Question de la rédac’ : Les évènements UFC en Europe sont-ils à la hauteur ? (Top Fight n°16, Février-Mars 2013)

Fin septembre, l’UFC On Fuel TV 5, disputé en terres anglaises, provoquait les habituelles réflexions quant à savoir si la compagnie-reine du MMA se souciait vraiment du public européen. Une carte au final correcte, mais sans incidence majeure sur la suite de la compétition. Doit-on se satisfaire du spectacle proposé ou déplorer que l’Europe ne soit plus pour l’UFC qu’un enjeu tertiaire voire quaternaire ?

 

OUI   Toujours de bonnes surprises

Avant de devenir la star la plus dominante du circuit, même Anderson Silva a été un jour un inconnu. Derrière cette lapalissade se cache la principale limite de ceux qui dénoncent le manque de combattants d’envergure sur les shows européens : il faut bien entrer dans la lumière un jour et, sans le savoir, les spectateurs assistent régulièrement aux débuts d’un futur grand ou à un déroulement que personne ne pouvait prédire. Ainsi la foule de Manchester termine la soirée éberluée en avril 2007 quand Gabriel Gonzaga, victime toute désignée, crée la « deuxième plus grosse surprise de l’histoire de l’UFC » (seulement deux semaines après la première, le TKO de Matt Serra sur GSP). En fin de premier round, le Brésilien ruine d’un high kick providentiel la course au titre de Mirko Cro Cop et remporte le droit de disputer la ceinture à Randy Couture. En juin 2008 à Londres, trois combattants plus ou moins connus ressortent auréolés d’une nouvelle étoffe : le Danois Martin Kampmann, alors dans son premier avènement, qui place une guillotine à Jorge Rivera en moins de trois minutes; Thales Leites qui parvient à faire déjouer Nate Marquardt, pénalisé de deux points de pénalité pour des coups interdits et finalement battu par décision partagée; Thiago Alves enfin, auteur d’un splendide TKO par une envolée de coups de genoux sur Matt Hughes. Depuis, deux des trois héros du soir ont disputé la ceinture de leur catégorie, seul Kampmann n’a pu encore bénéficier de cet accessit. Ces shows sont aussi l’occasion de découvrir plus profondément certains combattants, perdus dans la masse en temps normal, mais plus exposés lorsqu’il n’y a pas à l’affiche un ou deux combats vedettes trustant toutes les attentions. Paul Sass, révélé au soir de l’UFC 120 par son brillant Triangle Choke sur Mark Holst, serait passé plus inaperçu sur une carte incluant un GSP ou un Jon Jones. Idem pour Renan Barao, promu en co main event de l’UFC 138 à Birmingham. Son succès sur Brad Pickett lui a permis de partir à la conquête du titre des poids coq. Lors d’un événement composé de stars, le combat du Brésilien se serait trouvé au début de la carte principale voire en préliminaire. Autrement dit mieux vaut surnager dans un petit étang que de se noyer dans un grand fleuve.

 

OUI   Plus de visibilité pour les non-Américains

UFC 120 à Londres : huit Anglais présents en dix combats, UFC 122 à Oberhausen : trois Allemands fidèles au poste, UFC On Fuel TV 2 à Stockholm : cinq Suédois de la partie. Et si la proximité était la clé du succès ? À ceux qui reprochent la présence accrue de combattants locaux pour meubler les cartes, Marshall Zelaznik, ancien responsable de l’UFC au Royaume-Uni, rétorque à l’époque : « Je comprends que les gens soient déçus à cause de l’absence de leurs combattants favoris, je ressens parfois la même chose (…) Cela dit, nous faisons tout pour proposer des cartes équilibrées. Souvenez-vous de l’UFC 95 qui avait reçu de vives critiques avant qu’il ait lieu, mais s’est révélé une des cartes les plus passionnantes de l’année 2009. » Quant à Dana White, il pense que ce genre de polémiques est stérile, car il en a toujours été ainsi dans les sports de combat. Une coloration locale génère toujours plus d’intérêt aux shows. Il est vrai qu’il n’y a par exemple pas grand-monde pour se plaindre qu’un boxeur français dispute un Championnat européen ou mondial à domicile, choix de prime abord dicté par le business et souvent voulu par les combattants eux-mêmes. Dans le cas spécifique de l’UFC, la plupart de ses stars étant américaines (Brésiliennes en deuxième lieu), on peut se réjouir de la fenêtre ouverte que représente ces évènements, tant  pendant longtemps le monde du fight paraissait se limiter aux seuls Japon, États-Unis, Brésil voire Russie. Ainsi un combattant a désormais la possibilité, depuis ses propres terres, d’émerger directement aux yeux du monde entier. En cas de prestations notables, il sera intégré progressivement à des cartes, non plus en vertu de sa nationalité, mais de sa notoriété et son mérite sportif. Michael Bisping est l’exemple emblématique de ce dépassement de soi. D’abord une force, son origine a fini par importer peu au final au vu de la nature universelle du MMA.

 

OUI   La marque UFC se suffit à elle-même

Au-delà des performances sportives, plutôt bonnes comme vu précédemment, l’engouement du public européen tend à apporter une caution à la stratégie de l’UFC. Les salles sont pleines à craquer à chaque venue du géant américain, malgré une communication somme toute restreinte et l’absence de combattants-stars.

D’ailleurs la mésaventure advenue à l’UFC 151, prévu le 1er septembre dernier à Las Vegas et tout bonnement annulé suite à la perte de son main event, n’aurait sans doute pas toucher un show se déroulant sur le Vieux Continent, moins soumis à des contraintes mercantiles (salles plus faciles à remplir, pas de vente en ppv). Des cas de désistements importants se sont d’ailleurs déjà présentés avant des galas européens. Par exemple fin 2010 quand Vitor Belfort est retiré de la carte de l’UFC 122 en Allemagne, pour être promu challenger au titre d’Anderson Silva, et remplacé par Nate Marquardt sans que les ventes du show ne s’en ressentent. La notoriété des deux hommes n’a pourtant rien de bien comparable, mais le public n’en a cure : l’évènement c’est l’UFC. 

 

NON   Absence de stars et d’enjeux majeurs

À la suite du récent UFC On Fuel TV 5 de Nottingham, Dana White a porté le coup de grâce à ceux qui espéraient encore (re)voir des combats de Championnat ou oppositions entre ténors sur le Vieux Continent : « La plus grande barrière pour les galas en Angleterre (et par déclinaison en Europe NDLR) est le décalage horaire. Le but est que les affrontements soient visibles partout dans le monde à un horaire accessible. » Une réflexion qui peut de prime abord surprendre puisque l’Australie ou le Japon ont par exemple un décalage plus important avec les États-Unis, or c’est bien ces téléspectateurs-ci qu’il s’agit de combler en priorité. Sauf que dans cette autre partie du globe, il y a possibilité de disputer les évènements dans la matinée ou en début d’après-midi pour les combats les plus hauts sur la carte. Une concession courante vis-à-vis des télévisions, pratiquée aussi lors des coupes du monde de football par exemple. Mais faut-il aller jusqu’à obliger deux athlètes de haut niveau à monter dans l’arène entre minuit et trois heures du matin ? Les sceptiques pourront toujours répondre qu’en 2007 cette contrainte horaire n’avait pas empêché d’assister à un Championnat Light Heavyweight à Londres, de même quelques mois plus tard avec le titre poids légers à Newcastle.

 

NON   Frilosité de l’organisation et combattants bouche-trous

Pour avoir une idée de la considération de l’UFC pour ses shows européens, il suffit de comparer les moyens mis en œuvre pour la promotion de ces rendez-vous et la place qu’on leur attribue sur le calendrier. Ainsi en octobre 2010, l’UFC 120 de Londres est bien mal mis en avant puisque placé à une semaine de son successeur, comprenant le très attendu Championnat poids lourds Brock Lesnar/Cain Velasquez et les débuts de Jake Shields dans l’Octogone. Le choix par ailleurs de diffuser gratuitement ce show (aux USA) sur Spike TV, plutôt que de le proposer en PPV, traduit aussi le manque d’attractivité du programme. Sur ce point précis, le problème des horaires n’explique pas tout. Tout comme on recherche toujours des motifs à certains aménagements spécifiques aux shows hors Amérique : n’accorder que trois rounds au main event Alexander Gustafsson  /Thiago Silva d’avril dernier en Suède alors que la décision de passer sur cinq rounds tous les combats finaux était actée le mois précédent; choisir des remplaçants de fortune ayant pour principale qualité d’être originaire du pays hôte; réaliser des vidéos de présentations avec moins d’emphase que celles des UFC « traditionnels »; déplacer aux abords de l’Octogone le duo de commentateurs « b » composé de Kenny Florian et Jon Anik…

Autant de signes qui ont vu leur concrétisation cette année où les shows européens sont symboliquement relégués au rang d’UFC On Fuel, quant ils s’inscrivaient auparavant dans la chronologie « classique ». Sans constituer un présage sur leur valeur sportive, cette dénomination en fait des évènements secondaires.

 

NON   De nouvelles destinations plus juteuses

Wanderlei Silva, Mirko Cro Cop, Matt Hughes, Lyoto Machida, Dan Henderson, Quinton Jackson, BJ Penn, Shogun Rua, Diego Sanchez, Cain Velasquez, Randy Couture : tous ont combattu durant des shows UFC s’étant déroulés sur le sol européen… il y a quelques années de cela. Une époque révolue à cause de la grande expansion connue par l’organisation des frères Fertitta. Jusqu’alors seuls le Canada et quelques pays anglophones permettent à l’Octogone de quitter sporadiquement son bercail américain. Désormais, la stratégie consistant à promouvoir l’universalité de ce sport en touchant tous les continents a porté ses fruits : l’Océanie avec le show australien de février 2010 comprenant deux superbes affrontements de clôture (Wanderlei Silva/Michael Bisping et Cain Velasquez/Rodrigo Nogueira); l’Asie avec le jackpot d’Abu Dhabi en juin de la même année, deux Championnats mondiaux sur la même carte quand l’Europe doit remonter en janvier 2008 pour le dernier match avec titre en jeu; le Japon l’année suivante avec là aussi un match pour l’or entre Frankie Edgar et Ben Henderson; et enfin voire surtout l’Amérique du Sud via le Brésil qui aura été visité à trois reprises durant l’année écoulée. Des salles de plus en plus énormes, quand ce n’est des stades, à disposition des combattants de l’UFC, de quoi rappeler que le Brésil est l’autre pays d’origine des arts martiaux mixtes. Cet élargissement du cadre atteint même le Graal chinois lors du récent UFC On Fuel TV 6, un début de conquête essentiel au moment où le One FC affûte ses armes pour connaître un destin international semblable au feu Pride Fighting Championships. Face à ces perspectives, l’Europe reste un passage obligé, mais un territoire suffisamment conquis pour ne plus avoir à être séduit… à part peut-être la France.

 

Shows hors USA : Une soudaine accélération

Nombre d’évènements UFC hors des États-Unis depuis le rachat par Zuffa. D’une moyenne d’un sur quatre en 2009, ils sont passés à plus d’un sur trois cette année.

Entre parenthèses le nombre total de shows UFC dans l’année.

2001  0 (5)

2002  1 (7)                                                                                                       Angleterre

2003  0 (5)

2004  0 (5)

2005  0 (10)

2006  0 (18)

2007  3 (19)                                                                      Angleterre 2, Irlande du Nord

2008  4 (20)                                                                                    Angleterre 3, Canada

2009  5 (20)                                                   Angleterre 2, Canada, Irlande, Allemagne

2010  7 (24)             Canada 3, Angleterre, Allemagne, Australie, Émirats Arabes Unis

2011  6 (27)                                                        Canada 3, Angleterre, Australie, Brésil

2012  12 (31)             Brésil 3, Canada 3, Australie 2, Angleterre, Suède, Japon, Chine

 

 

Les abonnés de l’Europe

Quelques combattants ont particulièrement été impliqués lors des shows européens. Ils sont le socle indispensable sur lequel se base l’UFC pour consolider ces nouveaux territoires.

En tête de listes évidemment des combattants européens, ils sont quatre à compter sept participations : Marcus Davis, Paul Taylor, Dennis Siver et Terry Etim. Seuls les deux derniers pourront renforcer leur leadership. Juste derrière, les deux stars britanniques Michael Bisping et Dan Hardy avec chacun six présences. Nos Français suivent de près (Jess Liaudin cinq, Cheick Kongo quatre et Cyrille Diabaté trois). Plus surprenant, les trois passages remarqués de Fabricio Werdum, Mirko Cro Cop, Nate Marquardt et Rich Franklin. À noter qu’Ace n’a jamais fait le voyage dans la demi-mesure puisqu’il fut à chaque fois en main event : deux victoires sur Okami (UFC 72) et Wanderlei Silva (UFC 99) et une courte défaite face à Dan Henderson (UFC 93).

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