Review UFC 148 (Top Fight n°13, Août-Septembre 2012)

UFC 148 : Entre habitude et amertume…

Anderson Silva est venu, a vu, a vaincu. 10e défense de titre effective (11si l’on prend en compte son opposition à Travis Lutter, challenger venu en surpoids à la pesée) et 13e victoire avant la limite en quinze apparitions octogonales. Ceux qui ont pu le croire un temps perturbé voire décontenancé par le trash talking intensif de Chael Sonnen en sont pour leurs frais. Pourtant, le premier round sonne comme une douce musique à l’oreille de l’Américain. Un Silva rentre-dedans se voit aussitôt ceinturé et plaqué au sol par un prétendant déterminé. La même mélodie qu’il y a deux ans. Comme si le Champion n’avait tiré aucune leçon du premier duel. Sonnen, pour sa part, démontre que contrairement à ses dires il s’entraîne (bien de surcroit) en jiu-jitsu. Loin de rester empêtré dans la garde de son adversaire, il se hisse jusqu’en position montée dans la dernière minute de la reprise. Et puis rien. Silva ne grimace pas vraiment, se protège parfaitement, laisse passer l’orage, quand bien même il s’agit d’une simple brise. Néanmoins « vainqueur » mathématique du premier round, Sonnen affiche sa confiance à toutes épreuves, s’acharne dans ses tentatives de takedowns. Problème : The Spider se fond dans sa toile grillagée, alors sa meilleure alliée. Est-il acculé ? Au contraire, il gère ses efforts tandis que son concurrent s’épuise. Lorsque le match s’aventure sur son terrain de prédilection, la boxe pieds/poings, le Brésilien s’amuse d’autant plus. Quelques contres par-ci, une esquive de Spinning Back Fist par là, voilà l’Américain sur le flanc. Soudain résigné, Sonnen reste assis en tailleur tel un écolier envoyé au coin par son maître. Laminé, le challenger cesse de se défendre intelligemment et l’arbitre met fin aux hostilités. La revanche la plus attendue de tous les temps aura duré moins de sept minutes. Légère frustration par rapport à l’opposition de styles à laquelle on était en droit de rêver : Sonnen avait le bagage technique pour tenir bien plus longtemps, Silva espérait sans doute avoir des échanges plus soutenus.

 

Un goût d’inachevé pour ce main event comme pour l’ensemble de la carte. Malgré un casting des plus attrayants, cet UFC 148 n’a pas été le gros show attendu. Trop de matchs allant à la décision (huit des onze affrontements) par manque d’engagement plus que par neutralisation respective, trop de dirty boxing et d’approximations, absence de geste « fou » dont on se rappellera dans dix ans. Bref, une déception globale. Mais l’épine majeure reste les adieux gâchés de Tito Ortiz. Volontaire et combatif, The Huntington Beach Boy a perdu comme trop souvent à la décision, vilaine habitude de ses dernières années de carrière. Il est néanmoins sorti par la grande porte avec notamment deux knockdowns à son actif, dont l’un monumental qui fait reculer Forrest Griffin d’un bon mètre et le contraint à une cabriole providentielle. Cette belle impression est tempérée par l’attitude de ce dernier à la fin du match. Le vainqueur du tout premier TUF décide de partir aux vestiaires… avant de revenir sous l’injonction de Dana White. Voulait-il laisser le champ libre pour la célébration, malgré la défaite, du tout nouveau Hall of Famer et retraité ? Apparemment non puisqu’il se permet de couper l’herbe sous le pied à Joe Rogan pour réaliser l’entretien d’après-match. La tension succède à l’incompréhension lorsque Griffin commente sa victoire, sous les huées d’un public entièrement dévolu à Ortiz. Un mauvais gag, mais rien en comparaison du véritable couac chez les welters entre Demian Maia et Dong Hyun Kim. Un potentiel grand match ruiné par la malchance. Lorsque le Coréen cède d’emblée sous les coups du maître jiu-jitsuka, pourtant peu réputé pour son striking, on se doute que quelque chose cloche. On apprend très vite qu’une blessure aux côtes est la vraie responsable de cette fin prématurée. Quant à l’exécution en règle de Cody McKenzie par Chad Mendes, elle est seulement due au déséquilibre de base. Comment un tel match a pu être possible ? Une figure majeure du WEC, seulement battu par José Aldo en janvier, face à un combattant besogneux issu du TUF 12 ? Pas très sérieux et en tout point condamnable. McKenzie est à présent crédité de trois défaites lors de ses quatre dernières sorties, la porte n’est plus très loin.

La frustration domine aussi en ce qui concerne le retour de Patrick Côté, auteur d’un combat trop propret face à Cung Le. À se poser trop de questions, à multiplier les feintes de corps, à  communiquer excessivement avec son opposant, le Québéquois a confondu marque de respect avec complicité. Sans doute n’a-t-il pu cacher son bonheur de revenir dans la big league, mais il n’y restera pas longtemps s’il oublie l’animosité nécessaire à la compétition. État de fait que les perdants du soir devront garder à l’esprit : les portes de l’Octogone se ferment plus vite qu’elles ne s’ouvrent.

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