My own private Festival Saison 2 Episode 7 (Arte Creative, 3 décembre 2013)

ÉPISODE 7 : Voyage au cœur d’années 80 insolentes

vendredi 29 novembre : Panorama « Courts de grands » (Cinémathèque)

Peut-être la mer

Peut-être la mer

Évènement avec un grand E en ce début de soirée à la Cinémathèque. Le mot n’est pas galvaudé concernant l’exhumation de courts-métrages tout bonnement introuvables de réalisateurs français ayant émergé à la fin des années 80 / début années 90. Cette rétrospective attire un public assez différent de celui aperçu pendant le reste du festival, moyenne d’âge plus élevée et affluence un peu moindre. Séance pour les puristes uniquement ? Assurément pas, mais certains pourront ergoter sur ces « grands » cinéastes à l’allure un peu trop « moyennes ». Une session comprenant des courts-métrages de Martin Scorsese, Jean-Pierre Jeunet ou François Truffaut ? On pourrait leur rétorquer que le qualificatif de rareté serait usurpé puisque leurs premières œuvres ont largement été éditées en dvd. Tandis que celles diffusées ce soir ont été tout spécialement sorties des tiroirs de la cinémathèque toulousaine. La brève et nécessaire remise en contexte de Kees Bakker, conservateur de ce lieu et des trésors dont il regorge, affine ce choix de la concentration dans la période 1977-1986 des cinq pièces débusquées, toutes provenant de cinéastes ayant connu par la suite des longs-métrages à succés.

Les films présentés

On ouvre le bal avec Le chien de Monsieur Michel de Jean-Jacques Beineix (Diva, 37°2 le matin). Récit du stratagème trouvé par un homme désœuvré pour survivre à sa condition, cette comédie sans prétention est aussi le témoignage d’une époque, via notamment cet immeuble au style caractéristique et la présence d’une concierge, élément de jonction entre le voisinage. Le mal-être semble virer parfois à la perte de contrôle quand il incarne à outrance ce chien fantasmé, sous prétexte de convaincre (ou se convaincre ?) de son existence.

Rachid Bouchareb (Indigènes, Hors-la-loi) réalise Peut-être la mer deux ans avant Bâton rouge, son premier long-métrage. L’action se concentre sur la fugue (et ses conséquences) de deux enfants de famille algérienne rêvant de connaitre la terre de leurs aînés. Le thème du déracinement est traité à travers leurs yeux naïfs et tendres.

La dragonne est signé François Dupeyron (Drôle d’endroit pour une rencontre, La chambre des officiers) au début des années 80, il a remporté le Grand Prix d’une des premières éditions du festival de Clermont-Ferrand. Dans cette rencontre tout sauf charmante entre une femme entreprenante et un jogger coincé, les codes traditionnels de séduction sont inversés avec allégresse.

Il est question d’une relation amoureuse particulièrement originale dans Comme les doigts de la main d’Éric Rochant (Un monde sans pitié, Vive la république !), un jeune homme devant s’accommoder de la présence permanente d’une cohorte de cinq « cloportes » auprès de sa fiancée. Davantage des robots programmés pour la suivre que des êtres emplis de sentiments, puisque ne perturbant pas en termes d’actes leur rapport. Exercice d’humour absurde à la mécanique qui fonctionne jusqu’à la dernière image, cette photo d’identité de la jeune fille sur laquelle vient s’accoler les cinq têtes de ses suiveurs.

La séance s’achève par le troublant Alger la blanche de Cyril Collard (Les nuits fauves), sorte de ballon d’essai de son futur long-métrage césarisé. Il met un scène les dilemmes et vélléités conflictuelles d’un bisexuel, incapable d’opter pour une relation stable avec son meilleur ami. Le film place aussi deux grands tabous au cœur d’une famille musulmane : homosexualité et suicide. Le réalisateur n’ayant jamais fait mystère du caractère autobiographique de son cinéma, on peut supposer que le personnage de Jean (même prénom que dans Les nuits fauves) constitue son alter ego de fiction.

Le film coup de cœur

Un parvis de tours d’immeubles, une jeune femme tournoie sur des patins à roulettes tandis qu’une autre se cramponne à son fauteuil roulant, une vie de quartier suivant son rythme quotidien aux alentours, un flux de personnes passent autour d’elles sans les interpeller. Puis La dragonne des deux, placée dans le fauteuil roulant, décide de provoquer un sportif du dimanche, d’un type de drague au lance-flammes à faire passer le dernier des beaufs de discothèque pour un fin poète. Mais de la bouche d’une femme les propos intriguent plus qu’ils ne rebutent. Alors elle profite de son attractivité pour tester sa tolérance : Peut-il évaluer une handicapée sur les mêmes critères qu’une autre femme ? Jusqu’où la compassion le fera-t-elle supporter sa vulgarité ? Les dialogues sont marqués du sceau de la fraîcheur « – Ça te fait bander de pousser une handicapée ? – Non pas encore ». Après être tombé dans les multiples duperies de son interlocutrice, l’homme manifeste de plus vives réticences quant à lier plus ample connaissance avec ce personnage culotée, même pas « excusable » par une frustration physique quelconque. Ainsi son verdict tombe : « Je n’aime pas que tu fasses les choses à ma place » et s’accompagne d’une réaction malheureuse, laissant entrevoir la fragilité derrière le masque arboré par cette femme intrigante. Son retour auprès de sa sœur dans la dernière séquence du film l’empreint de morosité, solde l’échec de sa tentative d’évasion spirituelle.

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