Portrait craché d’un pratiquant modèle N°4 : Jeannot Fil de Fer (Haltereego,26 juillet 2013)

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Qui a dit que l’on devait nécessairement « changer » sous l’emprise de la philosophie du culturisme ? Prenez Jeannot, il est très fier d’avoir conservé toute sa simplicité et sa modestie malgré le soin apporté à se rendre plus beau. Hélas, il est aussi resté le même physiquement. Et cela, il ne le revendique pas, au contraire s’en étonne, s’en agace. Pourtant, il en faudrait peu pour que sa morphologie se décide à évoluer…

eannot ne prend pas ! Ce n’est pas faute d’essayer pourtant…

Jeannot ne prend pas ! Ce n’est pas faute d’essayer pourtant…

1 m 90 tout au moins pour 65 petits kilos tout au plus, un regard vitreux, un teint tendance Simpsonite aigüe (si si vous savez, celui touchant généralement les esthètes du goût ne jurant que par le lait de soja et les biscottes bio tout en crachant sur un bon steak – je vous clouerais tout ça au pilori je vous jure – enfin bref, fin de la parenthèse), des cannes semblant prêtes à se briser à chaque faux mouvement : Jeannot n’égale pas les cas critiques de l’homme « à la maladie des os de verres » dans Amélie Poulain ou du « bonhomme qui casse » joué par Samuel L. Jackson dans Incassable, mais il en est un petit frère éloigné.

Refus de l’évidence…

Son entourage ne peut s’empêcher de lâcher : « Et si tu commençais simplement par manger pour renforcer ton corps ? Le sport, ça s’accompagne d’un changement alimentaire. » Bon défenseur de sa cause, il plaide, la main sur la bible* : « Mais je me gave, je n’arrête pas, et pas moyen de prendre ne serait-ce que 500 grammes ». Tss tss pour quels naïfs gnous les prend-il tous, eux (comme vous comme nous) savent que le réfractaire fait l’impasse sur bon nombre de repas pour s’adonner à des séances afterwork. Du genre à sortir dans la foulée et à ne picorer que les micro-cacahuètes gracieusement offertes avec son mojito.

Quant à son entraînement proprement dit, parlons-en. Pour convertir son métabolisme tendance Louis de Funès en une enveloppe Sly des grands jours, Jeannot ne trouve rien de mieux que de s’acharner sur les exercices de cardio : « N’empêche j’envoie au taquet, au bout de trois minutes d’elliptique je suis déjà à 1,5 km parcourus. » Si en plus il confond la ligne des calories avec celle de la distance, que reste-t-il à faire pour lui ? Tout, ou plutôt pas grand-chose. Ainsi, un prof bien intentionné s’est risqué à lui soumettre un programme, basique mais efficace, de type « comment devenir un golgoth en l’espace d’un an ». Mais allez tenter de convaincre cette tête de mule, encore persuadée qu’Elvis Presley n’est pas mort ou que l’homme n’a jamais foulé la Lune. Non vraiment, s’il n’arrive pas à prendre de la masse c’est de la faute à pas de chance…

…persuasion par l’absurde

Tenez, les virus par exemple. Grippe, gastro-entérite et autres maux ordinaires dont peut souffrir l’individu moderne. Il existe des périodes plus propices que d’autres pour les attraper et nous pouvons tous compter sur un ami fan par principe de ces marronniers pour nous sortir en fin de soirée : « Et attention de pas vous découvrir y’a le rhume des foins en ce moment… ». Avec un Jeannot dans vos intimes, plus besoin de devoir bâcher vertement l’inutile précédemment cité, vous serez informé de manière encore plus concrète et certifiée. À peine présente-t-il les symptômes fiévreux d’une angine que vous êtes sûrs que la période de risque vient de démarrer. Ou commencera éminemment, puisque Jeannot possède en la matière un avant-gardisme à faire pâlir tous les dépositaires des grands courants artistiques. Manque de pot, ces défaillances le touchent toujours en pleine ascension, tel un lièvre devant s’écarter d’un 1500 mètres pour laisser passer le favori. Aux autres la victoire sans éclat, à lui le culte de la défaite teintée de panache.

De retour de plus belle à la salle après chacune de ses convalescences, l’individu prend de haut l’adepte osant lui demander s’il était un nouvel inscrit, « Attends ça fait six ans que je viens ici… ». Son cérémonial reste immuable : longs enchaînements de tapis et vélo à s’en faire suer jusqu’au dessèchement puis tentatives progressives d’exercices de renforcement musculaire. Toujours étonné que son énergie ne suive pas, il réduit au fil des séances le nombre de répétitions, de 15 à 10 pour tomber le plus souvent à 6. Un avantage croit-il puisqu’au final « Je ne reste pas longtemps sur un mouvement comme ça, j’essaye toutes les machines. »

Ainsi aura-t-il selon lui tout tenter pour prendre de la masse puisque tout essayé. CQFD.

*Il est ici fait référence, cela va de soi (« C’est évident » dirait Fabien B. paix à son âme) à la Bible du Pousseur de Fonte, étant entendu que la laïcité est le seul dogme guidant le chemin d’HaltereEgo.

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