NANTES-TFC : Et comme attendu… (Fou de Foot, 17 décembre 2013)

Les trois premiers du classement ont gagné. Les trois derniers ont perdu. Le ventre mou a rempli son rôle avec notamment ce nul entre les deux Olympiques. Et au milieu coule une rivière violette, versatile à la limpidité ambiante. La 18e joute de Ligue 1 qui vient de s’écouler est le reflet de la donne, assez nouvelle, que j’évoquais dans un article précédent : un championnat clairement divisé en trois. Grâce à sa performance sur la pelouse nantaise, le Toulouse Football Club a indiscutablement réalisé la bonne opération de la journée. Il peut encore prétendre accrocher le wagon de la lutte pour l’Europe.

Peut-on encore parler de surprise quand la surprise est devenue la règle ? Avec cette équipe-là, capable d’afficher des visages très dissemblables d’une semaine à l’autre, et ce indépendamment de l’opposition en face, les certitudes sont bousculées. Poil à gratter d’un championnat dont la hiérarchie a rarement été aussi claire, le TFC est le cauchemar de clubs lancés sur une pente ascendante et des parieurs de France et de Navarre.

Pourtant, une situation pas loin d’être historique s’offre à lui. Ce décalage du ventre mou, commençant dés la 4e place du classement, ouvre la voie à un accessit européen à de nombreux clubs peu coutumiers à viser autre que le maintien.

Si les résultats d’ensemble restent dans cette lignée, nous devrions éviter les incongruités de clubs nichés entre la 8e et la 12e place pendant toute la phase retour. L’exemple emblématique est celui de l’OGC Nice durant la saison 2008-2009. Rapidement à l’abri de la zone de relégation, le club azuréen ne pouvait non plus viser plus haut. Positionné des propres mots de son entraineur d’alors, Fréderic Antonetti, dans un « no man’s land », il est resté figé à la 8e place de la 18e à la 34e journée ! Assez d’avance sur ses poursuivants pour perdre deux fois de suite, trop de retard sur ses devanciers pour espérer s’extirper avec deux victoires d’affilée.

Ce sort peu enviable échoit cette saison au club occupant la 17e place, occupée pour l’heure par Montpellier. Pour appuyer un peu plus la comparaison, signalons qu’au soir de la 18e journée de cette saison 2008-2009 il n’y avait que cinq points d’écart entre le 1er Lyon et le 6e…Toulouse. En mai, les hommes d’Alain Casanova (déjà) avaient décroché leur dernier strapontin européen en date.

 

Sans Chantôme et Sylla, mais avec envie

Revenons du côté de la Beaujoire. Au-delà de la victoire 2-1 sur des terres qui n’avaient souri jusqu’alors qu’au trio de tête du championnat, c’est la maitrise du jeu durant plus de 70 minutes qui a impressionné. Il ne s’agit pas d’une victoire au forceps comme à Reims ou d’une résistance en mode commando comme à Monaco. Le jeu déployé surprend d’autant plus que les violets devaient composer avec l’absence de leur leader technique, Clément Chantôme et d’un feu follet comme Issiaga Sylla. Pour les remplacer, Casanova a enfin donné sa chance à Adrien Regattin, tout en réinstallant Etienne Didot aux manettes, dans cet éternel 3-5-2 auquel on décèle de plus en plus de qualités. Un système sans réel meneur de jeu.

Des pistes existent belles et bien pour expliquer ce « tournant de la splendeur ». En premier lieu, un déséquilibre nantais du fait de l’absence de leur pièce maîtresse, le défenseur central Osvaldo Vizcarrondo, suppléé par le controversé Gabriel Cichero qui n’évoluait pas à ce poste cette saison. Deuxième point, une volonté palpable et matérialisée par une occasion de Braithwaite dès la 3e minute. Suivront deux opportunités avortées de Ben Yedder, l’une pour hors-jeu alors qu’il était en face à face avec Rémy Riou (19’), l’autre alors que l’attaquant manquait un décalage élémentaire pour un Akpa Akpro arrivant lancé.

Ne négligeons pas également l’enthousiasme communicatif de Regattin, bien que parfois traduit par des pertes de balles comme le veut le poste. Dernier facteur, les visiteurs ont bénéficié d’un adversaire qui ouvre le jeu et commet très peu d’obstructions. D’où cette absence de hachures qui caractérisaient les dernières sorties toulousaines. En témoigne l’inexistence de temps additionnel à la fin de la première mi-temps. Ce n’était pas non plus France-Brésil 1986, mais c’est trop rare pour ne pas le signaler.

Au retour des vestiaires, l’emprise  est accentuée par la confiance induite par cette bonne entame. La belle frappe de Didot à l’entrée de la surface vient récompenser les efforts (55’), avant qu’Akpa Akpro ne s’échappe au nez et à la barbe de Cichero (tiens, tiens) et ne conclut d’un tir croisé (71’).

Les travers sont toujours là

Tout roule donc pour le mieux à vingt minutes de la fin. Pourtant, nous allions percevoir les réminiscences du cauchemar d’Annecy, lorsque l’Evian TG avait marché sur un visiteur devenu subitement trouillard. Sans virer à l’affolement, le TFC a manifesté de la fébrilité suite à la réduction du score impromptue de Djilobodji (82’). Un but venu de loin qui ne remettait pourtant pas en cause la belle copie délivrée. Alain Casanova ne s’y trompait pas, ne procédant qu’à des changements tardifs (Didot par Sirieix à la 85’ et Ben Yedder par Ben Basat dans les arrêts de jeu). Malgré une pluie de cartons dans les dernières minutes et une dernière alerte de Djordjevic (90’+3), l’affaire était emballée et les trois points dans l’escarcelle. S’agit-il pour autant d’un match « référence » ? Concernant Regattin et Didot, sans aucun doute. Les absents ont toujours tort, surtout quand les présents assument avec vigueur la reprise du flambeau vacant. Mais pour être complètement objectif et réaliste, cette équipe ne peut prétendre avoir définitivement lancé sa saison avec cette victoire. Impossible de ne pas atténuer la prestation défensive tant Filip Djordjevic, meilleur buteur nantais, fut étrangement fantomatique, impossible aussi d’ignorer la facilité avec laquelle Bessat a trusté le couloir gauche et adressé des centres comme bon lui semblait (sans vouloir en remettre une couche envers Steeve Yago), impossible enfin de ne pas pointer ces difficultés de transmission entre un des plus efficaces milieu de terrain de L1, pour ce qu’il s’agit de ronger les ballons trainants, et les deux attaquants de pointe.

Gagner un match en étant favori ? Aie Guingamp s’amène…

Ainsi le Tef s’est imposé sans une attaque irrésistible et sans que sa défense soit particulièrement mise à mal (aucun arrêt majeur effectué par Ahamada). Ce qui est déjà pas mal, pourrait-on se dire. Surtout, il a tenu la dragée haute à une équipe classée dans le top 10 depuis le début du championnat. La théorie du surrégime actuel du promu nantais ne peut suffire à expliquer une vraie tendance. Si l’on prend les statistiques face aux dix premiers, Toulouse étant 11e, nous relevons seulement deux défaites, honorables, à Paris et Lille où tout le monde s’incline, pour quatre victoires (contre Lorient, à Reims, à Saint-Etienne et donc à Nantes) et quatre nuls (à Lyon et Monaco et deux aux accents de victoire au Stadium face à Bordeaux et Marseille). Syndrome psychologique de l’équipe ne sachant enfiler un costume de favori ? La victoire contre Nice à la 9e journée ne peut faire office de contre-exemple puisque les aiglons jouaient alors le haut de tableau. Seule « anomalie », le récent carton infligé à la lanterne rouge sochalienne. Confirmation pour la venue de l’En Avant Guingamp à trois jours du passage de Papa Noël ?

Solides contre les forts, résistants contre les moyens, poussifs contre les faibles, et si le TFC était finalement l’équipe aux résultats les plus prévisibles du championnat ?

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