Dix combats à l’UFC et toujours pas (re)connus (Top Fight n°14, Octobre-Novembre 2012)

On aimerait parfois être une petite souris pour pouvoir espionner les discussions entre Dana White et Joe Silva, organisateurs associés des shows du numéro 1 mondial du fight, cela pourrait ressembler au dialogue qui suit :

     Alors, en poids légers il y a ce nouveau combattant russe, Nurmagomedov, toujours invaincu, mais aucune idée de son vrai niveau…

     Faut le tester contre un vieux de la vieille, du genre qui n’a plus vraiment d’ambition, mais peut dévisser quelques têtes. Et surtout qui ne refuse jamais un combat.

     En plus on sature dans cette division, cela pourrait même être l’occasion de faire du ménage au cas où…

     Il fait quoi Gleison Tibau en ce moment ? On peut lui proposer, non ?

     Attends, quelle heure est-il au Brésil là ? Oui c’est bon on va l’appeler.

 

 

UFC 148, Khabib Nurmagomedov obtient une décision unanime face à Gleison Tibau. En deux prestations sous la bannière étoilée, le Russe a confirmé tout le bien qu’on pensait de lui. Son invincibilité est préservée, le buzz l’entourant aussi. Quant à Tibau, c’est encore raté. Son 16e combat dans l’Octogone (!) ne lui assure toujours pas d’être connu du grand public, ni reconnu sportivement par son organisation. Pourtant, le Brésilien, membre émérite de l’American Top Team, est une valeur sûre de la division Lightweight. Il a remporté plus de 60 % de ses rencontres dans la big league, mais n’a jamais eu un accessit vers le titre ou bénéficié d’une place majeure sur une carte, meilleure garantie de notoriété. Bien entendu, dans le giron des experts et fans acharnés de la discipline on est au fait de ses performances… guère au-delà.

 

Irrégularité = invisibilité

Pris dans la même spirale que Tibau, quantité de fighters souffrent d’être noyés dans la masse. Une situation souvent explicable par le diktat du résultat comme seule perspective. Lorsqu’on ne possède pas le star power, il faut d’autant plus enchaîner les succès pour être distingué, monter les échelons et disputer des rencontres vous ouvrant la voie vers le titre. Avoir un physique ordinaire et un style de combat répandu sont les principaux handicaps à la popularité et l’ascension sportive. Ainsi les petites catégories sont davantage touchées par l’anonymat, quand le simple fait d’appartenir à la catégorie poids lourds conduit à la célébrité. Pour exemple, l’UFC comprend trente combattants dans la plus haute division, pas des plus réguliers pour certains, ce qui ne nuit pas à leur popularité. Pat Barry, Stefan Struve, Brendan Schaub ou Roy Nelson ont leur quota de fans, aucun problème pour eux. Même les nouveaux venus, Lavar Johnson et Antonio Silva, sont déjà des figures connues. Un poids lourd est extraordinaire par nature. Aux autres de se distinguer par leur créativité. Et parfois cela ne suffit même pas ! Cole Miller est un spécialiste des manœuvres de soumission, plus de la moitié de ses combats s’est terminée par un abandon libérateur, notamment cinq au sein de l’Octogone. Le natif de Macon (état de Géorgie) compte aussi à son actif quatre bonus de la soirée, a le mérite de ne jamais avoir été soumis en retour, et pourtant il peine à exister. La faute à la surchargée division des poids légers, notion acceptée par le principal intéressé puisqu’il vient de descendre chez les plume. Un retour aux sources pour le candidat malheureux du TUF 5, concurrent de 66 kg en début de carrière. Après Steven Siler, victorieux de Miller aux points, Nam Phan vient cependant de contrarier ses éventuelles ambitions.

D’autres poids légers peuvent s’enorgueillir de posséder un style particulier et une belle propension au spectacle. Insuffisant néanmoins, pour les raisons évoquées précédemment et par manque de régularité. Thiago Tavares détient ainsi un record plutôt unique : ses trois récompenses de combat de la soirée sont toutes venues saluer des défaites ! Un temps lointain toutefois, depuis 2009 il n’a enregistré qu’une contre-performance, des mains de Shane Roller, pour cinq victoires et un nul. En dehors de ses joutes à l’UFC, le Brésilien est crédité d’un fringant 10-0. Une invulnérabilité de façade, comme celle de Terry Etim, lui aussi membre du club des « inconnus » à au moins dix matchs dans la big league. L’Anglais, arrivé au pays de l’Oncle Sam paré d’un 9-0 flambant neuf (neuf finalisations avec ça !), compte aujourd’hui quatre défaites. Une alerte significative, bien que son coefficient de spectacularité (donc sa place) ne soit pas remis en cause.

Le renvoi pur et simple, Yves Edwards l’a connu… et en est revenu. Déjà crédité de dix rencontres dans l’Octogone durant son quinquennat 2001-2006 (six résultats positifs), le Bahaméen navigue ensuite entre Bodog Fight, Elite XC et StrikeForce. C’est dans la foulée d’une pige victorieuse au Bellator qu’Edwards réinvestit la ligue de Dana White. Discret, mais efficace devant John Gunderson, il devient irrésistible face à Cody McKenzie lors de l’UFN 23 (soumission et combat de la soirée à son actif). Malgré deux revers lors de ses trois dernières rencontres, l’expérience UFC devrait se poursuivre pour ce combattant aux soixante matchs.

À sa façon, Jeremy Stephens est un modèle de régularité. La preuve ? Quatorze combats dans la structure de l’UFC et un score « parfait » de 7-7, trois bonus de K-O de la soirée et un Fight of the night. Tout irait bien, si ce n’est cette tendance à s’effondrer dès que la compagnie lui oppose un nom important de sa catégorie. Dans son cas, on peut dire que les match ups lui ont plutôt donné l’occasion de s’élever : Spencer Fisher en 2008, Melvin Guillard en 2010, Anthony Pettis l’an dernier et encore Donald Cerrone récemment. Une vraie bienveillance ou des matchs à double tranchant, car pouvant le précipiter vers la sortie ?

 

Des scores positifs, mais peu significatifs

Une série de victoires, et plus que tout un score dans sa globalité sont les premières informations qui caractérisent un combattant. Pourtant le palmarès, au sens américain du terme (statistiques) ne veut rien dire. Ou si peu. Prenons la catégorie des welters. Elle compte un ancien Champion, Matt Serra, auteur d’une des plus grandes surprises de l’histoire au cours de l’année 2007, doté d’un bilan de 7-7. Il est cependant assuré de rester davantage dans les annales que des concurrents aux performances plus stables. Pour avoir su saisir sa chance au moment M via un TKO sur Georges St-Pierre.

Opportuniste, Matt Brown ne l’est pas spécialement. Ce solide gars venu de l’Ohio possède la particularité de détenir un meilleur ratio à l’UFC (8-5) que dans les organisations connues précédemment (7-6), juste avant son intégration au TUF 7. Après s’être incliné en quarts de finale face à Amir Sadollah, futur vainqueur du tournoi des moyens, Brown passe la vitesse supérieure. Une seule contre-performance lors des cinq rencontres suivantes (et encore, une décision partagée). Hélas, ses approximations, notamment en jiu-jitsu, l’ont conduit à vivre une année 2010 horrible, ponctuée de trois revers par soumission. La compagnie le conserve dans ses rangs et il se montre reconnaissant. Il est notamment spécialiste du remplacement de dernière minute. Ainsi combat-il trois fois au premier semestre 2012, une cadence rare à l’UFC, et aligne autant de réussites. Peut-être l’heure est-elle venue pour lui de toucher le grand public.

A priori, Mike Swick avait tout pour échapper à l’anonymat. Notamment une participation remarquée au tout premier TUF. Vaincu par clé de bras en triangle face à Stephan Bonnar en demi-finale du show (match non officiel), celui que l’on surnomme Quick pour ses quelques K-O expéditifs de début de carrière va vite rebondir. Entre 2005 et l’été 2009, il accumule neuf victoires pour un seul revers (décision unanime en faveur de Yushin Okami à l’UFC 69). En chemin, il délaisse les 84 kg pour descendre chez les 77 kg. Son heure de gloire doit sonner, il ne peut en être autrement. Hélas, un coup d’épée dans l’eau plus tard, la célébrité lui passe sous le nez.

Le tort de Mick Swick ? Il loupe « LE » match en question contre Dan Hardy. Visiblement pressé d’offrir l’accès au titre à l’excentrique Anglais, l’UFC dote leur affrontement de la promotion au statut de challenger numéro 1. Comme on le sait, la star à l’iroquoise a beaucoup décliné depuis, tandis que Swick a enchaîné une nouvelle défaite en février 2010, sa dernière en date tant les blessures l’ont tenu éloigné de l’Octogone. Son flatteur 9-3 est déjà oublié, au moment de revenir face à DaMarques Johnson en août, on le considérera au mieux à 0-0, au pire à 0-2 et dans cette seconde perspective il devra s’accrocher pour conserver son emploi.

La situation est comparable en Middleweight.

Quand Chael Sonnen n’affiche que 6-4 à l’UFC au moment de défier pour une deuxième fois Anderson Silva en juillet dernier, certains poids moyens « anonymes » présentent une fiche bien meilleure sur le plan strictement arithmétique. Pas de quoi crier à l’injustice pour autant puisque les fighters en question n’ont pas accroché de grosses pointures à leur palmarès. Parmi les hommes actuellement sous contrat dans cette division, un seul paraît en mesure de se plaindre de son traitement : Alan Belcher, neuf succès et quatre revers dans l’Octogone, sur une dynamique ascendante en ce moment. Surtout que The Talent (son surnom, pas usurpé pour le coup) est un finisseur de première : 90 % de ses réussites ont lieu avant la limite. K-O/TKO ou soumissions, il sait tout faire ! Sans une décision controversée en faveur de Yoshihiro Akiyama à l’UFC 100, Belcher serait sur une série de sept victoires et sans doute prêt à croiser le Champion en titre. Il en est d’ailleurs assez proche malgré cela. Son TKO surprise face à Rousimar Palhares a provoqué l’irruption de son nom sur toutes les lèvres. Enfin !

La frontière entre les combattants « dizenaires » peu considérés ou célèbres est donc bien mince. Peut-être que la prochaine fois Dana White dira à Joe Silva : « Tiens, il nous faudrait un mec expérimenté et dénué d’ambition pour relancer Gleison Tibau, tu as un nom en tête ? 

 

Rester sous contrat sans être une star…

Trois défaites, voire moins, et c’est la porte ! Le refrain est connu de tous au pays de Zuffa. Alors il faut bien se prémunir de cette punition. Hélas, les fighters ne sont pas totalement maîtres de leur destin. Un mauvais match up, à savoir une opposition trop déséquilibrée à leur détriment ou des circonstances défavorables telles des blessures prolongées ou des arrivées massives dans leur division, et voilà leur place remise en cause. Pas réellement de mode d’emploi pour perdurer, si ce n’est s’arranger pour alterner succès et échecs (Josh Neer est un maître en la matière), s’imposer de manière spectaculaire quitte à ne gagner qu’une fois sur deux ou trois (Mark Bocek et ses étranglements de toutes sortes), ne pas hésiter à changer de catégorie si nécessaire (Dan Miller, passé cette année chez les welters après deux défaites en moyens) ou encore être disponible pour boucher les trous quand une figure célèbre se blesse (Brandon Vera, suppléant de Thiago Silva pour rencontrer Shogun Rua en août). La meilleure alliée des combattants du ventre mou est désormais la multiplication des shows, une trentaine d’évènements composés d’une douzaine de combats par an, de quoi bien occuper 350 fighters.

 

 

Ils gagnent à être connus

Les fighters suivants peuvent être fiers de leurs accomplissements, bien qu’ils soient passés à côté des sommets.

 

Ed Herman, poids moyen, 12 combats dans l’Octogone (7-5)

 

Le moment-clé : La finale Middleweight du TUF 3 a été d’une certaine façon le principal brise-vitesse d’une carrière UFC à peine entamée. Depuis, Ed Herman est rarement mauvais, même plutôt très bon en ce moment (4 victoires dans ses 5 derniers matchs). Paradoxalement, son tombeur du TUF, Kendall Grove, a lui été licencié de la compagnie au milieu de l’année 2011. 

 

Les combattants importants qu’il a vaincus : Brian Ebersole, Glover Teixeira, Dave Menne, Scott Smith, David Loiseau.

 

Ce qui lui manque pour voir plus haut : Pas grand-chose à dire vrai. Du haut de ses 32 ans, Herman peut encore y croire.

 

 

Vladimir Matyushenko, poids mi-lourd, 11 combats dans l’Octogone (7-4)

 

Le moment-clé : Le Biélorusse a été prétendant au titre de Tito Ortiz en 2001, qui s’en souvient ? Bon, il est vrai que le combat est particulièrement ennuyeux et dur à suivre, mais il clôturait ni plus ni moins que le premier PPV sous l’ère Zuffa.

 

Les combattants importants qu’il a vaincus : Antonio Rogerio Nogueira, Travis Wiuff, Pedro Rizzo, Tim Boetsch. Ses échecs face à Andrei Arlovski et Jon Jones sont néanmoins plus mémorables.

 

Ce qui lui manque pour voir plus haut : Être plus jeune et opter pour la catégorie poids lourds, moins relevée et plus adaptée à son gabarit.

 

 

Sam Stout, poids léger, 13 combats dans l’Octogone (7-6)

 

Le moment-clé : Sa défaite expéditive par Rear Naked Choke contre Kenny Florian au TUF 3 Finale. Elle brise une série de neuf victoires de rang, acquise notamment à la compagnie canadienne TKO. Derrière, Florian obtient comme l’on sait une flopée de title shots.

 

Les combattants importants qu’il a vaincus : Spencer Fisher (deux fois), Yves Jabouin, Joe Lauzon, Paul Taylor.

 

Ce qui lui manque pour voir plus haut : Un timing plus favorable et des victoires de référence. La catégorie des légers est au bord de la saturation, un simple loupé vous relègue au fond de la file.

 

Matt Wiman, poids léger, 12 combats dans l’Octogone (8-4)

 

Le moment-clé : Sa défaite à la décision contre Dennis Siver à l’UFC 132. Alors sur trois victoires consécutives, Wiman manque l’occasion d’accrocher une star en pleine renaissance.

 

Les combattants importants qu’il a vaincus : Pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n’est deux succès sur Mac Danzig, vainqueur du TUF 6.

 

Ce qui lui manque pour voir plus haut : Un style plus spectaculaire et des adversaires plus à même de lui faire passer un palier.

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