My own private Festival Saison 2 Episode 2 (Arte Creative, 25 novembre 2013)

ÉPISODE 2 : Êtres ordinaires dans un cadre extraordinaire (et l’inverse un peu aussi)

Samedi 23 novembre : Compétition Premiers Films de Fiction (Médiathèque José-Cabanis)

Zoo

Zoo

Les premiers films d’un réalisateur ont les mêmes vertus que les premiers livres ou premiers albums musicaux, à savoir les défauts de leurs qualités. On admire leur fraîcheur et leur instantanéité, tout en décelant ici et là de la naïveté et des plans pas totalement maitrisés. Quel meilleur endroit que la Médiathèque de Toulouse pour accueillir cette sélection entièrement composée de galops d’essai ? En effet, ce lieu de démocratisation culturelle rend accessible, pour un abonnement annuel modique voire gratuit, une immense base de données à l’emprunt ou à la consultation sur place. Au rayon cinéma DVD, magazines, livres et bandes originales sont de la partie. Sans compter les auditoriums où sont projetées des séances (gratuites) tout au long de l’année. C’est le plus grand d’entre eux, au rez-de-jardin qui accueillait le festival Séquence. Une salle pas entièrement remplie au moment du lancement, mais c’était affaire réglée une fois une bonne flopée de retardataires arrivés.

Les films présentés

American football porte très mal son nom, puisque le ballon du dit sport ne fait qu’une apparition furtive et non mémorable. En revanche les deux personnages principaux de cette rencontre amoureuse à tendance vacharde marquent beaucoup plus les esprits. De l’anti-romantisme si revendiqué (langage cru, fleur déposé dans une canette de bière, dépouillage de l’un par l’autre) qu’il finit par créer une ambiance fleur bleue à sa façon. Deux individus un peu en marge, mais moins que le père et le fils de Ori. Ceux-ci semblent vivent de manière monastique dans une sorte de bunker, curieusement aménagée et surtout en territoire neigeux coupé de tout. En toile de fond le culte de l’être disparue, la mère, source de conflits continuels entre les protagonistes, et une salle des contrôles déclenchant des alarmes énigmatiques rappelant les grandes heures de Lost. Belle fable métaphysique suivie de l’histoire de deux petits voleurs à la tire, Les brigands, où des jeunes réfugiés dans la forêt se prennent d’affection…pour un sanglier blessé. Aventure à la fois plus concrète et irrationnelle. La boucle est bouclée lorsqu’ils deviennent à leur tour des proies pourchassées.

Toujours un duo à l’honneur (décidément, s’agit-il d’un sous thème dans le thème ?) avec Atlantic Avenue, le rapprochement improbable entre un jeune homme désargenté vendant son corps pour survivre et une fille en fauteuil roulant. Au-delà de leurs manques les plus visibles, le besoin d’affection n’est-il pas le plus urgent à combler ?

Une production toute droite issue de Canal+ et de son légendaire « esprit » tranchait nettement avec le climat précédent. Il s’agissait cette fois de l’incongruité d’une prise d’otages d’un père et d’une fille (Antoine et Emma De Caunes) par L’homme à la tête de kraft un acteur/figurant frustré d’avoir été coupé au montage. Exercice plutôt efficace, bien que très attendu.

Le véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) était pour la fin avec ce fascinant Zoo, oscillant entre humour trash à la Albert Dupontel, cinéma fantastique et climat malsain tel qu’en est adepte un François Ozon ou un Dominik Moll. Une audace de tous les instants.

Le film coup de cœur

Impossible de ne pas saluer tout particulièrement Zoo tant mérite d’être mis à l’honneur le cinéma français osant s’aventurer hors de ses terreaux habituels. Au fil des 26 minutes que dure ce court-métrage, nous sommes ballotés dans des sensations changeantes. Les cinq premières minutes nous laissent croire à une pure comédie où un couple psychorigide, féru de mathématiques et de normes, impose à sa progéniture une vie réglée jusqu’au moindre détail. Survient le tournant fantastique : la découverte de leur plus jeune fille absorbée par un cocon. Tout aussi désorientés que nous, les membres de la famille se déchirent sur la position à adopter face au miracle scientifique sous leurs yeux. Face à la réaction outrée de la mère, c’est alors une chape de plomb de frustrations enfouies qui s’élève : la déconsidération du père, réduit à un simple rôle d’assistant-vétérinaire de sa femme ; les pulsions incestueuses de la grande fille ; les envies de meurtres des uns envers les autres. La mise en scène de Nicolas Pleskof ne ménage pas nos émotions durant tous les rebondissements de cette psychanalyse familiale dont nous devenons de coupables voyeurs. Nous en sortons un nœud au cœur, tout en étant ébloui de la cohérence du scénario. Ce qui s’appelle aller au bout d’une idée.

Le petit « on s’en fout » du jour

À mesure que la projection avançait le râle d’une personne âgée du public s’accentuait. Un gémissement que l’on pouvait un temps croire lié à la scène arty-érotique de American football, mais la théorie perdait aussitôt du crédit lorsqu’il continuait sur sa lancée lors du peu sexy Ori. Suffisant pour être vertement sermonné par une partie des spectateurs proches de lui. Salle d’ailleurs assez dissipé dans l’ensemble.

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