Les dix invincibles de l’UFC partie 1 (Top Fight n°1, Novembre 2010)

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Dans le monde du MMA, la hiérarchie est très fluctuante. Jugé imbattable un jour, un combattant peut être rapidement rétrogradé suite à un passage à vide. Cependant, la « glorieuse incertitude du sport » semble moins toucher ce type de pratiques que des sports collectifs comme le football ou le rugby. Aussi, à chaque époque s’est dégagé un groupe d’hommes suffisamment dominateurs pour qu’on les qualifie « d’invincibles ». Quels sont ceux qui méritent ce qualificatif en 2010 ? Bilan et perspectives.       

ANDERSON « THE SPIDER » SILVA, Un règne sans égal

        Un combattant tout terrain

Si Anderson Silva est reconnu comme le meilleur poids moyen au monde grâce à sa suprématie à l’UFC, fans et spécialistes n’ignorent pas qu’il a connu une « première vie » tout aussi riche. Le Brésilien a combattu dans les trois grands pôles du MMA mondial (États-Unis, Brésil, Japon), mais aussi au Cage Rage. Ses performances londoniennes sont gravées dans les mémoires, d’autant plus qu’il est le dernier Champion Middleweight de l’histoire de la défunte compagnie, bien qu’il soit parti deux ans avant sa disparition. Une marque de respect riche d’enseignements. Son passage en terres nippones, moins auréolé de gloire (deux défaites au Pride notamment) a quand même marqué les esprits. Silva est le premier homme à vaincre Hayato Sakurai, légende japonaise, au soir du Shooto : To The Top 7. Une bataille épique qui lui a valu le titre poids moyens du Shooto. Un de plus à sa riche collection. De quoi mieux comprendre pourquoi The Spider a postulé au titre de Rich Franklin dès son deuxième combat à l’UFC.

        L’Octogone de tous les records

Anderson Silva a découvert les joies de l’Octogone à seulement 31 ans. Parions que s’il avait rejoint la compagnie de Dana White plus tôt, tous les records liés aux résultats obtenus seraient siens. Or, en l’espace de quatre ans, la liste de ses faits d’armes est déjà conséquente. Son règne de Champion poids moyens court depuis le 14 octobre 2006, il s’agit du plus long de toute l’histoire de l’UFC (toutes catégories confondues). Ses défenses de titre régulières (sept) valorisent une division jusqu’ici peu exposée médiatiquement. Encore que le nombre de remises en jeu de sa couronne devrait être supérieur… puisque son premier challenger, Travis Lutter, s’est présenté en février 2007 avec un excédent de poids. Ce qui a obligé l’organisation à déclasser le duel en match sans titre en lice. De même, Silva s’est permis deux petites « virées » – loin d’être anecdotiques – en poids mi-lourds… Il a atomisé James Irvin et Forrest Griffin dans le premier round. Au total, le Brésilien compte douze victoires consécutives au sein de l’Octogone, autre record ! Enfin, plus anecdotique en apparence, mais beau pied de nez, sa prise d’un titre du Pride… à l’UFC ! Ceci fut rendu possible par un match d’unification face à Dan Henderson, dernier Champion poids moyens et poids welters du Pride. Les honneurs finissent toujours par tomber dans la toile de l’Araignée.

        Belfort, ultime challenger avant cessation ?

Lors de sa plus récente défense de titre, Silva a été secoué comme jamais auparavant. Chael Sonnen, durant 23 minutes, a porté haut les espoirs d’une passation de pouvoir. À tel point qu’une deuxième chance consécutive lui est promise par Dana White himself. Malheureusement, l’affaire capote lorsque l’Américain se révèle positif à un test sur les stéroïdes. Le rêve a tourné court. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Vitor Belfort, initialement programmé pour rencontrer Yushin Okami, se voit promettre une chance au titre. Cette rencontre, prévue pour le 5 février 2011, promet beaucoup. Celui qu’on a surnommé « The Phenom » pour ses succès acquis très jeune, possède des qualités pour bousculer le Champion. Cependant, la plus grosse attente concerne l’éventuel changement de catégorie de The Spider au cours de l’année 2011. Silva s’est essayé avec succès à la division mi-lourds mais n’exclut pas de rejoindre la catégorie des welters, ce qui rendrait possible un affrontement avec Georges Saint-Pierre. Ce combat, maintes fois envisagé, briserait à n’en pas douter tous les records d’affluence.

  CAIN VELASQUEZ, Le rêve américain dans toute sa splendeur

 

        Repéré et entraîné par les meilleurs

 

 L’ascension de Cain Velasquez ressemble à un conte de fées. Celui d’un enfant d’immigrés mexicains partis chercher une meilleure vie du côté de l’autre Amérique. Nommé capitaine de l’équipe de lutte de son université, Cain accomplit de telles prouesses qu’il est recruté par l’American Kickboxing Academy. Un club d’entraînement de haut standing d’où ont éclos des boxeurs, des kickboxeurs et des combattants de MMA non négligeables. Parmi lesquels de dignes représentants de l’UFC (Josh Koscheck, Jon Fitch, Mike Swick) ou du StrikeForce (Cung Le, Josh Thomson). Après deux victoires, Cain est convoqué dans les locaux de l’UFC pour une séance d’exercice supervisée par Dana White en personne. Inutile de préciser qu’un contrat est rapidement paraphé entre les deux parties.

        Un tableau de chasse impressionnant

Depuis son arrivée à l’UFC, Velasquez a rivalisé avec des opposants au niveau plus élevé les uns que les autres. Brad Morris, solide gaillard à plus de dix victoires sur le circuit international, avant ses débuts dans l’Octogone face à l’Américo-Mexicain. Jake O’Brien, tombeur notamment de Heath Herring. Cheick Kongo, vue comme LA grande révélation des poids lourds en 2008. Ben Rothwell, trente combats à son actif avant de croiser Cain. Et pour finir, le fameux « Minotauro », Rodrigo Nogueira, le spécialiste du domptage de gros strikers. Ces hommes, Velasquez les a tous vaincus. Et de quelle manière ! Seul Kongo est parvenu jusqu’à la décision, les autres ont rendu les armes par TKO, dès la première reprise dans la majeure partie des cas. En cas de défaite le 23 octobre, Lesnar viendrait compléter une liste de grande envergure.

        Nouvelle superstar hispanique ?

Au-delà de sa réussite personnelle, l’accession au titre mondial des lourds par Velasquez ouvre une nouvelle fenêtre sur les combattants « latinos ». Si ceux-ci ont beaucoup apporté aux sports de combat, notamment la boxe (Julio César Chavez, Roberto Duran…), peu sont parvenus à atteindre les sommets du MMA. Et sûrement pas dans la catégorie poids lourds. Diego Sanchez a remporté la première édition de The Ultimate Fighter (catégorie poids légers), mais a échoué dans les matchs décisifs. Frank Shamrock (Juarez de son nom natal) a été un grand Champion dans plusieurs organisations, mais ne s’est jamais posé en étendard latin. De même, Tito Ortiz a dominé outrageusement la catégorie Light Heavyweight entre 2000 et 2003, mais ses écarts de langage et de comportement n’ont pas toujours rendu grâce à la communauté hispanique. Velasquez a les moyens et le caractère pour créer un engouement sans précédent autour de lui. L’homme qui affiche une inscription « Brown Pride » (fierté brune) sur son torse s’imagine assez bien en symbole de gloire.

JUNIOR « CIGANO » DOS SANTOS, L’irrésistible ascension

        Le plus gros striker en activité

Mais comment Roy Nelson a-t-il donc pu atteindre, sans s’écrouler, la fin du match livré face à Junior Dos Santos à l’UFC 117 ? L’Américain massif a été touché par plus de 130 frappes, dont 102 portées à la tête. Cet affrontement s’est résumé à la traque d’une cible mouvante par un chasseur. Mais Nelson n’a jamais abdiqué… il est bien le seul ! Même Fabricio Werdum, le fameux tombeur de Fedor, a été balayé en 81 secondes. Ce qui est toujours 27 secondes de mieux que le Néerlandais Stefan Struve. Mirko « Cro Cop » Filipovic, quant à lui, a trouvé une forme d’échappatoire au K-O. Le visage ensanglanté, il a signifié son abandon à l’arbitre. Quant au compatriote de Dos Santos, Gabriel Gonzaga, une attaque contrée a suffi à l’envoyer au tapis. Une démonstration de force sans précédent.

        La carte du jiu-jitsu dans sa manche

L’élément le plus étonnant de la carrière de Junior Dos Santos se révèle être sa discipline de prédilection : le jiu-jitsu. Une arme dont il n’a pas eu l’occasion de faire étalage. Effet pervers de sa puissance ? Ou volonté de ne piocher dans cette réserve secrète qu’en cas de nécessité absolue ? Lors des conférences de presse d’avant-match, le Brésilien affirme souvent qu’il ne craint pas que le combat aille au sol. Il promet même d’offrir une prestation à la hauteur de son rang de ceinture marron de jiu-jitsu. De quoi rendre fiers deux de ses plus notables instructeurs, Antonio Rodrigo Nogueira et Anderson Silva.

        L’âge d’or du MMA Brésilien ?

Depuis l’émergence internationale du clan Gracie, la source de talents dont regorge le Brésil ne semble jamais se tarir. Les combattants en étant issus dominent plus que jamais le MMA mondial. Soit en passe de conquérir les titres des principales organisations… soit eux-mêmes Champions. Si le règne d’Anderson Silva est à classer à part, tant plus personne ne lui conteste le titre Middleweight de l’UFC, d’autres combattants ont donné l’exemple. Mauricio Rua est récemment monté sur le trône Light Heavyweight, éjectant Machida, autre Brésilien ; José Aldo règne dans la catégorie poids mouches du WEC. Au StrikeForce, même topo : Rafael Cavalcante a mis fin au règne de l’Américain Muhamed Lawal en mi-lourds tandis que Ronaldo Souza s’est adjugé le titre poids moyens de la compagnie aux dépens de Tim Kennedy. Si les footeux ont encore déçu lors de la dernière Coupe du monde, les Brésiliens peuvent se consoler en admirant leurs stars de MMA.

MAURICIO « Shogun » RUA, Le disciple émancipé

        Enfant de la Chute Boxe

À bientôt 29 ans, Mauricio Rua a déjà une carrière très accomplie derrière lui. Nul ne sait si son parcours aurait été si brillant sans l’apprentissage suivi à la Chute Boxe. La célèbre association dirigée par Rudimar Fedrigo a formé tant de Champions qu’il est légitime de l’inclure dans les louanges adressées à Rua. Le jeune brésilien vole de ses propres ailes depuis 2008, année où il crée sa propre école : l’Universidade da Luta. Wanderlei Silva, autre figure majeure du club de Fedrigo, l’a lui-même adoubé comme son digne successeur. En témoigne la joie non simulée de Wand lors du triomphe de Rua au Pride Grand Prix 2005, même tournoi où la route de The Axe Murderer a été stoppée en demi-finale.

        Le seul ancien du Pride au sommet de l’Octogone

Mine de rien, il est très difficile pour un combattant de réaliser une transition sans ambages entre deux organisations. Surtout quand il s’agit de passer d’une opposition entre les quatre coins d’un ring à un face à face au milieu d’une cage octogonale. De nombreuses stars dominatrices au Pride ont reçu cette réalité de plein fouet : Wanderlei Silva, Mirko « Cro Cop » et dans une moindre mesure Antonio Rodrigo Nogueira. Quinton Jackson, souvent malmené au Pride (notamment par les disciples de la Chute Boxe), a connu l’effet inverse. Sur le long terme, seul Mauricio Rua est parvenu à fournir des prestations du même acabit dans les deux compagnies. Un véritable exploit compte tenu du nouveau style qu’il a dû adopter, conformément aux règlements de l’UFC, qui le privent notamment de sa spécialité : l’usage des jambes lorsque son adversaire est au sol.

        La maturité d’un grand Champion

L’accession au sommet et la gloire, Mauricio Rua l’a déjà connu. Sa victoire au Pride Grand Prix 2005 ne devait rien au hasard. La liste des combattants éliminés est convaincante en soi : Quinton Jackson, Antonio Rogerio Nogueira, Alistair Overeem et Ricardo Arona, littéralement mystifié par la vitesse et la grâce de son opposant en finale. Malheureusement, Shogun connaît des lendemains qui déchantent. Début 2006, il s’élance à vive allure sur Mark Coleman, l’Américain esquive et Rua se brise le bras droit en retombant. Une autre blessure, au genou, le diminue lors de son premier combat à l’UFC en septembre 2007. Résultat des courses : une défaite par soumission des mains de Forrest Griffin. Par deux fois, Rua, fougueux et enthousiaste, revient prématurément. Champion depuis mai dernier, le Brésilien a retenu la leçon en prenant le temps de soigner ses plaies, et travailler sa condition physique avant sa première défense de titre. Dana White lui a témoigné son entière confiance en refusant de mettre en place un titre intérim, comme le veut la pratique lorsqu’un Champion prend un long repos.

RASHAD « SUGAR » EVANS, La reconquête est amorcée

        Le succès au-delà de The Ultimate Fighter

La première saison de The Ultimate Fighter s’étant caractérisée par des batailles de haut vol, le défi qui attendait les promotions suivantes s’annonçait des plus ardus. Rashad Evans, aidé de quelques autres talents en herbe (Keith Jardine, Joe Stevenson, …), se charge d’hisser le niveau à une strate supérieure. Loin d’être favori au début du show (il concourt dans la catégorie Heavyweight alors qu’il possède déjà un physique de mi-lourd), Sugar explose devant les caméras et remporte la timbale. Il entame alors une longue marche vers le titre des mi-lourds, écartant de sa route Michael Bisping et Chuck Liddell. Lors de son neuvième match dans l’Octogone, la consécration prend forme de manière très symbolique. Ce 27 décembre 2008, Rashad s’impose par K-O devant Forrest Griffin, star emblématique de la première saison du TUF. Après lui avoir succédé au palmarès du show télé, Evans prend sa suite au sommet des mi-lourds. Une logique de succès implacable.

        Formé à l’école des Champions

Le talent est une chose. Savoir l’exploiter en est une autre. Le combattant de MMA ne s’exerce pas à la façon d’un artiste isolé, soucieux de conceptualiser le petit détail qui fera la différence. Son succès doit beaucoup à la qualité de son entourage. De ce point de vue là, Rashad Evans a tiré le gros lot en rejoignant le groupe d’entraînement de Greg Jackson. Le fameux Jackson’s Submission Fighting dont les membres éminents se nomment Georges Saint-Pierre, Nathan Marquardt, Jon Jones ou encore Shane Carwin. Une véritable usine à Champions dans laquelle Evans ne dépareille pas. Il existe un monde entre le Sugar du TUF et celui qui évolue sous les directives du club de Greg Jackson. Le spécialiste de la lutte se mue volontiers en redoutable boxeur et obtient en quelques mois, plus de succès par K-O que lors de la première partie de sa carrière (un seul lors de ses huit premiers combats professionnels).

        Un combattant complet

Au sein d’une catégorie mi-lourds très fournie en challengers potentiels, Rashad a su trouver la ressource pour demeurer une tête d’affiche malgré sa perte de titre prématurée contre Lyoto Machida. Sugar puise ce providentiel second souffle dans sa faculté de combattant caméléon. Il adapte sans cesse son style, selon l’homme en face de lui. À chaque combat sa vérité. Devant Michael Bisping, Evans privilégie le corps à corps et maîtrise la rencontre jusqu’à son terme. Pour rivaliser avec Chuck Liddell, rien de tel qu’axer son entraînement sur des déplacements rapides et une boxe réactive… alors que le camp d’en face s’attend à une succession d’amenées au sol. De même, Sugar sait aussi se montrer patient tel un joueur d’échecs. Lors de son match de Championnat face à Griffin, il subit, sans coup férir, les low kicks de son adversaire durant deux rounds. Puis, il saisit le moment opportun pour le contrer et conclure le combat en ground & pound. Avec un tel acrobate comme challenger, Mauricio Rua n’a pas fini de se poser des questions.

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