Notations en MMA : un système perfectible (Top Fight n°3, Janvier 2011)

Depuis quelques mois, aucun grand événement de MMA n’échappe à une polémique sur l’arbitrage. Principaux visés : les juges, dont les compétences sont sans cesse remises en cause mais aussi le barème d’évaluation, supposément inadapté aux différents facteurs rythmant un combat. Se dirige-t-on vers un changement de cap ?

 

Quels sont les éléments de la discorde  ?

Les erreurs d’appréciation ou les décisions controversées des juges ont toujours été la plaie du sport de combat. À défaut de pouvoir obtenir réparation immédiate du préjudice, la solution consiste à offrir au lésé une revanche immédiate ou à ne pas le pénaliser au classement de sa catégorie. Mais rien n’efface le souvenir d’une défaite injuste. Surtout à une époque où les moyens de connaître précisément les statistiques liées à un combat existent. Le faisceau autour des décisions contradictoires de ces dernières semaines n’aurait pas autant été lumineux, si des données ne venaient étayer les arguments des plaignants. Fin septembre déjà, la victoire par décision partagée de Sean Sherk sur Evan Dunham (UFC 119) sonne comme une hérésie tant le feu follet a mis à mal le vétéran de la catégorie des légers. Dana White n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat : premièrement en insultant les juges via Twitter puis en affirmant qu’il considère Dunham comme toujours invaincu. Fidèle à sa ligne de conduite non consensuelle, le président de l’UFC témoigne plus tard de sa bienveillance à l’égard de Tyson Griffin, malgré sa troisième défaite consécutive. La raison de cette soudaine empathie ? Selon lui, Griffin a été volé par le jury lors de son duel avec Nik Lentz. À moins que la réaction de White n’ait été destinée à détourner les regards de l’autre décision douteuse de la soirée : la victoire de Quinton Jackson sur Lyoto Machida. Les officiels ont estimé, à tort ou à raison, que l’Américain, bien que peu dangereux dans ses frappes, avait contrôlé la majeure partie du combat. Une vision propre au MMA américain et directement influencée par l’importance de la lutte au pays de l’oncle Sam. La série noire s’est aussi nourrie des débuts poussifs de Jake Shields dans l’Octogone, vainqueur contestable d’un affrontement sans relief face à Martin Kampmann à l’UFC 121. Dernier verdict mis en cause, celui de l’opposition entre Leonard Garcia et Nam Phan au soir de la finale de The Ultimate Fighter saison 12. Ce dernier a largement dominé la rencontre, notamment les phases en stand up. Pourtant, sous d’assourdissantes huées du public, deux des trois juges ont consacré Garcia, premier gêné d’une décision incompréhensible. À son actif, deux takedowns et une certaine volonté d’aller de l’avant mais un nombre de frappes deux fois inférieur à celui de son adversaire. Le troisième juge, plus en conformité avec la vision des fans et des fighters eux-mêmes, a opté pour un 30-27 sans appel en faveur de Phan. Score rare dans le cas d’une rencontre se concluant par décision partagée. Joe Rogan, commentateur-vedette de l’UFC, prend d’ailleurs parti de manière virulente à la fin de l’affrontement : « La commission de l’État du Nevada doit être tenue responsable pour ce fiasco, car Nam Phan a clairement gagné deux, si ce n’est trois rounds sur trois ». Au lieu de centraliser les reproches sur les seuls juges, cette déclaration étend le débat aux rôles des commissions sportives.

L’indépendance des juges, un leurre ?

L’ensemble des compétitions américaines de sports de combat est réglementé par la Nevada State Athletic Commission (NSAC). En revanche, arbitres et juges sont désignés par les commissions sportives de chaque État, en fonction donc du lieu où se déroulent les évènements. Cependant, comme nous l’indiquait l’arbitre anglais Leon Roberts (voir Top Fight n° 2), les shows extérieurs aux États-Unis font exception à ce fonctionnement. En l’absence de commissions, les officiels sont directement contactés et rémunérés par l’organisation qui les emploie. Le risque de décisions téléguidées ou suggérées par la compagnie utilisatrice reste donc mineur. N’en déplaise à Keith Kizer, le directeur de la NSAC qui a répondu par l’exemple aux déclarations de Joe Rogan « L’UFC veut faire croire qu’il n’a aucun pouvoir sur l’arbitrage, or Marc Ratner (vice-président de l’organisation, ndlr) a sollicité Tony Weeks pour qu’il soit juge de la rencontre Georges St-Pierre/Josh Koscheck ». Les propos de Kizer présentent un intérêt au-delà de l’épisode évoqué. Ils mettent en évidence les intérêts communs à la NSAC et l’UFC. D’où une inévitable influence de l’une sur l’autre et vice-versa. En vertu du principe que les juges sont indépendants, Dana White et les combattants peuvent se répandre sans risque de sanctions personnelles. Médiatiquement relayés, ces propos gagneront en audience auprès de la commission concernée. Il serait donc illusoire de croire qu’un juge pointé du doigt à plusieurs reprises pour ses mauvaises décisions ne subira pas de remontrances de ses supérieurs. La plus grande de toutes étant d’être exclu du prochain gala se tenant dans l’État concerné. La zone d’influence ne s’arrête pas là : depuis le rachat par Zuffa (début 2001), une passerelle existe entre l’organe régulateur et la compagnie numéro 1 du MMA. Un rapport proche de la consanguinité puisque Lorenzo Fertitta est passé du statut de membre de la NSAC à celui de propriétaire de l’UFC. Une situation jamais digérée par Bob Meyrowitz, gérant de la compagnie Semaphore Entertainment Group (SEG) à l’époque, convaincu que Fertitta lui a mis des bâtons dans les roues par pure collusion. Malgré le risque d’ambiguïté, le filon a depuis suivi son cours, à l’instar de Marc Ratner, passant à son tour du Nevada à l’Octogone en 2006. 

Comment mieux prendre en compte les dommages causés dans le pointage des scores ?

Si la contestation est omniprésente depuis plusieurs shows, on ne peut soupçonner les décisionnaires de lubies ou autres égarements. Les juges dénombrent des points précis : les frappes effectives, le grappling, la défense, le contrôle du ring et l’agressivité effective. Les problèmes d’appréciation les plus répandus sont liés aux deux derniers points, difficilement quantifiables et soumis à des sensibilités particulières. Ainsi dans la culture américaine, les amenées au sol et le maintien de la position montée sont des critères majeurs, héritage direct de la lutte, grande discipline universitaire. Ces mouvements ont-ils tendance à être surévalués ? C’est ici que le bât blesse, puisque certains combattants venant de la lutte, Jon Fitch et Georges Saint-Pierre en tête, sont accusés d’utiliser leur savoir-faire dans la seule finalité du contrôle, pour obtenir ainsi un succès à moindres frais. Dan Hardy a mis le feu aux poudres au mois de septembre en critiquant l’attitude de Nik Lentz face à Andre Winner, un de ses équipiers : « Lentz a passé trois rounds à s’accrocher aux jambes d’Andre (…) Lentz n’était pas là pour se battre » puis de préciser sa pensée : « Un combattant doit chercher à finir son combat. On devrait travailler pendant 15 minutes pour mettre son adversaire K-O ou le soumettre, ou améliorer sa position pour y arriver. Mais il y a beaucoup de combattants qui utilisent leur lutte juste pour tenir leur adversaire au sol pendant 15 minutes, sans même prendre le risque de faire du ground & pound ou de chercher une soumission. (…) C’est contre les règles. Les règles interdisent la « timidité », et quel terme décrit le mieux l’attitude qui consiste à rester accroché à son adversaire en attendant que l’horloge tourne, et sans vouloir infliger le moindre dommage ? » Le Brésilien Antonio Rogerio Nogueira, frère du célèbre Minotauro insiste lui sur les différences de conception d’une compagnie à l’autre, notamment entre le Pride et l’UFC : « L’UFC voue un culte à la mise au sol, même si les gars ne font pas grand-chose au sol, n’essaient même pas de te soumettre ou de te mettre K-O ». Nogueira prend pour exemple son combat perdu à la décision face à Ryan Bader « En ce qui concerne l’attribution des points, qui a infligé le plus de dommages ? Je pense que c’était moi ». S’il est logique que les fighters non-adeptes de lutte dénoncent cet aspect, leurs remarques acquièrent une certaine crédibilité lorsqu’elles sont adoubées par des spécialistes de la discipline. Ainsi Cole Miller a soutenu Dan Hardy tandis que le Danois Martin Kampmann, lutteur de formation et membre de la team Xtreme Couture, a corroboré les paroles de Nogueira au sujet de la trop grande importance accordée aux takedowns. Une des solutions serait donc de dévaloriser les amenées au sol lorsqu’elles se révèlent au final improductives. Mais, l’effet pervers de cette mesure se révèle être son côté discriminatoire envers les combattants issus de la lutte, discipline où l’on n’apprend pas à finaliser un combat. Le système de cartons jaunes sanctionnant l’inaction (et accompagné de déductions de salaire) a plutôt bien fonctionné au Pride, encourageant les finalisations. L’UFC y viendra-t-il un jour ? Peu probable. Toujours est-il que du côté des commissions sportives, la réflexion sur une refonte du système de notation commence à prendre forme. En Californie, des tests vont être effectués lors de rencontres amateurs. Principale expérimentation : un système de points plus axé sur les dommages que sur le contrôle. Une initiative qui pourrait faire des émules.

La notation au round est-elle la plus efficace ?

La plupart des organisations de MMA se basent sur le système de notations « au round » utilisé en boxe anglaise. Chaque reprise est notée individuellement puis, si le combat va jusqu’à son terme, les notes sont additionnées pour obtenir un score global. La convention veut que le combattant remportant le round obtienne un 10 et son opposant un 9. En cas de domination vraiment nette, les juges peuvent  descendre à 8 voire 7 le score de celui qui subit l’action. Cette possibilité devrait théoriquement permettre de distinguer un moment fort du combat, et aller au-delà du round gagné ou perdu. Malheureusement, la frilosité des juges à utiliser ce droit conduit à une forme de discrimination. Avec une meilleure prise en considération de son outrageuse domination au troisième round, Lyoto Machida aurait au moins accroché le nul face à Quinton Jackson, timide meneur des deux premières reprises. Même Josh Koscheck, littéralement surclassé par GSP à Montréal (voir notre review), n’a obtenu que des 9.

Lors du dernier StrikeForce, il a fallu que Benji Radach reste sur le ventre complètement inactif pour qu’il soit sanctionné d’un point en moins, et encore seulement dans deux rounds.

En opposition à ce précepte, la notation du match dans sa globalité permet de désigner un vainqueur selon un ressenti général. Par là même, les juges ne seraient pas prisonniers d’un système purement mathématique. Les décisions rendues auraient donc plus de chance de refléter les combats tels qu’ils se sont déroulés. Par exemple, mettre en avant la montée en puissance d’un fighter, ou se baser davantage sur les dommages physiques observables. En son temps, le Pride optait pour cette solution. Or ses shows ont produit au moins autant de décisions controversées que l’UFC. La première faille constatée au sein de la compagnie nippone était la tendance, par facilité, à conclure au match nul lorsque deux concurrents allaient au bout du temps imparti. Autre grand effet pervers de ce système, les juges pouvaient être tentés de rester sur leur dernière impression ou de trop valoriser un coup spectaculaire au détriment d’un ensemble. Qui sait si Mark Hunt ne doit pas sa victoire sur Wanderlei Silva, au Pride Shockwave 2004, à son improbable saut « fessier en avant » par-dessus la garde de son adversaire ? Cette action a provoqué un flottement dans la salle et sans doute marqué les esprits plus que de coutume. D’autres n’ont guère eu à se plaindre de ce choix d’arbitrage… les combattants japonais, souvent favorisés par l’indicible facteur local. Impossible ensuite d’aller demander des explications aux juges puisqu’ils ne possédaient pas de feuille de pointage !

Au final, quelques pistes d’amélioration existent, mais ne garantissent pas l’éradication totale des mauvaises décisions. En MMA comme dans tout sport, le facteur humain surpasse l’exactitude clinique. Aussi vrai que le mieux est l’ennemi du bien, le changement sans objectif n’est pas préférable à la stabilité.

Normal
0

21

false
false
false

FR
X-NONE
X-NONE

/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin:0cm;
mso-para-margin-bottom:.0001pt;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:10.0pt;
font-family: »Times New Roman », »serif »;}

Normal
0

21

false
false
false

FR
X-NONE
X-NONE

/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin:0cm;
mso-para-margin-bottom:.0001pt;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:10.0pt;
font-family: »Times New Roman », »serif »;}

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s