La première vie d’Anderson Silva (Top Fight n°10, Janvier-Février 2012)

Tout le monde connaît Anderson Silva, l’inoxydable Champion Middleweight de l’UFC, détenteur d’une multitude de records, emblème du dernier jeu vidéo dédié à la compagnie américaine et reconnu unanimement comme le plus grand combattant en activité. Son image est associée à la confiance en soi, la perfection dans l’exécution, l’invincibilité. On connaît moins en revanche le jeune Brésilien qui a dû sévèrement cravacher avant de gravir les échelons de la gloire.

 

Un parcours exceptionnel qui était loin d’être tout tracé. En effet, si l’apprentissage de divers arts martiaux (taekwondo, muay thaï, judo, capoeira) dès son plus jeune âge plaidait pour une carrière en MMA, l’actuel numéro un mondial s’est retrouvé étrangement sur un ring de boxe anglaise pour son premier combat professionnel le 22 mai 1998*. Il y subit d’ailleurs les foudres d’un autre Brésilien, répondant au nom de Luiz Osmar Teixeira. Un effroyable TKO dès la deuxième reprise qui le dissuadera d’une carrière dans cette discipline.

 

Enfant de la Chute Boxe

Silva demeure ensuite au pays et s’engage avec le Meca World Vale Tudo. Son physique est alors bien moins impressionnant que celui de l’homme que l’on connaît aujourd’hui puisqu’il concourt parmi les poids welters. Lors de son premier combat pour cette organisation, The Spider s’incline, avec dignité certes, mais s’incline, face à Luiz Azeredo. Un échec qui s’explique par son style résolument guerrier et peu calculateur de l’époque. Silva tente de foudroyer Azeredo dès les premières secondes puis subit un takedown. Encore peu à l’aise dans le combat au sol, L’Homme-Araignée ne parvient pas, dix minutes durant, à s’extirper du guêpier tendu par son adversaire. Bilan : une domination stérile et néanmoins suffisante aux yeux des juges. Ses premières approches ratées ne vont pourtant pas décourager un homme abandonné par sa mère à l’âge de quatre ans ! Si Anderson a grandi dans la pauvreté, au point de ne pas pouvoir prendre des cours de jiu-jitsu durant son adolescence, le fait de vivre à Curitiba s’avère une bénédiction. Qui dit Curitiba dit Rudimar Fedrigo alias le fondateur de la Chute Boxe Academy. Aux côtés des José « Pelé » Landi-Jons, Wanderlei Silva et autres frères Rua, The Spider passe réellement un palier. Quatre victoires consécutives plus tard, le premier tournant de sa carrière intervient au soir du Shooto To The Top 7. Devant lui se dresse l’invaincu (20 victoires) et Champion Middleweight Hayato Sakuraï.

 

Des défaites évitables

Ce soir-là, Silva fait bien plus que remporter un match de Championnat. Il naît véritablement au niveau international. Déjà présents en lui, ces petits signes de nonchalance et de confiance exacerbée quand il s’agit de kicker le corps d’un adversaire au sol. Sakuraï n’a d’autre choix qu’accepter la domination du maître d’œuvre brésilien. Muni de cette nouvelle popularité, le futur Champion de l’Octogone bifurque rapidement vers le Pride, l’endroit où il faut être en ce début des années 2000. Il y poursuit sa progression, met notamment K-O un ancien Champion welter de l’UFC, Carlos Newton, grâce à un coup de genou venu du ciel.

Silva va ensuite avoir du mal à assumer son statut naissant de favori, il affiche notamment des difficultés face aux combattants japonais, ceux-ci responsables de ses trois seules défaites MMA depuis son départ du Brésil. À chaque fois un scénario similaire ou presque, à savoir un affrontement que Silva semble mener à sa guise, depuis la position montée, dos au sol ou en stand up puis un retournement de situation fatal. Incroyable, presque incompréhensible lorsqu’on regarde dans le détail le parcours de ses tombeurs. Le peu redouté Daiju Takase, détenteur d’un palmarès de quatre victoires et sept défaites au moment des faits, y va d’une soumission par Triangle Choke lors du Pride 26. 18 mois plus tard, un spectaculaire enchaînement ciseau de jambes/clé de talon de Ryo Chonan le pousse également à l’abandon. Quant à son élimination au premier tour d’un tournoi organisé par le Rumble on the Rock, elle est davantage du ressort d’une disqualification risible que d’une véritable défaite. Habitué aux règles permissives du Pride, Silva porte un upkick au visage de Yushin Okami au moment où ce dernier tentait de se placer en position montée. Visiblement sincère quand il plaide l’ignorance des règles appliquées lors de cet évènement, le Brésilien est néanmoins sanctionné. Okami, revenu sur ses pieds au bout de trente secondes, se voit offrir la possibilité de reprendre le combat, mais se satisfait d’une décision assurant sa présence au tour suivant. L’enfant de Curitiba n’a pas le temps pour les regrets puisqu’il mène bien d’autres challenges en parallèle…

 

Cage Rage, lieu de la première hégémonie

En effet, loin de se satisfaire d’un éventuel contrat d’exclusivité avec le Pride, Silva décide de combattre partout… et aussi souvent que possible. Qu’importe la ceinture du Shooto, abandonnée en chemin, qu’importe les éventuelles participations aux tournois du Pride délaissées faute de timing concordant, qu’importe la Chute Boxe qu’il quitte pour se rapprocher progressivement de la Brazilian Top Team avant de choisir la Muay Thaï Dream Team. Cette volonté de relever les défis venant de tous horizons force le respect de nombreux fans. Jugez plutôt : entre l’été 2003 et une participation à la grand-messe du MMA japonais le soir du 31 décembre 2004, il trouve le moyen de réaliser un retour aux sources victorieux au sein de la Conquista Fight, de se rendre en Corée du Sud le temps de défaire Jeremy Horn pour le compte du Gladiator FC, puis de voguer en Angleterre pour devenir le Champion Middleweight du Cage Rage en venant à bout de Lee Murray par décision unanime. Ce titre acquis au sein de la désormais défunte organisation britannique sera une sorte de galop d’essai. Pour la première fois, The Spider accorde de l’importance à ce qui brille. Parmi les signes caractéristiques de Silva 1.0, une certaine propension à provoquer des échauffourées lors des staredowns, mais aussi une « coolitude » qui lui vaut le surnom d’Araignée dansante au Pride. En avril 2005, il défend la ceinture du Cage Rage pour la première fois face à Jorge Rivera, alors combattant redoutable, très porté sur la boxe et toujours soucieux de terminer ses combats avant la limite. Une rencontre imprégnée d’un parfum de K-O. Pourtant, le duel s’enlise dans un long clinch improductif. En fin de deuxième round, Silva réveille l’assistance et lui offre ce qu’elle attendait par le biais d’une danse genoux/poings parfaitement synchronisée. Lors de ses deux autres défenses de titre, le Champion prend soin de conclure les débats de manière encore plus prématurée. Il est vrai que Curtis Stout et Tony Fryklund étaient des challengers bien moins cotés comparativement à Rivera. Mais qui pouvait sérieusement prétendre détrôner Silva au sein de ce qui était alors la fédération numéro 3 dans la hiérarchie mondiale du MMA ? L’étang était définitivement trop petit pour un tel poisson.     

The Spider délaisse son précieux pour signer à l’UFC au printemps 2006.

La suite, tout le monde la connaît…

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*Anderson Silva a remporté en 1997 deux combats MMA, non reconnus dans son palmarès par l’UFC, lors du tournoi Brazilian Freestyle Circuit 1.

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