The Ultimate Fighter, le premier loft octogonal (Top Fight n°6, Mai-Juin 2011)

« 14 apprentis fighters. 2 coachs chevronnés. 9 semaines. 25 caméras. Un seul sortira vainqueur avec 350 000 $ dans la poche pour un contrat de trois ans avec l’UFC. » TF1 ou M6 n’auraient pas eu plus d’inspiration pour promouvoir une émission de télé-réalité à la recherche d’un nouveau talent. Sauf que The Ultimate Fighter, c’est une production Zuffa (la maison-mère de l’UFC) et depuis six ans, c’est un fabuleux tremplin pour accéder à l’Octogone. De quoi nous réconcilier avec la télé-réalité… même s’il n’y a pas de blondes à fortes poitrines ou de femme crépue exubérante.

 

Pour devenir une star du cage fighting, il n’y a pas cinquante chemins. Pas de BTS fight, de CAP lutte ou de bulletin d’inscription à envoyer à Las Vegas comme il était d’usage au prélude de l’UFC. Vous devez « simplement » enchaîner les victoires dans une ou plusieurs fédérations. Du moins en était-il ainsi avant la création de The Ultimate Fighter, télé-réalité permettant à de jeunes talents de percer dans le milieu. Et comme chaque success-story, elle a dépassé ses objectifs initiaux. À savoir être une émission (unique) pour promouvoir la discipline. Bien au-delà de ce postulat, le TUF a fortement contribué à l’élargissement de l’écurie UFC, donnant lieu dans la foulée à la mise en place des Ultimate Fight Night, ces shows parallèles dont les cartes sont largement composées de combattants issus de l’émission.

 

Un véritable âge d’or

Le succès du TUF aurait-il été le même sans le fabuleux casting de sa première saison ? Entre le choix des deux entraîneurs (Randy Couture et Chuck Liddell) et celui des seize combattants divisés en deux catégories de poids dont Mike Swick, Kenny Florian, Josh Koscheck, Chris Leben sans oublier bien sûr les deux vainqueurs Forrest Griffin (Light Heavyweight) et Diego Sanchez (Middleweight), aucune ombre au tableau. Des hommes aux qualités sportives exceptionnelles, mais aussi des personnalités aux antipodes des stéréotypes habituellement colportés sur les fighters. Ils démontrent au public qu’ils ne sont pas des brutes épaisses arrachées à la rue. Le MMA est leur choix et non une issue par défaut. Ainsi, la plupart ont réalisé des études supérieures et certains exercent un métier en plus de leur passion martiale. Ils se défendent aussi vaillamment du déficit de légitimité vis-à-vis de ceux passés par le circuit classique. Au soir de la finale du TUF, Griffin devient leur porte-drapeau lorsqu’il gagne à la décision face à Stephan Bonnar dans un match phénoménal. Une rencontre extrêmement dynamique, qui se déroule essentiellement debout. Les deux opposants sont tour à tour à leur avantage et rendent la tâche des juges bien difficile. Dana White coupe court à la polémique en accordant aussi un contrat à Bonnar. Une décision improvisée qui reflète la valeur de ce millésime fondateur. Pour pimenter le tout, les deux coachs croisent le fer pour le titre lourds-légers quelques semaines plus tard. Un principe renouvelé depuis. Six ans plus tard, la moitié des participants est encore sous contrat avec la plus grande compagnie en activité. Une gageure. Pour couronner le tout, les principales phases du combat homérique Griffin-Bonnar servent toujours aujourd’hui à parachever le clip-emblème de la compagnie, diffusé pour patienter dans les salles qui accueillent les shows. Le challenge des candidats de la saison 2 s’annonçait donc très relevé. Et pourtant, le miracle se produisit à nouveau avec notamment l’émergence de Rashad Evans, l’homme qui devait quelques années plus tard déloger Forrest Griffin du trône Light Heavyweight. Un destin doré connu également par Matt Serra, lauréat d’une quatrième édition qui exceptionnellement comprenait des concurrents chevronnés déjà sous contrat à l’UFC. À Gray Maynard, héros de la 5e saison, de poursuivre la dynastie face à Frankie Edgar à la fin du mois.    

 

Un concept qui s’exporte

  Au-delà des couronnes décernées, le TUF constitue l’occasion de développer la notoriété de la compagnie à l’étranger. Exemple phare de la stratégie utilisée par l’UFC avec Michael Bisping, élève et vainqueur de la troisième saison. The Count est autant un solide fighter qu’un représentant commercial aidant l’organisation à investir le marché britannique. S’il n’a pas encore conquis un titre en Light Heavyweight ou en Middleweight, l’opération marketing a parfaitement réussi. D’autant que l’Anglais est par la suite passé avec succès de l’autre côté de la barrière pour dispenser son savoir lors d’une édition Angleterre vs États-Unis. La compagnie lui doit une fière chandelle. Un nouveau palier sera franchi en 2011 puisque des émissions devraient pour la première fois être enregistrées en dehors des États-Unis. Premiers pays visés : l’Angleterre, le Canada… et les Philippines, où les cœurs battent surtout pour la boxe anglaise, le multiple Champion du monde Manny Pacquiao faisant figure de héros national. En vue, un joli pied de nez envers ce sport concurrent.  

 

 Vrais entraînements ou exhibitions télévisuelles ?

 Il est entendu que côtoyer les plus grandes stars de la discipline est d’une aide précieuse pour percer en MMA. Mais y a-t-il vraiment apprentissage quand les candidats se livrent à des épreuves plus proches de Koh-Lanta que d’exigences propres aux arts martiaux ? Entre les multiples incidents survenus dans la maison où logent les combattants et les challenges ludiques – à savoir une partie de ping-pong à 10 000 $ entre Jens Pulver et BJ Penn (saison 5) ou une séance de tirs au but en mode futebol avec Rodrigo « Minotauro » Nogueira (saison 8) –, on peut se demander si la starisation ne prend pas le pas sur l’aspect sportif. Vaincu prématurément et à deux reprises durant l’émission, Chris Leben a obtenu sa place dans l’Octogone à la faveur de ses pitreries et son excentricité, reléguant Franck Ribéry à un rang de garçon timide. Quant au recrutement de Kimbo Slice, il était dicté par la popularité acquise par le célèbre barbu via ses vidéos pour le moins démonstratives postées sur Internet. Ajoutons à cela les venues régulières de guest stars, tel Mike Tyson dans la dernière saison écoulée et vous obtenez un programme proche d’une Star Fight Academy.

 Une chose est sûre : le succès médiatique est au rendez-vous, malgré le niveau moindre des dernières cuvées (notamment la très mitigée édition spéciale Heavyweights de 2009) qui laisse penser que le concept est en train de s’essouffler. Qu’importe puisque, de son côté, la liste des candidats s’allonge. Pour preuve le casting de la prochaine saison est déjà en cours. Qu’on se le dise le nombre 13 ne sonnera pas le glas du TUF

 

 Emilien Bartoli (avec W.G.)

 

 

 (encadré) Travis Lutter et Efrain Escudero, les lendemains qui déchantent

 Traditionnellement, l’UFC dorlote les vainqueurs du TUF et consent à leur laisser du temps pour parfaire leurs armes dans l’Octogone. Ce qui n’a pas empêché deux lauréats d’être mis à la porte. Travis Lutter en premier lieu, licencié en 2008 après deux échecs et surtout connu pour s’être présenté en surpoids la veille de son match de Championnat Middleweight face à Anderson Silva, devenu en conséquence un duel sans enjeu. Plus récemment, le poids léger Efrain Escudero, pourtant perçu comme une mine d’or vis-à-vis du marché mexicain, a été renvoyé faire ses gammes dans des petites fédérations. Deux cas nous rappelant que gagner le TUF n’est qu’un début. 

 

(encadré) Ces vainqueurs quasi anonymes

 Si les premiers temps, même les « simples » finalistes et candidats sont devenus rapidement des figures médiatiques du fight, d’autres combattants théoriquement plus méritants – puisque vainqueurs – éprouvent des difficultés à marquer les esprits. Ainsi, Kendall Grove (3e édition) est-il un peu passé à l’as. Quelle idée aussi de s’imposer l’année où Michael Bisping a éclot ? Idem pour Mac Danzig (6e saison) et le Britannique Ross Pearson (10e saison), empêtrés dans une catégorie Lightweight surchargée. En cause un certain manque de talent sans doute, une absence de charisme sûrement, une faible image médiatique incontestablement. Avec son visage caractéristique de rockeur poupon, Jonathan Brookins (vainqueur catégorie Lightweight de la 12e saison) ne devrait pas trop avoir de soucis à se faire.

 

(encadré) Top/Flop Coachs

 Riche de douze saisons et demie, l’émission a vu défiler quantité d’entraîneurs. Pour le meilleur et pour le pire.

 

Top 5

Matt Hughes

Jens Pulver

Tito Ortiz

Antonio Rodrigo Nogueira

Georges Saint-Pierre

 

Flop 5

Quinton Jackson

Ken Shamrock

BJ Penn

Matt Serra

Frank Mir

 

(encadré) Petits heurts entre apprentis

Le TUF a vu naître de célèbres inimitiés entre des combattants devenus depuis des piliers de l’UFC. En voici les plus marquantes.

 

Saison 1 : Au retour d’une sortie au Hard Rock Cafe, Josh Koscheck et Chris Leben cassent littéralement « la baraque ». À la base une simple espièglerie du premier envers le second, à savoir un réveil inopiné par jet d’eau à 3 h du matin. Étrangère à cet acte, les vitres de la maison seront pourtant les premières punies. Ce différend se règle finalement dans l’Octogone, où Koscheck obtient le dernier mot.

 

Saison 3 : Forte tête, Michael Bisping s’impose comme le meneur de la maison avant même de remporter des succès dans la cage. Le Britannique déploie sa verve à l’encontre de Matt Hamill, rapidement mis de côté par l’ensemble des fighters. Les deux rivaux se rencontrent plus tard à l’UFC 75. Une décision très controversée consacre Bisping, d’autant que l’Anglais évoluait à domicile.

 

Saison 6 : Accusé de jouer un peu trop la carte personnelle en plus d’être le chouchou du coach Matt Serra, George Sotiropoulos s’attire les foudres de son équipe, en particulier celle de Ben Saunders. L’Australien traverse l’émission seul contre tous.

 

 

(encadré) À prononcer « Teuf »

Mettez une dizaine de jeunes gens dans une maison pendant trois mois et observez ce qu’il se passe.

 

Saison 2 : Au retour d’un exercice, la team Hughes est agressée à coups de bombes à eau par les fighters présents à la maison. La bataille dérive vers des lancers d’objets divers et variés avant que des tubes de sauces viennent pimenter la fête. À ce petit jeu, Joe Stevenson, futur vainqueur de la division Welterweight, n’est pas le dernier à ramasser. 

 

Saison 5 : Après une soirée bien arrosée, Cole Miller est tout simplement incapable de rejoindre son lit, les autres participants en profitent pour le positionner sur les toilettes et lui raser la tête, sans prendre la peine bien entendu d’égaliser les côtés.

 

Saison 6 : Dépité par sa défaite en quarts de finale contre Mac Danzig, John Kolosci noie son chagrin dans l’alcool avant de se lancer dans des jeux aussi triviaux que foncer contre un mur, utiliser un baby-foot pour faire du développé couché, jeter des éléments de la maison dans la piscine… et finit par percuter un arbre.

 

 Saison 12 : Invité par son ami Georges Saint-Pierre, le spécialiste français de muay thaï Jean-Charles Skarbowsky vient enseigner son art, mais pas seulement. Muni d’un bon verre de blanc et d’une cigarette, il explique aux fighters en herbe que boire et fumer n’a rien de contradictoire à la visée d’une carrière de haut niveau. Si en plus on les encourage…

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