Poids légers, nouvelle catégorie reine ? (Top Fight n°4, Février 2011)

 En intégrant deux catégories réservées aux poids « plus » que légers, en l’occurrence les Featherweights (66 kg max) et les Bantamweights (61 kg max), l’UFC a envoyé un signal fort au marché du MMA américain. Cet acte n’est pas isolé. Ces divisions, autrefois l’apanage des fédérations japonaises, éclosent ici et là au pays de l’oncle Sam : du Bellator au Shark Fights en passant par le King of the Cage (légèrement dans l’excès avec ses 11 catégories de poids), les combattants légers sont à l’honneur. Comment expliquer ce nouvel engouement pour des fighters autrefois considérés comme les parents pauvres de la discipline ?

 

 

 

 

Les poids légers au pouvoir ?

Longtemps perçues comme des matchs de seconde zone, les confrontations de poids légers, au sens large du terme (des Bantamweights aux Welterweights), occupent désormais une place majeure lors des shows des grandes compagnies. Il n’est pas rare qu’elles soient le clou du spectacle, à l’image du récent Frankie Edgar/Gray Maynard de l’UFC 125. Ce duel épique postule déjà au titre de meilleur combat de l’année 2011, en attente d’autres nominés à cette distinction. Pas sûr que ceux-ci soient issus des catégories supérieures (des Middleweights aux Heavyweights) tant le calendrier est submergé par la vague des « petites » catégories. Comme une petite brise révolutionnaire qui vient souffler sur le MMA. Au début des années 2000, les matchs de Championnat de Jens Pulver, alors détenteur de la ceinture Lightweight de l’UFC, étaient souvent couplés avec des combats pour un titre Middleweight ou Light Heavyweight. Preuve que la compagnie ne croyait guère au potentiel de ce seul match en tête d’affiche d’un show. Pis, lorsque Pulver rompt son contrat avec la fédération en mars 2002, le titre de la catégorie somnole pendant plus de quatre ans, avant de retrouver un propriétaire en la personne de Sean Sherk. Cet important changement de cap trouve en partie son explication dans la nature des combats proposés. Plus souples, plus mobiles, plus endurants, plus imprévisibles, ces combattants déçoivent rarement. De surcroît, ces catégories tendent vers un nivellement par le haut, l’actuel embouteillage dans la file d’attente des challengers au titre de Frankie Edgar en témoigne : Gray Maynard, Clay Guida, Anthony Pettis, George Sotiropoulos ou encore Jim Miller. Aussi méritants les uns que les autres, tout le monde n’aura évidemment pas sa chance au sein de la division la plus fournie de l’organisation (plus de 70 fighters). Et si certains cherchent l’eldorado en descendant chez les plumes ou les coqs, ils doivent se rappeler que la route est minée par l’arrivée de l’écurie du WEC. José « Junior » Aldo et Dominick « Dominator » Cruz risquent bien de voir se succéder les prétendants à un rythme effréné au cours de l’année 2011. La concurrence est tout aussi vive dans l’ensemble des grandes organisations. Au StrikeForce, le double Champion Lightweight (également titré dans cette catégorie au WEC), Gilbert Melendez a brillamment résisté l’an dernier à la tentative d’unification amorcée par Shinya Aoki (Champion au Dream) mais devra composer avec les velléités de « belle » de Josh Thomson ainsi qu’au challenge du toujours invaincu Billy Evangelista. Au Bellator, Eddie Alvarez (Champion Lightweight) et Joe Warren (Champion Featherweight) n’ont pas encore eu l’occasion de défendre leur ceinture. Pour autant, interdiction pour eux de se reposer sur leurs lauriers puisque la compagnie prévoit un tournoi dans chacune de ces catégories le printemps prochain…

Miser sur les poids légers peut aussi être un moyen de se démarquer des concurrents. Ainsi le Cage Force a gagné en notoriété en se limitant à quatre catégories de poids, des coqs aux welters. Un choix astucieux de la part d’une des rares compagnies japonaises dotée d’une cage. Leur ancien Champion Bantamweigtht, Takeya Mizugaki, aujourd’hui à l’UFC après être passé par la case WEC, ne dira pas le contraire.

 

Poids légers = petite notoriété ?

Comment expliquer la faible exposition médiatique qui caractérisait les poids légers il y a de cela quelques années ? Point majeur qui revient sur le tapis : l’aspect presque trop « normal » des combattants entre 61 et 77 kg, en opposition au côté « extraterrestre » de certains membres éminents des catégories du dessus. On se pâme plus volontiers à la vue d’un « monstre » physique que devant un individu à qui l’on pourrait taper sur l’épaule comme un vieux pote. Ce constat a été éprouvé dans tous les sports de combat avant le MMA : Mike Tyson et Muhammad Ali sont reconnus du public, amateur de boxe ou non, à travers le monde quand Roberto Duran et Julio César Chavez jouissent d’une gloire moins universelle ; en judo, David Douillet a construit sa légende grâce à ses performances… accomplies dans la division poids lourds. Quid de la notoriété de Marc Alexandre et Benjamin Darbelet, pourtant tout aussi méritants ? Une vraie injustice persistant au-delà de toutes considérations purement sportives. À l’image du crédit accordé à des stars poudre aux yeux comme Bob Sapp, par des personnes connaissant le fight de manière lointaine. Est-ce que la donne est figée pour autant ? La parade pour laquelle peuvent opter les combattants de « petites » catégories, et leurs communicants, consiste à transformer leur défaut inhérent en qualité. En jouant par exemple sur leur côté plus humain et accessible, facteur d’identification pour l’amateur ou le pratiquant. À cet égard, Royce Gracie n’a sans doute jamais terrifié quelqu’un le croisant dans la rue mais a ouvert la voie à de nombreux fighters en herbe. À la vision des exploits du célèbre Brésilien, ils ont pu se dire : « Si lui l’a fait, je peux le faire ! ».

Ce problème physio-médiatique pourrait tout aussi bien être compensé par l’aspect très spectaculaire des oppositions dont nous abreuvent actuellement les leaders de la discipline. Ainsi, le super kick avec appui sur la cage d’Anthony Pettis lors du dernier WEC a fait le tour du monde, y compris en dehors des sphères du MMA. Quant à l’extraordinaire retour (quasi) gagnant de Frankie Edgar face à Gray Maynard, il n’est pas sans rappeler les plus mythiques séquences de Rocky. Peut-être ce match sera-t-il facteur d’encouragement à la persévérance pour des apprentis fighters, à l’image de la recrudescence des inscriptions dans les salles de boxe provoquée par le personnage de Sylvester Stallone en son temps.

 

Le changement de mentalité du public de MMA est-il un facteur explicatif de l’engouement pour les catégories de poids légers ?

À l’image de n’importe quelle compétition se mettant en place, le MMA moderne a connu des débuts balbutiants. Pas d’unicité de règles entre les différentes organisations, pas ou peu de catégories de poids, des limites de temps variables et surtout des grandes disparités de niveau entre les fighters. Dans les années 1990, de nombreux spécialistes d’une seule et unique discipline ont cru à tort qu’ils pourraient rivaliser sur le long terme, alors qu’ils exerçaient dans LE sport mixte par excellence. Les discours de promotion des premiers UFC, inutilement choquants et quelque peu primaires (allant jusqu’à se féliciter des blessures contractées par les combattants), associés à l’aspect bestial d’organisations désormais défuntes comme l’IVC (International Valetudo Championship) au Brésil, ont constitué un véritable repoussoir pour les amateurs d’arts martiaux nobles. En regardant les shows de cette époque, on est envahis par l’impression, en partie fondée, que les combats proposés ne concernent qu’une frange réduite de personnes. En l’occurrence, ce type d’Américains que l’on stigmatise souvent sous le terme péjoratif de redneck. Comprendre par là des individus peu instruits, chauvins et portés sur la boisson plus que de raison. Lors des années 2000, l’UFC version Zuffa a mené une véritable campagne de réhabilitation du MMA, largement suivie par les compagnies ayant éclot depuis. Sans que la moindre mesure discriminatoire soit prise à l’encontre de ces supposés « arriérés », la fréquentation des évènements s’est élargie à un public beaucoup plus diversifié.

Aujourd’hui, aux États-Unis, au Japon ou dans tout autre grand pays sensibilisé et informé sur le MMA, on va voir les shows en couple, en famille parfois. Les amateurs de fight ne se catégorisent pas non plus par une seule classe d’âge, seule la passion les unit. Le cliché du mâle viril enchaînant les bières tout en réclamant la mise à mort d’un des concurrents n’a plus raison d’être. Pendant que les fighters deviennent plus techniques et performants, les spectateurs approfondissent leurs connaissances et témoignent d’une vraie maturité. Leur intérêt n’est pas porté sur l’odeur du sang, leur plaisir ne se limite pas à voir des K-O expéditifs. Désormais, il y a une attente et une appréciation vis-à-vis des belles chorégraphies martiales et non une volonté de voir deux mecs se détruire. Les splendides projections soulèvent un stade, les retournements de situation au sol sont acclamés, les diverses prises de soumission sont décortiquées sous tous les angles. Distinction est aussi faite entre un match se terminant à la décision et un combat ennuyeux, qui ne sont pas nécessairement les mêmes. Quoi de plus cohérent que ce public d’experts se tourne davantage vers des affrontements plus pointus techniquement ? Comme le disait récemment Dana White, « il n’y a pas de voitures qui brûlent aux alentours du lieu des shows ». On ne peut pas en dire autant à la sortie de certains stades de France et de Navarre.

 

Le flottement des autres catégories est-il le meilleur allié des poids légers ?

Et si l’avènement des combattants légers n’était que la conséquence de la perte de vitesse des catégories habituellement dominantes ? Malgré son statut mythique, la division des poids lourds peine à établir une hiérarchie claire et incontestable. En dépit d’une victoire sur Randy Couture et deux défenses de titre victorieuses, Brock Lesnar n’a pas récolté la reconnaissance attendue. Ni plus ni moins qu’Alistair Overeem au StrikeForce, et désormais au Dream, une compagnie qui n’a pas jugé utile de désigner un Champion Heavyweight jusqu’à la fin de l’année dernière. Le problème réside avant tout dans la grande disparité du niveau, des excellents combattants côtoient des hommes recrutés principalement pour leur aspect physique et leur côté bancable. De nombreux combats sont organisés par défaut, sans qu’une logique sportive se dessine, à l’instar de la désignation de Todd Duffee comme adversaire d’Overeem au Dynamite !. Difficile aussi de distinguer des leaders quand un combattant limité techniquement peut, par sa puissance, obtenir un K-O face à un adversaire objectivement plus complet que lui. La catégorie-reine souffre d’un autre grand mal : le manque de renouvellement. À l’image de la division poids lourds du StrikeForce, très attractive mais essentiellement composée d’anciennes gloires. Ce problème de régénération touche aussi, de manière moins flagrante, les divisions Light Heavyweight et Middleweight. Nouvel indice au vu de la liste des prétendants aux ceintures prochainement remises en jeu par les deux plus grandes fédérations en activité : Rashad Evans, Dan Henderson, Robbie Lawler, Vitor Belfort… soit des hommes chevronnés détenteurs de titres importants par le passé. Constat étonnant que celui de voir ces divers Championnats être confisqués par une portion réduite de fighters. D’autant qu’aucun des Champions concernés, si l’on excepte Anderson Silva, n’a suffisamment dominé sa catégorie pour que l’on puisse estimer le nombre de ses concurrents épuisé.

En ce qui concerne la seule division Heavyweight, les choses étaient en bonne voie au début de l’année avec l’annonce d’un tournoi au StrikeForce et l’imminence du duel Cain Velasquez/Junior Dos Santos. Hélas, la malchance mêlée aux restrictions imposées par les commissions sportives conduit ces deux augures dans une forme d’impasse. Velasquez blessé, son adversaire prédestiné accepte le risque de remettre son accessit en jeu contre Brock Lesnar. Une victoire de ce dernier consisterait en une sorte de marche arrière puisqu’elle priverait les fans d’un match très attendu. De même, le choix du SF de mettre en lice une ceinture de « Champion du tournoi » plutôt qu’imposer des défenses de titre successives rajoute du flou à une situation déjà suffisamment opaque. Imaginons que Werdum prenne le meilleur d’entrée de jeu sur Overeem mais se révèle indisponible pour la suite du tournoi, laissant le champ libre à Fedor Emelianenko ou un autre candidat au gain du tournoi. À qui accorder par la suite un title shot face au Terminator néerlandais ?

Nul ne sait combien de temps durera l’âge d’or des combattants légers mais la conjoncture actuelle laisse augurer de belles années de domination.

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