Anderson Silva : Lui reste-t-il encore de la toile à tisser ? (Top Fight n°15, Décembre 2012-Janvier 2013)

Il a tout vu, tout connu, tout réalisé. Du moins en apparence. Avec son immaculé 16-0 dans l’Octogone, Anderson Silva peut parfaitement se retirer du jour au lendemain sans que quiconque puisse le suspecter de lâcheté. Sauf que le Brésilien ne montre aucun signe de déclin, et il serait dommage de tirer sa révérence sans sceller définitivement son statut (sa statue ?) de meilleur de tous les temps.


Qui peut lui poser des problèmes en Middleweight ?

Il y a près de deux ans (Top Fight numéro 5), nous nous interrogions sur la possibilité pour AS de se retirer invaincu de l’Octogone. Dans les arguments allant dans le sens de l’affirmative, nous évoquions la situation quasi désertique de la catégorie dans laquelle il règne. Aujourd’hui, l’absence de challengers crédibles est encore plus criante. Certains s’estiment néanmoins aptes à faire vaciller celui qui vient de dépasser les six ans de règne. Ainsi Michael Bisping se déclare légitime pour être le prochain, et il a quelques atouts à faire valoir. Par exemple celui de l’expérience de 17 combats (dont 13 victoires) à l’UFC sans avoir eu un accès au titre, ainsi que son aspect bancable puisqu’il est (avec Dan Hardy) LA star britannique de la compagnie. Cependant, The Count traîne comme un boulet ses défaites contre Chael Sonnen en janvier dernier et Wanderlei Silva il y a près de trois ans. Deux décisions très discutables il est vrai, mais l’Anglais a suffisamment bénéficié de coups de pouce des juges durant sa carrière (face à Matt Hamill et Chris Leben notamment) pour ne pouvoir crier au scandale. Dans la liste des poids moyens d’envergure actuellement sous contrat à l’UFC, ils sont une bonne partie à avoir déjà eu leur chance de défier Silva (Rich Franklin, Yushin Okami, Patrick Côté…) ou à avoir loupé l’avant-dernière marche au moment où le title shot leur tendait les bras (Mark Munoz, Rousimar Palhares ou Bisping justement). Reste quelques coups de poker possibles tels promouvoir le toujours invaincu Chris Weidman. Le Champion a marqué son désaccord vis-à-vis de cette éventualité : « Je n’ai aucune intention de le rencontrer. Je pense qu’il lui reste beaucoup à prouver. Je suis en position de force parce que j’ai 37 ans et Weidman n’est qu’un jeunot au tout début de sa carrière ». Certains ont tôt fait de reprocher à AS de choisir ses combats, mais il vient de démontrer sa loyauté en sauvant la carte de l’UFC 153, alors même que l’opposition proposée n’élevait pas sa légende. L’absence de hiérarchie claire entre les postulants s’est renforcée depuis l’étonnant échec d’Hector Lombard face à Tim Boetsch. Dana White n’a pas caché son désemparement devant la prestation décevante du Cubain, recruté au Bellator où il a enchaîné huit succès (vingt victoires de rang en tout). Le célèbre chauve évoquait l’été dernier « un grand projet pour la catégorie des moyens ». Malheureusement, cette promesse n’engageait que ceux qui voulaient y croire. Conscient du manque de prétendants à 84 kg, Rashad Evans a laissé entendre qu’il pourrait être l’homme de la situation si on le lui proposait. De quoi vite se remettre de son échec face à Jones en Light Heavyweight. Et de confirmer la porosité entre les deux catégories.

 

Un passage à long terme en Light Heavyweight ?

Pour bien comprendre les réticences et réserves de Silva à s’installer durablement dans la division des 93 kg, il faut se rappeler qu’il fut longtemps plus proche d’être un poids welter qu’un véritable poids moyen. Quelques mois avant de signer à l’UFC, et alors qu’il détenait la ceinture middleweight du Cage Rage, il participait par exemple au tournoi Welterweight du Rumble on the Rock, comprenant des hommes comme Jake Shields ou Carlos Condit. En somme, The Spider faisait figure de « léger » Champion poids moyens. Depuis, le Brésilien est davantage habitué à tutoyer un poids à trois chiffres hors phase de préparation. D’où un cutting assez important pour afficher 84 kg la veille des combats. Sa mobilité serait-elle vraiment en cause avec neuf kilos de plus ? Il est le seul à connaître son vrai poids de forme, bien qu’il n’est jusque-là pas laissé apparaître de faiblesses en Light Heavyweight.

Assister au récent festival du Champion brésilien devant Stephan Bonnar avait presque quelque chose d’indécent : comment un combattant a-t-il pu à ce point creuser l’écart avec ses congénères ? Certes l’American Psycho n’est pas le plus grand destructeur que la catégorie ait pu connaître, mais ses performances ont toujours été remarquées (notamment une défaite à la décision contre Jon Jones). De surcroit, le choc interpelle d’autant plus que le Champion des moyens en est à sa troisième montée de poids pour autant de balades dans la division du dessus. Est-ce à dire que la compétition est plus relevée chez les 84 kg ? Pas nécessairement puisque le gratin de ces catégories est composé de quantité de fighters ayant œuvré tour à tour dans les deux (Michael Bisping, Chael Sonnen, Vitor Belfort, Wanderlei Silva, Chris Leben…). Pour avoir un tantinet de résistance, Silva devrait s’attaquer directement aux Shogun, Lyoto Machida, Rashad Evans… tous des anciens adversaires de Jon Jones. Or s’il ne doit y avoir qu’une seule opportunité de frayer à nouveau en LH, c’est bien un affrontement avec ce dernier qui aurait de la cohérence. En supposant qu’Anderson détrône Jones, à quoi bon rester dans une catégorie où toutes les grandes pointures ont déjà eu leur title shot ?

 

Doit-il privilégier les matchs de « rêve » pour parfaire sa légende ?

Plus The Spider triomphe facilement, plus l’arlésienne d’un combat contre Georges Saint-Pierre revient au galop. Surtout que le Canadien a mis fin à une longue convalescence et n’est pas opposé à cette idée, à condition que cela se passe dans sa division ou à un poids intermédiaire. Dans ce second cas, l’absence de mise en jeu du moindre titre serait néanmoins préjudiciable. Un facteur principal contrarie la mise en place de ce choc : contrairement à Silva, GSP a beaucoup de pain sur la planche dans sa catégorie. Durant ses dix-huit mois en retrait, certains hommes se sont révélés (Johnny Hendricks, Jake Ellenberger) ou sont revenus dans la course (Martin Kampmann, Demian Maia voire Mike Swick). Peut-il snober la compétition dans le seul souci de rendre concret le rêve éveillé de millions de fans ?

L’émergence de Jon Jones en tant que troisième Champion UFC à avoir siphonner tout ou partie de sa catégorie a logiquement abouti aux mêmes types de supputations.

Hélas, The Spider ne cherche même pas à masquer son intention d’esquiver le duel : « Je pense que GSP serait un grand challenge pour moi. Je le préfère à Jon Jones. Il est plus petit donc ce serait un peu plus jouable, je me ferais moi frapper. » Le pire étant que la réciproque est vraie, écoutez plutôt le Champion Light Heavyweight : « Je partage son désintérêt pour une rencontre entre nous. Je n’ai que du respect pour lui. » Un peu léger comme type d’argumentation puisque cela laisse supposer que seule l’inimitié provoque la rage de vaincre chez un combattant.

Une donnée permet cependant de garder la perspective de combat intacte, les deux hommes ne sont pas seuls décideurs et les pressions commerciales et populaires pourraient finir par emporter la mise. La boxe, bien plus embuée dans une organisation disparate, n’a-t-elle pas réussi à mettre sur pied Lennox Lewis/Tyson à l’époque ou Wladimir Klitschko/David  Haye plus récemment ? « Ce combat aura lieu », tranche d’ailleurs Dana White.

Mais une idée encore plus folle germe parmi tous les nostalgiques de la quintessence des arts martiaux originels : les tournois. À la question de savoir si AS est vraiment le meilleur pound for pound (toutes catégories confondues), seul un tournoi Openweight entre les huit Champions de l’UFC peut répondre. Ce ne serait pas pour déplaire aux fans… un peu plus aux commissions sportives qui régentent ce sport. Imaginez seulement des quarts de finale comme Junior Dos Santos vs Ben Henderson, Jon Jones vs José Aldo, Anderson Silva vs Dominick Cruz et Georges Saint-Pierre vs Demetrious Johnson. Un tour préliminaire incluant huit autres combattants du top niveau ne serait pas du luxe non plus. Une chose est sûre, à l’heure d’aujourd’hui, le Spider en serait le grand favori.

 

La retraite à quarante-deux ans ?

Le poids des années ne semble pas avoir cours sur Anderson Silva, au contraire. À l’image d’une peau qui ne rougit pas sous l’impact des coups (son premier combat contre Chael Sonnen en est la meilleure attestation), le Spider devient encore plus confiant, plus précis, plus méticuleux et même plus en jambes au fil du temps. Lui qui déclarait au débotté avant l’UFC 153 (« Je pourrais très bien décider d’un seul coup que j’en ai marre de tout ça en cas de défaite contre Bonnar. ») s’est permis d’estimer sa durée de carrière à encore cinq ans. Plutôt raisonnable à bientôt 38 ans (il les aura le 14 avril) et au rythme de deux ou trois rencontres par an. D’ailleurs, le référent en matière de retraite tardive, Randy « The Natural » Couture, avait justement raccroché les gants une première fois à l’âge de 42 ans, en février 2006 suite à l’échec de la reconquête du titre Light Heavyweight. Toute la différence réside dans le fait que le lutteur américain a régulièrement essuyé des revers là où AS a tout juste eu à trembler sur ses bases. Et encore en une seule occasion, l’UFC 117 à grandement relativiser puisque Chael Sonnen était « remonté » comme jamais. Aucune alerte à l’horizon non plus au niveau de sa santé quand nombre de combattants de sa génération tels Wanderlei Silva ou Minotauro Nogueira traînent des blessures ou des problèmes de mobilité irréversibles. Grâce à cette absence de coups durs, AS dégage une sensation de jeunesse éternelle. Pourquoi n’attendrait-il pas son premier cheveu gris avant de cesser de régaler les foules ? 

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