My own private Festival Episode 11 (Arte Creative, 28 novembre 2012)

Episode 11 : Courts mais pas trop

lundi 26 novembre : Finale Prix du Public (Cinéma Le Cratère)

 

Les yeux de la tête

Les yeux de la tête

Les films présentés

Remarque préliminaire : la durée cumulée des films du soir dépasse les 2h. Ces huit courts-métrage étant sélectionnés par le public au préalable durant l’année (à raison de deux par présélection), cela confirme la tendance de la difficulté à mettre sur un pied d’égalité les courts très brefs avec ceux oscillant entre 10 et 35 minutes. Comme si quantité prévalait sur qualité, constat un peu regrettable. Cependant, les candidats retenus pour le prix possédaient, au-delà de leur durée, de solides atouts.

 

La construction en comédie musicale et tout en rîmes de La France qui se lève tôt par exemple, malgré le manichéisme de son propos sur les expulsions de travailleurs sans-papiers. Pour Les yeux de la tête, on parlera davantage du culot consistant à croiser violence crue et blagues potaches (voir par ailleurs). Majorité opprimée fonctionne tout autant, grâce à son idée phare d’inverser les attributs sociétaux entre les hommes et les femmes. Après dix minutes de pure comédie, les échos de cris de femme entendus à la fin nous ramènent à une réalité beaucoup moins fun.

 

Ya basta sonne la revanche des marginaux par le biais du casse d’un musée réalisé par les pensionnaires d’un centre de déficients mentaux. La présence d’Augustin Legrand au casting, célèbre pour son engagement auprès des Don Quichotte, n’est pas étrangère à la réussite du film.

 

Les problèmes sociaux sont au coeur de La dernière caravane et de Je pourrais être votre grand-mère. L’un pointe la précarité du monde du travail, crise de 2008 et conséquences, à travers le dialogue impossible entre un promoteur immobilier et les ouvriers du chantier dont il a la gestion. Peut-être caricatural sur la forme, mais tellement réaliste sur le fond. Notamment cette propension des gens plutôt bien dotés à vouloir faire pleurer les prolétaires sur leurs problèmes de riches.

 

Le second nommé parvient à une conclusion tout aussi réaliste : la récupération politique et financière d’une initiative désintéressée et humaniste (la création de pancartes pour des SDF). La morale de l’histoire pourrait être que la solidarité ne reste pas longtemps impunie dans la société moderne.

 

Dans un registre plus politique encore, Blue Line propose un sujet kafkaïen : la menace d’un incident diplomatique à cause du franchissement d’une zone délimitée… par une vache. Le contexte pesant des conflits au Moyen Orient n’est pas gratuit. Ainsi a-t-on un aperçu du marasme dû à l’implication de nombreux pays dans le pouvoir de décision, même pour traiter le cas d’une simple vache. L’attaque du hezbollah évoquée à la fin ramène au concret.

 

Enfin, l’OFNI du jour se nomme Edmond était un âne, titre au double sens explicité durant les quinze minutes de ce court-métrage. Son dessin classieux rend grâce à un sujet plus universel qu’on pourrait le croire de prime abord : la mise à l’écart d’un être par ses semblables à cause d’un comportement jugé trop en décalage. Y compris dans sa façon d’assumer l’oppression de ceux-ci. Jugé âne, Edmond voudra le devenir pour de bon. Quitte à renier ce qu’il lui reste d’humanité.

 

La séance vue de l’intérieur

Les séances se suivent et les assemblées ne se ressemblent pas. La salle associative de Saint-Michel a vu débouler deux types de cinéphiles ce soir : de jeunes étudiants et des couples âgés venus se nourrir d’un genre peu présent sur les écrans. Aucun âge intermédiaire entre les deux. Étonnant. L’aspect « compétition » n’aura pas joué un rôle majeur puisque la salle est restée silencieuse et relativement neutre durant la projection. Quelques bizarreries néanmoins, tels des rires répétitifs à chaque fois qu’Edmond remettait son bonnet d’âne, étrange accueil pour cet oeuvre plutôt mélancolique. Les plus appréciés du soir, arrivés aux deux premières places du vote, ont été Je pourrais être votre grand-mère et Ya basta.

 

Le film coup de coeur

En conformité avec le préambule de présentation, mon choix se porte sur le seul court-métrage de moins de dix minutes, à savoir le loufoque Les yeux de la tête. Plus que la boutade qui lui sert de pitch (une greffe d’un oeil perdu au golf), cette animation pointe l’alliance objective entre les Grands de notre monde. Leur intérêt à maintenir une certaine forme de chaos. En tête ce personnage de docteur, machiavélique ou simplement pragmatique c’est selon, qui fraye avec des pays antidémocratiques pour passer les « commandes » dont il a besoin. La façon dont sont reliées dans les deux premières minutes des histoires a priori indépendantes est particulièrement brillante. Autant que ce dessin très influencé manga qui permet de conserver une dominante comique à des séquences ignobles sur le fond. Mélange des genres opérationnel.

 

La décla’ de l’organisation

(En fin de séance) « Sur les votes cumulés, c’est Je pourrais être votre grand-mère, votre choix du soir, qui est assez nettement en tête, mais il reste encore quatre diffusions du prix du public, prévenez vos amis que ça peut intéresser, tout peut encore changer. » Michel V. (Suspense façon vote de télé-réalité)

 

Le petit « on s’en fout » du jour

Petite jouissance personnelle du soir, le Cratère est indéniablement la salle où je me trouve le plus confortablement installé pour suivre une séance depuis le début du festival. Seul petit sacrifice, devoir me rendre au 2e rang, quasi collé à l’écran, tant l’affluence était au rendez-vous. En dehors de ça : des larges sièges rouges moelleux qui vous enfoncent au sol si promptement qu’on en viendrait presque à s’endormir, un espace libre sur ma gauche pour m’étaler, nulle présence au tout 1er rang d’où possibilité de gesticuler sans prendre le risque de percuter un badaud de manière inconsidérée. Le top.

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