My own private Festival Episode 17 : Bilan des courses (Arte Creative, 11 décembre 2012)

AVANT PROPOS

Histoire de boucler la boucle de ce Festival Séquence Court-Métrage 2012 sur une note plus globale qu’une review de séance, j’ai souhaité faire un point sur différents aspects et observations apparus au fil de ma plongée dans ce cadre particulier. Comme la plupart des amateurs de cinéma, j’ai surtout tendance à voir des longs-métrages tout au long de l’année, ce fut donc un plaisir renforcé de pouvoir être ainsi déstabilisé constamment, sur le fond comme sur la forme, coupé des repères habituels et schémas couramment utilisés dans le cinéma « traditionnel », notamment mainstream.

À l’exception d’éventuels bonus de DVD ou de coffrets sortant de manière sporadiques, il est très difficile de se procurer des courts-métrages par le circuit de distribution classique, ce qui est bien regrettable. D’autant que l’on sait que les réalisateurs les plus célèbres et reconnus sont quasiment tous passés par la case « court », vraie tremplin dans la plupart des cas. La reconnaissance des courts semble cependant s’accélérer avec les présences de plus en plus fréquentes de stars du cinéma (français en l’occurrence) au casting de ceux-ci. Le Festival Séquence s’est avéré comme un témoin de cette tendance, déjà l’an dernier (Guillaume Canet, Jean Rochefort) et de nouveau en 2012 (Charlotte Rampling, Nathalie Baye et Yolande Moreau entre autres).

Une note largement positive s’extrait donc de cette quinzaine (cette dix-septaine en vrai, mais ça sonne moins correct), voyons plus précisément ce qu’il en est en épluchant le palmarès et en nous interrogeant sur la problématique général du court-métrage.

LE PALMARES : Satisfaction personnelle

Diagonale du vide, prix du public TLT

Diagonale du vide, prix du public TLT

Revenons Compétition par Compétition sur les différents lauréats du festival. Pour chaque film primé, j’émettrai quelques observations et commentaires « à froid », tout en rappelant le cas échéant ce que j’en avais dit au moment de sa diffusion.

Finale Prix du Public :

Je pourrais être votre grand-mère de Bernard Tanguy

Assurément pas le film qui m’a le plus marqué parmi les huit finalistes, mais néanmoins un court-métrage qui recèle des qualités certaines. Il ne se contente pas de rassembler autour du thème de la solidarité (cet avocat d’affaires qui crée une aide logistique pour les SDF), mais énonce toutes les évolutions intervenant dans l’état d’esprit d’un gentil bienfaiteur. De la compassion à la frustration en passant par un réel attachement à la mission qu’il s’est fixé. La récupération « politique » de son initiative par sa société sonne le glas de son acte désintéressé. Et sonne très juste à l’ère actuelle.

Finale Prix du Jury :
Grand Prix : Le banquet de la concubine d’Hefang Wei,
Mention spéciale : Il était une fois l’huile de Winshluss

Mon appréhension initiale vis-à-vis des films d’animation a été mise à rude épreuve durant cette séance puisque six des huit candidats au prix en étaient. Chacun possédait sa propre esthétique, sa mise en scène ambitieuse, son scénario solide. Il fallait donc trancher de manière arbitraire, et si j’ai été pour ma part davantage charmé par Il était une fois l’huile ou The gloaming, la distinction décernée au Banquet de la concubine ne me parait pas sujette à crier au scandale. Sans même percevoir la référence historique (à la Chine ancienne de l’empereur Li), on pouvait goûter de manière exquise à cette orgie tantôt lubrique tantôt pugilistique.

Compétition Internationale :

Prix du Public : Curfew de Shawn Christensen
Prix du Jury jeune : Lambs de Sam Kelly

Comme la majorité des spectateurs, j’ai adhéré au propos de Curfew, ce mélo familial où un homme retrouve grâce auprès d’une soeur avec qui les liens étaient brisés depuis des années. Un peu moins par Lambs, un tout petit peu trop bref à mon sens pour qu’on puisse s’attacher à son héros, victime collatérale d’une famille dysfonctionnelle. L’adolescence du protagoniste principal a-t-elle jouée un rôle décisif au sein du Jury Jeune ?

Compétition vidéo fiction (Prix du public) :
1er prix : La tête froide de Nicolas Mesdom
2e prix : Boulevard Movie de Lucia Sanchez

La tête froide fut également un des films pour lesquels j’ai voté, en compagnie de The end, cette fable au sujet d’un cinéma moderne se contentant de retourner des grands succès. Si ce deuxième est plus enclin à toucher les cinéphiles avertis du fait de ses multiples références, a-t-il besoin d’un prix quant son casting comprend Charlotte Rampling, Géraldine Nakache, Gérard Darmon et Philippe Caubère ?

Saluons donc le prix principal remis à cette relation parsemée d’ambiguïté entre deux footballeurs en pleine ascension, un thème courageux et un traitement pudique tout à fait approprié. Arrivé à la 2e place, Boulevard movie n’a pas rebuté malgré le statut hybride de sa forme (ni vrai documentaire, ni micro-trottoir) et plutôt été servi par son interprète principal, Jean-Marc Barr.

Compétition Animation 2D &3D (Prix du public) :
Dripped de Léo Verrier

Une des sélections que j’ai trouvé la plus relevée qualitativement parmi les seize auxquelles il m’a été donné d’assister. Ma sensibilité a davantage été alertée par deux films aux allures de clips améliorés (Cecelia & her selfhood et Brandt rhapsodie). Cependant, je garde en tête ce Dripped comme étant très riche d’un point de vue graphique ainsi que philosophique. Un hommage à une forme de peinture singulière rendu de manière appropriée, en l’occurrence par une explosion de couleurs sur l’écran.

Compétition Régionale :
Grand Prix : Wonder Landes de Morgann Tanière
Prix MAO Center : Sunday Fucking Sunday de Sean Delecroix
Prix Jeune Talent CROUS : Confession d’un retro-geek de Sébastien Chantal

Ravi de ce palmarès qui a su aller à l’encontre des conventions tacites voulant qu’un jury composé de professionnels du cinéma ou de culture, à l’inverse du public, se détourne des comédies pour sacrer des films aux accents dramatiques ou aux qualités artistiques plus « avérées ». De l’aveu même d’un des membres du jury statuant sur cette compétition internationale : « Un film comme Origami (animation techniquement irréprochable) a déjà tout pour lui donc il n’a pas besoin de recevoir un prix. » C’est donc au nom de cet engouement pour des oeuvres imparfaites mais sincères et singulières que les trois films consacrés dans cette catégorie sont synonymes d’espoirs et de lendemains plus glorieux encore.

Compétition collèges/ lycées (Prix du Jury) :
1er prix : Une grande histoire d’amitié du collège Stendhal et de la Reynerie
2e prix ex-æquo : Les bonnes idées du monde entier du lycée agricole de Pamiers / Monsieur Z du lycée Las Cases, de Lavaur.

N’ayant pas suivi la séance consacrée à cette catégorie, je m’abstiendrai de tout commentaire à son sujet.

Compétition TLT (Prix du Public) :

Diagonale du vide d’Hubert Charuel

Là, encore une fois, je trouve cette distinction bien méritée, surtout par le biais d’un Prix du public allant à un film présenté hors-compétition à la base (le programme « Et vous trouvez ça drôle ? »). Comme mentionné dans l’épisode consacré à cette projection, Diagonale du vide est sans doute le court-métrage ayant déclenché les plus fortes réactions du public toutes séances confondues. Sans chercher à masquer les défauts inhérents à une première réalisation, Hubert Charuel parvient à créer une très forte empathie avec ses deux héros et dresse une galerie de personnages secondaires bien pensés. Drôle, sans prétention et même touchant par moments.

La communication sur le court-métrage : des clichés durs à briser

En dehors du plaisir personnel d’assister aux séances, je me suis attelé sans forcer à diffuser la bonne parole du Festival dans mon entourage. Compte tenu des nombreuses séances gratuites ou à des tarifs imbattables, mais aussi de la diversité des thèmes, je pensais sincèrement qu’il était facile de rameuter du public pour suivre les différentes séances. La tâche s’avéra plus périlleuse, et je cherche encore aujourd’hui le pourquoi du comment.

Première observation : les gens sondés ne marquent pas de prime abord de réticence particulière vis-à-vis du format des films. Ils dégagent au contraire un certain enthousiasme pour le côté frais de la chose, la dynamique du large choix de séances proposées etc.

Pourtant, au moment de passer à l’action et de valider leur réaction initiale par une présence au Festival, il en est tout autre. D’un seul coup, ils perçoivent les horaires et les lieux de projection comme autant de contraintes plutôt que de ressources, selon une logique qu’ils n’intègrent pas lorsqu’il s’agit d’aller voir un long-métrage à l’affiche.

Deuxième remarque : pour beaucoup, le court-métrage est quelque chose de trop abstrait pour qu’ils se programment « intérieurement » à aller à une séance. Ils en ont soit une idée biaisée (le reliant à quelque chose d’élitiste, de forcément intello, sortant trop des sentiers battus?) soit le vivant comme un vague concept inconnu et loin de leur monde. Ainsi le « Ah ça a l’air cool, mais ce n’est pas pour moi » est la réflexion que j’ai entendu très couramment.

Troisième grief entendu : le risque de ne pas aimer ! Oui oui, je promets que cet argument m’a été développé : « Sur sept films, s’il y en a que deux qui me plaise c’est blasant de lâcher cinq euros pour ça. » Je suis là aussi étonné que les mêmes puissent payer régulièrement près de dix euros pour un long-métrage, susceptible lui aussi de ne pas leur plaire.

La difficulté majeure semble donc de réussir à montrer ne serait-ce qu’une fois une série de courts à une personne pas encore sensibilisée, l’importante présence d’habitués du Festival parmi le public (voir par ailleurs) allant dans le sens qu’une fois converti on y revient volontiers.

Cependant, vaincre les stéréotypes touchant cette forme de cinéma (et les festivals lui étant consacrée) est un préalable nécessaire à une démocratisation culturelle plus vaste. Ainsi je fus étonné d’entendre de la bouche de quelqu’un que je prenais pour ouvert à la découverte que « La compétition internationale c’est toujours celle où on trouve des trucs chiants : un film kazakh, un film polonais, un film afghan… »

Passons sur l’ethnocentrisme culturel répandu qui voudrait que le bon cinéma soit l’apanage de certains pays fortement industrialisés (en gros les Etats-Unis et quelques pays européens, à la rigueur le Japon) pour nous concentrer sur le deuxième aspect de cette réflexion, à savoir que les films seraient sélectionnés pour leur provenance « exotique ». Un choix quasiment politique (au sens idéologique) en somme, au détriment des qualités et originalités de l’objet.

Manque de chance pour cette démonstration, c’est un court-métrage américain, Curfew, qui a remporté le prix de la Compétition Internationale cette année, concours d’ailleurs aussi bien composé d’oeuvres britanniques que de productions australiennes ou brésiliennes.

Il s’agit donc de convaincre de la multiplicité du cinéma, et la tâche est loin d’être évidente à l’heure où les multiplexes font dans la facilité en programmant des hits américains annoncés et des films français bancables. Le spectateur non informé peut croire, sans mauvais esprit, que le Septième Art se réduit à une lutte entre l’Oncle Sam géant et le village hexagonal résistant toujours un peu moins à l’envahisseur.

Dans le cas du court-métrage, la meilleure initiative serait à mon sens de réinstaurer la tradition du film « lever de rideau » qui existait encore il y a moins de vingt ans dans certaines villes. Un court-métrage en ouverture, suivi du film principal. De quoi rappeler au public qu’il n’est pas nécessaire que ce soit long pour être bon…

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