Portrait craché d’un pratiquant modèle N°1 : Arnold, le vieux guerrier (Haltereego, 19 avril 2013)

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Si vous fréquentez une salle de sport, vous en connaissez forcément un. Il est de ces individus que l’on regarde du coin de l’œil, empreint à la fois de crainte et d’admiration. Et cette pensée nous traverse :
« Putain, je signe de suite pour être comme ça à son âge ».

« Ceux qui se refusent à penser vieillesse vieillissent bien moins vite et plus harmonieusement que ceux pour qui leur date de naissance est une obsession. » Marcelle Auclair (Vers une vieillesse heureuse, 1970)
S’entraîner jusqu’à la mort c’est sa raison de vivre.

S’entraîner jusqu’à la mort c’est sa raison de vivre.

Quinquagénaire au bas mot, gueule cassée comportant un minimum de deux cicatrices protubérantes, tatouages optionnels, look de détenu de QHS ou a minima de routier à la retraite, nerveux, d’apparence asocial, mais finalement bien plus sympa que Kevin le poseur de service ou Bruno les-bons-tuyaux : voici Arnold, colosse aux biceps saillants ayant survécu à toutes les récessions.

Éternelle jouvence de façade ?

 

Croyez-le ou non, mais je les ai toujours bien aimés les « Arnold », je préfère les voir comme une source d’encouragement plutôt que comme des titans me renvoyant à ma condition d’apprenti musculeux. Or, ils ont tendance à provoquer rejet et jalousie auprès des plus jeunes pratiquants. Observons la bête plus en détail pour tenter de comprendre d’où provient cette aversion. D’abord, il va de soi que l’individu dont nous parlons possède un vécu riche dans le domaine sportif, plus proche d’un Stallone renfilant tardivement les gants pour un sixième Rocky que d’un Hercule Poirot lassé de résoudre des enquêtes par sa seule force de déduction.

Bien que son visage trahisse son âge, Arnold soigne son allure de manière à sembler moderne, voire intemporel.

Patriarche de service oui, vieil homme dépassé certainement pas.

D’ailleurs, il met un point d’honneur à raser sa barbe blanche et à masquer sa calvitie par l’entremise d’une casquette, qui deviendra bien vite emblématique. De grandes chances qu’elle soit couleur kaki, gage éminent de son statut de vétéran d’une quelconque guerre, fut-elle purement psychologique.


Minute de récup’, connais pas !

Malgré ces prémisses, ne vous y trompez pas, Arnold ne donne pas dans le tape-à-l’œil. Muni d’un pantalon de jogging noir et de baskets de même couleur, le tout agrémenté de bracelets de maintien aux poignets pour éviter quelques menues foulures, le vieux guerrier incarne avant tout le pragmatisme et la détermination. Bien sûr, il reste humain, il lui arrive pendant ces temps de pause de jeter des regards lubriques aux jeunes femmes bien en chair, mais en définitive, il est venu pour en baver sur les machines. Transpirons donc à ses côtés. Ne serait-ce qu’à le voir placer la barre sous les 90 kilos pour un exercice consacré aux triceps, là où nous, jeunots que nous sommes, peinons avec une charge trois fois moindre.

Quel est son secret ? Peut-être appartient-il à cette classe d’adhérents qui réalise des petites séries de huit à dix répétitions ? Que nenni ! Il s’échine à tirer à une vingtaine de reprises. Sans doute prend-il de longs temps de récupération alors ? Certes, il lui arrive de traverser la salle de tout son long entre deux séries, mais c’est pour mieux rejoindre la partie « cardio » et s’adonner à un exercice d’abdominaux debout en guise de transition. Sacrée façon de se reposer avant d’enquiller de nouveau l’étirement des triceps.

Contrairement à Greg le souffrologue, Arnold ne surjoue pas ses efforts, pas du genre à grimacer sur ses ultimes mouvements ou à se tenir la tête durant sa minute de récup’, par ailleurs inexistante comme vu précédemment. Il est en mission et accomplira donc son devoir sans réserve ni plaintes ostensibles. À ce titre, il mérite d’être reconnu et célébré. Si une opportunité d’isolement aux côtés de ce foudre de guerre se présente à vous, je ne saurai que trop vous conseiller de vaincre votre peur et d’établir un dialogue avec le « molosse ». Par temps de paix, même le plus grand des guerriers relâche sa garde.