Portrait craché d’un pratiquant modèle n°3 : Bruno-Les-Bons-Tuyaux (Haltereego,2 juin 2013)

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« Le véritable égoïste est celui qui parle de lui quand il parle d’un autre » (Pierre DAC)

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Je te montre comment on porte la barre… ça fait 20 ans que je suis inscrit ici, j’sais d’quoi j’parle !

De même que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, ils ne sont pas non plus les meilleurs. C’est cet adage auquel nous ramènent les Bruno, prototypes et sous-genres des piliers de salle (cf définition ici) et toujours les premiers lorsqu’il s’agit de l’effort… de l’autre. Suivez le guide.



Soudain, vous l’avez vu poser les yeux sur vous et n’avez pas tardé à comprendre que plus rien ne serait comme avant. Lui, sans-gêne patenté, émettait depuis un moment quelques rictus et autres expressions de scepticisme devant l’exécution de vos mouvements. Puis, inévitablement il a surgi :

–         Hum, excusez-moi, ne le prenez pas mal, mais je peux vous donner un conseil ?

De bonne composition comme vous êtes, vous avez acquiescé sans en mesurer les conséquences. C’était parti pour un tour. Et plutôt le show entier en l’occurrence. Petit florilège : « Lorsque vous redescendez les bras, il vaut mieux un mouvement vif, et pas la peine d’aller aussi bas… » ; « Le truc pour bien prendre de la masse c’est pas le nombre de répétitions, mais mettre beaucoup de poids et réaliser des séries rapides » ; « Là, tu vois, typiquement, c’est une machine où il faut charger plus ».

Regardé d’un coin de l’œil pas forcément bienveillant par les profs de sport officiels, Bruno ne ressent pas de complexes ni l’impression d’être intrusif, il se revendique au contraire d’utilité publique. À l’heure où est sérieusement envisagé de faire rembourser les abonnements sportifs par la sécu, il réclamerait presque sa part du gâteau.

Car il faut bien reconnaître à la décharge du trublion qu’il est plutôt écouté et apprécié de ceux qu’il convie à l’exercice, bien qu’à l’image d’un président noyé sous le joug international il ne dispose que d’une modeste boîte à outils.
Paradoxal d’autant plus que le Bruno en question n’affiche pas spécialement des proportions athlétiques à en faire pâlir Sheamus (ci-dessous), ni ne démontre d’exploits personnels devant des yeux ébahis. Il est simplement LE conseilleur et se complait dans ce rôle.

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Physiquement, Sheamus est légèrement au dessus de Bruno. Légèrement !

 Ne pas être pour pouvoir exister

Comment comprendre le plaisir que l’on peut ressentir à se contenter de briefer son beau monde ? Très facile. Rappelez-vous l’appartenance de notre spécimen au plus large groupe des dits « No Life ». Terme apparu sur la toile pour désigner les acharnés capables de littéralement « jouer leur vie » à travers un avatar sur un forum ou devant un jeu en réseau, son existence concrète remonte cependant à la nuit des temps. Que ne disait-on pas en son temps de Sisyphe, réduit à pousser indéfiniment son rocher au sommet d’une montagne pour mieux le laisser retomber une fois le but atteint ? Rien à faire le mec, le « No Life » originel assurément.

Quand le commun des mortels hésite à écourter sa séance lorsqu’un des appareils nécessaires à son programme est longuement occupé, le Bruno se réjouit des prolongations engendrées. De toute façon, il a pour seul programme d’être là pour vous qu’on se le dise… donc pour lui en définitive.

Dès la deuxième rencontre avec une personne précédemment importunée, il feint une connivence démesurée via force clins d’œil et autres signes de reconnaissance. Être connu de tous ne lui suffit pas, il veut que tous l’adoubent. Il ne vise pourtant pas à tisser un lien étroit avec quiconque. Sa priorité est de sans cesse fondre sur de nouvelles proies (ce qui est pris n’est plus à prendre) plutôt que de consolider ses acquis sociaux. En un sens, Bruno est le premier (et le dernier) des capitalistes/expansionnistes : plutôt que d’assoir sa position dominante dans un cercle limité, sa soif de pouvoir l’entraîne à la délocalisation et à l’assemblage de filiales plus ou moins boiteuses. Jean-Marie Messier si tu nous lis… tu n’as vraiment rien d’autre à faire !

Quant à sa propre musculation, elle attendra la prochaine mousson, pourvu que les graines semées fassent fleurir les biceps des autres, Scott Steiner ne s’en portera que mieux.

Même Gilbert, gérant acariâtre de la salle, a fini par accepter les initiatives envahissantes du bougre, lassé de devoir sans cesse expliquer que NON cet individu ne fait pas partie de la « maison ». Désormais, Bruno est son idiot utile, celui permettant des économies de personnel par son volontarisme à remplir des petites tâches ingrates, telles réapprovisionner les rouleaux de papier ou sortir les poubelles. Le tout en sautillant joyeusement s’il vous plaît.

Au moment de lui laisser le soin de tirer le rideau métallique, Gilbert songe que la première trogne qu’il apercevra à l’ouverture demain matin risque bien d’être la sienne.

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