La douche froide (2) : Pourquoi la boycotte-t-on au juste ? (Haltereego, 23 mai 2013)

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Comment croire sur parole ceux invoquant des impératifs de temps pour se délester de la douche, quand on assiste simultanément à leurs épanchements verbaux depuis le banc du vestiaire ? « Alors pourquoi fuit-on les nécessaires ablutions, M. Pujadas ? Ben, je vais vous le dire… »  

Bon OK, dans ces conditions la douche en salle de sport ferait l’unanimité

Dans la vie, il y a deux types d’arguments : les motifs et les excuses. Les raisons et les prétextes. Les saines esquives et les pleutres dérobades. Quels sont ceux qui dominent parmi les pratiquants de sport, a priori majoritaires, à refuser ostensiblement de se doucher à l’issue de leur séance ? Notamment ceux qui choisissent de switcher leurs sapes de sportif pour une tenue de gala. Quel sera le gain de productivité au moment de devoir se déshabiller et se changer à nouveau une fois la douche prise à la maison ? À ce train-là, c’est bientôt trois jeux de vêtements différents par jour qu’il faudra prévoir, tant on risque d’avoir transpiré de plus belle dans ceux portés sur le chemin du foyer.

Selon le même processus que pour la première partie (La douche froide 1ère partie, cliquez ici), nous pouvons identifier leurs motivations en quatre groupes. À noter qu’une même personne peut souscrire aux réserves présentes dans les différents points.

Motivation A : Ne pas se mélanger à la populace / Taux de crédibilité : 90%

Et si le côté empressé ne répondait qu’à une volonté de se démarquer, de ne pas s’attarder dans un environnement collectif qui ne nous sied guère ? Aucun procès d’intention ici aux quelques Jean-Eud ou Pierre-Stanislas des tapis de course, mais plutôt un pointage des légitimes différences de sensibilité entre individus selon le milieu culturel dans lequel ils ont évolué. Ainsi, il apparaît incongru, voire inconcevable à certains, de se laver dans un espace collectif, quand bien même chaque douche serait nettement distancée l’une de l’autre. Faute souvent d’avoir pratiqué un sport d’équipe dans leur prime jeunesse, d’où l’absence de vie de vestiaire propre à banaliser ces moments, ceux-ci n’ont tout simplement pas intégré cette possibilité dans leur disque dur. Sans vouloir raviver la lutte des classes, on ne peut que constater que la subtilité du tennis et de l’équitation sont davantage l’apanage des  enfants biens-nés que les troisièmes mi-temps footballo-rugbystiques.

Motivation B : Le goût d’un certain confort / Taux de crédibilité : 60%

Plus ou moins complémentaire de la première revendication sourde, la notion de confort n’est pas à négliger. Une douche est un devoir, mais également un plaisir, alors pourquoi s’astreindre à jouir de celle-ci dans un espace vétuste et souvent peu adapté aux à-côtés ? Qui n’a jamais dû faire face à l’absence d’étagère pour poser ses rechanges, ou à un espace exigu pour se rhabiller ? Sans compter la pression plus qu’explicite des membres du club tournant en rond en attendant leur tour. Cinq jets pour mille adhérents, ça peut passer à 10 h du matin, mais pour la majorité contrainte à s’insérer au milieu du rush des sorties de bureau c’est la garde à vue assurée.

Motivation C : Des difficultés ou complexes à s’exposer / Taux de crédibilité : 30%

Quand bien même le jet de douche, voire la cabine pour les salles les mieux équipées, est individuel, l’environnement demeure collectif et comparable à celui de l’Open Space dans le monde professionnel. Ainsi, la gêne que peut occasionner l’exercice d’un travail à vue, en particulier chez les salariés peu confiants ou peu aptes à « s’isoler au milieu de tous », repointe le bout de son nez à cette occasion. Pour peu que vous n’ayez pas un physique des plus avantageux ou le goût de vous exposer au jugement de Papa-Gros-Bras, cette légende du développé couché dont on distingue les paluches avant la tête, votre réticence prend une proportion double. Mais il ne perd rien pour attendre, vous aussi vous montrerez vos gros biceps à la face du monde un de ces jours.

Motivation D : Les doutes et légendes quant à la salubrité des lieux / Taux de crédibilité : 5%

La plupart du temps le propos vient d’un gars qui n’a pas même jeté un œil aux installations sanitaires à sa disposition : « Hum tu veux te doucher ici ? Je me méfierais à ta place… » Vous avez alors droit, selon l’inspiration du moment, à un récit comportant une anecdote de choix sur le vécu chaotique de Monsieur X (jamais de nom ou de description surtout !), victime d’une intoxication en buvant au jet ou porté pâle depuis le jour où… « Ah si les murs pouvaient parler… » se permettra même de renchérir le bonimenteur. Les porteurs de cette recommandation sont du genre à refuser une virée au bowling pour prévenir du risque de champignons, éventuellement causés par les chaussures prêtées par la salle. Des iconoclastes de posture en plein. Pour un salarié atteint d’un staphylocoque, il aurait fallu ne plus jamais aller à Quick ; pour un pratiquant qui aurait été atteint d’une maladie de peau ou aurait subi un malaise suite à sa douche il faudrait s’en exempter par précaution. Et pourquoi ne pas supprimer les routes pour se prémunir des accidents ? D’autres raisons peuvent sans doute être posées sur le tapis, et cet exposé a vocation à être complété et contredit dans un avenir plus ou moins proche. Selon que l’on trouve les hypothèses relatées salement tordues ou proprement scandaleuses.

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