Jamais sans ma salle (2) : L’art du stratagème pour ne rien lâcher en milieu hostile (Haltereego, 2 octobre 2013)

Les affres de la privation de SA salle de sport, suite et fin avec le cas d’école de ce quadra bien décidé à trouver des alternatives à l’inactivité malgré les quinze jours de vacances partagés sous les sunlights avec Madame. Une quête aussi héroïque que pitoyable.
(La première partie se trouve ICI)

- On dirait pas comme ça, Jean-Marc, mais je suis à Fond !  - Tu me barbes...

– On dirait pas comme ça, Jean-Marc, mais je suis à fond, là !
– Tu me barbes…

Pour Philippe, hors de question de rogner sur le budget niveau confort. Quitte à séjourner dans un hôtel, il lui faut le grand luxe. Du moins fait-il mine d’imposer ses vues, quand il ne répond en réalité qu’aux souhaits de sa chère et tendre. Ainsi le couple s’apparente à cette classe de touristes ayant trouvé leurs vacances « magiques » pour la seule raison que leur hôtel tout confort les a tenus à l’abri d’une éventuelle désillusion quant à la population locale ou d’une confrontation avec des us et coutumes extravagants.

« Ce n’est pas du tout ce que tu crois, chérie… »

Tout avait si bien commencé. L’immensité de l’aéroport avait été pour Philippe l’occasion de mener sa femme au pas de course du comptoir d’enregistrement à la salle d’embarquement en passant par le kiosque et le buffet petit-déjeuner. Elle n’y vit que du feu jusqu’au moment où elle le surprit en train d’entreprendre des flexions au milieu des escalators :

– Hé n’oublie pas, tu m’as promis de ne pas penser à ton satané sport pendant ce séjour.
– Mais, c’est pas du tout ce que tu crois chérie, je refaisais mes lacets.

Plus fort que lui, plus fort que tout, savoir qu’il devait mettre une croix sur sa salle pendant deux semaines l’obnubilait : « Et si j’avais pu y aller ce matin, aurais-je battu mon record de tractions ? Aurais-je croisé ce bon vieux squatteur de Bruno ? (voir son portrait ici) Ou cette grande asperge de Jeannot ? (portrait ici) Et cette petite brune qui me matait discrètement ? » Brrr, autant de pensées qui l’écartaient de sa promesse.

Sitôt arrivé du côté des Caraïbes, Philippe retente une approche en loucedé :

– Bon chérie, on pourrait peut-être économiser un peu et prendre un bus qui nous déposerait pas trop loin de l’hôtel, comme ça, on finirait la route à pied ?
– Ah non ! Hors de question, ça fait onze mois que je me saigne pour ce voyage, on prend un taxi !

Bougon, notre athlète sevré garde toute sa motivation au moment de prendre place dans la suite du couple lorsque soudain :

– Oh !  J’y crois pas, s’écria sa femme, ils ont oublié de mettre le lit d’appoint que j’avais demandé, j’ai bien insisté pourtant.
– T’en fais pas, je vais redescendre au lobby pour le signaler.
– Ben on y va ensemble ?
– Non, non, reste tranquillement ici pour défaire les valises, je m’en occupe, la persuade le dévoué époux avec un sourire en coin.

Ouf ! Voilà un moment solitaire qui s’offre à lui, l’occasion de vérifier une pièce entraperçue plus tôt, oui c’est bien cela, cet hôtel dispose d’une salle de gym ! La banane aux lèvres, Philippe observe les corps suants et ne peut réprimer une pulsion : à lui le tapis de trek. La raison se rappelle soudain à lui : « De combien de temps je dispose pour que ça n’ait pas l’air suspect ? »  Une petite série et puis s’en remonte penaud dans la chambre où une épouse impatiente battait le pavé :

– Ah quand même, ils ont dit quoi ?
– C’est bon, ils vont nous l’amener d’ici ce soir.
– Tu en as mis du temps… Hum tu as fais quoi d’autre ?
– Ah non chérie, c’est pas du tout ce que tu crois, simplement je suis tombé sur un dépliant touristique intéressant et j’ai pris le temps de l’éplucher.

Argh ! Devoir déjà jouer son principal joker dès le premier jour de vacances, la suite s’annonçait difficile.

Céder au farniente

Car comment pouvoir s’extirper adroitement sans mettre en péril la survie de son couple ?

La séance de piscine allait être l’occasion de biaiser à nouveau vis-à-vis de sa promesse d’abstinence. Après quelques longueurs effectuées dans le bassin, le couple sympathise avec un petit groupe de vacanciers et entame avec eux une partie de volley. Les impulsions déchaînées de Philippe ne manquent pas de faire rire l’assistance :

– Eh ben ! Y’en a qui jouent le pain, commente un des badauds.
– Détends-toi mon amour, on est là pour s’amuser, le tempère sa femme.

Mais rien ne le calme, même les combats de « frites » lui servent d’alibis à une dépense physique hors normes. Lorsque sous prétexte d’un duel il hisse son épouse sur ses épaules, le masque tombe :

– Arrête de penser à entretenir ton corps mon loulou, l’humilie-t-elle devant des témoins hilares.
– Mais autant joindre l’utile à l’agréable !

Ses arguments ne sont pas reçus, désormais sa femme ne le quittera plus d’une semelle et lui interdira de hâter le pas.

Las, il finit par succomber à la tentation de l’inactivité sur la table de thalassothérapie et s’endort profondément. Il se réveille sous un regard bienfaiteur :

– Bon, ça a pas été facile, mais même toi tu commences à comprendre l’objectif de ce séjour. Tu as un peu parlé pendant ton sommeil, mais c’est sûrement le stress du travail qui n’est pas complètement évacué.

Philippe sourit sans un mot. Il a effectivement connu une sieste agitée. Un doux rêve parsemé d’exercices de gym en réalité. Désormais serein, il tient SA solution pour demeurer à la fois en paix avec lui-même et en phase avec son épouse.

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