Le mépris caché derrière le vouvoiement (France Jeunes, 29 octobre 2010)

Le vouvoiement est souvent associé à une notion de respect entre deux individus, notamment dans le milieu professionnel. Pourtant, son utilisation est depuis bien longtemps perverti et sert d’autres desseins.

Tutoies-moi tu m’intègres, vouvoies-moi tu m’exclus. Tutoies-moi tu te situes dans le cadre d’une suggestion, vouvoies-moi et tu rentres dans celui de l’ordre. On n’a jamais assez dit la tendance contraire que peut revêtir le vouvoiement par rapport à son effet escompté.

Règles tacites du vouvoiement
Les usages nous apprennent de vouvoyer : 1 une personne que l’on nous présente, 2 une personne plus âgée que nous, 3 une personne avec qui on ne partage pas d’intimité ou une quelconque familiarité 4 une personne qui a un grade social plus élevé que nous. Et bien souvent ces quatre points se trouvent induits en un seul être. Lui montrera t-on pour autant plus de respect si l’on applique cette convention de langage, quand une intonation est autrement plus décisive pour cerner la relation entre deux individus ?

Mise à distance et valorisation personnelle
A force d’être décliner à toutes les sauces le vouvoiement a perdu de sa noblesse. Ainsi, une personne vouvoyant un collègue de travail de dix ans son cadet, ne se place t-elle pas avant tout dans le refus de la proximité, plutôt que dans la stricte marque d’égard ? On peut presque stigmatiser en une catégorie ces personnes qui vous lâchent que « vous » pouvez les tutoyer, cela ne les gênera nullement, mais qu’en retour eux continueront à vous vouvoyer « parce que », ce serait « comme ça », une expression leur venant naturellement. Derrière cette volonté de conserver le vouvoiement, il y a un étalage de la supposée différence d’éducation qu’eux auraient acquis contrairement à vous. Cet état de fait n’est pas sans transpirer le ridicule lorsque deux hauts cadres, enivrés lors d’un cocktail mondain, poursuivront ce maniérisme se situant à mille lieux de leur condition physique décadente. « Si tu dois tomber tombe avec classe ! » a-t-on dû leur apprendre dans un séminaire.

Dans les vieux couples bourgeois la pratique du vouvoiement perdure encore. L’exemple le plus célèbre étant celui des époux Chirac. Un véritable camouflet pour le vouvoiement comme automatisme verbal quant on connait les élans de proximité et de bonhomie qui ont portés le célèbre leader du RPR aux plus hautes fonctions. En maintenant le vouvoiement avec sa femme l’ancien président marque la différence de traitement qu’il lui réserve et met en lumière leur manque de complicité et la nature uniquement factuelle de leur mariage.

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