My own private Festival Saison 2 Episode 6 (Arte Creative, 2 décembre 2013)

ÉPISODE 6 : Ombres et lumières

Jeudi 28 novembre : Compétition Internationale Programme 1 (Cinémathèque)

A pretty funny story

A pretty funny story

C’est encore un beau voyage à travers les continents et les genres que propose cette première partie de la compétition internationale. Sept films hétérogènes, pouvant néanmoins être regroupés en deux catégories : ceux empreints d’une noirceur et dureté réaliste face à ceux témoignant d’un monde loufoque et de situations cocasses. L’ordre de diffusion contribuait à rendre cette mixture attrayante et gustative. Lors de son discours de présentation du programme, Théodora N. incitait le public à ne pas louper la deuxième partie de ce concours, diffusée le lendemain « Même heure, même endroit, mais pas même jour », recyclant de fait sa boutade de l’an dernier. Pour qui douterait des vertus écologistes de l’association Séquence, le voilà rassuré.

Les films présentés

Le climat pesant de Sessiz Be Deng (Silencieux), récit poignant de l’oppression du peuple kurde en Turquie au milieu des années 1980, rejaillit sur le public en fin de séance. Une chape de plomb rarement constatable dans une salle de cinéma où quelques chuchotements surnagent toujours. La symbolique de cet échange de chaussures illégal marque durablement les esprits. Ô sunce (Histoire de jambon) tranche radicalement via sa forte luminosité et sa musique guillerette. Cette œuvre d’animation tchèque se concentre sur une galerie de personnages guidés seulement par un hédonisme gastronomico-lubrique. Un monde où chaque actionnement de leviers provoque une nouvelle incongruité.

Àstarsaga (Histoire d’amour) bluffe plusieurs fois sur son intention. D’une relation idyllique d’un islandais voulant apprendre sa langue à sa fiancée américaine, on bascule dans une atmosphère de mystère, avant de virer franchement au drame humain. Thriller sentimental qui touche, mais frustre par sa fin abrupte laissant place à toutes les hypothèses possibles.

Le très barré Paradigma, production tchèque, résonne comme un écho saisissant au précédent court-métrage de même nationalité. Même goût de la frugalité, même difformité des corps et de l’espace, même tendance à la loufoquerie de ses personnages. Ce dernier y ajoute un travail accru sur le son, d’un environnement naturel prenant une place centrale comme des agissements les plus primaires de l’homme.

A pretty funny story place la barre du machiavélisme au plus haut échelon, impossible de sortir indemne de cette comédie macabre dont l’intrigue de départ rappelle Caché de Michael Haneke ou Lost Highway de David Lynche. On y réfléchira à deux fois avant de se moquer de son voisin.

Condom lead ou l’espoir survivant au chaos en Palestine. Un bébé enchaînant les crises de larmes, des ballons blancs seuls à pouvoir se déplacer en tout sens, comme pour braver la guerre ambiante, tandis qu’un couple ne parvient à fuir la terreur par le rapport amoureux. Nous sommes plongés avec eux dans l’oppression, nul dialogue rassurant, nulle sonorité en dehors des déflagrations, nombreux plans fixes sur des personnages prisonniers de leur propre foyer. Et puis ce cri sourd de liberté qui viendra à nouveau des ballons.

Seule une drôlerie pouvait apaiser la projection, la mission échoie à About Ndugu, quête d’un jeune Africain pour trouver une femme de son village qui voudra épouser son fortuné parrain américain. Au détour des discussions des habitantes sur cet être fantasmé, ressort la dualité peur/attirance pour une culture aussi diamétralement opposée à la leur.

Le film coup de cœur

Deux questions continuelles nous envahissent pendant A Pretty funny story : « Comment ont-ils osé ? Comment un scénario a-t-il pu mettre au point un plan de vengeance aussi cruel que démesuré ? » Au moins trois moments provoquent un mélange de rire et d’effroi : la révélation d’une bombe à retardement d’une nature bien particulière ; la menace mise à exécution ; le jusqu’au-boutisme du père quant à raconter les incongruités de son voisin. Le tour de force consiste à l’adoption d’un ton qui permet d’adhérer à cette histoire abracadabrantesque. En toile de fond l’ennui d’une vie pépère en banlieue chic, le besoin de se valoriser socialement, l’ego mal intentionné. La mise en scène brut de décoffrage ne s’embarrasse jamais de moralité, accompagnant au mieux une idée exploitée jusqu’à un épilogue plutôt facultatif.

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