Un mois sans ma salle (1) : une épreuve vouée à l’échec ? (Haltereego,12 juin 2013)

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Pratiquer une activité sportive, c’est (presque) gratuit et on peut faire ça dans n’importe quel cadre. La théorie est bien connue et abondamment rabâchée par ceux aimant prendre soin de leur corps. Pourtant, sorti de sa routine et du cocon qui va avec, il devient bien difficile de maintenir sa « cadence de combat » (aucune allusion ici à un navet cinématographique avec au générique Hulk Hogan). Récit de deux expériences pas vraiment concluantes. À l’heure où l’été arrive – enfin ! -, ça pourra donner des idées à certains.

 

Un mois à tirer. Le verdict est tombé sans surprise. Logique quand vous vous l’infligez vous-même. Privé de votre élément- moteur un mois durant, et consentant avec ça. À vous d’être créatif pour trouver de nouveaux repères et équivalents à votre labeur quotidien. Délocalisation provisoire de son activité professionnelle ou passage dans un centre de remise en forme, la conséquence s’avère la même pour les deux individus que nous avons pris pour témoins.

Des salles qui ne sont pas traitées à la même enseigne

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Jean-Claude se relaxe

Bien sûr, les mieux informés (si si, il y en a) argueront que la majorité des clubs de sport se déclinent d’une ville à l’autre voire plus, mais cela ne contredit en rien l’étude de cas du jour. Il ne s’agit pas de devoir observer le deuil de la « chaîne » dans laquelle nous nous entraînons, mais précisément de LA salle, devenue un véritable temple recouvert d’habitudes et rituels auxquels on ne prête attention… qu’une fois privé des lieux.

Prenez Jean-Claude, amené dans le cadre d’une formation professionnelle à migrer un mois d’une grande ville du nord-ouest de la France à une commune de moyenne importance dans le Sud-Est. Confiant, ce jeune cadre (forcément) dynamique a repéré en (Benoît) amont qu’un club de son enseigne était bien présent dans les environs. Il s’attend donc à pouvoir conserver la même régularité et discipline de fer qui l’anime depuis quelques semaines. Las, il va de déception en déconvenue lorsqu’il se rend pour la première fois dans son nouvel espace de renforcement. Le logo est bien là, la décoration aussi, mais que dire des machines ?

Là où son elliptique nordiste lui offrait le luxe d’un vaste comptoir pour étaler ses babioles (serviette, lecteur mp3, clés, portable, bouteille et que sais-je d’autre encore. Eh oui, il est comme ça Jean-Claude, il sort toujours couvert !), celui auquel il fait face ne possède guère qu’un panier étroit que l’on croirait prévu pour les seuls amateurs de Powerade. Idem avec les statistiques de ses performances, elles qu’il chérissait tant, lui apparaissent soudain tout droit sorties de Matrix. Quant au fonctionnement de l’appareil lui-même, il note une dureté et une hauteur des pédales totalement inconvenantes. Même constat lorsqu’il se ruine le dos sur la planche d’abdominaux, composée d’un plastique solide apte à clouer sur place quelques personnes du troisième âge. Où a bien pu passer le petit coussinet en cuir qui rendait limite jouissif les minutes de relaxation ? Le voyageur de première classe qu’est Jean-Claude a l’impression d’une tromperie sur la marchandise. Avant de saisir l’UFC-Que Choisir, il se persuade qu’il en sera autrement avec la partie musculation.

Naïveté quand tu nous tiens…

Tout juste reconnaît-il l’exercice avec barre de fer pour les dorsaux et les mouvements destinés aux triceps. Le tout étant mélangé et resserré dans une ronde à donner le tournis à un candidat de Fort Boyard. Au final, il ne retrouve rien de véritablement avenant et part sans la conviction de revenir. Visiblement, cette bourgade dispose d’un budget bien moins conséquent que sa grande sœur nordiste, elle a donc opté pour des appareils « génériques » voire du matériel discount. Niveau dépaysement, l’objectif est atteint, dommage qu’il n’ait pas été recherché.

Fonctionnement archaïque et incitation au service minimum

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Pascal en calecif

De son côté, Pascal était raisonnablement confiant.

Dans l’obligation de suivre une cure postopératoire d’un mois dans un centre spécialisé, il avait épluché sans coup férir la brochure de l’établissement le plus proche de sa résidence. La présence d’une salle de sport vouée à la rééducation/réadaptation l’avait rassuré quant à la façon d’occuper les temps morts entre les repas. Le guide ne précisait pas les horaires d’ouverture de cet espace… forcément puisque cela reviendrait à avouer qu’il n’ouvrait qu’épisodiquement. Compte tenu du faible effectif en personnel à sa disposition, la prof chargée des lieux joue aussi le rôle de monitrice de piscine, conseillère en développement, psychologue et bibliothécaire non assermentée. Même Narcissick au temps de sa splendeur ne cumulait pas de tâches aussi hétéroclites !

Résultat des courses : une salle n’ouvrant en moyenne que deux heures par jour, une grosse poignée des quatre-vingts pensionnaires se ruant comme si des soldes les attendaient derrière le rideau, des exercices limités à vingt minutes ou une demi-heure par machine, des sempiternelles embrouilles pour savoir lequel des patients a le plus besoin de s’exercer, des gens agglutinés dans un espace de 20 m2. Plutôt en bonne santé, en dehors d’une jambe ayant frôlée l’atrophie, Pascal doit en plus composer avec des regards hostiles, son sourire et ses signes extérieurs de non-souffrance sont vécus comme des injures par

un ensemble de patients proches d’être grabataires. Victime de ce rejet silencieux, mais avéré, notre beau quarantenaire a choisi en guise de seule activité de s’astreindre à des marches épiques dans la nature. Quitte à devoir dire adieu à sa salle de sport, autant ne pas user d’un placebo peu efficient.

Alors, mauvaise foi du « rouilleur » ne sachant évoluer hors de sa routine ou véritables inégalités et judicieuses réclamations ? En attendant d’autres témoignages, nous gardons un œil sur cette tendance naissante de l’amour exclusif du pratiquant envers sa salle.

"Pas de relâche pendant les vacances!"

Pas de relâche pendant les vacances!