Les matchs du renouveau (Top Fight n°3, Janvier 2011)

Au-delà des résultats bruts, certains combats restent davantage dans les mémoires que d’autres : les enjeux, les rapports de force entre les deux opposants, l’ambiance et les lieux où se déroulent les shows sont des éléments d’explication. Mais un autre facteur prédomine : l’aspect symbolique d’un match. Est-il synonyme d’une passation de pouvoir ? De l’avènement d’un nouveau type de combattants ? De la fin d’une invincibilité ? De l’entrée dans un nouvel âge ?

 

En ce soir d’UFC 60, tout le monde fait un peu semblant, force quelque peu le trait. Comme si le main event du soir était équilibré et le suspense total. Ainsi Michael Buffer, plutôt que d’annoncer d’un trait le palmarès de Royce Gracie, se lance dans une glorieuse énumération : « Vainqueur du tournoi de l’UFC I, vainqueur du tournoi de l’UFC II, vainqueur du tournoi de l’UFC IV ». Pourtant, au lieu de légitimer les chances du Brésilien, ce rappel renvoie à une époque révolue, celle des tournois sans limites de poids, celle des victoires expéditives d’un des plus fameux représentants du clan Gracie. Cette époque qui se caractérisait aussi par l’absence de connaissances en jiu-jitsu des combattants américains. Or, nous sommes en 2006 et le MMA a trouvé sa voie, alliant puissance et technique. Le moindre combattant confirmé est muni des méthodes de défense fondamentales face à des amenées au sol. Et Matt Hughes, un des emblèmes de l’UFC des années 2000, n’est pas le premier venu. Alors, il le sait : Gracie ne pourra rien ce soir. Si le fier Brésilien possède les mêmes armes qu’en 1993, le gouffre s’est creusé avec les concurrents de l’ère moderne. Faute à un refus dogmatique de sa part d’apprendre des techniques de combat en stand up et de s’entraîner davantage hors du champ du jiu-jitsu. Hughes ne se laisse pas impressionner par le poids de la légende et obtient un implacable TKO au premier round. Seulement sept ans d’écart entre les deux hommes et pourtant tout un monde les sépare. Le come-back du héros est un échec sur toute la ligne. Dans un dernier baroud d’honneur, Gracie déclare immédiatement après la rencontre qu’il est de retour « à la maison » et qu’il ne pense pas à la retraite. Mais l’illusion est belle et bien morte. Que reprocher au Brésilien dans le fond, si ce n’est d’être parmi ceux qui refusent la fatalité ?

 

Strapontin vers la gloire

Si Hughes était déjà une star confirmée au moment où il a « enterré » Royce Gracie, la plupart des combats synonymes de passation de pouvoir revêtent une notion générationnelle. Les ingrédients du scénario sont récurrents. Prenez un jeune fighter en mal de reconnaissance et un vieux lion qui veut conserver son bien ou prouver qu’il possède encore la flamme. À défaut de transmettre volontairement la torche, les anciens se la font arracher des mains par les talents émergents. Au moment de croiser la route de Rich Franklin (match d’encadrement de la finale du premier TUF), Ken Shamrock reste une figure incontestée du fight. Malgré quelques échecs, le leader du Lion’s Den n’a pas encore subi de défaite radicale et définitive. De celles qui sont suivies d’un générique de fin. Mieux encore, Ken n’a pas été mis K-O au sens catégorique du terme, puisque ses revers avant la limite sont dues soit à une prise de soumission soit à un arrêt de son coin. Mais en ce soir du 9 avril 2005, la révolution est en marche. Rich « Ace » Franklin, plus jeune de dix ans par rapport à son adversaire, frappe un grand coup en s’imposant par K-O en seulement 2’42 ». Shamrock ne saura interpréter le message et mène depuis un parcours en dents de scie, ponctué de nombreux K-O à son encontre. Cependant, ceux-ci sont dénués de l’aura de l’acte originel.

Même terni, le statut de légende ne quitte jamais complètement celui qui l’a obtenu. À l’inverse, vaincre une vieille gloire reste une des meilleures garanties de notoriété. Malgré la bonne visibilité qui était la sienne suite aux vidéos promos diffusées sur le net, Kevin Ferguson alias Kimbo Slice a compris l’intérêt d’une telle démarche. Dès son deuxième combat, le bagarreur des Bahamas croise le fer avec son modèle inavoué, nul autre que Tank Abbott, lors de l’Elite XC : Street Certified. Ce main event n’excède pas les 43 secondes, le temps pour Kimbo de « tuer le père ». La relève est assurée.

Être numéro un… ou n’être rien

Tank Abbott ne cache pas que l’appât du gain est la première raison le poussant à poursuivre sa carrière. Mais ce qui incite la plupart des vétérans à persévérer est la volonté de rester au sommet. Comment accepter de livrer des combats en début de show alors que l’on a trusté la place de main eventer durant plusieurs années ? Ce n’est pas Randy Couture qui prétendra le contraire, lui dont 17 des 23 combats disputés à l’UFC ont concerné un titre mondial ou le gain d’un tournoi.
De même, depuis la perte de son titre Light Heavyweight en mai 2007, Chuck Liddell n’a eu de cesse de contester l’émergence de la nouvelle génération. Relancé par une joute d’anthologie face à Wanderlei Silva (combat de l’année 2008 selon les MMA Awards, bien qu’il ait eu lieu le 29 décembre 2007), The Iceman dispute à Rashad Evans le droit à un match pour la ceinture. Invaincu au moment de la rencontre (UFC 88), Evans n’avait pourtant pas convaincu, notamment lors de son match nul contre Tito Ortiz. Mais Liddell est déstabilisé par un homme qui se caractérise par sa méfiance et son sens de la justesse. Un foudroyant crochet droit, venant en contre d’un uppercut, laisse l’Homme de glace K-O durant plusieurs minutes… et sonne le glas de ses ambitions.

Une autre légende a dû ravaler sa fierté après être tombée, les armes à la main, face à un successeur autodésigné. Il s’agit de Jens Pulver, le premier Champion poids légers de l’histoire de l’UFC, l’homme capable de dominer en son temps tous les ténors de la catégorie, BJ Penn compris. Finalement descendu en Featherweight (66 kg max) lorsqu’il rejoint le WEC fin 2007, Pulver tente de s’emparer du titre, mais subit la loi d’Urijah Faber. Depuis, celui que l’on surnomme Lil’ Evil n’est plus que l’ombre de lui-même et reste sur une spirale de six défaites consécutives.

Pas de quartier pour les « old school »

À vouloir se maintenir coûte que coûte au sommet de l’Octogone, Tito Ortiz s’est lui aussi brûlé les ailes, notamment face à Lyoto Machida en mai 2008. Ses capacités de lutteur ont été annihilées par le redoutable karatéka. Ce dernier a même réussi à maintenir le combat debout durant quinze minutes. Dépité, Ortiz quitte l’UFC durant de longs mois avant de signer son retour en novembre 2009, avec une nouvelle défaite à la clé. Le problème majeur auquel se heurte la vieille garde est la nécessité de se réinventer, varier voire transformer un style connu de tous. Les combattants qui connaissent des problèmes de longévité sont surtout ceux n’ayant pas perçu la métamorphose opérée par le MMA entre les années 1990 et aujourd’hui. Longtemps, Mark Coleman a cru (à juste titre d’ailleurs) que sa puissance et ses aptitudes de lutteur suffisaient à surclasser ses opposants. Hélas, le virage des années 2000 met du plomb dans l’aile à ses convictions conservatrices. Point d’orgue de sa fin de règne, son duel face à Fedor Emelianenko au premier tour du Pride Grand Prix 2004. Le Dernier Empereur donne à ce combat des allures de formalité. Il amène sans la moindre difficulté l’Américain au sol et lui assène une clé de bras au bout de 2’11 ». Le manque de répondant technique de Coleman saute aux yeux et lui portera préjudice lors de ses affrontements suivants. The Hammer poursuit sa route, mais cesse de marteler qui que ce soit. À son tour, il a vu la vérité en face, indicible, mais implacable : une nouvelle ère se lève et il en est exclu.

Voir un glorieux Champion tomber de son piédestal est toujours un crève-cœur pour le fan, comme si les fighters devaient être à l’abri des outrages du temps et toujours capables de « ressusciter ». En définitive, ces passations de pouvoir sont des étapes nécessaires : elles fixent des limites aux uns, ouvrent des perspectives aux autres et relancent une compétition que l’on croyait un temps dominée par une poignée d’hommes indétrônables.

 

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(Encadré) Ces combats que l’on a pris à tort pour des tournants décisifs

Chuck Liddell vs Randy Couture III (UFC 57, 4 février 2006)

Troisième et dernier épisode de la mythique passe d’armes entre ces deux grandes figures de l’Octogone. Après s’être incliné une nouvelle fois par K-O, Couture prend le micro et annonce à une foule extatique qu’il vient de chausser les gants pour la dernière fois. Logique puisqu’à 42 ans, sa tentative de reconquête du titre Light Heavyweight, était son dernier objectif. Peu avare en pied de nez, Couture revient chez les poids lourds l’année d’après et prend la ceinture à Tim Sylvia. 2011 sera-t-elle l’année de sa retraite ?

Forrest Griffin vs Mauricio « Shogun » Rua (UFC 76, 22 septembre 2007)

Rua, jeune vedette de la Chute Boxe est-il UFC compatible ? Alors que ses manœuvres de prédilection sont les stomps, soccer kicks et sauts par-dessus la garde de son adversaire, le Brésilien dispute son premier combat sous les règles unifiées du MMA qui les proscrit toutes. En face de lui, Forrest Griffin, un homme qui baigne dans la machine UFC depuis qu’il a remporté la première édition du TUF. L’Américain s’impose avec un étranglement arrière… typique du jiu-jitsu brésilien ! En cette année de rachat du Pride, ce résultat prend l’allure d’une nouvelle déconfiture pour les fighters issus de la compagnie japonaise. Depuis lors, Shogun est revenu dix fois plus fort et arbore fièrement la ceinture Light Heavyweight.

Georges Saint-Pierre vs Matt Serra (UFC 69, 7 avril 2007)

Le culot finit toujours par payer, Serra a su appliquer ce dicton en ce jour où un match de Championnat « inespéré » lui est offert dans la catégorie Welterweight. Ceinture noire de jiu-jitsu brésilien, il apparaît longtemps comme un lointain outsider, compte tenu de ses résultats contrastés depuis son arrivée à l’UFC en 2001, mais aussi de son petit mètre 68 qui le limite grandement dans son allonge. Opportunément, Matt saisit la perche tendue lors de la quatrième saison du TUF qui regroupe exceptionnellement des combattants rodés. Enjeu pour les vainqueurs : un match pour le titre face au Champion de sa catégorie. Serra domine Chris Lytle en finale des welters et défie donc Georges Saint-Pierre en ce soir d’avril 2007. Le New-Yorkais déroule parfaitement son plan de combat et désarçonne GSP à la surprise générale. Un TKO en mode exterminateur dès le premier round. Le célèbre Canadien est touché au moral, mais prendra une éclatante revanche un an plus tard. Tout est revenu dans l’ordre.

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