Je ne partirai plus un dimanche

Le billet était pris depuis quelques jours. Modifiable jusqu’au dernier moment certes, mais à quoi bon ? Mi-septembre déjà, après deux mois estivaux en mode mineur concernant le boulot, il était temps de repartir de l’avant. Loin et seul. Seul moyen de me mettre un peu en danger, seul moyen de ne pas me reposer sur un douillet cocon familial. La vie que je m’étais choisi, celle qui devait me permettre de toucher du doigt certains buts. Ce choix du vide, je l’assume depuis quelques temps déjà, il ne me pose plus aucun problème de conscience. Mais aujourd’hui, le chant du départ a un arrière goût. Pourquoi faut-il qu’il sonne en ce jour de repos, ce jour où personne n’a un planning précis, personne ne s’inquiète du temps qui s’écoule. Comme d’habitude, la mama s’est distingué par ses prouesses culinaires à midi, tout le monde a répondu présent à l’appel : ma sœur, Ludo et le petit Vincent en tête. Celui-ci est bien plus en forme que vendredi dernier, jour de célébration de son premier anniversaire, où il a brillé par son absence. Un sommeil profond et impromptu, compte tenu qu’il n’avait pas pris son repas du soir, mais aussi qu’une cinquantaine d’invités le réclamaient à corps et à cris.

Qu’importe, le samedi matin avait été d’autant plus euphorique. Chaque ouverture de cadeau était ponctuée d’une manifestation de joie ou d’un rictus enchanteur. Ses déplacements à quatre pattes terminaient de s’affiner. Avec l’appui de la porte-fenêtre à droite de la cheminée, il a même tenté de se mettre debout. Son objectif ? Alerter le voisinage pour qu’il nous rejoigne, or c’est le seul endroit qui donne clairement sur la maison Bressy. Vincent s’égosille à n’en plus finir, dévoile sa nouvelle palette de sons, jusqu’à s’en couper le souffle. Lorsque je revois la vidéo de ce moment, je prends toujours soin de bien baisser le son pour ne pas me laisser surprendre par la puissance vocale de ce showman en herbe. Nous voilà arrivés à ce dimanche fatidique. Pour marquer le coup, on planifie une pétanque pour l’après-midi, ou plutôt on balance l’idée en l’air. On commencera tôt ou tard.

Les joueurs potentiels sont tous détendus, forcément ils n’ont pas d’horaires. Il est plus de 16h lorsque le bouchon est enfin lancé. Comme toujours, chacun y va de son petit sketch de déstabilisation lorsque l’adversaire joue. 25 ans que le film dure… mais ça fonctionne toujours. Malheureusement, je n’ai pas loisir d’en rire aujourd’hui. Le moment de descendre au bateau se rapproche inexorablement. Je dois accélérer la manœuvre, mettre la pression aux autres, interrompre les divagations. Moi qui en suis pourtant le premier pourvoyeur et le premier client. Chacun alterne phases de concentration et moments dédiés au rire. Ils ont tellement raison, rien ne presse pour eux. Le luxe du temps est le seul luxe qui vaille la peine de gagner de l’argent. Pour une fois, Vincent est spectateur et non celui qu’on regarde. Il est perché sur une chaise et tend les bras à qui s’en approche. Lui, en plus du temps, possède la créativité comme meilleure alliée. Il ne peut se résoudre à endurer ce spectacle d’adultes quant il est capable, à peu de frais, s’inventer le sien. Cette partie, je ne la terminerai pas. J’en aurais de vagues échos via Internet. De toute façon, je n’y étais pas vraiment, j’étais déjà à mes contraintes. Pourtant, rien ne m’obligeait vraiment à partir ce jour-là, sinon une mauvaise coutume et la pression du calendrier. Une routine s’était confrontée à une autre. L’individualisme prenait le pas sur un instant d’unité. Les vibrations de la traversée n’ont jamais été aussi mauvaises. Un sentiment de stupidité dominait. Plus jamais. Non, plus jamais. Je ne partirai plus un dimanche.

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