Hymne à la détestation de mon époque (France Jeunes, 18 décembre 2010)

Ébauche d’un diagnostic sur une époque dans laquelle nous sommes beaucoup (mais minoritaires) à ne pas nous reconnaître : le présent !

Comment être nostalgique d’une époque que l’on n’a pas connue ? C’est simple, il suffit de s’être documenter, de se l’être fait raconter maintes et maintes fois par des personnes au-dessus de tout soupçon, d’avoir vu ou lu les œuvres qui ont cimentés ce temps là. Et dans un deuxième temps, l’essentiel, la comparer à celle avec laquelle vous avez grandi et celle avec laquelle vous vous débattez une fois adulte.

Crise sociale plus qu’économique
Cette « crise » qui a attendu 2008 pour dire officiellement son nom est en réalité concrète depuis le début des années 1980. Elle est sociétale avant d’être économique. L’ère actuelle a nonchalamment fondu les individus dans des rôles prédéfinies et a élevée la consommation au rang de finalité quant elle devrait n’être que nécessité.

Ère de l’étalage du superficiel comme but ultime, Paris Hilton pouvant devenir célèbre pour sa seule identité, et icône aux yeux de jeunes décérébrés qui connaissent ses moindres frasques mais n’ont pas même une idée de l’histoire de leur pays.

Ère de la marchandisation sexuelle et de l’utilisation des corps comme vecteurs publicitaires, au moment même où la sexualité de l’individu moyen est au plus bas.

Ère de la négation des races, de la négation des différences entre les sexes, de l’hypocrisie générale quant aux attributs et attributions censés être identiques pour une femme et un homme.

Le superficiel revient au galop
Ère de la perte de repères généraux et des identités, directement causé par le point précédent. La théorie a cédé la place à la pratique : une femme prédatrice émasculée fait face à un homme sensible efféminé et finalement rendu lâche par le nouveau manque de confiance qui l’assaille.

Ère du cynisme et de la dérivation en concept de tout ce qui n’est pas naturel. Ainsi ce même homme serait à présent un « métrosexuel » et sa nouvelle vocation à prendre soin de sa garde robe, de ses ongles et de son corps, serait un aboutissement logique.

Ère où une relation entre deux individus est devenue un échange marchand comme un autre, régi par le rapport coûts/bénéfices et un investissement mesuré. On « mise » sur quelqu’un en pensant qu’il fera l’affaire, on « compte » sur quelqu’un d’autre pour qu’il nous rende service, on « valorise » un autre en prenant part à sa soirée mondaine, on « rentabilise » ses contacts, …

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