Essai sur Fight Club – Chapitre 26 Schizo boy

By

Chapitre 26 : Schizo boy 2’06’’

"J'avais envie de détruire quelque chose de beau."

« J’avais envie de détruire quelque chose de beau. »

Soirée tendue au « fight club » où Jack démolit le fameux blond platine au-delà de l’imaginable, il subit les réflexions de Tyler et l’effroi du reste du groupe médusé puis les deux fondateurs ainsi que deux autres membres embarquent dans une voiture.

 

Une des scènes-chocs du film, l’acharnement destructeur de Jack envers ce membre blond dont on a déjà eu l’occasion de parler et qui a focalisé sur lui toute la jalousie et la frustration contenue jusqu’à peu par le narrateur. La stupeur de la communauté entourant le combat après ce déchainement sans précédent est à la hauteur du contresens constitué par l’acte commis par Jack. Il vient en effet de mépriser tout ce qui faisait l’essence du règlement du « fight club » à savoir que le combat ne doit pas servir à une satisfaction d’ego blessé et/ou à une destruction d’une personne qu’on n’apprécie pas. Pourtant aucun membre à part Tyler n’a l’audace de lui reprocher en face son comportement, comme s’ils s’estimaient redevables envers cet individu et n’avaient par conséquent aucun droit à la contestation.

Le concept de « démolir quelque chose de beau » que revendiquera Jack pour justifier son écart de conduite est relayé par ses propos durant le combat quand il parle de « tuer chaque panda pas foutu de baiser pour sauver son espèce » ou « d’ouvrir les vannes de dégazage pour polluer toutes ces plages Françaises que je ne verrais jamais ». Il tient un discours en opposition avec une croyance idéaliste, en stigmatisant des problèmes écologiques modernes à partir desquels il inverse la culpabilité, le tort incombant aux représentants d’une espèce en voie de disparition et à une nature trop belle pour mériter de le rester en lieu et place de la main de l’homme et des dérives des empires pétroliers. C’est un Jack au summum de l’immaturité auquel on a affaire dans cette séquence, il sent son jouet lui échapper et prendre un tournant indésirable donc il déverse sa haine sur le malheureux blond, non pour se sentir vivant comme le prônait le « fight club » à l’origine mais par pur plaisir égocentrique. Ainsi peu lui importe les beautés de la nature dont il ne pourra jamais profiter et peu lui importe le sort de ce sbire qui a selon lui un peu trop voulu sortir du rang.

vlcsnap-2011-04-24-00h52m19s17

Cette scène consacre le changement de ton pris par le film depuis quelques chapitres, la légèreté s’est évaporé petit à petit notamment depuis le rite initiatique de la brûlure chimique et à présent c’est le côté sombre qui prend le pouvoir. Le climat anxiogène de la scène le retranscrit complètement, pas de musique ni d’ambiance audible, seulement une espèce de sonnerie indicible qui accompagne le bruit des coups et la voix off glaciale du narrateur.

La caméra effectue des mouvements rotatifs autour des combattants donnant l’impression de nous embarquer dans la ronde auprès d’eux, au lieu d’une vue d’ensemble on se resserre sur les coups portés par Jack et sur son visage de possédé ce qui contribue à rendre le tout très oppressant.

Lorsque Tyler lui assène le fameux « T’étais où là Schizo-boy ? » il donne l’impression d’un reproche mais en réalité il jubile sous cape, il sait à présent qu’il a gagné son duel mental, que Jack ne sera plus jamais le même. En effet Jack le looser a remporté un duel de la plus éclatante et définitive des façons. La remarque de Tyler révèle aussi l’air de rien la nature de la réelle névrose du narrateur qui n’est donc pas tant maniaco-dépressif que schizophrène.

Le départ à bord de la voiture ramenée par un majordome constitue le passage de témoin entre les deux. Alors qu’on invite « Mr Durden » à monter à bord Jack manifeste un air de dépit et lance à Tyler « Après vous Mr Durden ! », une façon de s’offusquer de la distinction verbale à laquelle il a droit. Et Tyler de rectifier en répliquant d’un  « Mais non après toi » qui est à posteriori lourd de sens. Si l’on est bien attentif on remarque d’ailleurs que les deux protagonistes rentrent étonnement du côté conducteur, Jack glissant jusqu’au siège de passager de devant dit la place du mort. Dans des circonstances normales il aurait été plus évident qu’il fasse le tour pour ouvrir directement la portière passager mais il ne l’envisage même pas. L’idée d’un personnage « deux en un » revient au galop au détour de ce plan, Tyler est désormais prêt à abandonner Jack à ses missions il ne lui reste plus qu’une dernière épreuve initiatique à lui faire subir.

Publicités