Essai sur Fight Club – Chapitre 21 Devoirs

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Chapitre 21 : Devoirs 0’46’’

"Vous allez chercher la bagarre...et vous allez perdre."

« Vous allez chercher la bagarre…et vous allez perdre. »

On suit les différents stratagèmes déployés par les membres du « fight club », dans le cadre de leur vie civile, pour accomplir leur mission consistant à se faire rosser par un inconnu.

 

Cette petite séquence illustre la difficulté de l’homme moyen, absorbé par une rigueur sociétale castratrice, à faire usage de violence pour se faire respecter. Ainsi chaque disciple Durdenien a beau rivaliser d’originalité dans ses provocations, (Celui qui fait tomber et maltraite la mallette d’un cadre pressé, le vendeur automobile qui projette son client contre un véhicule, le pompiste qui arrose des passants avec un jet,…) le citoyen moyen a perdu le réflexe originel de la castagne. C’est encore la société matriarcale qui est montré du doigt dans cette scène, la société des gens aseptisés ne concevant pas la violence comme une solution, celle des premiers de la classe qui ont subis les foudres de leurs camarades en leur temps et se vengent de leurs frustrations par le pouvoir bureaucratique.

"C'est pas aussi facile que ça en a l'air. La plupart des gens, les gens 'normaux', sont prêts à faire n'importe quoi pour éviter la bagarre."

« C’est pas aussi facile que ça en a l’air. La plupart des gens, les gens ‘normaux’, sont prêts à faire n’importe quoi pour éviter la bagarre. »

Si la scène précédente ne nous a pas donné tous les détails spécifiques à cette mission ni laisser apercevoir les fiches que remet Tyler à ses adeptes, on comprend bien que cette tâche était très ciblée. Il ne s’agit surtout pas de provoquer un dealer ou une personne rompu à la loi de la rue pour le simple plaisir de prendre une dérouillée, ce qu’il faut c’est se concentrer à repérer le citoyen lambda, celui qui est suffisamment esclave de son statut et de ce qu’il possède pour ne pas avoir envie de se battre. Ce qui est épinglé ce sont ces gens qui se croient arrivés pour toujours, ont fondés une famille, ont un travail fixe, une vie réglée comme une horloge Suisse et qui ne voudront pas de prime abord risquer une bagarre par peur de tout perdre ou même simplement de changer l’image que leur entourage a d’eux. Autrement dit des gens à qui il faut selon Tyler ouvrir les yeux face à la société proprette et factice dans laquelle ils évoluent.

La réaction la plus notable et drôle est celle de ce personnage à l’allure intello, chaussé de lunettes et s’exprimant d’une toute petite voix. Il va lui falloir plusieurs secondes pour réagir par les poings (et encore de faible façon) face à son agresseur l’inondant de l’eau du jet. La situation lui parait si inconvenante que dans un premier temps il fait mine de croire à une maladresse puis il tente de jouer la carte morale avant de donner un coup de poing embarrassé ce dont il s’excuse aussitôt. Cet homme est l’emblème de la dérive d’une société qui sous prétexte de l’équité entre les sexes a tellement fait la propagande des valeurs féminines et des supposées capacités semblables entre une femme et un homme, qu’elle a diffusé un négationnisme sexuel dans les esprits. Celui-ci visant à nier farouchement les différences intrinsèques et incompressibles entre les deux sexes créant une perte de repères et l’avènement d’êtres bridés.

Sur le plan narratif, la voix de Jack est accompagnée d’une petite musique entêtante et festive qui rappelle que les actions engagées sont somme toutes infantiles et sans conséquence. Pour l’instant les adeptes sont encore dans le dépassement de leur soi passé et la mutation du « fight club » en mouvement influent n’a pas encore eu lieu.

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