Interview Thomas Desson (Top Fight n°3, Janvier 2011)

Thomas DESSON, commentateur de l’UFC sur RTL9

 

« La France ne fonctionne pas comme les autres pays. On a même parfois l’impression d’être un étranger chez soi. »

 

Ce mois-ci, Top Tribune donne la parole à Thomas Desson, commentateur de l’UFC sur RTL9. Depuis quelques années, aux côtés de Vincent Parisi, il permet aux fans français de suivre les différentes rencontres de MMA. C’est tout logiquement qu’il s’est confié pour nous livrer ses impressions sur son métier, sa collaboration avec Vincent Parisi, mais surtout sa vision du MMA, un sport qui le passionne.

 

 

Top Fight : « Dans votre carrière, vous avez commenté beaucoup de disciplines sportives différentes. Comment êtes-vous arrivé au MMA ?

 

Thomas DESSON : En fait, je le dois à un ami commentateur, qui en quittant NT1 m’a donné le numéro d’un contact là-bas. Je m’exécute et j’explique que je commente souvent du foot, mais qu’il m’arrive aussi de commenter des sports US et des sports de combat. Le type me répond alors :  » Écoute, on a déjà pas mal de monde sur le foot, tu pourras en faire un peu, mais on vient de récupérer un truc de sport de combat, je ne sais pas trop ce que c’est, ça s’appelle l’UFC.  » Tout de suite, je lui ai assuré que c’était une mine d’or. Cependant, connaissant les précédentes interdictions de diffusion émises par le CSA, à l’égard d’émissions de K-1, je ne comprenais pas comment un sport comme celui-ci pouvait être diffusé sur la TNT. Il m’explique alors que l’émission sera diffusée sur RTL9, chaîne luxembourgeoise, donc non soumise à la législation française malgré sa diffusion sur notre territoire. Ça fait maintenant plus de deux ans que je suis au micro et c’est que du bonheur.

 

TF : Justement, pouvez-vous nous parler des premières années de diffusion de l’UFC ?

TD : Il y a eu un buzz énorme les deux ou trois premiers mois. Pour notre premier commentaire avec Vincent, à l’UFC 91, nous avons eu une affiche très attendue : Brock Lesnar vs Randy Couture. Nous avons fait la meilleure audience câblée à 23 h sur une chaîne qui, il ne faut pas se mentir, devenait une chaîne de petits vieux. Face à l’émulation créée par l’évènement, on y a cru très vite. On se disait :  » Là, on tient quelque chose de très grand !  » Seulement voilà, la France ne fonctionne pas comme les autres pays. On a même parfois l’impression d’être un étranger chez soi. J’ai habité six ans aux USA, là-bas quand il y a une porte ouverte, ou même quand elle est à demi ouverte, il ne faut pas hésiter à mettre quelques coups de talon pour y entrer. On s’aperçoit qu’en France ce n’est pas comme ça.

 

TF : C’est-à-dire ?

TD : En France, la législation du CSA est un petit peu bancale. Comme je l’ai expliqué auparavant, la chaîne RTL9 n’étant pas localisée sur le territoire où elle est diffusée, elle ne subit pas les lois et interdictions de ce dernier. C’est grâce à cela que les Français peuvent suivre du MMA. Vis-à-vis de RTL9, le CSA édicte plutôt une recommandation. Pour exemple, au bout de six mois/un an, au vu des bonnes audiences, ils ont dit au Luxembourg :  » Attention ! Vous essayez de passer entre les mailles du filet ! C’est pas bien !  » Il n’y a rien eu de plus. Il y a deux ans, j’aurais dit qu’à l’automne 2010 Bercy aurait pu accueillir l’UFC 122. Résultat, il a eu lieu à la König Pilsener Arena d’Oberhausen en Allemagne… Ceci démontre un certain paradoxe. En France, le MMA est mieux suivi médiatiquement parlant qu’outre-Rhin, pourtant, on n’est pas encore apte à accueillir un événement.

 

TF : Concrètement, que manque-t-il ? Quelle est la prochaine étape d’après vous ?

TD : En Allemagne, Dana White n’avait pas tort en parlant d' » éducation « . Qu’est-ce que ça veut dire ? Finalement pas grand-chose, car ce n’est pas lui qui va parlementer avec les décisionnaires français. Cependant, il y a quelque chose qui peut être fait. On entend souvent :  » Il y a des éléments qui nous manquent, une barrière de la langue « . Ceci sert d’excuses aux Français, car on sait tous parler anglais quand on en a envie. Mais depuis quelque temps, une boîte de RP (relations publiques, ndlr) a été mise sur le coup. Elle sera chargée de raccorder les liens et les connexions synaptiques manquantes. À quelle date un évènement en France sera-t-il possible ? Je n’en sais rien. Peut-être qu’avant Londres 2012, on sera en train de parler du MMA comme étant éventuellement un sport olympique en 2020 ou 2024.

 

TF : En tant qu’acteur français au sein du monde de l’UFC, qu’en pensez-vous ?

TD : Dans le milieu, on est presque blasés. On a entre nous un discours d’écorché vif : «  On nous aime pas, etc.  » Nous, on est convaincus que ça arrivera. Quand j’ai commencé, je me suis dit que sur le plan du business et du marketing, c’était quelque chose d’incroyable ! Il n’y a pas beaucoup de personnes que je place sur un piédestal, mais Dana White, je le mets dans mon Top 4 ! Les premières sensations que j’ai eu ont assimilé l’UFC à une sorte de secte : ils sont huit pour le développement européen, soit une toute petite communauté, mais c’est une machine de guerre impressionnante ! En Allemagne, c’est le cinquième évènement que l’on commente sur place en direct. Je n’ai plus besoin d’être convaincu. Mon regard est complètement différent.

 

TF : Dans son discours en Allemagne, c’est ce à quoi faisait référence Dana White, non ?

TD : Oui, quand il parle de voitures brûlées, c’est un clin d’œil à la France ! Juste pour dire que chez eux, ça ne se passe pas comme ça et que quand ils viendront en France, ça ne sera pas le cas non plus à la sortie de leurs évènements. Prenons l’exemple de l’UFC 122. C’était un petit évènement, et si on regarde les chiffres, il équivaut à un Fight Night : 8 000 personnes, 600 000 dollars, entre 75 et 80 dollars la place. Il faut avoir les moyens pour aller voir l’UFC, mais du coup, les mecs font attention. Ils
ont bu de la bière à flot, mais ils se tiennent correctement. Je suis persuadé que l’effet cathartique du spectacle est tel qu’ils n’éprouvent pas l’envie de se taper dessus dans les tribunes. C’est la même chose avec le rugby.

 

TF : Après deux ans d’antenne, pouvez-vous nous parler de votre duo avec Vincent Parisi ?

TD : Avant les matchs, on adore faire des pronostics. Seulement, on doit les faire dans une pièce séparée, car on n’est jamais d’accord ! À l’antenne, on se répartit les rôles. Mon travail consiste à rester focalisé sur le téléviseur, afin de commenter au mieux ce que voit le téléspectateur. Vincent, lui, reste les yeux fixés sur la cage. Ainsi, il peut apporter des précisions sur ce que le téléspectateur ne voit pas. Et même anticiper sur la suite de l’action, comme il le fait souvent. Étant éducateur, il apporte un regard d’expert. Nous sommes là pour démocratiser ce sport. Par exemple, pour faire accepter que l’on puisse frapper un homme au sol – qui n’est pas forcément en position faible – car la frappe n’a pas la même allonge. De plus, les règles évoluant en permanence, on se doit d’être constamment à la page !

 

TF : De vos commentaires à L’UFC, si vous deviez garder un seul moment, lequel serait-il ?

TD : Un seul ? Il y a eu une période faste de l’UFC 96 à l’UFC 100 : on a pu assister à trois ou quatre K-O de suite, vraiment phénoménaux. Notamment à l’UFC 98 : Machida vs Rachad Evans. Je trouve que ce K-O est esthétiquement parlant fabuleux. Après ça, tu te dis que pendant trois ans Machida est intouchable ! Finalement, tu t’aperçois qu’à l’UFC, la ceinture tourne presque tous les ans. La période entre UFC 98 et UFC 99, c’est 15 jours où on en a pris vraiment plein les yeux. Dans ces moments, on se dit vraiment que ce sport est gigantesque.

 

TF : Chez les fighters, quel est celui que vous aimez tout particulièrement commenter ?

TD : Jusqu’à l’UFC 122 : Nate Marquardt. Sinon, j’ai découvert l’UFC avec Chuck Liddell, au début des années 2000. Comme en catch, il y avait les gentils et les méchants. Liddell était le gentil, Tito Ortiz le méchant. Habitant à San Diego, j’étais en plein dedans. Liddell gagne sept combats de suite avec sept K-O phénoménaux, mais il y a beaucoup d’autres détails qui font que le bonhomme me plaît.

 

TF : Pouvez-vous nous citer une rencontre particulière avec un combattant, une anecdote ?

TD : Je suis très content d’avoir rencontré Randy Couture, pour son professionnalisme. Je l’ai rencontré en Allemagne, on a échangé quelques mots et tout est venu naturellement. On ne se connaissait pas, et pourtant, quand je lui ai fait quelques blagues sur son physique, il l’a bien pris. Les combattants sont loin des clichés que l’on peut avoir sur eux. Autre exemple, Jérôme Le Banner (kickboxeur, ndlr), c’est quelqu’un de très simple. Ça fait toujours rire quand on le voit, lui et ses 130 kg, lire Marc Levy au bord d’une piscine. Mais j’ai rarement vu un footballeur ouvrir un livre à la piscine ! Il est très loin de ces mecs s’affichant avec de luxueuses et énormes lunettes de soleil à qui l’on dit qu’ils sont beaux et forts et que leur entraîneur est un con.

 

TF : Pour terminer, en tant que commentateur, pouvez-vous nous donner votre définition du MMA ?

TD : Un feu d’artifice permanent ! Une réunion de tous les sports, pas seulement des arts martiaux. Par exemple, un rugbyman peut apprendre d’un fighter, car pour le plaquage, les techniques de lutte peuvent être utiles. C’est un sport génial, complet à souhait. »

 

 

Propos recueillis par Jérôme Pourrut et Émilien Bartoli

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