UFC VS ONE FC : Des règles en questions (Top Fight n°15, Décembre 2012-Janvier 2013)

Depuis 2007 et la fin du Pride,  il y avait deux types de compagnies de MMA : les respectables qui, dans le giron de l’UFC, appliquaient scrupuleusement les règles unifiées de ce sport, initialement reconnues par les commissions sportives américaines et les marginales, celles à qui on ne pouvait accorder beaucoup de crédit car organisant des évènements de manière très sporadiques et jonglant comme bon leur semble avec des règles mixtes. Un nouveau débat s’est ouvert avec l’irruption fracassante du One FC voilà un an et demi. En l’espace de six évènements, la promotion de Singapour a démontrée qu’on pouvait utiliser des règles plus libérales tout en se montrant professionnelle dans son fonctionnement. Topo sur les forces et faiblesses des deux types de règlement.

 

 

Les bases et interdits communs

Pour un non-averti, les deux grosses organisations peuvent donner l’impression d’offrir le même type de produit : des combats livrés dans une structure grillagée (octogonale pour l’une, circulaire pour l’autre), un déroulement en rounds de cinq minutes, le système de notation dit « 10 point system » c’est à dire qu’on attribue dix points à celui jugé comme « vainqueur » du round et neuf ou moins à son opposant selon le degré de domination. Idem au niveau de l’environnement des shows : un suivi médical très sérieux des combattants, des recrutements d’hommes établis dans la discipline ou de jeunes pousses qu’on parvient à promouvoir en stars en l’espace de quelques éditions (Eduard Folayang ou Zorobabel Moreira aussi vite devenus célèbres que Glover Teixeira et Khabib Nurmagomedov chez le concurrent)… et surtout un changement historique établi par le One FC au niveau du règlement. En effet, le choix d’intégrer l’utilisation des coups de coude est une petite révolution sur le circuit asiatique, réticent depuis toujours à ce type de frappes. C’est un nouveau signe, en plus de celui de démocratiser le Cage Fighting sur son continent (seul le confidentiel Cage Force possédait une structure, le Pancrase s’y mettra courant 2013), d’une volonté de se placer sur le terrain de l’UFC.

Naturellement, les deux compagnies ont aussi en commun l’ensemble des grandes interdictions mentionnées par les règles unifiées du MMA : aucune attaque ciblant les yeux, pas de coups dans les parties, pas de coups de tête, pas de morsure ni de crachat, ni de tirage de cheveux, ni d’accrochage de son opposant par les gants ou le short, prohibition de l’écartèlement d’une plaie ouverte et de projections envoyant sciemment son adversaire sur la tête ou la nuque etc

 

 

Spécificités UFC : La prime à la technique… et à la frilosité ?

 

l    Interdiction des coups de coude dits « 12-6 » (en référence à l’horloge) mais autorisation des frappes latérales dits « 9-3 »

 

Pour : Oblige théoriquement les combattants à avoir une utilisation très technique des coups de coude, d’où une absence d’enchaînements besogneux et violents comme en proposait à foison l’UFC des débuts.

 

Contre : Finesse d’arbitrage dure à interpréter. En théorie ce sont seulement des coups d’avant-bras qui seraient autorisés, mais cela n’empêche pas de percuter avec la pointe du coude d’où de nombreuses ouvertures, provoquant des bains de sang évitables.

 

L’exemple : le récent pilonnage d’Antonio Silva par Cain Velasquez (UFC 146) est significatif de l’utilisation à double tranchant, sans jeu de mots, des coudes. Le visage submergé de sang, mais pas K-O pour autant, le Brésilien a subi une véritable punition pendant près de quatre minutes. Sans remettre en cause la supériorité de Velasquez, on peut se demander si la gêne rapidement occasionnée par l’écoulement de sang n’a pas faussée la teneur de l’opposition.

 

 

l    Interdiction des coups de pied et coups de genou à la tête sur un opposant au sol.

l    Interdiction des upkicks envers un opposant ayant une partie du corps au sol.

 

Pour : La santé des combattants est moins mise en danger, la puissance et la destination de ce type de coups étant par nature plus incertaines que des coups de poings au sol, portés avec un élan bien moindre donc moins conséquent.

 

Contre : Risque minimisé pour les combattants multipliant les takedowns. En cas d’échec, ils ne pourront subir une riposte par coups de pied puisqu’ils auront le plus souvent un genou à terre. Ces règles peuvent aussi privilégier l’aspect tactique et le calcul continuel. Les pensionnaires issus de la lutte et du jiu-jitsu brésilien, moins adeptes de striking, voient ainsi augmenter leurs chances d’exprimer leur art de manière efficiente.

 

L’exemple : Autrefois chien fou spectaculaire au Pride, Quinton Jackson a parfaitement intégré les particularités de l’UFC. Basés sur sa lutte et boxe anglaise, ses récents combats l’ont vu multiplier les postures défensives. Notamment en phase de clinch face à Ryan Bader (UFC 144), où il n’était pas rare de le voir poser sa main voire ses simples doigts au sol pour éviter des attaques de kickboxing. Protecteur mais pas forcément brillant en termes de combativité.

 

 

Spécificités ONE FC : Le spectacle au-dessus de tout ?

 

l    Autorisation des coups de genou depuis la garde.

l    Autorisation des soccer kicks et stomps.

 

Pour : Un aspect plus spectaculaire et imprévisible dans les rencontres, ainsi que l’obligation pour les combattants d’être encore plus polyvalents. Une des conséquences positives serait aussi de pouvoir toucher un plus large public (à l’image du Pride en son temps), le sens commun attribuant une connotation d’ennui aux phases de combat disputés au sol.

 

Contre : La possibilité renforcée de « lucky punchs » ou en l’occurrence de « lucky kicks », aboutissant aux victoires de ceux qui n’auront pas forcément étés les plus méritants durant le combat. Par leurs trajectoires incertaines, ce type de frappes accentue le risque de blessures et de traumatismes crâniens. De plus, un combattant mis knockdown, bénéficie de peu de chances de se défendre de tels assauts depuis son dos. Ainsi le principe édicté à la base par le One FC, à savoir requérir l’aval de l’arbitre avant d’appliquer soccer kicks et stomps, avait tout son sens. Seul le troisième homme est alors suffisamment lucide pour interpréter les capacités de réponse du combattant au sol.

 

L’exemple : Deux incidents plutôt qu’un au soir du One FC : Pride of a Nation le 31 août dernier. D’abord la victoire, déqualifiée en no contest quelques jours après, du Thaïlandais Shannon Wiratchai sur Mitch Chilson. Étonnament c’est pour un coup de pied au corps (!) que le vainqueur est destitué car l’arbitre avait déjà fait signe qu’il considérait le match comme fini. Plus parlant encore, le vértitable soccer kick sans somnation d’Andrei Arlovski sur un Tim Sylvia groggy. Le Biélorusse n’a même pas pris soin de jeter un œil à l’officiel, censé lui donner son assentiment. Là aussi la rencontre est classée no contest. Dans les semaines qui suivent, le One FC décide d’autoriser ce type d’attaques sans restriction.

 

 

l    Autorisation des coups de coude quel que soit la manière dont ils sont assénés.

 

Pour : Plus aucun problème de lisibilité quant au règlement. Choix qui a le mérite de ne pas faire dans la demi-mesure en ne jonglant pas entre une interdiction pure et une permissivité totale.

 

Contre : Risque renforcé de coupures, de matchs arrêtés en no contest ou faussés par de profondes entailles obstruant la vue de celui en étant victime.

 

L’exemple : Même les plus grands sont victimes de la complexité des règlements. Ainsi le roi des coups de coude alias Jon Jones, n’a pu qu’accepter sa disqualification face à Matt Hamill en décembre 2009. Dans son entrain, l’élève de l’Académie Greg Jackson est passé invariablement de frappes latérales à horizontales. La seule « défaite » de sa carrière à ce jour. Avec les normes One FC, Jones aurait préservé son invincibilité.

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