My own private Festival Saison 2 Episode 8 (Arte Creative, 4 décembre 2013)

ÉPISODE 8 : Aspirations à des vies meilleures

vendredi 29 novembre : Compétition Internationale Programme 2 (Cinémathèque)

45 degrees

45 degrees

Suite et fin de la Compétition Internationale avec une session de huit films nous entraînant de l’Iran aux Etats-Unis, en passant notamment par l’Australie et la Russie, sans doute pas le chemin le plus court mais sans conteste le plus diversifié et enrichissant. Un public toujours aussi nombreux que la veille et largement renouvelé (avec néanmoins son lot de fidèles du festival) s’est prêté au jeu difficile d’émettre ses préférences entre des univers n’ayant peu en commun. Il y avait de quoi rire, pleurer, rêver. Autant alterner les trois, ce sera encore le plus commode.

Les films présentés

Lors de Bishtar àz do saat (Plus de deux heures) un jeune couple cherche à obtenir une hospitalisation d’urgence suite à un rapport sexuel ayant déclenché un saignement important chez la fille. Mais ils doivent surtout faire face à un dilemme : recourir à des soins illégaux avec les risques que cela suppose, ou prévenir leurs familles avec la garantie de subir leurs foudres. Le rejet des hôpitaux rend leur situation inextricable, entre souffrance et pression du déshonneur familial.

Drunker than a skunk est une plongée dans l’univers déjanté du très prolifique dessinateur et réalisateur d’animation Bill Plympton. Sur fond de chanson, annoncée comme un poème mais au phrasé plus proche d’un morceau de crooner, des cow-boys dénués de toute pitié font subir tous les sévices à l’alcoolique du coin. Le narrateur s’adresse directement au public pour s’en faire un meilleur complice.

You like it I love it est le récit d’un week-end particulier passé auprès de deux « branleurs » attachants. Un vieux voisin muni de quantité de faux principes et fausse moralité tend à les dévergonder. Mention spéciale à une discussion surréaliste où convergent le flux à grande vitesse de cet homme d’un certain âge et le phrasé lymphatique de Roberto. Effet comique garanti.

Après ces deux récréations, 45 degrees nous assène une réalité violente à la face. Dans le contexte très actuel de la crise grecque, nous suivons la spirale du chaos d’un père de famille devenu chômeur. Il navigue entre la perte d’estime de soi et un climat ambiant empli de méfiance et d’agressivité. Lorsqu’une proposition douteuse lui parvient, c’est sa conscience qui est mis à rude épreuve. L’amélioration de son quotidien doit-elle passer par sa participation à des actes qu’il réprouve ?

Grosse redescente de tension avec Gambozinos, témoignage de la cruauté de l’enfance dans le cadre d’une colonie de vacances particulièrement animée. Il s’agit d’une succession de scénettes, entrecoupées de fondus noirs, donnant un aperçu des composantes du séjour. Entre moments attendus (ateliers de jeux, piscine, bizutages dans les dortoirs) et incongruités (surgissement répétitif d’un Bigfoot justicier, rap à la gloire d’une fille, prière adressée au Marsupilami), un propos sur la jeunesse ni nostalgique ni idéaliste.

Second wind se veut aussi épuré qu’épique. Sur fond de musique progressive, nous assistons à la quête poétique, vaine et héroïque d’un homme fabriquant des fleurs à base de canettes métalliques. Leur tournoiement rappelle celui des éoliennes, comme si demeurait par leur action un espoir quant au retournement d’outils industriels pour leur donner une deuxième vie.

Trois situations périlleuses, un seul compte à rebours. Dans Voice over, le narrateur s’adresse à un « Tu » indéterminé, comme si le personnage à l’écran était contrôlé à distance et pouvait être sauvé par une intervention de l’esprit. Un cosmonaute dont la combinaison a été investie par un serpent, un soldat amputé de ses jambes pendant le conflit, un marin en cours de naufrage. Dans lequel de ces cas tragiques est-il vraiment ? À moins qu’une autre proposition explique l’accélération inhabituelle de son rythme cardiaque ? Étonnant et brillant procédé de narration qui rappelle celui d’un jeu de rôle ou des alternatives des « livres dont vous êtes le héros ».

Un groupe d’immigrants à l’avenir incertain se retrouve à suivre des enseignements à l’allure de cour des miracles, dans cet Hotel Pennsylvania au cœur de New York. Le découragement ne tarde pas à poindre entre les aspirations diverses des uns et des autres et un prof aux méthodes fantaisistes et à la pédagogie contestable, mais les espoirs s’avéreront plus forts. Notamment pour le personnage principal, bien décidé à atteindre ses objectifs malgré une fragilité qui le fera fuir une relation amoureuse lui tendant les bras.

Le film coup de cœur

Un frigo vide au début du film, un frigo pas loin d’être rempli à la fin. Entre les deux, 45 degrees suit la perte de repères et les doutes envahissant l’âme d’un homme évoluant dans un contexte miséreux. Comment ne pas ressentir de l’empathie pour cet individu, obligé de regarder à la loupe les moindres prix au supermarché, d’affronter les reproches sourds de sa femme, de végéter dans une ville devenue hostile. Et malgré tout une volonté de conserver sa dignité, comme le suggère son refus de voir sa femme faire du baby-sitting ou sa réaction désabusée face à quelqu’un lui proposant une bouteille d’eau dans la rue. Le mal-être financier atteint son psychisme, le moindre bruit du quotidien lui devient insupportable. L’atmosphère de duel intérieur est parfaitement rendue via des plans esthétiques au ralenti, des flous dérangeants, cette lampe qui se balance de manière insistante après son méfait commis. Le prix (provisoire) de sa survie passe par l’abandon de sa conscience morale. Il aura beau laver ardemment son corps pour expier son pêché, son âme est salie. Reste le résultat produit : un frigo plein. L’homme renvoyé à ses besoins fondamentaux.

Le petit « on s’en fout » du jour

Un certain flottement a régné durant le vote des spectateurs. En effet, certains films n’apparaissaient pas sur les bulletins dans la position dans laquelle ils ont été diffusés. Aussi a-t-on entendu plusieurs voix émettre des commentaires du type : « Ah attends moi je vais voter pour celui où y’a l’astronaute au début et finalement c’était son premier baiser, Second wind ? Oui ça doit ça. », « 45 degrees c’est quoi déjà ? Celui qui récupère les canettes ? » De quoi les inciter à me suivre dans la prise de notes intra-séance.

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