué à trois reprises à conquérir la couronne poids lourds de l’UFC. Malgré cela, ces rencontres ont déchainé les passions. Les uns ont fait remarquer que le roi du sambo avait retrouvé sa précision et sa vitesse d’exécution, d’autres ont rétorqué qu’il était plus facile de viser des cibles statiques. Entre mauvaise foi, volonté de se rassurer quant à un possible retour en force et antifedorisme primaire de certains détracteurs, la vérité n’appartient qu’au combattant phare de la Red Devil, lui seul sait s’il lui reste quelque chose dans les jambes et dans le cœur. Lui seul peut vraiment ressentir une éventuelle nostalgie par rapport à son âge d’or, et savoir s’il a puisé au fond de ses forces ou s’est imposé avec facilité. 

 

lEst-ce que son souhait de retraite est irrévocable ?

On a l’impression de connaître cette histoire par cœur : une des plus grosses stars d’une discipline sportive déclare avoir tout donné, avant qu’un désir nouveau ou simplement le manque d’adrénaline de sa vie de retraité l’incite à reprendre le chemin de la compétition. Le MMA possède des Champions aussi orgueilleux que ceux de la boxe (Mike Tyson), du basket (Michael Jordan), du cyclisme (Lance Armstrong) ou de la formule 1 (Michael Schumacher), autant de « revenants » célèbres ayant décidés de défier le risque d’écorner leur légende. Fedor sera-t-il l’exception qui confirme la règle, lui qui est passé si près de se retirer invaincu à la Rocky Marciano ? Le guerrier venu du froid entretient le mystère. À deux semaines du combat contre Rizzo : « Je n’ai rien décidé quant à ma retraite. On verra après le combat. Je ne sais pas d’où sortent ces histoires comme quoi je vais me consacrer au coaching des jeunes. » Suite à sa victoire-express, il clarifie : « J’ai pris une décision finale. C’était mon dernier combat. J’aimerais consacrer plus de temps à mes filles. », il en remet même une couche le lendemain devant l’affolement du microcosme ne voulant pas se résoudre à son choix : « Les gens doivent accepter ma décision, comprendre qu’il est temps pour moi de partir. On doit former de nouvelles stars. » avant de conclure cette même interview avec Ron Kruck, journaliste de Inside MMA d’un contradictoire « Je ne promets rien pour ce qui est d’un retour, mais tout est possible. » Vous arrivez à suivre, vous ? Qu’importe la façon, Fedor ne semble qu’aspirer à retrouver l’ivresse.

 

lY’a t-il une vie possible en dehors de l’UFC ?

Revenir, oui mais pourquoi ? Pour où ? Pour affronter qui ? Ne serait-ce la rivalité entre le M-1 de Vadim Finkelstein et l’UFC de Dana White, le Russe aurait déjà une flopée de prestations dans l’Octogone à son actif. Bien que très critiques à son encontre, les dirigeants américains ont conscience de l’aspect très bancable d’une éventuelle venue du phénomène. Notamment vis-à-vis des médias des pays de l’est, un territoire encore à conquérir. L’UFC est-elle en contrepartie prête à quelques concessions, comme celles de coproduction des shows avec la fédération ennemie, devenant de fait alliée de circonstance ? Malheureusement, nous nous situons dans le domaine du rêve. D’où l’impasse quant au futur de Fedor, dont le seul intérêt sportif serait de remettre les points sur les I  en défiant les ténors actuels de la catégorie poids lourds : Antonio Silva et Fabricio Werdum pour venger deux de ses récentes défaites (comme il l’avait fait avec Tsuyoshi Kohsaka, injustement déclaré vainqueur suite à une coupure obtenue illégalement), Daniel Cormier, Cain Velasquez et bien entendu en plat principal le numéro 1 mondial, Junior Dos Santos. Car rien ne sert de poursuivre des affrontements insipides au M-1 ou ailleurs, dont la seule perspective semble être de gonfler son score de manière artificielle. Vingt victoires contre des grands noms valent mieux que cent succès face à des fighters connus uniquement de leurs parents, n’est-ce pas Travis Fulton ?*

S’il fallait encore un argument à ceux qui considèrent que l’UFC n’a pas dix longueurs d’avance sur la concurrence, nous les invitons à jeter un œil au récent Championnat Heavyweight du Bellator entre Cole Konrad et Eric Prindle, d’une telle pauvreté technique que pour le coup Tank Abbott serait tenté de sortir de la sienne de retraite.

 

 

* Multi-recordman des statistiques en MMA : 307 rencontres disputées dont 247 victoires.

 

 

Un bilan exceptionnel

Au-delà des commentaires et des critiques que l’on peut émettre sur la gestion de la carrière du Dernier Empereur, les chiffres ne mentent pas à l’heure de faire les comptes.

Sur ses 34 victoires, Fedor compte à son tableau de chasse cinq anciens Champions UFC, à savoir dans l’ordre Mark Coleman, Kevin Randleman, Tim Sylvia, Andrei Arlovski et Antonio Rodrigo Nogueira, mais aussi des hommes ayant acquis leurs lettres de noblesse dans diverses organisations et/ou disciplines comme Ricardo Arona (vainqueur de l’ADCC et Champion Middleweight à la Rings), Renato Sobral (Champion Light Heavyweight au StrikeForce), Semmy Schilt (légende du K-1) Matt Lindland (médaille d’argent aux JO en lutte libre) ou Naoya Ogawa (multiple Champion du monde de judo et médaille d’argent olympique). Une faculté d’adaptation à tous les styles qui laisse pantois.

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