Question de la rédac’ : Que sont les challengers devenus ? Quels sont les challengers de demain ? (Top Fight n°13, Août-Septembre 2012)

Comment revenir le plus rapidement possible dans la lumière, quand on n’est pas parvenu à décrocher la palme ? Avec l’élargissement de l’écurie UFC, il est de plus en plus improbable d’obtenir une nouvelle opportunité comme au temps des Pedro Rizzo ou Randy Couture. Panorama catégorie par catégorie sur ces hommes qui rongent leur frein dans l’ombre, et sur ceux qui risquent bien de les y maintenir.

 

Poids Lourds : Après Velasquez, le désert ?

 

À tout seigneur tout honneur, nous analyserons d’abord la catégorie reine. Perturbée par de nombreuses blessures depuis deux ans (Lesnar, Carwin, Velasquez, Nogueira…), elle ne présente pas une hiérarchie très claire. Sinon que deux hommes se situent une strate au-dessus des autres : le Champion Junior Dos Santos et celui à qui il accordera une revanche prochainement, Cain Velasquez. Par son échec, Frank Mir a rappelé la différence qu’il existait entre la vieille garde, concentrée sur une stratégie unique, et la nouvelle génération, beaucoup plus polyvalente et souple niveau game plan. Le Champion de jiu-jitsu fait figure de dernier des mohicans, avec lui ce sont les ultimes espoirs des leaders d’hier qui s’envolent. Malgré un seul échec récent, Cheick Kongo est repassé au fond de la file d’attente, dans laquelle ne semble plus se trouver non plus Rodrigo « Minotauro » Nogueira, pourtant excellent, à une gourmandise près, contre Mir. L’UFC osera-t-elle donner un accessit à Mark Hunt, cerise sur le gâteau de son incroyable retour de flamme à 38 ans ? Niveau jeunes pousses, l’élan de Mike Russow vient de se briser (et de quelle manière !) face à Fabricio Werdum, tandis que Travis Browne continue d’étrenner son invincibilité tranquillement. Il est cependant dommage que pour son sixième combat dans l’Octogone la compagnie n’ait trouvé personne d’autre que Ben Rothwell à lui opposer le 4 août prochain. Rien de tel pour stagner un peu plus. Sur la même ligne, l’autre invaincu de service se nomme Stipe Miocic, remarquable boxeur et lutteur dont huit des neuf succès (trois à l’UFC) sont intervenus avant la limite. Fin septembre, il fera face à son premier gros test nommé Stefan Struve. Le manque de profondeur de la division (moins de 30 combattants) peut contribuer à ouvrir la porte à celui qui enchaînera deux ou trois victoires de manière convaincante. Reste à savoir si ce sera l’aspect spectaculaire ou l’importance des figures vaincues qui primera. 

 

 

Lourds-Légers : Jones va-t-il quitter le navire ?

 

Que dire qui n’ait pas déjà été dit sur l’emprise de Jon Jones dans cette catégorie ? Sinon qu’elle est responsable des principaux maux de tête de Joe Silva, matchmaker principal de l’UFC. Depuis le règne de Chuck Liddell, le problème ne se posait pas puisqu’un Champion avait tendance à chasser l’autre. Ainsi ils sont nombreux à avoir touché au titre dans ce laps de temps. Or Bones vient de surclasser quatre de ces anciens tenants du titre. Qui peut prétendre l’inquiéter aujourd’hui ? Dan Henderson évidemment (cf dossier dans Top Fight n°12), mais encore ? Le serpent n’a pas fini de se mordre la queue dans cette catégorie, car sauf accident de parcours, Mauricio Rua pourrait revendiquer bientôt le statut de challenger. Particulièrement dans le cas où le lutteur olympique de 42 ans réaliserait l’exploit. Les fans et Dana White ont déjà exigé une revanche de l’historique Hendo/Shogun de l’UFC 139. Le nouvel auréolé devra mettre un point d’honneur à confirmer sa supériorité sur le Brésilien. Cependant, nous croyons davantage à une nouvelle défense efficiente de Jones, de laquelle pourrait découler sa montée en poids lourds. Une perspective qui relancerait à la fois sa nouvelle division et celle qu’il viendrait de quitter. Pour talentueux qu’ils soient, Alexander Gustafsson, Phil Davis voire Glover Teixeira sont encore un peu tendres pour affronter l’élite des Light Heavyweight. Idem pour Ryan Bader, précédente victime de Jones, bien que son test face à Lyoto Machida début août nous en dise un peu plus. Avec le probable départ de Jones, un homme pourrait tirer son épingle du jeu : Rogerio Nogueira, jamais défait de manière radicale depuis son arrivée dans l’Octogone, à condition qu’il se remette de ses vieilles blessures. On ne peut écarter de la course un homme qui compte deux victoires sur Alistair Overeem et a exécuté une brillante clé de bras sur un certain Dan Henderson.

 

 

 

Moyens : Une division qui peine à se renouveler

 

L’engouement provoqué par la revanche Anderson Silva/Chael Sonnen ne peut suffire à camoufler le ronronnement dans lequel se trouve la division des 84 kg. Devant l’absence de têtes d’affiche, Dana White a d’ailleurs accéléré le recrutement du Champion du Bellator, Hector Lombard. Parions d’ores et déjà qu’il en sera de même pour le Champion actuel du StrikeForce. Selon le même principe qui a vu le retour de Dan Henderson en Light Heavyweight et Nick Diaz en Welterweight, ainsi que l’absorption de l’ensemble des heavyweights de la compagnie de Scott Coker. Seul Gilbert Melendez a été convié à rester défendre son titre au SF, logique vu le nombre d’aspirants à la galette lightweight (voir par ailleurs).

Si aucun accident de parcours d’ici là, Lombard est le challenger tout désigné. Mark Munoz et Chris Weidman montent en puissance, mais ils ont été ralentis, le premier par une blessure, le deuxième par son manque d’attrait commercial. Quid des précédents challengers d’Anderson Silva ? Travis Lutter ? Porté disparu. Rich Franklin ? Trop limité comme l’a montré son duel face à Wanderlei. Nate Marquardt ? Il est maintenant membre officiel du StrikeForce. Demian Maia ? Il est descendu en welters. Thales Leites ? Il s’épanouit à travers le monde et détient notamment une ceinture au Superior Challenge en Suède. Patrick Côté ? Tout juste revenu à l’UFC. Et Yushin Okami dans tout ça ? Le buzz concernant le premier asiatique à pouvoir prendre une ceinture majeure en MMA est vite retombé. Paralysé face au Spider, il a ensuite perdu contre moins fort que lui, à savoir Tim Boetsch. Son temps est donc bel et bien passé. En réalité, un seul des anciens prétendants paraît en mesure de renaître une nouvelle fois de ses cendres, Vitor Belfort. Sa défaite via Front Kick express à l’UFC 126 n’a pas remis en cause son talent. Depuis, deux succès très convaincants sont venus renforcer sa position (Yoshihiro Akiyama et Anthony Johnson). Sans sa blessure, il aurait sans doute épinglé Wanderlei Silva pour la deuxième fois de sa carrière. Rajoutez à cela la force de la symbolique autour d’une éventuelle course au titre d’un des derniers UFC Originals, et vous détenez le prétendant idéal. À moins qu’un autre « sempiternel » membre de l’écurie vienne mettre son grain de sel, Alan Belcher, qui vient de court-circuiter les ambitions de Rousimar Palhares.

 

 

 

Welters : GSP plus en danger que jamais ?

 

C’est entendu, se blesser est malvenu, quel que soit le moment. Or dans le cas de l’inoxydable numéro 1 des welters, Georges Saint-Pierre, le timing ne pouvait être pire. La catégorie est en pleine expansion, les figures majeures de l’histoire quittent progressivement le haut du pavé (Matt Hughes, BJ Penn) et l’embouteillage de nouveaux talents contraint l’organisation à mettre de l’ordre. Ainsi des combats superbes s’annoncent d’ici la fin de l’année tels Martin Kampmann/Johny Hendricks ou Rory McDonald/BJ Penn. Devenu Champion intérimaire en février, Carlos Condit est le prétendant indiscutable et défiera son équipier de l’Académie Jackson au mois de novembre. Bien que l’Américain soit la priorité immédiate de GSP, il n’aura guère le temps de cligner des yeux une fois cet obstacle franchi. Que ce soit le talentueux lutteur NCAA Johny Hendricks (détenteur d’un brillant 8-1 à l’UFC, 10-1 si on inclut ses combats au WEC), le kickboxeur danois Martin Kampmann (revenu en force avec trois succès consécutifs après deux décisions en sa défaveur, considérées par beaucoup comme injustes) ou son compatriote et membre de la TriStar Rory McDonald (quatorze victoires en MMA dont une seule à la décision), le danger est omniprésent.

Attention aussi au surprenant Brian Ebersole, détenteur d’un fringant 4-0 dans l’Octogone, sur une série de onze victoires de rang et surtout crédité de plus de 60 combats à seulement 31 ans.

 

 

 

Légers : Nate Diaz et le futur de la division

 

À l’issue de la revanche Ben Henderson/Frankie Edgar, un voile devrait se lever sur l’avenir de la catégorie poids légers. Dans la perspective où Smooth conserve son bien, le prochain prétendant sera certainement Nate Diaz, vainqueur convaincant de Jim Miller début mai. Si Edgar reconquiert le titre, et surtout en fonction de la manière, une belle risque d’être logiquement réclamée. Le cadet des Diaz serait alors tenté de confronter Gray Maynard, relancé par son succès étriqué face à Clay Guida en juin. D’autant plus légitime que The Bully a obtenu début 2010 une décision partagée (2 juges à 1) devant l’actuel challenger officiel. Impossible d’écarter de la route ces vieux briscards. En revanche, le Brésilien Edson Barboza a perdu plus qu’un match face au revenant Jamie Varner à l’UFC 146. Ce retentissant TKO risque de retarder son éclosion de quelques années, tandis qu’il permet à l’ancien Champion WEC de la catégorie (entre 2008 et 2010), défait justement par Ben Henderson à l’époque, de nous rappeler à son existence. L’itinéraire pour repartir à la conquête du titre reste néanmoins sinueux pour Varner. La surprise pourrait davantage venir de l’Angleterre, terreau d’un docteur ès soumission nommé Paul Sass. Arrivé dans l’Octogone muni d’un solide 10-0, le gamin de Liverpool a continué ses prouesses l’air de rien : trois succès au premier round, tous acquis par soumission. Au total douze abandons perpétrés sur un total de treize victimes, dont neuf à base de Triangles. À ce rythme, le phénomène de 24 ans croisera bientôt le fer avec un top 10, d’autant qu’il possède un profil unique en son genre dans la catégorie.

 

 

Plume : Peu de menaces sérieuses pour José Aldo

 

Si l’on voulait entamer une polémique, on poserait une première question : mais qui donc Erik Koch a-t-il battu pour être le prochain adversaire de José Aldo ? Dustin Poirier, Diego Nunes ou un vétéran de la division tel Mike Brown ? Rien de tout cela, il faudra se contenter de Raphael Assunçao et Jonathan Brookins, pas vraiment des foudres de guerre ! Pire, la seule défaite en carrière de Koch est due à Chad Mendes… le précédent challenger de José Aldo. Certes il n’y a rien de mécanique dans le monde du fight, mais ce choix met en évidence la pauvreté de l’opposition proposée au Brésilien. Ses dernières victimes sont tombées dans les limbes : Kenny Florian est parti en retraite tandis que Mark Hominick empile les défaites. Dont le fameux excès de confiance punit en sept secondes par Chan-Sung Jung. De cette issue est né l’espoir en la bonne étoile du Coréen. Déjà vainqueur spectaculaire de Léonard Garcia (un Triangle de corps baptisé Twister) en mars 2011, l’ancien du WEC provoque un choc en atomisant ainsi un homme qui a tenu cinq rounds face à Aldo. Mi-mai, le Coréen a théoriquement acquis le statut de challenger numéro un, après étranglement en règle de Dustin Poirier au 4e round. Seule une contrainte de calendrier a incité l’UFC à faire sauter les étapes à Erik Koch. Malgré le retrait du Champion pour blessure, c’est cet ordre qui devrait prévaloir. Quid d’une autre star asiatique, Hatsu Hioki, fraîchement débarqué fin 2011 du Sengoku ? Tout a commencé en douceur avec deux décisions favorables sans forcer, avant que sa prudence ne le trahisse à l’UFC On FX 4 devant un Ricardo Lamas déterminé. Un simple revers en apparence, mais un chemin de croix en réalité, puisque les Japonais n’ont pas le vent en poupe au pays de Dana, alors à la moindre brise défavorable… Reste le cas des combattants s’étant révélés trop justes pour atteindre les sommets en Lightweight, reconvertis à la catégorie du dessous au moment de son intégration à l’UFC. De l’Anglais Ross Pearson au brésilien Charles Oliveira, ils sont nombreux à avoir cédé à la tentation. Bien que rarement convaincant sur la forme, Dennis Siver paraît le mieux armé pour « voler » la vedette aux poids plume initiaux. Il a au moins le mérite d’avoir dominé Diego Nunes, lui…

 

 

 

Coq : Le titre intérim va déterminer la suite

 

La situation du Champion Bantamweight, victime d’une déchirure de ligaments au genou, est bien plus préoccupante que celle de José Aldo. Elle a déjà causé le report d’une troisième manche face à Urijah Faber, lequel vient de disputer le titre par intérim face à Renan Barao. Le temps dira si le vainqueur de cette rencontre finira par être promu Champion à part entière, compte tenu des statuts prévus par l’UFC en ce qui concerne les absences longue durée. La compétition va donc redevenir « jouable » pendant la convalescence de Dominator. Le problème est justement que les candidats ne se bousculent pas au portillon. Demetrious Johnson est en passe de conquérir le premier titre poids mouche, Miguel Torres s’est perdu par twitter puis dans la structure d’acier, Scott Jorgensen n’a jamais retrouvé la verve qui a fait de lui le dernier challenger de Cruz au WEC. Reste trois cas aussi intéressants que diversifiés. En premier lieu, Ivan Menjivar, dont la dernière prestation octogonale avant 2011 remontait… à l’UFC 48, une joute perdue à la décision face à Matt Serra. Très respecté sur le circuit, sans être vu comme un top, le Salvadorien laisse entrevoir une belle résurrection avec trois résultats positifs et un bonus de soumission de la soirée contre John Albert en février dernier. Son statut pourrait l’aider à supplanter Michael McDonald, jeunot de 21 ans, auteur de quatre performances glorieuses à l’UFC dont des K-O sans appel sur Alex Soto et Miguel Torres. Suffisament convaincant pour tenter de battre le record de Jon Jones, plus jeune Champion UFC de tous les temps ? Méfiance, car les anciens n’ont pas abdiqués. De douze ans son année, le très populaire Yves Jabouin possède une belle carte à jouer, à condition de rencontrer des hommes un peu plus robustes que Walel Watson ou Jeff Hougland.

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