My own private Festival Episode 16 (Arte Creative, 5 décembre 2012)

Episode 16 : Un cocktail sentimentalo-comique bien dosé

vendredi 30 novembre : Compétition Internationale Programme 2 (Cinémathèque)

Curfew

Curfew

Les films présentés

À nouveau sept films à l’affiche pour cette deuxième partie de la compétition internationale. Celle-ci s’aventure sur des contrées bien lointaines de nous, notamment l’Australie et le continent américain, décliné en trois zones : le nord avec l’américain Curfew, le centre avec le mexicain Mari Pepa et le sud avec le brésilien Quando morremos a noite. Évoquons d’abord le film d’ouverture du programme, ce Father à la beautée technique aussi sidérante que son sujet est ambitieux (notamment pour une animation) : l’évocation par cinq enfants, devenus on le suppose orphelins, des souvenirs liés à leurs pères. Tous ont mordus jusqu’à l’extrême dans leur vice : boulimie pour l’un, tabac pour l’autre, alcool pour le troisième… La narration se déroule sur un fond évoquant des tableaux de peinture en mouvements. Réellement bluffant.

Curfew touche également à son but, esquisser en finesse les traumatismes et non-dits remontant à la surface entre un frère et une soeur (voir par ailleurs). Belle parodie de documentaire animalier, Condenados enchante par l’improbabilité de ses petites bêtes bizarroïdes. Mention spéciale au poisson-cube, fil rouge des diverses présentations, sa vie est assurément compliquée.

En attente du retour de son mari, la vieille dame de Dove sei, amor mio n’est pas sans rappeler celle du documentaire malgache La photographie (voir épisode 8). De façon identique, elle se complait dans le culte de l’absent, écoute une chanson empreinte de nostalgie, à la différence que l’apparition mystique d’une petite fille va contribuer à affronter son chagrin. Une histoire triste dotée d’une fin ouvrant sur la lumière.

C’est à peu prés l’opposé qui nous attend dans Quando morremos a noite. La rencontre entre ces deux paumés aurait pu paraitre glauque et/ou malsaine, elle est tout au contraire touchante et sacralise le naturel. En fait d’une énième quête sexuelle, la femme semble enfin trouver l’affection paternelle qu’elle n’a jamais reçue. Le climat s’avère déstabilisant, notamment un rebondissement final qui brise l’illusion d’équilibre trouvé entre les deux protagonistes.

Véritable plongée dans le quotidien d’un sous-marin militaire composé uniquement d’hommes, Deeper than yesterday pointe les divers comportements stupides dans lesquels peuvent basculer des mâles réunis sur une surface si limitée. En point d’orgue, cette absence de débat moral au profit de la bestialité quand ils repêchent un corps féminin inanimé. Une oeuvre guère optimiste, mais parfaitement plausible.

La séance se conclut avec Mari pepa, sorte de teen movie en moins grossier. Ainsi on ne parvient pas à détester une seconde ces ados gentils branleurs et doux rêveurs. Derrière les raisons basiques qui motivent leur projet de groupe de rock (gloire, filles, argent) se profilent une douloureuse vérité : ils veulent grandir trop vite, jouer des rôles qui ne sont pas les leurs. À ce titre la dernière séquence, où un de ces punk-rockeurs en herbe joue à sa grand-mère une de ses ballades préférées, fait figure de rédemption.

La séance vue de l’intérieur

Bien plus peuplée que pour la première partie de la compétition internationale, la salle a beaucoup vibré au fil de la projection. Le temps d’une mise en jambes calme avec Father, le public a ensuite été conquis par Curfew et sa petite fille espiègle faisant connaissance avec un oncle brisé par la vie (les votes confirmeront cette sensation puisque ce film gagnera le prix).

Plusieurs fous rires pendant Condenados, sorte de récréation avant des productions aux sujets plus graves. Bien que diversement appréciés, ces trois CM en question ont reçu de longs applaudissements. Belle connivence également d’une partie du public avec les rockeurs en herbe de Mari pepa. Certains semblaient d’ailleurs regretter que la séance ne soit pas un peu plus longue (où est passé la tradition du film « bonus » pendant le décompte des voix ?).

Le film coup de coeur

Le court-métrage a décidément des vertus magiques. Par exemple celle de transcender un sujet tel que celui de Curfew, ode à la vie autant que drame familial, que l’on imagine volontiers sombrer dans le pathos sur une durée « classique » de 90 minutes. En quatre fois moins de temps, cette chronique de retrouvailles entre un frère et une soeur (via la médiation providentielle de la fille de cette dernière) parvient à suggérer énormément sur les antécédents de cette relation conflictuelle, tout en ouvrant vers des perspectives plus souriantes. Ainsi la roue a enfin tourné au bout de plusieurs années : le frère « à problèmes » longtemps maternée et protégée par sa grande soeur doit à présent lui venir en aide. Enfin une opportunité est ouverte pour que leur confiance se restaure. La maturité du personnage de la petite fille y est pour beaucoup, elle passe rapidement de gamine capricieuse à fort soutien psychologique envers son oncle quand elle découvre ce qu’il a failli commettre. Entre deux, elle nous gratifie même d’une fraîcheur insouciante (sa danse ska/new wave sur la piste de bowling). Par son intermédiaire, le frère trouve l’occasion d’exprimer une affection dont il fut incapable par le passé. Et ni plus ni moins de donner un sens à sa vie.

Le petit « on s’en fout » du jour

Impossible de passer sous silence l’ambiance mise par les deux individus avinés placés derrière moi. Au menu un grignotage de chips pas des plus discrets (après avoir fait mine de s’être astreint à tout manger devant l’accès à la salle), des réflexions salées à chaque évocation vaguement sexuelle à l’écran, des fous rires particulièrement épicés (certes à des moments drôles) et diverses éructations de mâles bien compréhensibles dans ce contexte. Bref un show ininterrompu. Si bien qu’Élisa F-V en personne a dû les rappeler à l’ordre entre deux films.

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