Pride 4 ans déjà, la nostalgie toujours là (Top Fight n°8, Septembre-Octobre 2011)

Entre la productive fusion UFC/WEC, l’existence préservée de StrikeForce comme une entité « indépendante » majeure et l’émergence progressive d’autres terrains de jeu, le niveau général du MMA n’a jamais été aussi élevé. Pourtant, une importante frange du public, particulièrement en France, garde au fond de son cœur une place à part pour le Pride, fédération japonaise qui a concurrencé l’UFC de 1997 à 2007. Un sentiment d’apparence paradoxal puisqu’on retrouve dans les compagnies actuelles pratiquement tous les combattants passés à l’époque par le pays du Soleil Levant. Mais la magie du Pride allait bien au-delà des affiches proposées…

 

 

 Certes, il y a ces coups de genou que l’on peut porter à partir de n’importe quelle position, certes il y a les stomps et autres soccer kicks grâce auxquels la Chute Boxe a bâti sa légende, certes les spectaculaires sauts par-dessus la garde nous ont fait écarquillés les yeux plus d’une fois, quant au premier round de dix minutes, il a incontestablement contribué à l’aspect dantesque des matchs. Cependant, les variations du Pride par rapport aux règles unifiées du MMA ne peuvent expliquer à elles seules son succès. Étonnamment, c’est dans le domaine du spectacle et de la mise en scène… à l’américaine que la compagnie japonaise a supplanté les autres grosses cylindrées de l’époque.

 

Des combattants starisés comme nulle part ailleurs

 Tout commence avec l’écho des tambours, accompagnés puis progressivement couverts par une musique à la mélodie entêtante : l’hymne du Pride Fighting Championships ni plus ni moins. Un thème soyeux et guerrier à la fois, bien en phase avec les qualités de coeur requises pour monter sur le ring. Parfois, le thème est directement joué par un orchestre symphonique présent sur place. Les violons sont de sortie mais pas de larmes au programme, si ce n’est de joie.                                                                                                    Durant l’introduction du show, tous les protagonistes de la soirée s’alignent aux abords de la rampe d’accès ou sur les structures à l’allure d’échafaudages, de part et d’autre de l’écran géant. Entrent alors en piste les annonceurs qui égrènent alternativement leurs noms, à mesure que les spots éclairent leurs visages. Si l’homme se contente de citer les concurrents de manière formelle, son alter ego féminin (la fameuse Lenny Heart) dévoile une puissance vocale exceptionnelle. Un sens de l’emphase qui transcende les acclamations du public et élève les fighters au rang de demi-dieux. Notons au passage qu’en plus de cette entrée en matière, les annonces sont renouvelées au moment de l’avancée sur la rampe des combattants, au sein du ring, après l’affrontement pour le vainqueur et parfois une ultime fois en fin de gala, les acteurs de la soirée étant rassemblés à nouveau pour saluer le public. Chaque gagnant se voit même gratifié d’un trophée symbolique, le plus souvent une  petite coupe. Nul besoin d’être Champion pour être décoré, et par extension pour rester dans la mémoire des gens.

 

 Animations et rituels propres

 Dès ses débuts, le Pride a pris le parti de se démarquer du modèle dominant qu’était l’UFC. La différence la plus visible de prime abord est l’utilisation du ring, mais elle  est mineure puisque cette surface a toujours été privilégiée par les organisations nippones, malgré les problèmes pratiques que cela engendre. En revanche, les procédés utilisés quant à la présentation des évènements sont primordiaux. Loin des clips répétitifs de l’UFC où les deux opposants réalisent des « déclarations-chocs » sur fond noir et blanc, les vidéos du Pride se distinguent par un surplus de créativité et une véritable contextualisation/personnalisation du match à venir. Parfois poussée à son paroxysme selon les fighters.  Exemple magistral lors du Pride Grand Prix 2005 Final Round avec le clip précédant le match de Championnat entre Fedor Emelianenko et Mirko Cro Cop. À travers les images d’une Croatie sinistrée, de la tombe de son père (mort sur le front) et des conditions rudimentaires dans lesquelles vivait la famille Filipovic, Cro Cop est présenté comme un rescapé, un homme en mission. Ainsi, sa vie et sa carrière semblent avoir été entièrement tournées vers la conquête de ce Graal. Quant à Fedor, sa figure froide et impitoyable de Champion invincible est exploitée au maximum. Ainsi le voit-on suivre d’un oeil critique la défaite de son frère, Aleksander, face à son futur challenger. Au lieu d’être anecdotique, la vengeance familiale vient pimenter un peu plus l’affrontement. L’apogée de ce processus narratif est atteint lors de l’ultime rencontre entre le même Fedor et Rodrigo Nogueira. La vidéo démarre ni plus ni moins que sur la naissance (!) aux deux extrémités du monde des deux adversaires, s’en suit une série de diapositives montrant simultanément leur croissance respective par le biais du split screen. Vous n’êtes pas dans 24 heures chrono mais bien dans une des plus grandes compagnies d’arts martiaux au monde et le spectacle est tout autant au rendez-vous. D’ailleurs, une cohérence se dégage de ces vidéos et donne l’impression de suivre édition après édition un véritable feuilleton.

 Autre reflet des ressorts dramatiques du Pride : l’utilisation de musiques épiques qui n’ont rien à envier aux bandes originales composées par Ennio Morricone. Aussi bien le thème d’ouverture précédemment cité que celui retentissant à la fin des combats lorsque ceux-ci s’achèvent avant la limite. En termes de frisson, la seule comparaison tenant la route est l’émotion ressentie par un supporteur de foot à l’écoute de l’hymne de la Champions League. De quoi rester solidement accroché devant son écran ou sur son siège pour les plus chanceux. Même entre deux rounds, le rythme est préservé par un interlude musical. Pour sa part, l’après-match ne donne pas lieu à une miniinterview formatée façon UFC mais laisse souvent place au seul vainqueur, voire au perdant, au centre du ring. Le concerné prend le micro et s’adresse directement au public. Que ce soit pour défier un adversaire, remercier ses adeptes ou commenter sa performance du soir. Un moment de communion qui consacre le combattant dans un rôle de messie.  

 

 

 Arts-martiaux, manga et jeux-vidéo

 Dans sa volonté de mettre en exergue tous les éléments pouvant prêter au spectaculaire, le Pride n’a rien négligé. Distinguer encore plus un match de Championnat ou une finale de tournoi ? Pour cela, jouer les hymnes nationaux des deux participants concernés s’avère très efficace. Un luxe dont se prive l’UFC puisqu’il n’autorise pas leur exécution, Cheick Kongo est bien placé pour le savoir puisqu’il a dû renoncer à La Marseillaise pour son entrée face à Pat Barry. Obtenir les meilleurs angles de vue ? Possible aussi en mettant à contribution les arbitres, munis d’une minicaméra reliée à un casque autour de leur tête. Booster l’intérêt d’une rencontre à faible suspense entre une star de l’organisation et un combattant peu chevronné ? Pas de problème non plus, ce dernier est d’autant plus glorifié pour son sens du sacrifice et pour sa capacité à remettre au goût du jour le mythe de David contre Goliath. 

 Au fil du temps, chaque fighter affirme sa personnalité et ses traits de caractère sont volontairement amplifiés. Qu’arrive-t-il alors si l’on a affaire à un homme silencieux et peu expansif dans la victoire à l’image de Fedor ? Tout simplement la construction d’une légende, en contrepoint des excentricités de certaines stars locales comme Kazushi Sakuraba et Naoya Ogawa. Ainsi, le Pride parvient à créer de vrais samouraïs des temps modernes, des héros quasi fictionnels mais néanmoins humains, acclamés dans la victoire comme dans la défaite. Le public justement, joue un grand rôle pour expliquer le climat si particulier des évènements. Empreints de culture martiale, les Japonais se montrent volontiers silencieux et observateurs lors des phases techniques puis explosent lorsque les deux guerriers marquent un temps d’arrêt. Le soutien envers les combattants du terroir est naturellement exacerbé, surtout lorsque un Kazuyuki Fujita tente de déboulonner la statue Fedor ou un Sakuraba de mettre un terme à sa série noire contre Wanderlei Silva. Mais bien que patriote, la foule se montre fair-play et reconnaît la valeur des fighters d’où qu’ils viennent, au point de véritablement les aduler.

 Cette culture martiale s’inscrit en complément du côté sophistiqué et hypermoderne des galas. Les effets pyrotechniques, les entrées en grande pompe, les montages syncopés ou classieux façon bande-annonce de cinéma n’altèrent en rien la valeur sportive. Au contraire, ils la transcendent. De la même manière qu’un bon cadrage et des statistiques rendent plus appréciable une rencontre de foot télévisée, la mise en scène autour des affrontements du Pride élève au firmament les arts martiaux.

 

 

 Bien qu’il soit courant aujourd’hui de remettre en cause le niveau du Pride en vertu des résultats de certains ténors de l’organisation depuis 2007, on ne peut nier l’impact de celle-ci sur le monde des arts martiaux. Une place à part que ni le Dream ni le Sengoku n’ont comblée.

Un seul remède contre le manque : se replonger dans les 68 shows-témoignages de cette époque. Nombre révolutionnaire pour une compagnie qui ne l’était pas moins.

Normal
0

21

false
false
false

FR
X-NONE
X-NONE

/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin:0cm;
mso-para-margin-bottom:.0001pt;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:10.0pt;
font-family: »Times New Roman », »serif »;}

Le cinq majeur du Pride

§     Fedor Emelianenko

 

                                             Faits d’armes : Entre 2002 et 2006, The Last Emperor a décimé toute la concurrence dans la catégorie poids lourds, d’Heath Herring à Mirko Cro Cop, en passant par Antonio Rodrigo Nogueira, Mark Coleman, Gary Goodridge ou Kevin Randleman.

 

                                             Statistiques au Pride : 14 victoires, 1 no contest

 

§     Antonio Rodrigo Nogueira

 

                                             Faits d’armes : Premier Champion poids lourds de l’organisation, Minotauro s’est illustré en plaçant des soumissions à presque tous ses opposants. Fedor reste sa seule bête noire.

 

                                             Statistiques au Pride : 17 victoires, 3 défaites, 1 no contest

 

§     Mirko Cro Cop Filipovic

 

                                             Faits d’armes : Son style incomparable et ses spectaculaires K-O à base de high kicks l’ont distingué fortement de Nogueira et Fedor. Bien qu’il n’ait conquis la ceinture majeure, Cro Cop a conclu son cycle au Pride en remportant le tournoi Openweight de 2006, mieux qu’un lot de consolation.

 

                                             Statistiques au Pride : 18 victoires, 4 défaites, 2 nuls

 

§     Wanderlei Silva

 

                                             Faits d’armes : Tout simplement la terreur de la compagnie, l’homme qui révulse et fascine à la fois. Grâce à son style résolument dynamique, Wanderlei est devenu l’un des tout meilleur fighter des années 2000. Il peut compter sur le soutien indéfectible de ses fans malgré des performances mitigées depuis son arrivée à l’UFC.

 

                                             Statistiques au Pride : 22 victoires, 4 défaites, 1 nul, 1 no contest

 

§     Kazushi Sakuraba

 

                                             Faits d’armes : Une imprévisibilité réjouissante, une attitude enjouée et décalée, une icône nationale, une gloire sportive, Saku est tout ça à la fois. Notamment grâce à ses quatre succès de rang sur des membres de la famille Gracie. Autres victimes prestigieuses à son tableau de chasse : Vitor Belfort, Carlos Newton, Quinton Jackson,…

 

                                             Statistiques au Pride : 18 victoires, 8 défaites, 1 nul

 

 

Moments cultes et petites anecdotes

 Que vous ayez connu le Pride de son vivant ou pas, vous êtes sans doute tombés sur ces séquences, pour la plupart passées à la postérité. Du slam atomique de Quinton Jackson face à Ricardo Arona au pugilat en mode hockeyeurs Don Frye-Yoshihiro Takayama en passant par les K-O radicaux infligés par Igor Vovchanchyn et l’effondrement de Rampage sur la première corde suite à un redoutable clinch muay thaï de Wanderlei Silva. Il y a aussi des épisodes réjouissants ou rocambolesques qui défient le cadre sportif : la candeur d’un Kazuhiro Nakamura envoyant paître son kimono par-dessus les cordes en plein combat, la folie furieuse de Mark Coleman lorsqu’un arbitre s’interpose pour mettre fin à son combat contre Shogun (ce dernier s’étant démis le coude), la malchance de Mark Kerr s’auto-assommant sur un takedown contre Yoshihisa Yamamoto ou encore le second degré d’un Sakuraba accoûtré successivement de masques, d’un ensemble en cuir très Village People et de la tenue de Super Mario Bros.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s