Question de la rédac’ : Brock Lesnar peut-il revenir au sommet ? (Top Fight n°9, Novembre-Décembre 2011)

Cette fois c’est acté, l’ancien Champion poids lourds de l’UFC devrait effectuer son retour dans l’Octogone avant la fin de l’année. Face à lui Alistair Overeem, ancien Champion du StrikeForce, est déterminé à signer une arrivée fracassante. Superbe opposition de styles en perspective.  Mais avec Brock le scepticisme est de mise. Remis à de multiples reprises par le passé, ses combats, quand ils n’ont pas bonnement été annulés (tel le Dos Santos vs Lesnar de cette année), n’ont jamais déçu en terme d’engagement. Lesnar a démontré une capacité d’adaptation au MMA sans précédent (ni suite pour l’instant) pour un homme passé par le catch. Calmé de mains de maître par Cain Velasquez, il est depuis absent des surfaces de combat. Beaucoup croient que son heure de gloire est définitivement passée, d’autres qu’il sera capable de stupéfier le monde du fight une nouvelle fois. C’est plus que jamais le moment de faire le point sur la situation.

 

 

OUI Abonné aux retours gagnants

 Pour tout combattant, la régularité est l’indispensable condition de la réussite. Et pourtant Brock semble défier cette loi physiologique. Il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se fait rare. Le même film s’est produit à deux reprises devant des yeux ébahis. Donné nettement perdant par les bookmakers, l’ancien catcheur a survolé son combat revanche contre Frank Mir lors de l’historique UFC 100. Retardée à maintes reprises, notamment à cause du virus de la mononucléose contracté par le Champion universitaire de lutte, la défense du titre contre Shane Carwin a établi Lesnar comme un homme courageux et quasi indestructible. Cette fois-ci, ce sera sa plus longue interruption (14 mois), à supposer qu’il réponde présent le jour J. Aujourd’hui encore, des rumeurs évoquent une vive activité dans les coulisses de l’UFC quant à un éventuel remplacement de dernière minute de la star des poids lourds.

 

 

NON Unidimensionnel

 Cain Velasquez est spécialiste de lutte et déploie une des meilleures boxes du circuit, Junior Dos Santos est lui aussi un grand striker et possède une ceinture marron en jiu-jitsu brésilien, Frank Mir est ceinture noire de kenpo karaté et roi des prises de soumission, quid de Lesnar  ? Une lutte surpuissante… et rien d’autre ou presque. Dans un sport qui place la polyvalence comme condition sine qua non de la réussite, exceller dans un seul domaine est insuffisant à terme. Le style inhabituel de Brock a par le passé surpris et décontenancé  la plupart de ses opposants, mais il a depuis été étudié sous tous les angles. L’entame de combat contre Cain Velasquez est symptomatique : une fois ses tentatives de takedowns annihilés, le tenant du titre a dû se résoudre à accepter le plan de match de son challenger. Faute d’une certaine créativité, Lesnar a échangé en mode boxeur contre la star latino-américaine et la punition ne s’est pas fait attendre. Récemment, une autre star a vu ses objectifs partir en fumée à cause de sa nature unidimensionnelle. Il s’agit de Quinton Jackson, incapable de varier d’un iota sa stratégie face à Jon Jones. Rampage a cherché un contre qui n’est jamais venu et le piège s’est refermé sur lui. Depuis, il parle de bifurquer en boxe anglaise. Espérons pour Brock qu’il n’ait jamais à évoquer un retour en lutte par défaut.

 

OUI Main-eventer naturel

 Si Malabar se cherchait une icône pour vendre ses chewing-gums, Brock serait à n’en pas douter la cible des convoitises. Tout droit sorti d’un univers BD fantasmatique, le natif de Webster a ce petit plus dont les autres stars de l’organisation ne peuvent se prévaloir : un charisme, une aura, une prestance, appelons cela comme on voudra, mais cette force constitue  un formidable accélérateur de carrière. D’emblée, Brock est destiné à n’affronter que des grands noms. Ainsi il monte plus vite dans la hiérarchie que n’importe qui, car n’a pas de combat de transition à livrer. En prime, Brock possède un sens du spectacle, une aisance au micro et un art de la polémique qui garantissent de gonfler l’intérêt d’un affrontement. Même s’il devait essuyer une deuxième défaite consécutive en décembre prochain, Lesnar ne serait pas réduit à affronter un combattant émergent. Seul un rival crédible du top 10 peut donner le change en termes de promotion du match. De fait, Lesnar n’est pas soumis aux mêmes lois que ses confrères.

Certes, être une des stars les plus vendeuses du circuit ne lui garantira pas éternellement une place en haut de la carte. Elle lui certifie néanmoins l’immunité contre un licenciement en cas de série de trois revers et le met à l’abri d’une présence en carte préliminaire.

 

NON La concurrence s’amène  

 Lorsque Brock défend son titre en octobre 2010 sur la scène californienne d’Anaheim, il incarne le meilleur poids lourds du moment à l’UFC mais pas nécessairement le plus performant toutes compagnies confondues. En effet, l’organisation-leader peine depuis longtemps à construire une catégorie Heavyweight digne de ses autres branches. Une quête qui devrait trouver une issue favorable avec l’intégration progressive des grands noms de StrikeForce. Alistair Overeem sera donc le premier candidat de la liste à barrer la route à Lesnar. D’autres sont sur le point de le rejoindre tels Fabricio Werdum, Antonio Silva voire Sergei Kharitonov et, qui sait, Josh Barnett, plus fort que jamais, mais toujours en délicatesse avec Dana White. Ne parlons même pas des jeunes poids lourds révélés lors des StrikeForce Challengers : Shane Del Rosario, Lavar Johnson, Chad Griggs ou le finaliste du Grand Prix Daniel Cormier.

Face à ce véritable déboulé de sang frais, Lesnar gardera-t-il son sang froid ?

 

 

OUI Travailleur acharné

  Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, on ne peut nier que Lesnar , tel un bon vin, s’est bonifié avec le temps. En l’espace de quatre ans, l’ancienne star du catch a grandement appris et a tiré les conclusions qui s’imposaient. D’un point de vue technique d’abord, il a démontré qu’il s’entraînait dans toutes les disciplines composant les Mixed Martial Arts. S’il est encore loin de pouvoir se prétendre combattant complet, il a acquis de bonnes bases en un temps record. En témoigne son Arm Triangle Choke salvateur contre Shane Carwin ou sa tentative de clé Kimura, bien qu’infructueuse, contre Cain Velasquez. En parallèle, son comportement d’ensemble a aussi connu une évolution positive. D’abord arrogant et très empreint des codes spécifiques au catch (par exemple remettre de l’huile sur le feu quand la foule vous hue), Brock se convertit rapidement à son nouvel univers, aborde ses combats avec davantage de stratégie au lieu de compter sur sa seule puissance. Davantage de modestie aussi. Fini l’assurance désinvolte qui lui coûta si cher lors de sa première rencontre avec Frank Mir. À l’heure actuelle, Brock accentue ses séances d’entraînement en kickboxing pour pouvoir apporter du répondant à Alistair « Demolition Man » Overeem. Et comme il paraît que le travail finit toujours par payer…

 

 

 

NON Un physique fragile 

 Dur à croire à première vue et pourtant il faut bien le dire : le talon d’Achille de Brock Lesnar est  son corps. Depuis ses débuts à l’UFC, le géant a été perturbé par les blessures puis par la maladie. Conséquence en chiffres : six combats livrés en quatre ans (sept si l’on considère que le choc contre Overeem aura lieu). Peu. Trop peu pour un homme de 34 ans visant une reconquête à court terme. Dans le détail, le constat est encore plus inquiétant : après une année 2008 menée au rythme standard de l’UFC, à savoir trois affrontements, Lesnar apparaît de manière de plus en plus espacée.   En supposant qu’il vienne à bout d’Overeem, Brock n’aura ni le temps en sa faveur ni le droit à l’erreur. Si son corps venait à donner de nouveaux signes de fatigue, d’autres fighters seraient en droit de réclamer le match pour le titre. À commencer par le vainqueur de l’opposition Frank Mir/Rodrigo Nogueira prévue le 10 décembre prochain. Le risque encouru alors est de passer à la trappe, faute de pouvoir aider les calendriers des fighters concernés à concorder. On pourrait appeler cela le syndrome Rashad Evans, toujours à la pêche au match de Championnat Light Heavyweight prés de deux ans après en avoir acquis le droit.

 

Les adversaires de rêve

 En partant du principe que Brock Lesnar signera un retour d’envergure à la fin de l’année, de nombreux combats de prestige pourraient baliser son chemin, titre Heavyweight en jeu ou non.

 

 JUNIOR DOS SANTOS

 Cet affrontement, prévu à l’origine en juin dernier, découlerait d’une certaine logique en cas de défaites cumulées du Brésilien face à Velasquez et de Lesnar devant Overeem. En effet, puisque le Champion en titre devrait rencontrer dans le premier tiers de 2012 le vainqueur de la confrontation entre l’américain et le néerlandais, il serait logique que les deux perdants se retrouvent dans « un match pour la 3e place ».

 

 RODRIGO « MINOTAURO » NOGUEIRA

 Là aussi une rencontre historique à plus d’un titre. Le héros brésilien et ses fans n’ont toujours pas digéré qu’en 2008 le chouchou de Dana White obtienne une chance prématurée à la ceinture, alors même que Minotauro s’était emparé du titre intérimaire face à Tim Sylvia. Une opposition qui s’annonce équilibrée puisque les deux ont connus la défaite face aux mêmes hommes : Frank Mir et Cain Velasquez.

 

 ANTONIO SILVA

 Certes Bigfoot a déçu en demi-finale du StrikeForce Grand Prix, certes ce n’est pas le combattant le plus esthétique qui soit, certes son cardio laisse à désirer, mais les matchs entre géants sont toujours porteurs. Ce serait aussi l’opportunité pour Silva d’accrocher une deuxième star emblématique après Fedor. Du point de vue de Brock, ce serait une situation inédite : faire face à un homme aussi massif que lui.

 

 JOSH BARNETT

 Un duel qui aurait fière allure. Si Barnett règle ses bisbilles avec Dana White, ce choc pourrait bien se concrétiser très vite. Rien ne résiste au Warmaster en ce moment, logique favori de la finale du StrikeForce Grand Prix. Lesnar saurait-il mettre fin à son habitude de dominer les combattants à l’allure monstrueuse (Semmy Schilt, Mark Hunt, Jeff Monson,…) ?

 

 MIRKO CRO COP

 Cette éventuelle joute est davantage du domaine du fantasme : voir deux icônes de ce sport face à face. Le très relatif intérêt sportif de la chose classe cette rencontre dans la catégorie hautement improbable. Mais jusqu’ici l’UFC nous a habitués à une grande clémence avec le Croate alors qui sait…  

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