Mémoire : Mise en scène du football par deux médias de presse écrite (Master 1 Infocom, Année Universitaire 2006-2007)

Master 1 Information-communication

Université des Sciences Sociales-Toulouse 1 et Université Paul Sabatier-Toulouse 3

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Mise en scène du football par deux médias de presse écrite

Mémoire de recherche présenté par Bartoli Emilien

Sous la direction de Mr Boure

Juin 2007

SOMMAIRE

INTRODUCTION : la place du football et de la presse sportive dans la société

PARTIE I : Des différences de traitement formelles

PARTIE II : Les causes de la nécessaire distinction

PARTIE III : Les défis communs face aux autres médias

CONCLUSION

ANNEXES

BIBLIOGRAPHIE

RESSOURCES INTERNET

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION : LA PLACE DU FOOTBALL ET DE LA PRESSE SPORTIVE DANS LA SOCIETE

0.1  Le caractère universel du football

« La passion sportive a ses raisons que la raison ignore » pourrait-on dire en écorchant quelque peu la célèbre citation de Pascal. Le succès des compétitions sportives et les manifestations irrationnelles qu’elles génèrent s’inscrivent tout à fait dans cet esprit.

Le XXe  siècle a été celui de l’élévation de la conception du sport, au point de le considérer comme vertu « officielle » d’intégration et de tolérance à travers l’éducation que l’on y associe et tous les ouvrages qui y sont consacrés.

Le football est l’exemple le plus parlant de ce phénomène, il est suivi et pratiqué dans le monde entier. Les raisons de sa forte implantation sont multiples. Un des piliers de l’équipe de France de football championne du monde 1998, fournit une partie d’explications « Dans le football, chacun prétend s’identifier à nous. Celui qui a déjà tapé dans un ballon pense qu’après tout lui aussi aurait pu jouer et devenir une vedette. A l’inverse, personne n’ira s’imaginer sur un ring face à un boxeur comme Mike Tyson ou encore au volant d’une F1 face à Michael Schumacher. Avec le football, discipline populaire par excellence, le sentiment de proximité avec le spectateur est décuplé » (Marcel Desailly ; préface ; 2003).

Ce que sous-tend ce commentaire c’est que le football est de manière inhérente un sport facile à pratiquer : d’abord pour des raisons économiques car même des jeunes de quartiers populaires, à défaut de pouvoir se cotiser pour acheter un vrai ballon de foot, pourront y substituer un objet quelconque à forme ronde. Au niveau des équipements concernant le match il en va de même, rien de plus facile que de se concerter sur des lignes imaginaires pour fixer les limites du terrain et de poser des montants au sol pour remplacer les poteaux. L’autre facteur fondamental relève du règlement propre à ce sport : il est d’une rare simplicité et on peut donc s’y initier sans problèmes.

Le football de rue n’a certes rien à voir avec celui de compétition mais il en garde l’essence, le passage de l’un à l’autre s’avère beaucoup plus compliqué pour des sports comme le rugby qui demande des équipements immuables et un nombre important de participants pour conserver son esprit originel. Ainsi ce qu’on appelle enfant le deux contre deux possède toute une dimension technique et tactique pour ce qui concerne le football mais devient désuet pour d’autres sports collectifs.

Le déchainement populaire autour du football s’exprime bien sûr au-delà de la pratique, les joueurs sont devenus des stars du show-biz comme les autres et constituent souvent des modèles pour les amateurs. Beaucoup d’apprentis-footballeurs ont dés leur plus jeune âge l’ambition ou l’espoir d’atteindre le haut niveau et de voir eux aussi leurs noms inscrits sur des maillots. Les pratiquants sont souvent les premiers spectateurs et téléspectateurs, le foot est apprécié au-delà du pur amusement : on s’extasie devant son esthétisme et son aspect théâtral, on s’indigne d’une décision arbitrale controversée, on s’émeut d’un retournement de situation inespéré, on rit et parfois même on pleure. Aller suivre une partie dans un lieu public ou chez soi avec des amis est devenue une activité culturelle à part entière et l’alternative à d’autres sorties plus onéreuses.

Cependant, le supporter de football ne peut pas être distingué seulement par le fait de regarder les retransmissions ou de les écouter à la radio, il existe au-delà de l’espace temps de la rencontre, il y a un avant et un après. En somme, l’opposition des deux équipes ne constitue qu’un épisode du feuilleton médiatique qu’est devenu le football.

0.2  La presse sportive en France

Acteur privilégié de la diffusion du sport, la presse écrite est autant rapporteuse d’informations que créatrice d’événements lorsqu’elle promulgue un thème dans l’agenda médiatique ou quand elle va jusqu’à être l’initiatrice de compétitions, ce qu’on verra plus tard concernant les deux journaux étudiés.

Pour ce qui est de la presse sportive, elle possède aussi un fort pouvoir pour influencer l’opinion publique, elle peut porter aux nues une personnalité mais tout autant nuire à son image, pour rester dans le cadre du football on peut citer l’exemple de Reynald Pedros, joueur talentueux qui faisait partie du groupe de l’équipe de France pour les championnats d’Europe 1996, le tir au but décisif qu’il manqua lors de la demi-finale face à la République Tchèque a suffit à en faire un paria du football Français. Sans un certain acharnement médiatique, cet épisode aurait été rangé au rang d’anecdote comme l’ont été les tirs aux buts manqués par Didier Six et Maxime Bossis lors de la coupe du monde 1982 (1/2 finale contre l’Allemagne, défaite de la France aux tirs aux buts). Dans ce dernier exemple la presse avait centré ses commentaires sur le thème de l’injustice arbitrale subie par les joueurs Français, à savoir une faute violente du gardien Allemand Schumacher non sanctionnée d’un carton rouge, délaissant de ce fait une quelconque critique à l’encontre de ceux qui ont échoués dans la séance de tirs aux buts. Depuis, seuls les initiés se souviennent des noms des « échouants » alors que « l’attentat » de Schumacher sur Battiston est entré dans la postérité.

Le nombre de titres de presse sportive en France est important et n’a cessé de croitre depuis l’après-guerre, ainsi si on référençait une quinzaine de titres diffusés sur tout le territoire national durant les années 1960 (Seidler ; 1964), on en compte aujourd’hui pas moins d’une trentaine pour le seul  traitement du football, la plupart sont à tirage mensuel ou à plus lointaine fréquence. Dans le contexte actuel  de crise de la presse écrite, c’est un domaine qui reste rentable même si beaucoup de titres rencontrent des succès éphémères.

Une autre tendance s’est aussi accentuée au fil des années : celle de retrouver des rubriques sportives de plus en plus étendues dans la presse générale d’informations, une évolution profonde des mentalités qui ont fait que le sport n’est plus un domaine méprisé et que l’image du supporter est beaucoup moins stéréotypée.

La forte proportion de la presse sportive en France est cependant à relativiser quand on la met en parallèle avec celle de certains de ses voisins Européens comme l’Espagne ou l’Italie. Ainsi il n’y a guère que L’Equipe qui occupe le créneau des quotidiens généralistes de sport alors que quatre journaux s’opposent en Espagne (Marca, As, El Mundo Deportivo, Sport) et presque autant en Italie (La Gazzetta Dello Sport, Tuttosport).

0.3  Les deux journaux étudiés : pourquoi et comment ?

Les journaux sélectionnés dans le cadre de cette étude comparative sont L’Equipe et France Football, respectivement quotidien et bihebdomadaire. Le champ d’analyse se limite au traitement du football dans un cadre temporel donné, à savoir entre novembre 2006 et avril 2007. Cependant on n’hésitera pas à prendre appui sur différentes périodes de ces deux organes pour mieux comprendre et illustrer les problématiques.

Plusieurs facteurs expliquent ces choix mais pour bien les comprendre il convient de considérer l’offre commerciale existante en termes de presse football (cf. tableau en annexes) : elle est dominée par les magazines mensuels (Onze Mondial et Planète Foot pour les plus célèbres), ils ont la spécificité de se renouveler régulièrement puisque certains disparaissent et d’autres s’immiscent dans ce créneau (on référence vingt mensuels en mai 2007). D’autres ont des périodicités moins fréquentes comme bimestriel ou trimestriel. La façon dont ces revues traitent du sport numéro 1 n’aura donc pas pour but de coller à l’actualité mais de privilégier des angles précis, de compenser leur défaut intrinsèque par le biais d’une approche transversale. Le biais choisi est souvent le reportage d’investigation sur le fonctionnement d’un club ou l’histoire des relations d’un pays au football, un autre consiste en une longue interview d’un des acteurs en vue de ce sport. Onze Mondial est d’ailleurs largement dépositaire de cette formule.

Les hebdomadaires sont minoritaires aujourd’hui. Ils se sont progressivement détournés du traitement du football dans son ensemble pour se spécialiser dans le domaine des transferts, les mouvements de joueurs d’un club à un autre. Ainsi on peut voir chaque semaine à la Une la nouvelle révélation d’une tractation secrète entre untel et untel. La principale limite de journaux comme But, Foot Transferts ou encore La Gazette Des Transferts est dû à un fait simple : les périodes de transferts sont institués par l’organisme gérant les clubs de football professionnels au niveau Européen (UEFA) et limitées dans l’année (le mois de janvier et la saison estivale). Autrement dit, il sera difficile d’obtenir des informations sur les intentions futures des dirigeants de clubs alors qu’ils auront d’autres sujets immédiats à traiter. Ce qui décrédibilise ces journaux est aussi une tendance à l’annonce de transferts assez extravagants, ne se réalisant pas au final d’où une assimilation à une certaine presse sensationnaliste, on les place au niveau d’un Voici en mode football.

La particularité du créneau intermédiaire occupée par France Football depuis 1997 c’est-à-dire bihebdomadaire lui permet d’être à la fois considéré comme une presse d’analyse au même titre qu’un mensuel mais aussi de ne pas être décroché de toute actualité. On le verra par la suite FF peut aussi bien faire sa Une sur le dossier spécial consacré à un acteur du football que sur le résultat du match phare tout autant qu’une perspective du match à venir. Dans son domaine on peut parler d’un certain monopole pour ce journal puisqu’il n’existe aucun autre généraliste football sur la même périodicité.

La situation de monopole, voilà un dilemme que connait bien L’Equipe, le seul quotidien généraliste sportif en France, une position privilégiée en Europe comme évoqué plus tôt.

Le journal a en effet éliminé toute velléité des concurrents qui ont voulus se dresser devant lui au cours de sa longue histoire et il se paye même le luxe d’être aujourd’hui le quotidien le plus diffusé et à la meilleure audience devant la presse généraliste. Malgré sa mission de généraliste sportif, le journal est en grande partie associé au sport leader qu’est le football. Il est celui que l’on consulte le lendemain de match pour « prendre la température » et la proportion de foot dans son contenu oscille souvent entre 33% et 50%, ce qui est à la fois un taux fort et un taux limité.

L’Equipe et France Football ne sont donc pas en situation de concurrence frontale mais pour un amateur de football qui veut simplement se tenir informer sur les principaux événements l’un peut constituer une alternative à l’autre. Par exemple si on souhaite prendre connaissance le lundi de l’ensemble des résultats Européens du week-end on pourra acheter L’Equipe sans attendre le FF du lendemain. A l’inverse celui qui voudra avoir le panorama le plus synthétique autant que complet sur les rencontres disputées depuis le vendredi soir (feuilles de matches plus détaillées pour les championnats étrangers, résultats des plus petites divisions Françaises) trouvera son bonheur dans FF.

C’est donc en vertu de leur monopole dans leur spécialité mais aussi de la crédibilité qu’on leur reconnait qu’une étude de ces deux journaux semble une des plus pertinentes à mener quand on réalise une approche de la presse sportive Française. Mais cela ne s’arrête pas là, comprendre L’Equipe, France Football et les rapports qu’ils entretiennent l’un à l’autre ne peut se faire sans des notions historiques. En effet les créations et évolutions des deux journaux sont intimement liées.

0.4  Les deux journaux traversent les époques

Au début de son histoire à la fin de la décennie 1860, la presse sportive Française était surtout centrée sur le cyclisme et la tendance va se poursuivre jusqu’à la première guerre mondiale. Les journaux avaient aussi la spécificité de créer eux-mêmes des compétitions sportives et en l’occurrence des courses cyclistes. Cet état de fait demeure prégnant aujourd’hui puisque les organes de presse restent souvent à l’initiative d’épreuves qui vont constituer de la matière pour remplir leurs colonnes.

Le petit journal est un des premiers qui prend cette initiative en 1891 avec la course Paris-brest. C’est la conviction du chef des informations Pierre Giffard qui permet la création de cette épreuve. Il va alors aller plus loin et lancer le premier quotidien sportif  Français de l’histoire : Le Vélo. Le journal publié sur papier vert va prospérer durant des années sans autre concurrence que quelques hebdomadaires. Il aura vite fait de régner et de marteler ses propos engagés pour faire reconnaitre le vélo comme « bienfait social ». Mais c’est justement son positionnement qui va causer la perte du journal, quand au cœur de l’affaire Dreyfus il ose prendre parti pour le militaire. Le vélo s’attire les foudres d’un groupe d’industriels et d’acteurs du sport qui se constituent en contre-pouvoir et financent la création d’un nouveau quotidien ayant pour mission d’afficher la plus grande neutralité politique. La candidature d’Henri Desgrange, cycliste lui-même et travaillant dans la construction de cycles, est retenue : L’auto-vélo voit le jour.

Le premier numéro de L’Auto-Vélo sort le 16 octobre 1900, quelques jours avant la clôture des Jeux Olympiques de Paris. Il se démarque nettement de son concurrent en choisissant d’être imprimé sur papier jaune. Il va petit à petit remporter la bataille qui l’oppose au Vélo. La rivalité se déroulera sur tous les plans : rédactionnel, publicitaire, promotionnel et même judiciaire. Sur ce terrain Le Vélo obtient une petite victoire le 16 janvier 1903 en contraignant son adversaire à se renommer en L’Auto.

Desgrange doit alors rapidement trouver un moyen de contrer son principal concurrent. Il se souvient que Géo Lefèvre lui avait proposé d’organiser une course cycliste d’envergure : le Tour de France. Le 19 janvier 1903, L’Auto annonce, de manière encore vague et précoce, la création de « la plus grande épreuve cycliste jamais organisée ». Prévu à l’origine en juin elle débute finalement le 1er juillet pour s’étendre sur tout le mois. Ce sera chaque année la période phare du journal qui va jusqu’à doubler ses ventes. Privée de lecteurs, Le Vélo cesse sa publication l’année suivante. Cette période renforce le mélange des genres en promulguant Géo Lefèvre directeur du tour, plus tard Jacques Goddet fera de même durant le règne de L’Equipe.

Rien n’empêchera L’Auto de continuer son échappée solitaire, pas même les deux guerres mondiales où malgré une réduction logique de pagination et d’effectifs il continue à paraitre. Dans les années 1920 il impose une nouvelle épreuve à l’agenda annuel, le pendant automobile au tour de France cycliste : les vingt quatre heures du Mans. Le journal retrouve parfois sur sa route un concurrent comme le quotidien L’Echo des Sports mais la rivalité ne sera que théorique puisque de nombreux rédacteurs vont avec l’aval de Henri Desgrange publier des papiers dans d’autres journaux et en particulier ceux ayant la même périodicité. Poussé par le style rédactionnel nouveau de Paris-soir quant au compte-rendu du sport L’Auto va étendre les procédés de dramatisation et les aspects feuilletonesques, à qui il donne ses lettres de noblesse. Après être paru sous l’Occupation jusqu’au 17 août 1944, L’Auto est frappé d’interdiction de parution. Jacques Goddet, le directeur de l’édition, use de ses relations avec la résistance pour réhabiliter le journal sous un autre titre : L’Equipe.

L’Equipe parait à partir du 28 février 1946. Il sera à nouveau démontrer que la coexistence de plusieurs quotidiens sportifs ne pouvait perdurer en France et très vite les nouveaux Elans et Sports disparaitront à mesure que leurs rédacteurs allaient grossir les rangs de L’Equipe.

Au-delà de la suprématie de ce seul quotidien, la tendance de ces années d’après guerre sera celle de la précarité des hebdomadaires et l’émergence d’une solution : la spécialisation en un seul sport. Au début de l’année 1947, France Football montre la voie en se consacrant au sport dont il porte le titre. D’abord dans les kiosques le jeudi, il se décale rapidement au mercredi puis au mardi pour d’évidentes raisons stratégiques. Il est publié sous un format demi-quotidien et sa pagination oscille entre vingt quatre et trente deux pages. Rapidement, il fut perçu comme l’hebdo soutenu par L’Equipe puisqu’ils avaient en commun la même société d’édition, la SOPUSI (La Société de Publications Sportives et Industrielles). Ce n’est pas le seul point commun entre les deux puisque plus important les équipes de rédacteurs vont se confondre et travailler indifféremment dans l’un et l’autre. C’est sous la houlette du  même directeur, Jacques Goddet que les deux journaux vont connaitre leur grande ascension.   Malgré une typographie peu attractive, FF s’impose sur un marché où il n’a pas de concurrent, il apparait comme un supplément hebdomadaire au quotidien sportif destiné aux seuls amateurs de football. FF s’attribue dés ses premières années le sobriquet de « Bible du Football », d’ailleurs incontesté, le journal se permettait même de corriger les erreurs de l’organisation gérant le football Européen de clubs l’UEFA

Au milieu de la décennie suivante le football allait franchir un palier sur la scène médiatique en se dotant d’une compétition Européenne des clubs : la coupe d’Europe des clubs champions, modèle alors prototypique de la Champions League qu’on connait aujourd’hui. A l’origine de l’idée on retrouve de nouveau des journalistes de L’Equipe : Gabriel Hanot, Jacques Ferran et Jacques de Ryswick en tête, et c’est même le quotidien qui établit le mode de fonctionnement de la compétition…Parallèlement France Football met en place son trophée emblématique « le ballon d’or » dés la même année (1955), Cette distinction est décernée au joueur qui a reçu le plus de points à l’issue du vote de cinquante et un journalistes issus des pays-membres de l’UEFA et du directeur de la rédaction elle-même qui apporte le vote Français. La coupe du monde de football (crée en 1930) quant à elle connait sa première grande exposition médiatique lors de l’édition de 1958 en Suède.

Le football poursuivra sa croissance au début des années 1960 avec les créations d’un championnat d’Europe concernant cette fois-ci les nations et de deux autres coupes Européennes « secondaires » pour les clubs (coupe de l’UEFA et coupe des coupes). Cette ère coïncide avec l’apparition de nouveaux médias dans les foyers, la presse doit innover pour survivre. L’Equipe comprend très vite l’intérêt de mêler sport de compétition et sport pour tous, il insère dés 1963 un supplément dans son numéro du vendredi L’Equipe-loisirs. Les relations cordiales entre les deux titres se poursuivront suite au rachat par le groupe Amaury en 1968. FF fera finalement sa révolution en se démarquant du format journal et en intégrant de la couleur sur sa jaquette en février 1977. Cela constituera la deuxième formule de ce qui n’est alors toujours qu’un hebdomadaire, la mise en page se veut résolument plus moderne et l’ensemble est relié pour faciliter le feuilletage, l’intérieur reste en noir et blanc. Cependant la couleur vient rogner progressivement le visuel et atteint jusqu’à seize pages par la suite. L’Equipe établit un nouveau supplément à partir de 1980, il est couplé au journal du samedi et a pour particularité d’évoquer la plupart du temps les sports moins présents dans l’édition quotidienne, il ne comporte pas de résultats, est largement constitué par des portraits de sportifs. Il se nomme tout simplement L’Equipe Magazine. Le quotidien domine toujours le marché en solitaire, écartant de temps à autre les tentatives de concurrence comme celle de Le Sport entre 1987 et 1988, la dernière en date.

En 1997, France Football sûr de sa force décline sa troisième formule, le chamboulement est cette-fois ci complet : maquette, contenu, réduction du format, changement de papier et surtout la parution d’un second numéro dans la semaine le vendredi. L’objectif est de répondre à une actualité football aussi riche qu’éphémère et de résister à l’impact du traitement télévisuel en prouvant au lecteur sa capacité à rebondir. Numéroté seulement « bis », le numéro du vendredi avait une forme très inégalitaire par rapport à celui du mardi : non agrafé, d’un format proche d’un journal généraliste et muni d’un papier ordinaire. La réforme de cette situation « schizophrénique » (dixit le rédac chef Gérard Ernault, 2007) s’opère dans le courant de l’année 2000 qui coïncide aussi avec celle du tout-couleur.

Pendant ce temps L’Equipe prospère et va réaliser à l’aube des années 2000 l’autrefois inimaginable: prendre la première place des quotidiens nationaux au niveau du chiffre de diffusion tout genres confondus. Jusqu’à ce jour, dans un contexte de crise de la PQN il demeure le quotidien le plus vendu et le plus lu avec une diffusion moyenne estimée à 2,4 millions. La grande force du groupe Amaury aura été d’avoir toujours un coup d’avance, via sa filiale L’Equipe 24/24 il lance dés 1998 la chaine du satellite L’Equipe TV et le site Internet lequipe.fr voit le jour en 2000. De son côté France Football est plus réticent à être présent sur tous les fronts médiatiques et la première mouture de son site Internet n’est lancé qu’en 2005. Cependant FF profite de la récente nouvelle formule de son édition papier (20 février 2007) pour réformer par la même occasion son site Internet et jouait le jeu de la complémentarité. Principal changement du journal bihebdomadaire, il adopte une structure de plus en plus nettement portée vers le magazine, délimite quatre secteurs distincts et renonce à faire mine de coller à l’actualité. Sur la forme, il se présente avec des articles beaucoup plus aérés et illustrés et incite davantage ses lecteurs à de l’interactivité en renvoyant régulièrement vers son site Internet et en intégrant des questions de sondage sur le principe que L’Equipe applique au quotidien depuis longtemps.

L’histoire de FF ne peut donc se dissocier de celle de L’Equipe mais le bihebdomadaire a su se construire une identité propre, à tel point qu’il n’est pas évident pour qui n’en a pas la connaissance préalable de conclure qu’ils appartiennent au même groupe de presse. En effet les différences de traitement de l’information entre les deux sont manifestes et génère interrogations : Peut-on dire que nous avons face à face un média « à chaud » face à un média d’analyse ? Quelle est la part d’influence réelle de la périodicité dans la politique éditoriale ? Peut-on poser la thèse d’une dérive sensationnaliste de L’Equipe face à la constante sobriété de France Football ?

Cette étude ne prétendra en aucun cas répondre formellement à ces interrogations mais consistera à ouvrir plusieurs pistes d’après des données objectives issus du corpus constitué par l’ensemble des numéros des deux journaux novembre 2006 et avril 2007. Chaque numéro a été consulté avec précaution et certaines tendances et systématismes sont apparus au fil du décryptage, permettant de cerner au mieux les traits d’identification.

PARTIE I : DES DIFFERENCES DE TRAITEMENT FORMELLES
1.1 Comparaison de traitement d’après deux thèmes précis

1.1.1    Mort d’un supporter Parisien et hooliganisme

Dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 novembre 2006, un supporteur Parisien prénommé Julien Quemener a trouvé la mort dans une échauffourée qui suivait la rencontre de coupe de l’UEFA entre le Paris SG et le club Israélien de l’Hapoël Tel-Aviv. Les faits tels que rapportés par de nombreux témoins évoquent d’abord une poursuite aux allures de lynchage public entre un groupe de supporters du PSG excédés et un jeune homme ayant affiché une écharpe du club Israélien aux abords du métro porte de Saint-Cloud. Un policier voulant prendre la défense de la personne poursuivie se retrouve bientôt encerclé à son tour. Dans des circonstances sur lesquelles la justice n’a pas encore levé le voile, il utilise son arme de service et touche gravement deux individus : l’un, Mounir Boujaer est blessé et s’en sortira mais la balle termine sa course en plein cœur de Julien Quemener, membre du kop des Boulogne boys, il est tué sur le coup.

La proximité de ce grave incident avec l’enceinte sportive du club Parisien n’a guère laissé de doutes aux médias quant au traitement qu’ils devaient en faire, c’est-à-dire ne pas ranger ce drame dans la section des faits divers mais bien de le situer dans un cadre sportif. La presse sportive a donc été particulièrement prolifique sur ce sujet et bien au-delà puisque la conséquence première fut de réintroduire le thème de la violence qui gangrène le football au sein de l’agenda. Naturellement de nombreuses Unes furent réalisées à ce sujet et de longs dossiers tentèrent de décrypter la réalité des dangers qu’encourait le football au-delà de cette partie immergée de l’iceberg.

Le thème présent, n’ayant pas vocation à exhaustivité sur le hooliganisme se concentre sur les quelques semaines qui ont suivis le drame c’est-à-dire la fin du mois de novembre et le début du mois de décembre 2006. Cette délimitation a aussi pour but de ne pas créer de confusion, c’est-à-dire qu’on traitera uniquement des papiers puisant leur source dans l’incident du 23 novembre 2006. Même si il y a tentation de rapprocher cette affaire de celle du policier tué au mois de février 2007 en Italie dans le cadre du derby Sicilien entre Catane et Palerme, il convient de ne pas faire d’amalgame. Autrement dit, le drame de Catane aurait été évoqué sans nul doute par la presse sportive même si il n’y avait pas eu un mort à Paris trois mois plus tôt ce qui n’est pas le cas d’autres dossiers/articles que l’on va mettre en évidence.

L’Equipe du vendredi 24 novembre 2006

Le vendredi 24 novembre 2006 L’Equipe titre «PARIS LA HONTE ! », il ne s’agit pourtant pas encore d’évoquer la personne tuée aux portes du parc des princes. En effet la condamnation porte alors sur la piètre prestation sportive du PSG en coupe de L’UEFA puisqu’il vient d’être défait à domicile par le modeste club Israélien de l’Hapoël Tel-Aviv (2-4). Si le journal réagit « à chaud » sur le couac de la veille, le qualificatif de honteux se comprend aussi par la succession de résultats mitigés du club de la capitale depuis le début de la saison. Le titre prend tout de même son crédit dans la continuité de mauvaises performances car si le PSG aurait eu des bons résultats jusqu’à ce match on aurait parlé plus volontiers « d’accident » ou de « coup d’arrêt » que de « honte ». Ce numéro comprend donc l’habituel compte-rendu  et les déclarations des protagonistes du match mais déjà un autre aspect de la soirée pointe au détour d’une information de dernière minute. Dans un court encadré le journal évoque une altercation ayant eu lieu suite à la rencontre et la possibilité de personnes blessées. A postériori, il est évident que cette note publiée dans l’urgence était bien loin de mesurer la portée de l’incident qui s’était produit. C’est sans doute seulement une question de minutes mais L’Equipe, comme tout journal papier a été soumis à ses délais de bouclage. Le ton anecdotique de cet encadré tranche avec la virulence mise ce jour là à commenter la prestation sportive Parisienne.

L’Equipe du samedi 25 novembre 2006

L’édition du samedi 25 novembre 2006 va en revanche traiter le drame à sa juste dimension voir user d’une certaine spectacularisation et accorder une grande part à l’événement. Ce numéro augmente d’ailleurs fortement sa pagination pour atteindre au total 22 pages, la partie football en comprend dix mais la proportion est bien sûr bien faussée ce jour là puisque les articles sont davantage de l’ordre du fait divers et du compte-rendu policier, pas moins de six pages couvrent l’affaire du supporteur tué le jeudi soir. La Une est sans appel « QUAND LE FOOTBALL TUE » en lettres capitales, la police d’écriture est nettement plus élevée qu’à l’habitude. Le fond noir utilisé apparait comme faussement sobre quant on le met en perspective avec cette imposante police de caractère, les lettres sont exceptionnellement blanches ce qui les fait ressortir de manière éclatante.

Le titre fait office de conclusion sur l’état général du football en vertu de ce dramatique fait divers, on stigmatise clairement le milieu du football, le coupable est désigné.

Pourtant cet événement pourrait dans un certain sens être considérer marginal et du ressort des faits divers, toujours est-il qu’il occupe ici le devant de la scène d’un quotidien sportif.         Or est-ce un cas si extraordinaire ? N’y a-t-il pas toute l’année des morts  dans des contextes sportifs dont L’Equipe ne parle pas ? Ce qui interpelle derrière ça c’est les facteurs qui permettront de comprendre ce qui fait la différence entre une mort qui ne ferait pas une ligne et une mort qui déclencherait débat de pages en pages, d’un numéro à un autre.

Dans ce cas le journal ne laisse place à aucune ambiguïté. Ce mort-ci a une caractéristique primordial : il s’inscrit dans un cadre à la fois local et national donc le public y sera facilement sensibilisé et on peut miser sans risque sur la rentabilité de ce numéro. Deuxième aspect à bien considérer, le club auquel le problème est lié est le Paris SG, club déjà sujet à tant de polémiques depuis des années et qui sert bien souvent de point de référence au quotidien pour établir sa Une. Enfin, dernier point non négligeable, la victime est un jeune homme âgé de vingt cinq ans ce qui accentue la sensation de malaise.

Le côté accrocheur de cette Une, ce parti pris commercial ressort d’autant plus que l’édito se pose en contrepoint, si ce n’est en contradiction avec ce que le titre suggère. Cet éditorial, présent d’ailleurs conjointement à la Une au lieu d’être en page 2, pose à mots couverts le postulat que  la situation du milieu du football ne serait qu’un reflet de la violence de la société. « On pourra toujours accuser la fatalité ou le football. On se trompera de coupable. Ce n’est pas seulement le football qui a tué, jeudi soir, c’est la haine. » Puis Michel Dalloni, auteur de cet édito intitulé « Tolérance Zéro », tout en mettant déjà en doute les solutions qui seront préconisées par les personnes en charge, fait constater que l’Angleterre a réussi à écarter le phénomène du hooliganisme sur son sol en étant aussi stricte que nécessaire. « On proposera sans doute des états généraux, des missions d’étude (…) et, pour finir, puisque la période s’y prête, de magnifiques discours. On n’aura pas avancé d’un pouce. (…) l’Angleterre est parvenue à juguler, sur son sol, un phénomène dont elle a fini par comprendre qu’il était une forme nouvelle de délinquance. »

Ce point de vue qui tranche donc en partie avec ce que véhicule la Une est essentiel pour comprendre la façon dont seront traités les rebondissements de l’affaire. Le quotidien a, d’après les éléments en sa possession, pris les devants d’inscrire cette mort dans le champ plus global du phénomène de hooliganisme qui gangrène le football. Cette considération ouvre donc les possibilités à un vaste champ d’analyse.

Dans ce numéro très représentatif de la politique du journal, les articles vont souffler le chaud et le froid, tantôt accusateur tantôt en empathie lorsqu’il s’agit d’interviewer des proches du dossier. En page 2, un récit encore assez vague de l’épisode dramatique énonce ce qui est survenu dans le créneau horaire décisif 22h40-23h, une brève présentation des quatre protagonistes principaux (le supporteur tué, celui qui est blessé, celui qui était poursuivi et le policier) accompagne le récit. Un autre article évoque « des signes avant coureurs » et pointe en particulier deux faits divers survenus lors d’un PSG-Rennes fin octobre et suite à un Le Mans-PSG le samedi 11 novembre précédent. Dans le chapô de ce dernier, l’auteur suggère qu’il est étonnant que personne n’a voulu voir ce qu’il se préparait. On reconnait là une certaine hypocrisie du milieu de la presse sportive puisque les incidents évoqués n’avaient pas été très médiatisés en leur temps, les dévoiler à présent semble être un procédé malhonnête pour s’exonérer de sa part de responsabilité.

Autre point qui interpelle, La traditionnelle question-sondage du jour, à laquelle les lecteurs  sont invités à répondre sur le site internet du journal, prend une dimension étrange ce jour là  et participe à la spectacularisation d’ensemble et à un sentiment de malaise car empreinte d’une légèreté en rupture avec le reste « Le football Français réussira-t-il à éradiquer la violence de certains supporters dans et autour des stades ? ».

Ce petit segment a une nature bien hybride puisqu’il concerne le plus souvent des sujets plus superficiels (telle équipe doit-elle changer d’entraineur ? telle équipe peut-elle remporter telle compétition ?,…).

N’y a-t-il pas un problème éthique dans la démarche ? Sonde t-on la violence ? Est-ce qu’on peut appeler à des pronostics sur de tels sujets ?

Page 3 le dossier se poursuit et enfonce le clou au sujet de la prévisibilité du drame, les principales cibles sont cette fois ci politiques : « L’état d’urgence » tend à exiger des réactions du gouvernement, les lois anti hooligans existant jusqu’ici sont énumérées. On s’étonne de relever une certaine contradiction entre cet article de fond qui débute par « Un jour si ça continue il y aura un mort. C’est ce qu’on entend depuis des années… » et un petit texte sur la colonne de droite qui évoque une mort qu’avait déjà eu à déplorer le football Français lors d’un Lyon-Marseille…en 1984. Or l’ensemble du dossier tel qu’il est traité appuie sur le caractère nouveau de cette mort. Sur la même page, sont interrogées les dispositions de sécurité prises avant ce match et on effectue des projections sur l’aboutissement de l’enquête policière et les sanctions qui pourraient découler sur le sportif. Enfin, on trouve aussi une énumération des incidents survenus dans et autour des stades Européens depuis le début de la saison. La très large collecte de ses méfaits présentées par ordre chronologique constitue peut être la première erreur d’amalgame de L’Equipe, qui en mettant tout sur un pied d’égalité ne fait au final que banaliser son sujet initial. La page 4 se recentre sur le club Parisien et son histoire, interview de dirigeants historiques tel Michel Denisot, président de 1991 à 1998 ou celle de l’ancien « Mr sécurité » du club Jean-Pierre Larrue qui n’avait guère était soutenu dans sa lutte contre l’anti pouvoir représentés par les clubs de supporteurs. Ce dernier entretien constitue une charge contre la ligue Française de football et ne cache pas une certaine délectation malvenue de l’ancien responsable, victime de licenciement un an plus tôt. A nouveau, on retrouve une énumération d’épisodes néfastes par ordre chronologique mais ils concernent cette fois ci les seuls agissements au PSG depuis 1991.

Pour expliquer l’échec des dirigeants pour mettre de l’ordre dans leur club, on parle plus volontiers « d’impuissance » que « d’incompétence » et de ‘n’avoir pas pu » au lieu de « n’avoir pas voulu ». A ce titre les charges contre le milieu du foot sont beaucoup moins lourdes et franches que celles proférées à l’encontre des politiques. La page 5, en plus d’une interview de l’actuel président du club Parisien Alain Cayzac, contient un portrait peu flatteur de la tribune Boulogne que fréquentait le supporteur tué, « Le volcan Boulogne » dont le caractère haineux est mis en exergue par une large photographie mettant en avant un nombre importants de crânes rasés exécutant des gestes assimilables à des saluts nazis.

La page 6, dernière page consacré à cet événement, informe sur ce qu’il est advenu à l’entrainement le lendemain matin du match, c’est-à-dire des invectives très véhémentes du public venus assister à la séance, colère où se confondait les réclamations d’ordre strictement sportif et la proximité de la mort de Julien Quemener. Enfin, la situation de l’entraineur Guy Lacombe et ses doutes ont droit aussi à des échos. En tout bas de page il n’y a guère que dix lignes pour rappeler la proximité du match Nantes-Paris SG le lendemain.

En ce jour, L’Equipe s’est posé en procureur et a largement franchi les barrières du sport.

L’Equipe du dimanche 26 novembre 2006

Compte tenu de l’ampleur du drame, le quotidien se montre assez prévisible en titrant à nouveau sur les obstacles qui se dressent devant le PSG, au niveau sportif mais surtout extra sportif naturellement. « FACE A LEUR DESTIN » affirme le titre de la Une, illustrant celui-ci par des photographies des personnes à qui s’adresse ce message : Guy Lacombe, entraineur ; Alain Cayzac, président ; Pauleta, attaquant vedette et Landreau, le gardien star et aussi la recrue phare du club en cette saison 2006/2007. La colonne de cette première page porte aussi sur le climat autour du club Parisien (« Thiriez prône la fermeté », « Les mesures de Sarkozy », « Nantes sous tension ») à tel point qu’il faille attendre le dernier titre de cette colonne (« Sochaux s’installe en haut ») pour se souvenir que se jouer la veille une journée entière de championnat de France de ligue 1 et que ce Nantes-Paris SG n’est qu’un match décalé. Jusqu’à quel point cet événement qui avait déjà fortement empiété sur les présentations d’avant-match de la journée devait t-il prendre le dessus sur les résultats de la journée ? Quels sont donc les éléments nouveaux qu’à à faire valoir le journal ? Ils sont très peu nombreux en fait, hormis un nouveau récit de la nuit du drame issu des rapports de police, les articles sont dans la lignée de ceux de la veille, ils s’inscrivent dans des perspectives plus ou moins avérées. L’angle sportif de Nantes-Paris est quasiment annihilé par les nouvelles préoccupations sécuritaires que génère cette rencontre initialement non classée parmi les dangereuses de la saison. A ce sujet le quotidien n’est pas exempt d’un certain sensationnalisme et participe au climat de peur en préjugeant de la tension qui règne autour de l’organisation de Nantes-Paris SG. Le journal semble déjà se placer et miser sur de nouveaux incidents sur lesquels mieux rebondir le lendemain.

L’Equipe du lundi 27 novembre 2006

A nouveau le Paris SG est à la Une et s’il n’est à priori uniquement question de sport cette fois ci, au lendemain d’un résultat nul (1-1) à Nantes le choix des mots utilisés rappelle l’omniprésence du récent drame sur la conscience du club. « PARIS DANS LA DOULEUR » exprime le quotidien en y accolant l’image d’un Pauleta grimaçant et en bout de course. Un titre, qui rétrospectivement aurait tout à fait pu correspondre à la Une des deux jours précédents. Une impression de continuité va en effet se dégager des numéros de L’Equipe durant cette période et le lecteur se retrouve dans la position d’un témoin suivant une à une les péripéties d’un feuilleton incertain. Cette sensation ne va d’ailleurs jamais se démentir durant les jours qui suivront.

L’Equipe du mardi 28 novembre 2006

Le journal poursuit sa plongée dans l’affaire du supporteur tué porte de Saint-Cloud. Le sacre de Fabio Cannavaro comme ballon d’or Européen a beau faire la Une, le suivi se décline cette fois ci à travers la reprise des propositions du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, ayant pour vocation d’éradiquer la violence. Le titre sur le sujet apparait en manchette « Supporters : les mesures Sarkozy passées au crible ». Encore une fois, le journal sort largement de son champ habituel et se fait relai autant que critique de l’action du gouvernement. Il fait prévaloir à nouveau la forte implication qu’il veut investir dans l’information sur ces dangers et sur leurs résolutions.

L’Equipe du mercredi 29 novembre 2006

Les raisons de continuer sur la voie du feuilleton sécuritaire Parisien semblent intangibles. Ce jour là c’est la simple fermeture d’une partie de la tribune Boulogne qui se taille la Une. « PARIS FAIT LE MENAGE » titre avec emphase le quotidien. On perçoit une part de satisfaction devant cette initiative du club et de la justice, si on devait se poser un peu plus en œil critique on y verrait même un soupçon de triomphalisme. L’hypothèse se trouve d’ailleurs confirmé en pages intérieures où les journalistes du quotidien se félicitent de cette rapide réaction de l’encadrement Parisien. Cependant, de quoi s’agit t-il au juste ? D’interdire de stade les membres du groupe Boulogne qui sévissaient dans cette partie de tribune ? De procéder à des aménagements dans cette partie du stade afin de mieux la sécuriser ? Rien de tout cela en réalité mais la décision de fermer la partie basse de la tribune Boulogne (identifiée par les emplacements R1 et R2) jusqu’à nouvel ordre… rien n’empêchant les habituels occupants des « lieux » de se répartir dans d’autres tribunes du parc des princes. Une mesure finalement assez minimale en comparaison de ce qui est survenu. On peut se demander sérieusement si le journal n’a pas réagit ici davantage dans une position supportériste que dans celle d’un observateur éclairé. Rien ne permettait alors de mesurer les bienfaits de cette disposition, il en va de même de celle décidée conjointement d’avancer tous les matches du PSG à 15h. Rien ne permettait non plus de savoir combien de temps la mesure serait effective. On se montrera d’autant plus acerbe avec le quotidien sportif qu’on a su à postériori que cette mesure de sécurité n’excédera pas quelques matches et se voulait provisoire. L’Equipe a, comme vue précédemment, succombé à sa tendance aux conclusions hâtives.

L’Equipe du jeudi 30 novembre 2006

« SOUS HAUTES TENSIONS », telle est décrite l’ambiance qui pèse sur la rencontre entre le club Tchèque de Boleslav et le Paris SG qui aura lieu dans la soirée en coupe de l’UEFA. La Une est décomposée en quatre images qui forment un carré. La première (en haut à droite) montre un groupe de joueurs en survêtement d’entrainement qui sont tournés vers leur coach, l’identité de la pelouse sur laquelle ils se trouvent ne fait aucun doute puisqu’on distingue une grande banderole du Mlada Boleslav hissée en haut de la tribune qui fait face aux joueurs.    La deuxième photo (en haut à droite) donne un aperçu d’une tribune de presse, elle nous montre des personnes de dos qui sont affairés devant des écrans. La troisième (en bas à gauche) dévoile un cordon de CRS postés à l’extérieur d’un stade. La dernière (en bas à droite) pointe la tribune du parc des princes qui fait polémique, à avoir Boulogne, là aussi un écriteau géant ne laisse aucun doute sur ce dont il s’agit.

Quatre images comme quatre aspects d’une rencontre sportive, quatre visions recouvrant les enjeux en vigueur. Pourtant on ne peut parler de complémentarité entre ces divers facteurs. Les rapports entre ces quatre éléments sont aussi réels que divergents : les joueurs, sans doute les Parisiens, montrés dans la première image, souhaitant par-dessus tout se concentrer sur leurs performances et faire abstraction du poids médiatique et celui des éléments autour du match. Les journalistes ont tôt fait de localiser le danger du côté de la tribune Boulogne pour mieux se dédouaner, en contrepartie les supporteurs le leur rendent bien en témoignant à la moindre occasion des messages de mépris à l’encontre des médias. Enfin, les CRS, peu enclins à se répandre n’apprécient pas qu’on fasse d’eux un outil de mise en scène. Ce qui apparait comme infiniment contestable dans le parti pris du journal, c’est de présager encore une fois d’un danger imminent. Le match se déroulant en République Tchèque et non au parc des princes cette Une sème sciemment la confusion en donnant de la place au kop Boulogne.

L’Equipe du vendredi 1er décembre 2006

« NANCY SOUS LE CHOC » dévoile la Une de L’Equipe en ce lendemain de coupe UEFA. Nancy à la Une de L’Equipe ! Sur ce ton pourront s’offusquer ou simplement crier leur stupéfaction les lecteurs réguliers du journal. Ayant déjà fortement rebondi sur l’affaire du parc des princes depuis une semaine, l’Equipe trouve en ce jour une « heureuse » opportunité de poursuivre sur le thème de la dite montée du hooliganisme en Europe. En effet, lors de son match de coupe de l’UEFA contre Feyenoord, le club de Nancy a dû faire face à des assauts de supporters Néerlandais dans les tribunes. Ceux-ci, après avoir obtenus de rentrer dans l’enceinte sans possession de tickets, ont tentés de forcer une tribune du stade Marcel-Picot et se sont confrontés aux stadiers et aux CRS. Cette occurrence ainsi reprise au bond peut sembler malsaine à tout habitué de la presse sportive qui sait que l’Equipe n’aurait jamais titré sur Nancy, club peu vendeur, sans des événements aussi graves (mais par rétroaction à relativiser). Pourtant le club lorrain a de nouveau livré une belle prestation et s’est qualifié pour le tour suivant (3-0) mais cela est annihilé par les à côtés du match.

L’Equipe du samedi 2 décembre 2006

 

Suite à la décision préfectorale de report du match Paris SG-Toulouse pour des raisons de sécurité, le quotidien fait encore sa une autour du climat Parisien.

D’ailleurs, son titre « ON NE JOUE PLUS » fait plus référence à un message policier ou à l’évocation d’un fait divers qu’à une décision d’ordre sportif (un « PSG-TFC reporté ! » n’étant à priori pas assez vendeur). L’illustration est d’une nature particulière puisqu’il s’agit d’une photo prise le soir de Boleslav-Paris SG en coupe de l’UEFA, celle de joueurs Parisiens qui sont dos tournés au groupe de supporteurs qui avaient fait le déplacement. La légende explique qu’un dialogue entamé entre les deux parties a dû s’interrompre subitement devant les réactions hostiles des supporteurs et les joueurs ont donc rebroussé chemin. Le choix de cette image, qui ne fut pas diffusé dans le numéro de la veille, n’est pas exempt d’une certaine manipulation en concordance avec l’information qui vient de tomber. En somme, couplé avec le titre elle a pour sens de pointer les coupables de la situation, ceux à cause de qui « on ne joue plus » or difficile de dire si les personnes apparaissant sur la photo sont des supporteurs simplement passionnés ou si on peut les ranger dans la case des extrémistes. En page 2, l’édito se veut plus globalisant puisqu’il incrimine l’UEFA pour la vingtaine d’incidents de plus ou moins grande importance qui se sont déroulés en Europe depuis le début de saison. L’ensemble de la page se veut d’ailleurs très offensif envers « L’Europe et ses failles ». On effectue aussi un retour sur l’affaire Nancéienne de la veille, sous la forme de multiples questions sur les responsabilités et conséquences, type d’article classique qui avait déjà été décliné au surlendemain du drame aux portes du Parc des princes. La page 3, sinon d’évoquer les motivations qui ont abouties au report de la rencontre de ligue 1 PSG-Toulouse, récapitule les événements des dix derniers jours et révèle les nouvelles tensions entre joueurs et supporteurs. On donne aussi, fait exceptionnel, la parole au préfet de police de Paris.

Ce numéro sonne en quelque sorte la fin de la phase d’escalade qu’a connu cette affaire, en même temps que le report du match c’est le report à d’autres préoccupations plus immédiates qui caractérisera les numéros de L’Equipe lors de la semaine suivante, c’est la fin de cette spirale et la reprise d’un traitement plus classique. C’est pour ceci que notre analyse de ce thème s’interrompt ici concernant le journal quotidien.

France Football du mardi 28 novembre 2006

Ce numéro est la première occasion du journal bihebdomadaire de réagir à l’événement hors-terrain qui est survenu dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 novembre dernier. Mauvaise coïncidence si l’on ose dire, la mort du supporteur Parisien intervient dans une période phare pour le journal, celle du ballon d’or, trophée récompensant le meilleur joueur évoluant en Europe sur l’année écoulée. Dévoilé le lundi soir à la télévision, le lauréat fait traditionnellement la pleine Une du numéro du mardi. Pas de dérogation à la règle dans le cas présent puisque Cannavaro s’affiche effectivement avec le ballon d’or mais il a toutefois été ajouté un bandeau sous le logo du journal : « Paris SG, chronique d’une mort annoncée ». Fond blanc, écritures noires, cette irruption au sein de la Une reste très discrète. Un dossier de quatre pages est consacré à l’affaire, il se situe dans la partie ligue 1 du journal après la grande proportion réservée au ballon d’or, c’est-à-dire de la page 36 à la page 39. L’ordre des rubriques n’a pas été bouleversé par l’incident cependant il donne lieu à des procédés rares dans FF comme ce billet signé du directeur de la rédaction Gérard Ernault en début de dossier qui n’est rien d’autre qu’un éditorial supplémentaire puisque le premier était voué au ballon d’or. Un passage du discours est mis en exergue dans un encadré sur fond rouge « Mais, pas plus que les frontières de la France éternelle n’avaient arrêté le nuage atomique de Tchernobyl en 1986, le Parc des Princes n’a le pouvoir d’interrompre le bruit de la ville à sa porte ». Cette phrase qui dédouane le football intervient suite à une longue argumentation qui dans un premier temps paraissait assumer la responsabilité de ce sport. Mais au lieu de ça le rédacteur démontre dans une habile tirade que les attributions faites au football échappent à leur source. Une éloquence étalée en quatre points qu’on choisira de résumer ici par la sélection des propos les plus significatifs « Bien sûr le football est coupable(…) Il l’est même au moins quatre fois. 1) Il est coupable d’être un sport, dont la structure et la nature le destinent à produire un circuit interactif intense (…) que nul autre sport ne provoque ainsi. La violence du jeu ‘électrise’ la violence des supporters. (…) une étude relevant de la science physique. 2) Il est coupable – même de façon involontaire – de déclencher des phénomènes identitaires prononcés et intolérants bien au-delà de la fréquentation des stades. Nous sommes maintenant dans le domaine de la sociologie ou de l’ethnologie 3) Il est coupable de proposer l’indécent spectacle d’une activité envahie par le fric et l’affairisme, et d’une chasse à l’arbitre (…) Nous sommes désormais sur le terrain de la morale. 4) Il est coupable, enfin d’avoir (…) refuser de regarder en face le problème du kop de Boulogne. Nous voilà pour finir, au royaume de la bêtise (…) »

L’approche globale consiste à blâmer l’homme d’être homme, les acteurs plutôt que le jeu, approche très idéaliste qui ne se dément pas dans la suite du billet « Le football importe une violence que, livré à lui-même et malgré les meilleures intentions du monde, il n’est pas en mesure de contrôler ou d’éradiquer seul. » Nous sommes tout à fait dans la conception du football comme reflet de la société, on parle d’une mort « annoncée » mais pas pour autant évitable. En fin de texte Gérard Ernault énonce les solutions les plus extrêmes pour tenter de résoudre la situation avant de les balayer pour s’en prendre à nouveau à la société. « Dissoudre les clubs de supporters (…) Vider les tribunes (…) Dissoudre le Paris SG, voire dissoudre le football, pourquoi pas s’il le faut demain ? Mais, si l’on pouvait dissoudre quelque chose (…) ce serait une société empestant depuis vingt-cinq ans la démagogie à plein nez pour enfin la relever à force de lucidité et de courage.» Le discours se voudra politique jusqu’à la fin puisqu’il ose même la métaphore « d’un pays appelé à prendre une balle perdue » après avoir évoqué les problèmes de l’instruction et de l’éducation. Il conclut sur le même ton « Ce mort (…) le football l’a sur les bras comme la société Française sur la conscience ». Suite à cet avant-propos, le dossier est constitué d’un récit détaillé sur prés de deux pages des événements survenus du jeudi au dimanche soir précédents. Il est titré « Paris dépassé par la haine » et poursuit dans l’idée d’un football victime de son propre succès, la photo du kop Parisien présent à Nantes pour le match de ligue 1 qui a suivi le drame, témoigne du recueillement qu’ont observés les supporters. A ce sujet la légende se veut explicite « A Nantes, les supporters Parisiens ont été particulièrement calmes… ».

Une courte interview du président de la ligue Frédéric Thiriez s’immisce au milieu du déroulement des faits, il est le seul protagoniste auquel ce dossier donne la parole. En fil conducteur s’étend sur la partie basse des trois pages des photos remontant le déroulement des derniers jours. Elles sont encerclées de bandes noires et sont d’un relatif petit format ce qui n’est pas sans rappeler dans la forme des négatifs d’un polaroïd. Au total, on trouve six photos sous cette forme dont quatre où figure des groupes de supporters. Deux notamment illustrent la marche silencieuse de ceux qui ont fait le déplacement à Nantes.

Parallèlement à l’article sur la chronologie des épisodes, un autre pose le problème des protagonistes et des facteurs derrière le drame. Plutôt que sous forme de questions projectives, la présentation choisie est le bilan : Paris SG ; Fédération et ligue ; Pouvoirs publics ; Parc des princes, Tous ont droit à des griefs et sont présentés comme facteurs d’explications de la dérive latente. En bas de la dernière page, un court paragraphe rappelle le précédent de 1984 où un supporter avait été tué par un lancer de fusée et quelques autres incidents sont évoqués sans souci d’exhaustivité.

France Football du vendredi 1er décembre 2006

Même schéma que le numéro du mardi précédent pour FF. La suite des événements concernant la situation tendue à Paris a droit à un dossier de quatre pages dans la section ligue 1 du journal. La Une va même jusqu’à se décliner de la même façon, un bandeau sur fond noir contenant écritures rouges et blanches : « Paris-SG : radioscopie d’une crise », thème où converge aussi bien les aspects sportifs qu’hors terrain. Non seulement le dossier n’a pas droit au cœur de la Une mais il est à nouveau relégué au nom du ballon d’or. La rédaction a choisi en effet de défendre « son » trophée et en l’occurrence de rebondir sur les polémiques déclenchées par la nomination de Fabio Cannavaro (« OU EST LE SCANDALE ? »).

FF tranche ainsi radicalement entre deux polémiques, pour le bihebdomadaire les suites de la remise du ballon d’or méritent plus d’exposition que celles du fait divers Parisien.

L’article leader utilise une formule récurrente dans le traitement de l’actualité, l’enchainement d’auto-questions faisant figure d’intertitres et donc délimitant les paragraphes. L’autre avantage est propre à la nature hybride de ce type d’articles, entre données bilan et projections sur l’avenir. L’essentiel porte sur les mesures prises par les instances, on informe en quoi elles consistent tout en évaluant leur pertinence. Le match Paris SG-Toulouse est brièvement évoqué comme devant se dérouler le week-end à venir, ce qui est logique puisque la décision de report n’interviendra que le vendredi même.

La photo illustrant cet article est celle de CRS à proximité du stade récemment incriminé.

Parallèlement on trouve un témoignage sur les deux tiers de la page de droite, il s’agit de celui d’un supporter se rangeant lui-même dans la mouvance extrême sans toutefois approuver les qualifications racistes. Le propos ne concerne pas directement le drame porte de Saint-Cloud il évoque les pratiques régulières de ces groupuscules comme les « retrouvailles » d’après match avec les kop de supporters adverses. La forme choisie n’est pas un témoignage intégral, il est entrecoupé de détails sur le physique et la vie professionnelle de l’individu, on est très proche d’un portrait. La narration demeure omniprésente puisque le journal établit des phases ascendantes dans les propos de cet homme présenté comme ordinaire. On procède à une véritable démystification de l’image du hooligan pur et dur quand on évoque ce commercial en « costard-cravate » dans la journée, devenant un autre homme en fréquentant les milieux ultras. Le ton ne se veut jamais accusateur, plutôt optimiste et emphatique avec l’intéressé qui dit « avoir déjà commencé à décrocher ». Les termes ne sont pas innocents, ils révèlent encore une fois que le journal condamne la spirale de violence causé indirectement par le football mais pas les individus qui succombent à leur aliénation (Phénomène bien expliqué par J.M BROHM et M. PERELMAN ; 2006). Les attaques envers ces groupes violents d’individus existent bel et bien mais jamais de manière frontale. Par exemple par la carte « géopolitique d’un stade » qui offre en bas de cette même page une visualisation du parc des princes et localise les groupes de supporters des deux tribunes « actives » : Boulogne et Auteuil. Sous ce plan, un petit commentaire accompagne chaque groupe ainsi les membres de la R2 de Boulogne sont stigmatisés « ultranationalistes et foncièrement racistes », le petit groupe Casual Firm est dit « extrêmement violent » mais le tout se veut informatif et relève du constat plus que de la prise de position.

Les deux pages qui suivent sont en grande partie occupées par une large interview de l’entraineur Parisien en place Guy Lacombe. Hormis la première question, elle porte entièrement sur l’aspect sportif et la volonté intacte du dirigeant quant à réussir à Paris. La moitié de la dernière page de ce dossier accorde une tribune à Daniel Hechter, président fondateur du PSG en 1973. Ses propos très virulents frappent par la corrélation qu’ils laissent entrevoir entre l’opinion du journal et le sien. En effet ils rappellent largement le billet de Gérard Ernault le mardi précédent, le ou les coupables de la situation restent les pouvoirs publics et en aucun cas le football et ses organismes. « Le drame s’étant déroulé à l’extérieur du Parc, l’Etat est le premier responsable. (…) La seule responsabilité du PSG est d’ordre moral. Et partielle. » Le propos se veut même acerbe envers une certaine attitude de cet Etat lâche et les exemples l’illustrant fleurissent « Longtemps considérés comme un coupe-gorge le soir, le métro de New York est redevenu fréquentable. Mais ce n’est pas aux clubs de faire le ménage : la sécurité est l’affaire des autorités de police et de justice, pour lesquelles il est plus facile d’arrêter des automobilistes roulant à 55 km/h. » L’argument un peu fallacieux de Daniel Hechter concernant la vitesse des automobilistes possède l’avantage de créer un rapprochement avec le lecteur, cette situation d’arrestation pour un délit mineur tout un chacun l’a vécu soit soi-même soit par le biais d’un proche. On peut retourner le reproche de facilité à son auteur, il est en effet plus aisé de faire peser les responsabilités sur des gendarmes anonymes que sur des dirigeants en place bien identifiables.

France Football du mardi 5 décembre 2006

En ce jour, le nouvel angle choisi pour évoquer les défis qui se dressent devant le PSG et le football Français dans son ensemble est un débat. Il s’étend sur les quatre pages de ce nouveau « dossier » situé dans la partie Ligue 1 du journal. Une petite surface laisse la place à deux micros-articles, l’un sur le report de PSG-Toulouse du week-end précédent, l’autre sur les assauts de Néerlandais lors du Nancy-Feyenoord en coupe UEFA. Quatre participants plus ou moins impliqués dans les aspects « extérieurs » du football ont été réunis pour ce débat exceptionnel : Vice-présidente de la LICRA, sociologue spécialiste du « supportérisme », adjoint aux sports à la mairie de Paris et enfin coordinateur national pour la sécurité dans le football. Découpé en trois grands points (les acteurs, les responsabilités, les solutions), ce débat finalement très  policé et sans réelle divergence de fond  entre les quatre participants tend souvent au consensus. La pensée dominante est que de bonnes actions ont été entreprises pour éradiquer la violence mais qu’elles devront être complétées ou renforcées. Malgré quelques reproches à l’encontre de la passivité complice de certains dirigeants Parisiens (non nommés), la cible essentielle reste l’Etat. Et le débat de se conclure par la vision idéaliste de l’adjoint au maire de Paris Pascal CHERKI « Si la France n’en est pas capable [venir à bout du problème de la violence], c’est à désespérer de ce pays. Ce qui serait dramatique, car le foot, c’est quand même le spectacle et le roman de notre société. Et vu la visibilité et l’importance du foot, cela devrait être une priorité de le régler. »

Au bas de la troisième page, le sujet concernant le report du match évoque surtout la manifestation hommage à Julien Quemener, le supporter tué, qui s’est tout de même déroulé pacifiquement autour du parc des princes indépendamment de la décision préfectorale.

L’autre sujet, intégré de manière complémentaire au dossier, traite des incidents survenus à Nancy le jeudi précédent. L’événement est jugé très grave et le contexte du match Nancy-Feyenoord est qualifié de « surréaliste ». Cependant ce micro-article se refuse de trop sortir du cadre sportif et se veut conciliant au vu du « traumatisme » subi par les Nancéens, il ne fait qu’énoncer les hypothèses d’erreurs commises par la sécurité du stade, ne blâmant pas par exemple le fait pourtant avéré que Nancy a laissé rentrer des spectateurs sans billet pour éviter des émeutes dans la ville, ici cela fait seulement figure d’accusation du club Néerlandais.

France Football du vendredi 8 décembre 2006

Dossier de trois pages concernant « Le Paris-SG face à ses défis capitaux ». La moitié de la surface sert à donner la parole à un joueur Parisien, Bonaventure KALOU qui est présenté comme le premier à « briser le silence ». En effet les joueurs Parisiens se sont montrés très discret dans les médias depuis deux semaines et surtout peu volubiles sur le drame du 23 novembre 2006. Cependant le scoop décroché par FF ne fait illusion que quelques lignes, si certes le joueur donne son sentiment quant à l’incident et aux mesures qui ont suivis, il est très vite question du match à venir en championnat contre Lyon et des présupposé problèmes relationnels existant au sein du club. Un article d’investigation débute en fin de deuxième page et occupe toute la troisième page, intitulé « Comment l’Angleterre a terrassé la bête ». Il consiste à décrypter la politique suivi par les Britanniques ayant permis de sécuriser les stades. L’Angleterre est en effet souvent citée en référence pour l’ambiance sereine qui règne dans ses tribunes, mais peu sont conscients de ce qu’il a fallu qu’elle mette en œuvre pour que le hooliganisme s’amoindrisse. Cet article n’hésite donc pas à revêtir clairement un côté didactique quant il déroule les lois votées et les méthodes d’infiltration de groupes hooligans par des policiers.  Ce n’est tout de même pas à l’énonciation de faits objectifs à laquelle procède FF, le point de vue du rédacteur accompagne sans cesse le récit. Comme lorsqu’il vante les rapports Anglais à la fin des années 1980 qui ont mis en évidence que le cadre était influent sur l’action des individus. Ainsi aujourd’hui l’ensemble des tribunes Anglaises sont pourvues de sièges, n’obligeant plus les spectateurs de la zone la moins chère du stade à s’asseoir à même le goudron. D’autre part la suppression des grillages fut un élément rassurant et non un facteur de danger. Selon le rédacteur le principe majeur qui a régi le changement est « si vous ne voulez pas que les supporters se comportent comme des animaux, ne les traitez pas comme tels. ». La démonstration est particulièrement édifiante et ponctuée d’un dernier paragraphe où des données chiffrées viennent corroborer les propos tenus. Ce dossier se clôt donc par un article où l’idéologie du journal est toujours latente : ce serait bien les pouvoirs publics qui pourraient régler la situation et il ne faut donc ni accuser le football ni condamner les supporters se laissant emporter par le climat ambiant.

Pour être tout à fait complet, notre travail de décryptage du traitement de cette affaire par les deux organes les plus populaires de la  presse sportive doit aussi prendre en compte le supplément de L’Equipe du samedi 27 janvier 2007 c’est-à-dire L’Equipe magazine qui remettait la lumière sur le drame du 23 novembre 2006. Ce numéro du supplément hebdomadaire au journal quotidien revêt un caractère tout à fait exceptionnel. Il constitue le recueil des dépositions des principaux protagonistes de cette soirée funeste : Le policier en premier lieu, les témoins dans un second temps et enfin celle du supporter gravement blessé. La restitution de ces déclarations judiciaires ne signifie pas pour autant l’absence de tout point de vue. Dés la Une le ton est donné « CE QUI S’EST VRAIMENT PASSE ». Après avoir délaissé un temps l’affaire pour que la justice remplisse sa mission, le journal estime qu’il a assez d’éléments en sa possession pour juger, et transmettre cette « vérité ». En guise d’introduction le postulat est posé « La lecture de ces témoignages tend à accréditer la version du policier – qui n’a d’ailleurs pas été mis en examen. » puis de préciser « L’enquête, toutefois, n’est pas terminée. » Pas moins de six pages sont ensuite utilisées pour retranscrire les témoignages. Les trois premières concernent spécifiquement les déclarations du policier Antoine Granomort faites dans le bureau du juge le samedi 25 novembre 2006. Il n’est pas précisé si le texte est amputé mais au vu de la longueur, des détails présentés et de l’absence de marque ostensible de coupe il semble bien qu’il s’agisse de la déposition intégrale, telle que présente dans le dossier judiciaire. L’objectivité quant à la publication de ce texte peut rapidement être désavouée par la mise en exergue de certains propos surlignés en jaune. On remarque aussi un bandeau noir sur la partie haute de ces premières pages, il est composé d’illustrations et de légendes allant dans le sens du témoignage du policier : un plan des alentours du stade avec un parcours fléché reprenant l’itinéraire suivi lors de la poursuite entre les deux parties (policier et personne poursuivie face à la horde de supporters) et un dessin représentant l’action du coup de feu. Ce dessin corrobore le récit du policier puisqu’il place les silhouettes des protagonistes dans un positionnement précis telle celle du policier, à terre, en appui sur une main. Pour rajouter à la précision, des pointillés sont présents pour symboliser le parcours de la balle, un autre tracé établit la distance entre le policier et les deux personnes touchées à un mètre et l’angle de tir à quarante degrés. Pour ce qui concerne les déclarations des témoins elles occupent les quatrième et cinquième pages du dossier plus un tiers de la dernière. Le procédé diverge de celui utilisé pour la déclaration du policier. En effet les déclarations ne se succèdent pas les unes aux autres mais elles sont confondues dans un récit sur lequel le rédacteur garde le fil conducteur. Ceci possède il est vrai l’avantage d’éviter les répétitions d’éléments identiques mais pourrait aussi bien tout au contraire servir à masquer d’éventuelles contradictions en donnant une impression de fluidité du récit. L’introduction de nouveaux témoins dans le récit se fait toujours par des connexions du type « Mehdi C. a donné un récit similaire » ou « Laurid            ana B., qui a assisté à toute la scène » incitant le lecteur à accorder de la crédibilité aux paroles qui suivront.

Isolé dans un encadré en fin de dernière page, le témoignage de Mounir Boujaer, le supporter qui a survécu à la balle reçue et qui apporte une version des faits totalement différente à celle développé par le dossier, fait figure de droit de réponse pour l’un des principaux protagonistes de l’affaire. Le témoignage ne sera pas là non plus littéral mais entrecoupé de cadrage journalistique et de discours indirect. On commence d’abord par rappeler que « le récit d’Antoine Granomort a été corroboré par la quasi-totalité des témoins interrogés par l’IGS ». Quand il parle de la présence de ce présumé agresseur porte de Saint-Cloud, le journaliste précise « qu’il y attendait un copain qui n’avait pas assisté au match car il était interdit de stade ». Ce détail dés le début du récit a pour effet de créer instantanément de la méfiance envers cette personne qui fréquente « des gens interdits de stade » et fait que l’on va lire la suite avec un œil critique bien plus acéré qu’à la lecture de la version du policier, le magazine n’avait d’ailleurs pas insisté sur les antécédents du représentant des forces de l’ordre (affaire d’escroquerie pour laquelle il fut mis en examen) qui aurait pu jeter un trouble. Par la suite les guillemets s’ouvrent et ce sont les mots du principal intéressé qui sont retranscris, si ce n’est les commentaires récurrents en début de paragraphe qui rappellent le caractère marginal de cette déposition : « Selon Mounir Boujaer », « Mounir Boujaer dit être alors parti (…) », « Au moment du tir, Mounir assure, en dépit des multiples témoignages (…) » La dernière des quatre colonnes donne la parole aux proches du jeune homme, c’est-à-dire son beau-père, sa mère, sa compagne et son avocat. On aurait pu imaginer que cet encadré qui s’est posé en contradiction avec le dossier d’ensemble aurait pu s’achever ainsi mais ce n’est pas le cas. Le dernier mot est donné à l’avocate du gardien de la paix qui contredit son confrère à propos des coups dont le policier n’aurait pas écopé et conclut que « la suite de l’enquête notamment l’expertise des vidéos amateurs, permettra de conforter la thèse de la légitime défense. » Il ne s’agit pas pour nous de s’interroger sur le fond de l’affaire mais de simplement mettre en évidence que L’Equipe a de son côté pris clairement le parti d’un certain récit de l’incident.

 

1.1.2 Récit d’une journée ordinaire de ligue 1

Pour établir une comparaison pertinente de la manière dont est mise en scène une journée de ligue 1 (avant-match, compte-rendu, après-match) il convient de choisir une journée type de ligue 1 c’est-à-dire une journée ordinaire. Qu’entend t-on par ordinaire ? Simplement un week-end de ligue 1 qui ne comporte pas de rencontres dites chocs que ce soit entre deux équipes du haut de tableau (match au sommet) ou entre deux clubs antagonistes et populaires (rivalité historique au-delà du classement). Pourquoi cela ? Pour éviter d’analyser une journée où un seul match aura occupé le devant de la scène médiatique, comme il est courant de le constater lors d’un OM-PSG par exemple, n’étant ainsi pas représentative des traitements habituels.

La 26e journée de cette saison qui s’est déroulé les 24 et 25 février 2007 a répondu à ces critères et peut donc servir de référence. Voici d’abord les rencontres qu’elle comportait et leurs horaires :

Samedi 24/02/2007 :

  • 17h Toulouse-Marseille (diffusée sur canal +)
  • 20h Lyon-Sochaux
  • 20h Rennes-Sedan
  • 20h Nice-Lille
  • 20h Le mans-Monaco
  • 20h Troyes-Lorient
  • 20h Nantes-Auxerre

Dimanche 25/02/2007 :

  • 18h Lens-Nancy
  • 19h Bordeaux-Valenciennes
  • 21h Paris SG-Saint-Etienne (diffusée sur canal +)

Voici à présent les numéros des journaux utilisés pour réaliser ce comparatif :

  • Pour L’Equipe les numéros du vendredi 23, samedi 24, dimanche 25 et lundi 26      février 2007.
  • Pour France Football les numéros du vendredi 23 et du mardi 27 février 2007.

La difficulté de ce principe réside dans l’apparente inégalité du procédé puisque L’Equipe semble avoir plus grande latitude pour traiter en détails des rencontres à venir et de celles s’étant déroulées mais il faut bien entreprendre que L’Equipe n’est souvent composé que d’une quinzaine de pages et que seul un tiers ou au plus la moitié est consacré au football.

Il faut aussi distinguer quelles sont les possibilités réelles pour le journal quotidien de s’épancher sur les rencontres de ligue 1, quels sont les jours « ouvrables » en quelque sorte, comment le planning des fédérations de football lui imposent de gérer les espaces consacrés à ce sport. Ainsi, hors week-ends le football se décline par les coupes nationales et par les coupes Européennes : la ligue des champions regroupant les meilleurs clubs Européens se déroule les mardis et mercredis et la coupe UEFA a lieu le jeudi. A partir de ce calendrier, les pages consacrées à l’évocation de ces événements réduiront les choix de la rédaction quant à d’éventuels mises en exergue des matches de ligue 1 à venir. C’est pour cela que les numéros sélectionnés sont ceux du week-end et ceux qui encadrent la journée à proprement parler c’est-à-dire le vendredi et le lundi. Quant à France Football le problème se pose différemment puisque son temps d’anticipation et de réaction est plus restreint, on prendra donc comme matière les deux numéros encadrant la journée (vendredi et mardi).

L’Equipe et France Football du vendredi 23 février 2007

En ce qui concerne les numéros du vendredi, on remarque une apparente similarité du thème mis en avant puisque dans les deux cas c’est le Paris SG qui fait la Une. Elles portent toutes deux sur l’apparent retour en forme du club de la capitale. Cependant on peut faire une distinction notable puisque là où L’Equipe fait surtout écho au résultat de la veille et titre « PARIS ENCHAINE» (succès en UEFA sur Athènes), FF justifie le titre donné « UN NOUVEL ELAN» par la série de victoires Parisiennes en ce mois de février et en particulier depuis l’arrivée d’un nouvel entraineur, Paul Leguen.

D’ailleurs FF a été bouclé dans la journée du jeudi, c’est-à-dire avant que le résultat du match en UEFA ne soit connu. En pages intérieures, il s’agit d’un dossier-bilan de six pages sur les premières semaines au PSG de Leguen, l’analyse est décomposé en quatre points, un seul concerne directement le jeu donc l’aspect purement sportif est assez négligé : il s’agit en effet, au-delà des résultats de raconter une histoire. La partie évoquant la journée de ligue 1 à venir est très peu fournie en réalité. Malgré de larges articles, il faut se reporter à la section « actualités ligue 1 » pour voir résumer en trois pages la présentation des matches de la journée à travers quelques brèves et un tableau synthèse des statistiques de chaque équipe. Sachant qu’il s’agit du premier numéro du vendredi depuis la nouvelle formule de FF, on doit noter la rupture qui s’est opéré. En effet, à défaut de rendre compte rapidement des résultats FF s’était fait spécialiste de la présentation détaillée de l’avant-match de la journée de ligue 1 du week-end, en privilégiant une rencontre en particulier qui était décortiquée à travers les enjeux, des interviews croisés de protagonistes et l’historique des résultats entre les deux. Cette nouvelle formule recentre l’analyse sur les tendances et les portraits d’acteurs du foot. Ainsi dans ce numéro, l’interview du défenseur Toulousain Dominique Arribagé qui s’étale sur deux pages n’évoque pas la saison en cours mais l’ensemble de sa carrière. En toile de fond il exprime sa vision sur l’évolution des mentalités dans le métier, étant un joueur très expérimenté, âgé de trente cinq ans, son interview a valeur de témoignage.

Du côté de L’Equipe de ce vendredi 23/02/2007 on ne retrouve aucun article allant dans le sens d’une perspective pour la journée à venir mais bien au contraire l’actualité est concentré sur les conséquences des résultats Européens des clubs Français dans les diverses coupes. Seul un petit article « hors-terrain » évoque la ligue 1, au travers des bons comptes des clubs de l’élite révélés par la LFP (Ligue de Football Professionnel) donc il s’agit là aussi de bilan.

 

L’Equipe du samedi 24 février 2007

Pour ce qui est du quotidien, c’est à compter de ce numéro qu’on entre de plein pied dans le traitement de cette 26e journée. D’entrée on obtient confirmation qu’aucun match n’écrase l’actualité lors de cette journée puisque la Une du quotidien porte sur le rugby, le match France vs Galles comptant pour le tournoi des six nations qui aura lieu l’après midi. Pour ce qui est du football, la première page n’y accorde qu’un bandeau titré « AUCUN REPIT POUR LYON ET LILLE », l’angle privilégié pour évoquer la journée reste donc celui des clubs Français engagés en C1 (Ligue des Champions) ayant joués dans la semaine et devant rejouer dés ce week-end. Ce choix de ne pas s’axer sur une des rencontres en particulier confirme l’aspect ordinaire de cette journée de ligue 1. L’ensemble de ce numéro porte clairement peu sur le football puisque même les petites « rubriques » habituelles le délaissent, L’édito choisit d’évoquer le cyclisme, ses éternels problèmes de dopage tandis que Le dessin, caricature de l’actualité qui apparait en haut de la page 2 est, en concordance avec l’esprit du jour, consacré au rugby. Le « petit » week-end football se ressent aussi à travers le nombre de pages qu’on lui consacre (six sur les vingt du jour) et l’emplacement même de ces pages c’est-à-dire au beau milieu du journal, page 8 à page 13 au lieu des pages d’ouverture dont il bénéficie le plus souvent. L’absence d’un match avancé le vendredi soir fournit une partie d’explications concernant le nombre de pages mais une autre est du ressort du choix éditorial. Sur un numéro de quatorze pages la veille, la moitié concernait le football, la proportion est ici nettement inférieur puisque sous les 30%. Pour distinguer les informations propres à la 26e journée de ligue 1, on doit d’ailleurs exclure la page 13 (foot étranger) et la page 12 pour partie (résultats de la ligue 2 la veille) donc au final seulement quatre pages et demi. Le procédé met en évidence le manque d’enjeux, en tout cas au sens médiatique du terme, de la journée à venir. La page 8 est le programme strict de la journée auquel s’adjoint pour chaque rencontre de brèves informations sur les joueurs indisponibles et/ou de retour de blessure. Comme de coutume tous les matches de la soirée possèdent leur périmètre (symbolisé par un terrain miniaturisé) où sont dévoilés les probables équipes qu’aligneront les clubs et les dernières statistiques. Une exception cependant, le match Lyon-Sochaux dont la fiche est dissocié des autres et se joint à l’article sur le club Lyonnais en page 9. Les pages suivantes font un topo plus précis sur les enjeux de chaque match de L1 par des biais divers : point sur la situation d’un club avant le match ; interview d’un acteur concerné, interrogations sur la tactique qui sera adoptée. La mise en scène de l’avant-match consiste souvent à évaluer les perspectives pour chaque équipe sur le modèle « en cas de victoire le club pourrait passer en x position et envisager telle ou telle fin de saison ». Ainsi d’un article à un autre, il ne parait pas y avoir de réelle personnalisation de la situation d’un club mais une énonciation de données très objectives et générales. Aucun des sept matches du jour n’est oublié malgré cet espace réduit.

L’Equipe du dimanche 25 février 2007

Le numéro du dimanche est dans la continuité de la veille avec une place réduite pour le football (à nouveau 6 pages sur les 20) et la mise en avant du rugby au lendemain de France vs Galles. Aucune colonne « spécial foot », pourtant utilisé couramment par L’Equipe ne vient accompagner la Une, le foot n’est présent en première page qu’à travers le bandeau supérieur du journal qui est décomposé en trois : football, natation, tennis. Le titre accolé à la première catégorie est « LYON SOUFFRE, MARSEILLE PLONGE », on entrevoit à travers ce titre seulement deux résultats parmi les sept matches joués la veille. Même les non-initiés peuvent comprendre grâce à cette entrée en matière que Lyon aura soit gagné péniblement soit fait un match nul et que Marseille aura perdu et en l’occurrence assez nettement au vu du choix du verbe « plonger ». Puisqu’il n’y avait pas de réel choc rassembleur la veille, le journal a fait le choix d’axer sa communication sur les deux clubs au plus fort impact : Lyon pour la première place au classement et le titre qui lui semble promis pour une sixième année consécutive et Marseille pour sa popularité nationale jamais démentie et cet aura qui continue de le porter malgré des résultats mitigés depuis une dizaine d’années. Le parti pris de ne pas mettre en avant les prestations de leurs adversaires est criant, le titre ne rend pas honneur à Sochaux pour sa grande prestation à Lyon où il a frôlé la victoire (3-3) ni à Toulouse pour sa nette domination de l’OM (3-0) qui lui a permis de s’emparer de la troisième place au classement. Evidemment, dans pareil cas ce n’est pas la petite équipe qui a été brillante c’est simplement la grande qui a joué en-dessous de son niveau. C’est en tout cas ce refrain particulièrement redondant mais paradoxalement efficace au plan médiatique que L’Equipe diffuse sans réserve ce jour là. Comme mentionné plus haut, le quota football est le même que la veille dans ce numéro ci, une autre similarité est marquante, elle se situe au niveau des articles traitant des matches qui retrouve la même structure que la veille, brièveté et compte-rendu formel. On s’étonnera que finalement il n’y ait guère plus de choses à dire du match après son déroulement qu’avant qu’il ait eu lieu.

Consécutivement à la veille et à priori à toutes les fois où il ne fait pas la Une, le football voit sa rubrique démarrer en milieu de journal, le descriptif de la journée de L1 s’étalant de la page 8 à la page 12 tandis que la page 13 est à nouveau voué aux résultats à l’étranger. Le mimétisme avec la structure de la veille est frappant : là où nous avions les fiches d’avant match avec les probables compositions d’équipes, nous retrouvons à présent les feuilles de matches réelles, classements et déclarations. Il y a aussi une anticipation sur les trois matches à venir selon le même modèle fréquent tel que décrit pour l’édition de la veille.

Si le titre en première page avait déjà bien aiguillé sur la vision du journal et la nécessaire inégalité de traitement entre des équipes dites majeures et d’autres vues comme petites, les articles portant sur les rencontres Lyon-Sochaux et Toulouse-Marseille enfoncent le clou. Lyon-Sochaux occupe les deux tiers de la page 9, l’analyse privilégie la contre-performance de l’OL, cette prédominance est réel pour toutes les sous-parties du compte-rendu : « LYON A EU TRES CHAUD » pour celle sur le résumé du match lui-même, « WILTORD SIGNE SON RETOUR » (attaquant Lyonnais) pour la notation des joueurs, enfin l’interview associé au match est celle de Kallström, autre joueur du club champion de France d’où au final une exposition très réduite pour le club Sochalien. Le bas de cette page échoit à la rencontre Troyes-Lorient, un match nettement négligé (négligeable ?) dont la notation des joueurs est beaucoup moins détaillée et individualisée que celle de l’autre match sur la page, en l’occurrence elle est ici simplement constituée d’un commentaire d’ensemble d’où quelques noms mis en gras ressortent mais sans qu’on leur attribue des notes. La page 10 couvre à elle seule quatre rencontres dites mineures et donc déclinées sous la même forme que Troyes-Lorient à l’exception de Nantes-Auxerre qui a droit à une notation détaillée. La page 11 reprend le procédé utilisé pour Lyon et l’applique à Marseille au sujet de sa défaite à Toulouse «L’OM PIQUE UNE CRISE » et idem dans le paragraphe de notation des joueurs « ZUBAR S’EST NOYE » c’est un défenseur Olympien qui illustre la tournure du match. Seul mise en exergue concernant Toulouse, elle se concentre sur la prestation de l’attaquant Elmander (deux buts et une passe décisive) à travers un focus de quelques lignes. La dernière parcelle de cette page concerne l’avant-match de Lens-Nancy dans un article à peine plus étoffé qu’une brève. La page 12 suit dans la même lignée avec la présentation des deux autres rencontres de la journée : Paris-Saint-Etienne et Bordeaux-Valenciennes de manière très réduite puisque les résultats des petites divisions tiennent sur la même page.

L’Equipe du lundi 26 février 2007

Après avoir cédé durant deux jours son leadership au rugby, le football revient en force dans ce numéro. Tout d’abord de la manière la plus visible et formelle qui soit c’est-à-dire en faisant la Une « PARIS, LA DOUCHE FROIDE » titre le quotidien après une défaite à domicile du club Parisien devant l’AS Saint-Etienne (0-2). D’ailleurs cela aurait difficilement pu ne pas faire la Une au vu de ce cuisant échec du PSG, club dit souvent le plus détesté de France mais aussi assurément l’un des plus suivis. La photo qui illustre la nouvelle est très chargé symboliquement : l’attaquant Parisien Pauleta à terre tandis que derrière lui on perçoit deux joueurs Stéphanois bien debout sur leurs jambes.

Une colonne « spécial foot » est cette fois ci décliné à la droite de la photo, sur les trois informations évoqués dans celle-ci une seule concerne directement un résultat de ligue 1 de la veille « Lens traine en route» pour le match nul du club nordiste contre Nancy qui met en danger sa deuxième place au classement. Les autres évoquent la coupe de la ligue Anglaise et le possible rachat de l’OM par un nouvel actionnaire « L’OM attend le rachat » qui fait figure de double sens suite à la défaite du week-end contre Toulouse. Quant au match pourtant joué la veille entre Bordeaux et Valenciennes il ne sera évoqué qu’en pages intérieures car son résultat n’a pas eu de grande incidence. En apparence le match de Paris et celui de Lens sont traités équitablement puisqu’une page est réservée à chacun (pages 2-3). Le processus est toujours le même : un article qu’on pourrait dire « de fond », la feuille de match, la notation et commentaires sur chaque joueur, les déclarations à chaud des protagonistes, la mini interview d’un des deux entraineurs. Cependant la défaite de Paris est plus accentuée, on ne se contente pas d’un compte-rendu classique, on cherche déjà des explications. D’ailleurs la traditionnelle question du jour destinée aux internautes porte sur l’absence du meneur de jeu Argentin recruté par le PSG en janvier « l’absence de Gallardo a-t-elle été préjudiciable au club Parisien ? ». La page 4 n’accorde qu’une moitié au compte-rendu de Bordeaux-Valenciennes, un article revient sur la contre-performance de Lyon du samedi précédent tandis qu’en bas de page est publié exceptionnellement un commentaire sur un match de série A Italienne, la raison est qu’il concerne l’AS Roma, adversaire de ces mêmes Lyonnais la semaine suivante en Ligue des champions. En page 5 c’est la polémique qui est privilégié avec un retour sur les causes de la faillite collective de l’OM le samedi précédent à Toulouse donc il n’est pas directement question ici du repreneur comme le titre pouvait le laisser penser. Dans cette même page une interview de l’entraineur du club de Nice se veut tout aussi polémique sur la situation du foot Français. Dans cette page apparaissent aussi en vrac les résultats des divisions inférieures tandis que la page 6 regroupe ceux des grands championnats Européens. Une minuscule partie Volley-ball vient interférer sur cette page, donnant l’impression qu’il y avait une nécessité de devoir la caser quelque part. Contrairement à ce que ça pourrait laisser penser, la partie football de ce numéro est importante car le nombre de pages demeure le même que celui des jours précédents tandis que la pagination du journal a diminué de 20 à 18 pages. D’ailleurs si on considère que trois autres pages comportent des publicités dans toute leur grandeur et que le rugby est le seul autre sport à détenir plus d’une page on comprend mieux la forte proportion de football dans ce numéro du lundi.

France Football du mardi 27 février 2007

La Une met en avant l’attaquant Barcelonais Eto’o « LES SECRETS DE MON JEU ». Il n’est pas particulièrement au cœur de l’actualité puisqu’il entame à peine son retour après une blessure de plus de quatre mois. Deux titres ayant trait à la ligue 1 apparaissent en Une dans des sortes de bulles, n’étant pas sans rappeler des fenêtres sur un ordinateur :« Nantes, où est passé ta jeunesse ?» et « Marseille, La remise en cause ». Seul ce dernier sera traité dans la partie « actualité », les autres se situant dans le pôle « magazine ». L’édito place l’emphase sur la situation inquiétante du club Nantais « PRISONS DE NANTES » et en profite pour nous en résumer son histoire en ligue 1, ce maintien continue dans l’élite depuis 1963. FF perpétue par là sa tradition d’autoproclamé « bible du football » puisque s’appuyant sur le passé pour donner un caractère légendaire à tel club, tel joueur, tel stade,…

Contrairement au faible quota observé concernant les pages évoquant directement la journée de ligue 1 le vendredi précédent, on trouve ici sept pages rendant compte des résultats et retombées des rencontres jouées durant le week-end. L’ensemble reste très synthétique. Parmi ce qui est mis en avant : l’OM pour sa série de mauvais résultats, le Toulousain Elmander pour son grand match, Le troyen Danic auteur d’un deux buts lui aussi, le Lyonnais Baros dans une mini-interview et Saint-Etienne pour l’aspect historique que revêt sa victoire au parc des princes devant le Paris SG, il s’agit de la première depuis 1972. Pour le reste, pas de vrais articles mais des données mises en évidence sur les joueurs en vue du week-end. Quant au descriptif des temps forts des rencontres, il ne relate que les buts. Comme dans L’Equipe, une mini-pelouse symbolise les positions des joueurs, qui sont tous notés (de 0 à 6) mais sans commentaire additionnel. D’autres données très précises sur la rencontre sont présentes sur cette feuille de match miniature : tirs, corners, possession de balle, hors-jeux, fautes. Un souci d’être complet qui s’adresse particulièrement au lecteur chevronné.

1.2  Les constatations que l’on peut tirer

 

1.2.1    Mort d’un supporter Parisien et hooliganisme

Sur ce thème, les différences de traitement sont très importantes entre les deux médias. Nous pouvons les classer en trois points principaux.

Premièrement, le degré d’importance accordé dans l’agenda médiatique aux événements propres au drame porte de Saint-Cloud et à ceux qui en ont découlés est nettement inégal. Nous en faisons l’estimation en vertu de la surface qui y a été consacré et surtout en fonction de l’ordre dans lequel les informations ont étés hiérarchisées par les deux journaux. Cela révèle, au-delà du constat évident que France Football n’a jamais réalisé sa Une sur ce thème, que le bihebdomadaire n’a jamais accordé plus de quatre pages au sujet tout en l’affublant dans chacun des quatre numéros décortiqués de l’appellation « dossier ». Or à cette période le dossier « moyen » de FF est le plus souvent crédité de six pages. On ajoutera que le positionnement des articles dans la section ‘ligue 1’, c’est-à-dire au milieu des informations générales sur les clubs contribue à en faire un sujet « normal ». En revanche L’Equipe a traité l’ensemble des rebondissements de l’affaire comme du ressort de l’événementiel, il lui a accordé la première place et donc les premières pages de numéro en numéro pendant une semaine, a relégué les sujets purement sportifs au second plan comme la journée de championnat du dernier week-end de novembre.

Conscient que l’espace potentiel de réaction de FF est par essence inférieur, nous avons considérés dans notre analyse des articles allant jusqu’à deux semaines après les faits (numéros du 5 et du 8 décembre inclus) tandis que nous nous sommes arrêtés à la semaine suivante pour L’Equipe. Cela ne contredit pas la mise en évidence des choix rédactionnels puisque si l’un avait une plus grande latitude pour décider de faire du thème le sujet majeur de ses numéros l’autre avait à l’esprit que son temps pour mettre le sujet en avant était compté. Or, presque paradoxalement c’est L’Equipe qui des deux s’est précipité pour enchainer les Unes sur le thème au moindre nouveau élément tandis que FF, avec plus de matière à traiter au vu de l’espacement de sa publication et de sa spécialisation dans le sport auquel est relié le sujet n’a pas jugé la situation opportune et événementielle.

Le deuxième trait marquant de cette comparaison concerne la nature des informations publiées, L’Equipe publie des données judiciaires et rend compte du suivi de l’enquête tandis que France Football s’écarte rapidement du fait divers lui-même pour le placer dans le cadre global du hooliganisme autour des stades.

Conséquence directe de ce deuxième point, le journal quotidien finit par prendre fait et cause pour une certaine version du déroulement de la nuit du drame tandis que FF conserve une neutralité de façade. Parmi ces deux comportements, il n’y en a pas un qui soit bon et l’autre mauvais mais seulement deux engagements différents dans la façon de rendre compte.

Troisième aspect sur lequel les deux organes divergent assez nettement : la désignation des responsables de la gangrène qui pollue le football. A ce sujet, France Football est plutôt compatissant avec les dirigeants de clubs voir avec les groupes de supporters et pointe sans relâche les insuffisances des pouvoirs publics. Si de la même manière L’Equipe utilise les représentants de l’Etat comme cible principale il montre moins d’empathie à l’endroit des gérants de clubs et des supporters. La représentation de ces derniers est particulièrement parlante puisque le journal quotidien a publié nombre de photos montrant ceux-ci dans des postures violentes et les désigne volontiers comme le danger premier. De son côté FF a eu davantage recours à des illustrations reflétant des comportements pacifiques comme celles utilisées suite aux manifestations en hommage à Julien Quemener, les commentaires insistaient d’ailleurs sur ce sain retour au calme malgré le contexte tendu.

Dernier élément et sans doute le plus important, le quotidien sportif n’est pas exempt d’un certain sensationnalisme durant la huitaine de jours où il met plein feu sur l’événement. En tout cas, le contraste avec la sobriété de FF sur ce thème est manifeste. Que ce soit par les titres utilisés (« Quand le football tue », « Paris fait le ménage », « On ne joue plus ») ou par l’utilisation de loupes grossissantes sur certains incidents (Les hooligans à Nancy), L’Equipe a donné une dimension sans commune mesure à des faits qui dans un autre cadre spatio-temporel auraient simplement été objets de brèves (un match reporté, une intervention de CRS dans une tribune en représailles à une attaque qui n’a fait aucun blessé) ou au mieux d’encarts. Est-ce qu’on se trouve dans le cas de figure où l’un en a trop fait et l’autre pas assez ? Il est bien sûr trop tôt pour répondre à ce type de questions mais nous verrons que chacun n’a fait que suivre la logique qui le caractérise depuis des années.

1.2.2    Récit d’une journée ordinaire de ligue 1

Malgré certains systématismes retrouvés dans les deux journaux, il y a une profonde différence dans l’approche d’une journée de championnat de France de ligue 1.

Première grande distinction : L’Equipe réalise des comptes-rendus détaillés de chaque rencontre de ligue 1 quand France Football choisit de n’en mettre en évidence que certaines et encore sans en retranscrire une vue d’ensemble. Ainsi les actions décrites dans le bihebdomadaire sont seulement celles ayant aboutis à des buts. De même les notes aux joueurs qu’attribue le quotidien s’accompagnent de commentaires et constituent une part importante de l’article tandis que FF les décline seulement sur la feuille de match et ne ressort qu’un joueur par rencontre. En revanche, pour ce qui concerne les données chiffrées FF se veut plus complet et accepte volontiers de rentrer dans le registre technique propre à ce sport, d’étaler toutes les informations arithmétiques pouvant être facteur d’explications sur l’issue du match.

Deuxième tendance : L’Equipe titre sur un résultat en lui-même, il réagit directement selon les dernières performances des clubs en lice, FF veut au contraire se démarquer des résultats bruts et place les bonnes ou mauvaises prestations d’une équipe dans un contexte global.      FF réagit aussi beaucoup à « la logique des séries », c’est-à-dire qu’un sujet s’interrogeant sur la méforme d’un club sera l’aboutissement d’une réflexion étalée dans le temps, seul plusieurs défaites consécutives le justifieront. Le cas le plus frappant comme évoqué plus haut est celui de la série de bonnes performances de Paris depuis l’arrivée de leur nouvel entraineur Paul Le Guen, FF a attendu plus d’un mois avant de dresser le bilan des aspects positifs qu’il avait discerné (numéro du 23/02/2007).

Troisième différence notable : La façon d’aborder les matches à venir n’est pas la même, L’Equipe réalise des petits articles très concrets qui présente les enjeux de manière simple et reste très centré sur le match en lui-même. France Football, et ce encore plus depuis sa nouvelle formule (entamée dans cette période de février 2007) ne cherche pas à coller à l’enjeu mais à faire ressortir quelques acteurs qui auront su se mettre en vue depuis le début de la saison, c’est ce procédé que l’on retrouve dans le portrait de Steve Savidan, attaquant de Valenciennes (numéro du vendredi 23/02/2007) et dans une moindre mesure à travers l’entretien de Dominique Arribagé, défenseur Toulousain. Dans les deux cas on n’hésite pas à accorder deux pages à l’évocation d’un seul joueur.

Quatrième aspect divergent : Il découle presque directement du troisième, il s’agit des constantes références à l’histoire opéré par FF quand L’Equipe est concentré sur le présent. Le dossier « Nantes, où est passé ta jeunesse ? » du mardi 27/02/2007 est emblématique de FF, l’angle consiste à placer la culture historique d’un club au cœur de la partie magazine pour mettre en place une passerelle avec son présent et donner des pistes sur ce qui faisait sa réussite et pourquoi le modèle ne s’est pas perpétuait. Une petite leçon d’histoire en somme et un éclairage sur le fonctionnement d’un club en interne.

Dernière différence : Elle est là aussi la conséquence logique du démarquage que veut opérer France Football avec l’actualité du match, le bihebdomadaire n’utilise plus de colonnes contenant une sélection des réactions « à chaud » des protagonistes (le plus souvent les entraineurs) et se contente de rares et courtes interviews. De son côté le journal quotidien accorde encore une grande place à ces déclarations, regroupées dans un encadré.

Les convergences : sur un plan strictement technique, les feuilles de matches de ligue 1 sont établies selon des formes très proches, un mini rectangle vert symbolise la pelouse et les noms des joueurs sont disposés dessus. Sur le fond, on constate que globalement l’emphase est mise sur les mêmes résultats, en l’occurrence les rencontres Toulouse-Marseille et Paris SG-Saint-Etienne sont celles ayant générés le plus de papiers. Intéressant à ce sujet de pointer qu’elles ont étés les deux choisies par le groupe canal + pour être retransmises sur la chaine premium donc celles les plus susceptibles d’avoir été vu par le grand public. Le média télévisuel peut être allié comme adversaire pour la presse écrite, il en sera question en troisième partie. Toujours sur ces deux matches, on relèvera que l’axe choisi par les deux journaux a été de parler surtout des défaites des clubs Marseillais et Parisiens et non des victoires de leurs adversaires.

 

 

 

PARTIE II : LES CAUSES DE LA NECESSAIRE DISTINCTION
2.1 Influence de la périodicité : immédiateté contre agenda

2.1.1 Le flux continu de l’information

La première cause de la différence de traitement entre un quotidien et un bihebdomadaire peut paraitre de prime abord couler de source : leur temps de réaction est inégal donc l’un axera sa communication sur les résultats de la veille et l’autre s’orientera vers une analyse globale. Mais dans les faits cela ne se manifeste pas aussi catégoriquement. Il s’agit de savoir comment les rédactions vont gérer leurs contraintes et tenter de les transformer en ressources. A certain titre la position d’un quotidien est bien plus complexe que celle de publications à fréquence plus espacée. En effet le public est très exigeant et ne comprendrait pas que le journal ne donne pas le récit circonstancié d’un événement étant survenu dans les dernières heures, alors que souvent un recul est nécessaire sur la situation. Donc le quotidien prend bien plus de risques, celui de commettre des erreurs et dans le cas où il ne se prononcerait pas assez vite sur un sujet il prendrait un autre risque, celui de l’insatisfaction des attentes. Concernant la mort du supporter Parisien Julien Quemener, nous avons d’ailleurs pu mesurer l’incompréhension de deux partisans du PSG qui se déclaraient consternés par le traitement fait par L’Equipe dans les deux premiers jours suivant le drame, pour eux le quotidien a manqué lorsqu’il n’a pas fait sa Une du lendemain (vendredi 24 novembre 2006) sur le sujet, considéré alors nous le rappelons comme une simple rixe d’après-match. Or les deux supporters interrogés avaient eux-mêmes eu l’information par des sources personnelles la nuit même donc ils n’admettaient pas ce décalage, d’autant que ce numéro stigmatisait la piètre performance sportive du club de la capitale, ce qui parait rétrospectivement dérisoire. Cet exemple est caractéristique de la vision « extérieure » du public n’ayant pas à l’esprit l’agitation dans laquelle opère une équipe de rédaction et les délais de bouclage auxquels elle est soumise. D’où une conclusion hâtive à la manipulation médiatique alors que le quotidien se retrouvait simplement dépassé par un événement survenu tard dans la soirée.

Alors le travail d’un hebdomadaire serait-il de profiter des plâtres essuyés par les quotidiens et de distiller la vision mieux évaluée d’un problème ? En réalité l’hebdomadaire ne peut se permettre de surfer sur la même vague que le quotidien quand bien même il se montrerait plus précis et complet. Il doit avoir une marque de distinction propre. A travers les époques cet aspect spécifique de l’hebdomadaire s’est manifesté sous des formes diverses. Ainsi dans les années 1930, au sein d’une presse sportive qui, comme l’ensemble des médias, était constitué majoritairement de texte. La présence massive d’illustrations de qualité suffisait à faire la différence « Comme Miroir-sprint, le Miroir des sports appartient à une époque où un hebdomadaire illustré complétait utilement et agréablement les autres moyens d’information. » (Seidler ; 1964). Les critères de réussite avaient considérablement étaient mis à mal durant les trois décennies suivantes « Aujourd’hui, les deux hebdomadaires sont devancés non seulement par la presse quotidienne – mieux et plus rapidement informée, mieux et plus abondamment illustrée que par le passé – mais encore par la radio et la télévision. (…) Paraissant le lundi après-midi à Paris, vendus le mardi matin en province, les deux ‘Miroirs’ sont trop souvent le reflet d’une actualité déjà dépassée. » (Idem)

Les méthodes de travail et les intérêts poursuivis par les deux organes de presse sélectionnés, si ils ne sont pas en contradiction n’empruntent pas moins des chemins différents.

2.1.2 Le degré de prévisibilité ou la pré-information

Les impératifs de réactivité de L’Equipe amène à des processus d’anticipation sur l’événement, d’évaluation des différents scénarios possibles et du traitement qui en découlera. En effet malgré la « glorieuse incertitude du sport » l’expérience cumulée des journalistes leur a appris à utiliser des schémas narratifs préconstruits et une structuration immuable dans le compte-rendu. Ainsi la rédaction étudie tous les cas de figures et avant que l’événement ait eu lieu elle aura déjà une idée très précise sur la façon dont elle titrera le lendemain et sur quels types d’articles seront nécessaires. Il faut donc juger à priori de la pertinence de mettre en avant tel ou tel résultat et de l’impact qu’il produira sur le public. Le calendrier sportif consistant pour le journaliste à une succession de marronniers il pourra s’appuyer sur cet éternel recommencement pour établir son analyse. Une rencontre de football possède un degré d’impact préalable mais prendra de l’ampleur selon son résultat. Lorsque le 1er mars 2007, au lendemain de quarts de finale de coupe de France, L’Equipe titre en Une « UN MONTCEAU DE BONHEUR » il le fait en vertu d’une tradition, celle de la passion du public pour les épopées des petits clubs, celle de la « magie de la coupe de France ». Ce club de CFA (quatrième échelon du football Français) qui vient d’éliminer Lens, équipe de l’élite, s’inscrit parfaitement dans la continuité de l’histoire de cette compétition. A contrario une victoire du club favori ne constituerait qu’un épisode négligeable et n’aurait sans doute pas eu les honneurs de la Une. Construire ses effets sur des surprises « souhaitées» est un procédé courant, celles-ci étant finalement « prévisibles ». Bien que chaque année il se trouve un petit club pour réaliser un parcours honorable en coupe de France la force du journaliste sera de le retranscrire comme un fait « exceptionnel ». La répétition dans le déroulement type d’un Tour de France est aussi très caractéristique, pour qui a suivi quelques années de suite les étapes il est facile d’évaluer avec un très faible taux d’incertitude quelles seront celles qui donneront lieu à des finish au sprint et celles qui favorisent les échappées solitaires. De même le pic de plusieurs jours des étapes de montagne est toujours le moment où les écarts se creusent. Le travail du journaliste consiste alors à remplacer un nom par un autre et rivaliser en adjectifs de plus en plus forts. Ce travail de pré-écriture rendu nécessaire par la contrainte existe à tous les niveaux, ainsi l’un des principaux organisateurs du Corsica Raid Aventure (succession d’épreuves de sports-nature sur plusieurs jours) nous déclarait en février 2006 que le compte-rendu de l’édition de l’année qui se déroulerait début juin « était quasiment déjà écrit ». Dans ce cas précis c’est en vertu d’une ancienneté de douze ans de cette compétition que son degré de prévisibilité est si élevé. Alors que penser de la prévisibilité du championnat de France depuis 1933 et d’un Tour de France plus que centenaire ?

La stratégie ne peut pas se décliner à l’infini et un journal quotidien doit aussi savoir moduler ses procédés, par exemple lors d’une période de grande domination d’une équipe ou d’un sportif dans leurs domaines respectifs il n’aura pas intérêt à trop s’extasier sous peine de manquer de superlatifs et de devenir redondant, sous peine aussi de donner l’impression au lecteur qu’on se moque de lui en « s’enflammant » abusivement sur des résultats très attendus. Ainsi depuis quelques saisons et particulièrement lors de cette saison 2006/2007 une victoire de l’Olympique Lyonnais en ligue 1 est simplement « normale » et n’entraine plus de commentaires enthousiastes. Figure emblématique de la radio Française, le journaliste et commentateur Eugène Saccomano, qui officie actuellement sur RTL explique couramment cette politique par une simple phrase « On parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure ». Inutile de chercher ailleurs l’impact médiatique énorme que génère encore les clubs de l’OM et du PSG malgré des résultats plus que mitigés depuis une dizaine d’années. La réflexion de l’animateur de l’émission On refait le match intègre un aspect fondamental : la nécessité de polémiquer sur le sport et au-delà de susciter des émotions. Si la Une de L’Equipe n’interpelle pas sa cible, ne provoque pas de sentiment particulier chez le lecteur c’est qu’elle est passé à côté du sujet. Le quotidien a d’ailleurs largement construit son identité sur la polémique ce que nous verrons par la suite.

2.1.3 L’information intrinsèquement éphémère

Même si on pourrait le croire à l’abri de tout du fait de sa position d’unique quotidien sportif Français, le journal L’Equipe se trouve soumis à son propre rythme et à celui de ses concurrents indirects les radios et télévisions. Lorsqu’il acquière une information assimilable à un scoop il doit la publier dans la précipitation quand bien même les faits dévoilés ne seraient pas vraiment à l’état d’avancement décrit. Un exemple très récent illustre cette obligation de parer au plus pressé. Le lundi 28 mai 2007, le quotidien annonce la signature de l’entraineur Alain Perrin à Lyon comme effective. En réalité les tractations entre les différentes parties avaient justement lieu ce jour là et c’est seulement le mercredi suivant que le contrat est signé. Le quotidien, pour ne pas rester dans l’ombre des autres médias ne peut se permettre la nuance de mise à la radio ou en télévision lorsqu’il s’agit de transferts, il doit donc jouer sur cette voie rétrécie entre l’anticipation et la désinformation. Ce qui est en jeu n’est ni plus ni moins que le  risque de perdre sa crédibilité à chaque instant, en effet l’écrit a l’inconvénient de figer à jamais des mots. Ce qui est écrit est sanctifié et revêt une grande portée mémorielle tandis qu’on aura plus facilement tendance à oublier des propos noyés parmi les flots de paroles qui inondent chaque jour l’audiovisuel. Aussi un exemple d’information fausse peut être relever durant les six mois sur lesquels s’est concentré notre travail lorsque le vendredi 15 décembre 2006 L’Equipe annonce « Blanc retrouvera Barthez » en référence à la présumée prise de fonctions sur le banc de touche de Nantes de l’ancien défenseur International Laurent Blanc. Cette nouvelle, motivée par la possibilité historique et l’impact que constituerait les retrouvailles entre les deux joueurs très amis de l’équipe de France est erronée puisque au final seul Fabien Barthez signera au Football Club de Nantes. Cette considération de supériorité de l’écrit sur l’audio se remarque dans tous les domaines, l’écriture comme légitimité pourrait-on dire, et elle est intégrée en premier lieu dans le jeu politique. Ainsi lors de la dernière campagne présidentielle les candidats y sont presque tous allés d’un livré censé contenir la quintessence de leur pensée, les meetings et passages médiatiques n’étant par leurs restrictions pas les endroits adéquats pour développer des idées.

Mais ce qui contraint le plus L’Equipe à prendre le risque de publier des conclusions hâtives et des informations biaisées est le profond ancrage temporel de ses articles. Hormis quelques papiers qu’on peut rattacher au domaine de l’analyse, l’essentiel du travail du quotidien se construit sur la base « vite écrit vite publié ». Ainsi un envoyé spécial sur une rencontre établit sa notation des joueurs sur le qui-vive, a déjà attribué ses notes et ses commentaires à la mi-temps et les modulera simplement en fonction de ce qu’il se passera par la suite. Cette force de l’immédiateté possède son versant qui est sa grande précarité. Autrement dit, plus on évoque une rencontre sur le mode du pur compte-rendu sportif plus la durée de vie potentiel du texte s’amenuise. D’ailleurs l’acheteur du quotidien lira le plus souvent l’ensemble du journal dans la journée, sachant que ses probabilités de revenir sur les articles négligés réduiront au fil des jours suivants. On pourrait résumer cette caractéristique en affirmant que l’information sous cette forme se périme très vite et n’existe donc que dans le temps de sa parution.

2.1.4 L’agenda ou l’information auto générée

France Football compose avec d’autres impératifs. Il doit numéro après numéro trouver le juste milieu entre des angles d’approche décalés, originaux et être à la fois suffisamment rassembleur pour intéresser le plus grand nombre. Or pour qui achète selon la Une FF peut parfois rebuter à première vue. Sur une saison entière, les clubs et joueurs mis en avant connaissent un roulement assez large. Même si cela semble être moins vrai avec la nouvelle formule en place depuis la fin février 2007, le procédé récurrent de FF consiste à consacrer un long dossier (de quatre à huit pages) à un club. S’il porte partiellement sur l’actualité du club, le dossier est surtout un travail de fond qui présente le climat général régnant dans le groupe à travers par exemple la description d’une séance d’entrainement. L’interview, parfois présente dans ce dossier, d’un des acteurs majeurs du club visité trahit d’ailleurs ce travail en amont puisque les questions posées n’évoquent pas les derniers résultats ou les prochains matches mais tendent à tirer un panorama général de la saison en cours. D’ailleurs le club mis en avant peut aussi bien, concours de circonstance défavorable, avoir perdu ses deux derniers matches, si il a été décidé au préalable le dossier ne sera pas remis en cause pour autant. Cela dit le journal ne cache pas cet aspect antidaté, il est courant qu’il mentionne en avant-propos que l’entretien s’est déroulé alors que telle ou telle rencontre n’avait pas encore eu lieu. Contrairement à ceux de L’Equipe, les articles hors partie ‘actualité/résultats’, constitués en plus du cas précédemment cité de portraits et d’interviews dites « à bâtons rompus » où un panel de lecteurs est invité à se joindre aux journalistes pour interroger une personnalité du football, peuvent être relus ultérieurement plus aisément car suffisamment généraux et intemporels. Même quand il réalise un article « à chaud » tel un compte-rendu de match il ne le fait jamais de manière formelle et s’appuie beaucoup sur les déclarations des acteurs ou sur l’histoire particulière de l’un des joueurs comme d’un match dans le match.

Comme nous l’avons vu en exemple avec le dossier sur ce qui apparaissait comme le renouveau du Paris SG (numéro du vendredi 23 février 2007) le choix d’accorder de l’espace à un thème est effectué en vertu d’une continuité de résultats et non d’un coup d’éclat. Malgré les avantages de prendre le parti de ce recul sur la situation, il reste à savoir mesurer le temps nécessaire à l’établissement d’un diagnostic. Or malgré le mieux constaté au Paris SG depuis un mois au moment de cet article, le mois suivant sera le plus mauvais de la saison pour le club prouvant que l’étiquette de sauveur avait été trop rapidement affublé au nouvel entraineur Paul Le Guen. Le temps de dresser le bilan n’était pas encore venu et même sa périodicité n’a pas sauvé FF de la tentation de tirer des conclusions.

Dans le récent entretien que nous avons eu avec Gérard Ernault, directeur de la rédaction de FF il nous précisait que le journal s’était fixé ses approches transversales et globalisantes pour mieux lutter contre les limites inhérentes à sa périodicité « Entre un match se déroulant le samedi soir et le mardi, jour de sortie du journal, il y aura déjà eu une dizaine de papiers qui auront étés écrits, les images de la rencontre auront étés diffusées, rediffusées voire remâchées d’une chaine à une autre donc on ne peut pas arriver le mardi et faire comme si tout ça n’avait pas été traité ». Faisant le lien avec les nouvelles technologies il conclut « Notre travail est plus dur aujourd’hui qu’il y a dix ans et beaucoup plus dur qu’il y a vingt ans ».

Le mérite de FF aura été tout au long de ces dernières années de ne pas se morfondre sur les contraintes de sa périodicité mais d’en faire une ressource. Puisqu’il n’était tactiquement pas intéressant de se borner à la publication de comptes-rendus exhaustifs sur les matches ayant eu lieu entre deux de ses numéros ni de coller systématiquement aux thèmes en vogue, le journal va toujours être là où on ne l’attend pas. Il reste bien sûr un bon relais de l’actualité foot et possède les tableaux de résultats les plus détaillés de la presse football mais impose lui-même « l’événement » qui occupera les premières pages, redouble d’exclusivités auto générées. Lors du premier week-end du mois de décembre 2001 et les jours qui suivent, la vitrine médiatique du football n’a d’yeux que pour le tirage au sort de la prochaine coupe du monde mais ce qui fait l’événement dans FF du mardi suivant est le retour de Luis Fernandez comme entraineur du Paris SG. L’évocation du tirage du mondial prend toute sa dimension plus loin mais arrive après toutes les rubriques habituelles dont l’ordre n’a pas été bouleversé. FF s’est singularisé aussi par des numéros spéciaux qui reviennent chaque année à la même période : spécial transferts, guide de début de saison et bilan de fin, spécial ballon d’or, spécial salaires, spécial Europe. Ce qui ne manque pas de surprendre c’est l’apparente aisance avec laquelle ces dates se sont imposées, à contre-courant de ce qui se fait ailleurs (Le spécial transferts en mars !). Dans le premier thème spécifique étudié, il est logique du point de vue du journal que le moment phare de l’année qu’est le ballon d’or fasse la Une et supplante les incidents survenus aux portes de Saint-Cloud.

Il arrive encore que France Football joue la carte de coller à une certaine actualité, cela se borne souvent au traitement de l’avant-match mais même là le procédé choisi est décalé. On devrait plutôt dire qu’il s’agit de faire mine de coller à l’actualité pour imposer un thème.  Quand trois jours après que le ballon d’or ait fait sa Une, FF justifie dans son édito du vendredi 1er décembre 2006 le fait de revenir sur le sujet en vertu du nombre important de mails reçus déplorant cette décision journalistique de remettre le plus grand trophée individuel du monde du football au défenseur Italien Cannavaro, il s’agit d’une astuce.

En effet tout laisse à penser que FF, travaillant beaucoup par observation de tendance, s’est douté de ces réactions anti-Cannavaro du public, la rédaction a eu le temps de jauger l’opinion publique durant le mois et demi  qui sépare la publication de la  liste des 50 nommés et la proclamation des résultats donc d’aiguiser ses arguments

Dans ce cas précis, la décision de privilégier tel axe en Une ne peut s’être prise seulement sous le prétexte des mails reçus. D’ailleurs, le directeur de la rédaction minimise l’impact et le nombre de ces mails dans l’édito, en les mettant en comparaison avec les lettres manuscrites reçues au sujet de ce même ballon d’or lors de la polémique Zidane/Figo en  2000. Ces dernières, massives, représentant un engagement plus profond du lecteur que des mots pianotés à la va-vite derrière un clavier et ne représentant aucun coût financier.

Si à la vue de ces divers procédés, on ne peut douter de l’influence de la périodicité sur la manière de concevoir le travail d’information et sur les méthodes utilisées pour rendre sa publication attractive, il demeure que d’autres facteurs sont à mettre en évidence. Il s’agit notamment de l’identité qui aura été insufflé au journal et le véritable label de qualité qu’il représentera au fil des années. Les rédacteurs se succédant devront être garants de la perpétuation de la ligne éditoriale qui a fait la marque de l’organe de presse.

 

2.2 Lignes éditoriales historiquement divergentes

2.2.1 Premier degré face à une certaine légèreté

En 2006 lorsque le cycliste Américain Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour de France se trouva dans la position de répondre à des accusations de dopage par des médias Américains qui relayaient des informations publiés dans L’Equipe il s’en tira par une affirmation qui fit jaser « Ce journal est un tabloïd ! ». Propos improvisé pour se départir d’un poids sur ses épaules ou délibérément étudié ? Si nous ne saurions approuver ce moyen d’échappatoire face à des éléments concordants le mettant en cause, le propos d’Armstrong traduit pourtant une pensée générale et une assimilation avec laquelle le quotidien a flirté au fil des années. Peut-on dénoncer un scandale sans avoir au fond de soi une attirance vers celui-ci ? Un journal sportif peut-il sortir de sa réserve pour fouler le terrain judiciaire ? La difficulté dans ce domaine pour la presse sportive est de trouver le juste milieu dans sa façon d’aborder les « affaires » : si elle ignore les à côtés et se focalise sur la part strictement sportive on l’accusera d’hypocrisie et de faire la politique de l’autruche ; si elle fait ses choux gras des scandales au détriment des performances du terrain on l’étiquettera comme sensationnaliste. Le football a été particulièrement touché par des histoires troubles et des drames au cours de son histoire, si on ne considère qu’au niveau de l’élite Française on en relève déjà beaucoup : double billetterie à Paris, caisse noire de Saint-Etienne, effondrement mortel d’une tribune à Bastia, affaire VA-OM, affaire des faux passeports en 2001,…liste non exhaustive.

Ce qui caractérise L’Equipe depuis l’entrée des médias dans l’ère moderne (fin années 1960- début années 1970) c’est son mélange d’engagement et de second degré dans sa façon de traiter l’actualité sportive. Cette aptitude est en tout point admirable lorsqu’il s’agit de réaliser des jeux de mots et de créer une certaine fraicheur en évoquant les dernières turpitudes de tel ou tel club. Elle devient en revanche plus problématique et pose un problème éthique lorsque le quotidien laisse transparaitre un fond de légèreté quand il évoque des morts : « ET CE FUT L’HORREUR ! » au lendemain de la catastrophe de Furiani, 17 morts (édition du mercredi 6 mai 1992) ou encore « LA MORT AU TOURNANT » au lendemain de la mort sur un circuit de formule 1 du pilote Ayrton Senna (édition du lundi 2 mai 1994). Est-ce une vue de l’esprit mal placé du public ou une provocation manifeste ? Toujours est-il que lorsqu’il se montre plus ouvertement dramatique ou lyrique dans ses intonations il doit répondre aux accusations précédemment mentionnées. Un gamin en larmes, accroché à une barrière surplombé par le gros titre « POURQUOI ? » voilà un autre type de Une qui fut privilégié dans les jours suivant la tribune effondrée de Furiani (édition du jeudi 7 mai 1992). La constatation lourde du mercredi avait laissé place au recul sur les responsabilités le jeudi. La nécessité d’informer vite à ne pas confondre avec la précipitation relève de la contrainte de périodicité mais dans ces autres cas il s’agit davantage d’un choix de mise en scène de l’actualité.

De prime abord, il semblerait plus logique que France Football adopte davantage cette posture de spectacularisation au vu de son défaut intrinsèque de ne pouvoir susciter de l’intérêt sur la seule actualité du moment.

Pourtant, en association avec le sérieux reconnu de la publication demeure l’image persistante de son austérité et de son côté lisse. A cela plusieurs raisons dont les circonstances de sa création ne sont pas exclues. FF est en effet sorti tout droit de l’autre France Football, qui était l’organe officiel de la fédération. Malgré son détachement rapide du poids de ce grand frère, il a longtemps conservé la légitimité d’être « la voix du football en France » donc à partir de là on aura plus de mal à lui pardonner des incursions dans un schéma plus léger. Lorsqu’il réalise en mars 2006 un suivi numéro après numéro de l’affaire des comptes de l’OM, le bihebdomadaire le fait à sa façon : une page par numéro ou exceptionnellement deux qui viennent s’immiscer entre les parties ‘ligue 1 ‘ et ‘ligue 2’ mais il ne fait aucune mise en avant du « feuilleton » dans ses Unes ou ses sommaires. Le football, un sujet sérieux pour les rédacteurs du journal, référence ultime des autres publications consacrés à ce sport qui ne manquent pas cependant d’épingler ce manque d’humour et de second degré tel le stigmatisait récemment Les Cahiers du Football au sujet de la nouvelle formule de FF.

Cette réticence à exploiter les événements extra-sportifs se couple avec une autre marque de fabrique, celle de se refuser à désigner des bouc-émissaires et de prendre des opinions trop offensives envers un sujet ou un homme, un particularisme qui le distingue non seulement de L’Equipe mais aussi de l’ensemble de la presse sportive. Lorsqu’il évoquera le recrutement raté d’un club FF choisira d’évoquer les choses sous la forme « X n’a pas répondu aux attentes, Y a été très décevant » et non d’enfoncer ces joueurs par des commentaires plus incisifs et engagés « X ne valait pas la somme investie, Y a démontré un niveau médiocre ».

2.2.2 Un cas concret : l’épisode Aimé Jacquet

Mais puisqu’il s’agit bien de parler de lignes éditoriales et de les comprendre en vertu de l’histoire le cas le plus emblématique de ces dernières années est l’affaire Jacquet. Aimé Jacquet, sélectionneur de l’équipe de France entre 1994 et 1998, a provoqué involontairement des profonds clivages dans la presse sportive. Une période charnière pour l’équipe nationale que l’homme reprend en mauvaise posture, au lendemain d’une qualification ratée pour la coupe du monde 1994 et va mener au succès final lors de la coupe du monde 1998. Plusieurs éléments firent que la pression médiatique sur ses épaules était encore supérieure à celle d’un sélectionneur au quotidien mais le principal était que ce mondial se déroulait en France. Relativement épargné par les médias lors de la période où il a dû rebâtir la sélection, le sélectionneur va être de plus en plus contesté après le championnat d’Europe des nations 1996 où la France s’incline en ½ finales. Les matchs de préparation pour la Coupe du Monde s’enchaînent et l’Équipe de France peine à offrir un visage séduisant. Adepte d’un schéma tactique très défensif (« frileux » selon ses détracteurs), n’arrivant pas à créer une véritable animation offensive, Jacquet agace et inquiète. La presse spécialisée et le quotidien L’Équipe en tête commencent à critiquer le sélectionneur national avec virulence. Jacquet se voit ainsi qualifié de «laborieux du ballon rond  », de « tue l’amour du rond central » ou de « tacticien frustré ». La montée de la fronde se veut plus oppressante lors du Tournoi de France organisé en juin 1997, qui mettait aux prises les bleus avec trois grandes nations de football, la France est celle qui pratique le jeu le moins abouti. Alors qu’elle parvient cependant à réaliser deux résultats nuls contre les deux finalistes de la précédente édition du mondial (Brésil et Italie) le quotidien titre d’un provocateur « ON EST PAS DERNIERS » au lendemain de ce challenge préparatoire (édition du jeudi 12 juin 1997) et précise sa pensée le lendemain en des termes moins ambigus « LE GRAND DOUTE » illustré par des photos d’un sélectionneur à la tête baissée et de joueurs semblant abattus.

La mise en doute va bientôt tourner à la mise en cause, véritable défiance sportive qui connait son point culminant en mai 1998 lorsque Jacquet bouleverse le processus habituel et livre une présélection de 28 joueurs convoqués pour le mondial au lieu des 22 joueurs attendus. Le quotidien ne manque pas de railler la méthode au lendemain de la liste d’un cinglant « ET ON JOUE A 13 ? » (Édition du mercredi 6 mai 1998). Dans ce numéro la limite à la non-personnification de l’attaque est largement franchie quand la rédaction insiste sur cette dérobade que constitue cette liste élargie « c’est le signe que Jacquet n’est pas l’homme de la situation mais juste un brave type qui émet des soupirs ». Le cadre sportif auquel la critique aurait pu/dû se restreindre a laissé place à des attaques personnelles envers cet homme issu d’un milieu paysan et supposément pas à la hauteur de l’enjeu qui se dresse devant lui.

Au soir de la victoire finale au mondial Jacquet fera abstraction de la liesse générale et lâchera son désormais célèbre « Je ne pardonnerai jamais » à des journalistes évoquant opportunément une situation d’union sacrée. Lorsque début janvier 2007, Aimé Jacquet quitte son dernier poste de responsabilité dans le football Français (Directeur technique National) il reçoit un vibrant hommage médiatique auquel L’Equipe participe activement.

Pourtant, la relation de cordialité entre les deux parties a été brisée, sur son blog Pascal Praud journaliste à TF1/LCI se remémore « Je me souviens du 13 juillet 1998, quelques minutes avant le journal de 20 heures que présentait PPDA en direct du Lido. Aimé Jacquet parlait : « ils m’ont pris pour un petit ajusteur…  Parce qu’ils maîtrisent la langue, ils se sont crus tout permis… Je ne leurs pardonnerais jamais. » Ils ? Pêle-mêle : les arrogants, les donneurs de leçon, les messieurs je sais tout, les sûrs d’eux mêmes, les vaniteux, les cuistres. « Ils m’auraient lynché si je n’avais pas réussi. Jamais je ne pardonnerais. » huit ans plus tard, Aimé Jacquet n’a  pas oublié. Une campagne de presse a précédé le mondial en France. La malhonnêteté ou l’ignorance ont guidé les plumes des éditorialistes. L’Equipe, particulièrement – pourquoi le nier ? –, n’a pas cru à la victoire finale. La cicatrice n’est pas refermée ».

Comme souvent dans pareil cas se sont succédé de maladroites tentatives de rachat, le directeur de la rédaction Jérôme Bureau s’affichant, dés le lendemain du triomphe Français au mondial, sur le plateau de LCI « On n’a pas compris qu’un groupe était en train de se constituer. » Il anticipe par avance des velléités à son encontre en ajoutant qu’il avait « pensé à démissionner, mais mon patron m’a dit : il n’en est pas question ».

Interrogé dans la foulée sur les journalistes de l’Equipe, l’entraineur les assimile à des « voyous », des « incompétents », estimant par ailleurs que le seul monopole dont disposait le journal était le « monopole de l’imbécilité ». Ce dernier propos pointe en toile de fond le pouvoir que donne au journal sa situation d’hégémonie sur le marché de la presse sportive quotidienne et en quoi cette liberté peut créer des effets néfastes sur son positionnement.

De plus les autres journaux se sentant décomplexés par le point de vue adopté par le leader du marché seront tentés d’impulser un mouvement suivant son opinion.

Toujours est-il que s’en suivra des procès entre les deux parties, poursuivi notamment pour « injure publique » Aimé Jacquet sera relaxé le 30 mai 2003 en vertu des diverses « provocations » du quotidien à l’endroit de l’ex-sélectionneur. Quant à ses interviews l’homme les réservera à d’autres spécialistes du genre et un en premier lieu : France Football. Le directeur de la rédaction Gérard Ernault cite d’ailleurs volontiers cet exemple pour garantir la totale indépendance de son organe face à celui de L’Equipe. En effet le bihebdomadaire avait été un des seuls à avoir su garder la tête froide lors de cette période de grande virulence et c’est tout logiquement que quelques jours après la victoire historique du 12 juillet 1998 Jacquet accordera à FF la plus longue interview qu’il n’ait jamais donné.

Alors est-ce de la frilosité ou simplement la poursuite d’une tradition ?, dur à dire mais à l’aune de cette politique on comprend mieux pourquoi FF se montre relativement « clément » concernant la mort violente survenu le soir du 23 novembre 2006 en marge d’un Paris SG-Tel-Aviv. L’Equipe n’a pas cru bon de se remettre en cause au lendemain de l’épisode Jacquet puisqu’il deviendra quelques mois après le quotidien National le plus vendu, première place détenu sans interruption entre 1999 et 2006  ce qui vient confirmer que les lecteurs avaient goût pour ce sens de la polémique et de l’engagement. Cette saison le traitement des incidents relevant du hooliganisme a donné l’occasion au quotidien de poursuivre dans cette voie.

2.2.3 Le langage technique plutôt que l’émotion ?

Une dernière tendance liée aux lignes originelles revêtis par les deux journaux rejaillit encore sur leur fonctionnement actuel. Elle concerne le degré de spécialisation instillé dans leurs écrits : jusqu’à quel point parler tactique ? Où s’arrête l’étalage de statistiques ? Articles de quelle longueur ? Comment parle ton du système régissant le football et des organes qui le dirigent ?

L’Equipe investit peu le terrain du fonctionnement de l’institution football ou de ses aspects les plus techniques ou alors le fait de façon brève. Ses axes préférés restent ceux de la communication et de la polémique. Le quotidien analysera plus volontiers les discours tenus par le sélectionneur Raymond Domenech que ses schémas de jeu de prédilection. En revanche, France Football tire profit chaque année de la trêve hivernale instituée pour réaliser des dossiers fournissant des explications sur comment joue les vingt clubs de ligue 1, illustrations à l’appui. FF bénéficie d’un lectorat fidèle et spécialiste qui ne s’offusquera pas devant des termes instaurés comme « circuit préférentiel » ou « système de jeu en losange ». Un exemple pris dans cette saison 2006/2007 peut encore une fois symboliser cette façon de traiter un point technique. Lors du 1/8 de finale aller de Champions League entre Lille et Manchester United, les Anglais se sont imposés en tirant un coup franc très rapidement alors que l’arbitre n’avait pas sifflé l’exécution de la pénalité. Les Lillois se sont retrouvés cueillis à froid puisqu’ils n’étaient pas encore concentrés sur le jeu à ce moment là. Pourtant si l’opportunisme des Mancuniens est moralement discutable il n’est pas contraire au règlement. Dans son édition du lendemain, L’Equipe titre « UN COUP PAS TRES FRANC » (édition du mercredi 21 février 2007) stigmatisant les « mauvais joueurs » du soir. Dans son numéro suivant la rencontre FF se montrera moins compatissant avec les Lillois et pointera même cette « naïveté bien Française » du haut niveau Européen. Le point de règlement d’un côté, le sentiment d’injustice de l’autre, cela donne une idée sur les positions généralement adoptées. L’un mise d’ailleurs ostensiblement sur l’empathie du caractère humain (L’Equipe) tandis que l’autre traite plus clairement du cadre dans lequel évoluent les joueurs(FF). Ainsi lorsqu’il fait sa Une sur le match choc du week-end à venir tel OM-PSG il le fait à sa manière (numéro du vendredi 2 février 2007). Elle est en l’occurrence assez emblématique de l’esprit qui habite le bihebdomadaire, tout du moins avant l’arrivée de sa nouvelle formule : « OM-PSG OPERATION RACHAT », titre illustré d’une photo de deux mains anonymes s’échangeant une liasse de billets. Elle suggère qu’on parlera tout autant du côté sportif de la rencontre que des divers enjeux qui sont générés tout particulièrement par les deux clubs phares de la ligue 1. Au-delà du match cela évoque deux clubs qui ont dilapidés des fortunes depuis plusieurs années et ne gagnent plus (OM) ou peu (PSG) de trophées. D’ailleurs une partie du dossier ne concerne pas directement les deux clubs et porte sur les éventualités de l’entrée en bourse des clubs Français, au moment où l’OL de Jean-Michel Aulas vient d’en être légalement autorisé. Il est important de revenir sur le caractère particulier de cette Une puisque elle revêt une dimension symbolique, dans le sens où les acteurs ne sont pas identifiés et que cette photo a été sélectionnée pour illustrer l’actualité sans qu’elle provienne clairement de celle-ci. Autrement dit, on peut par ce biais placer l’analyse d’un match à venir sur le terrain d’un sujet plus général, pouvant être en stock depuis des mois. Ce genre de procédés, récurrent dans FF  n’est pas ou peu exploité par L’Equipe qui privilégie dans ce domaine aussi le court terme. Seul un scandale financier clairement identifié ou une affaire particulière l’incitera à mettre en avant les affaires courantes se négociant hors terrain, c’est ainsi que le quotidien a accordé en l’espace de trois mois (décembre 2006-mars 2007) quatre fois sa Une au présupposé homme d’affaires Canadien Jack Kachkar pressenti pour racheter l’Olympique de Marseille.

2.2.4 Vision idéaliste et fantasmée du football

Dans la même logique L’Equipe publiera des photographies avec des protagonistes identifiables et non sur le mode suggestif/symbolique. D’une certaine manière cela permet de garder ce cadre humain que FF fuit parfois pour donner une dimension mythologique à un événement. On peut illustrer cette politique en comparant les Unes que les deux journaux ont consacrées à l’avant-match de France/Argentine, match amical du mercredi 7 février 2007. Dans les deux cas l’élément principal est le choix de faire ressortir Trezeguet comme acteur principal du match à venir, toute personne suivant de prés le football sachant que ce joueur a vécu une grande partie de sa vie en Argentine et aurait pu se retrouver dans le camp d’en face donc la rencontre revêt une portée sentimentale pour lui et par procuration pour le public. On  joue par là sur la contamination des émotions et le bon à priori du public pour Trezeguet. C’est cette « BELLE HISTOIRE » que décide de nous raconter FF tandis que L’Equipe place le choc entre les deux pays sur la voie du simple bonheur de jouer « POUR LE PLAISIR ».

Le décor joue aussi un rôle, il est assez particulier dans FF, il s’agit d’une incrustation de « papilettos » bleus et blancs sur l’image du joueur en pleine course, ces minuscules bouts de papiers sont caractéristiques des matches de football en Argentine. Cela accentue l’idée du « match de rêve » auquel nous aurons droit et son caractère rare (le premier France-Argentine depuis 1986). Dans L’Equipe l’illustration se borne à une photo de David Trezeguet, attaquant de l’équipe de France, dans une action de jeu lors du précédent match des bleus contre les Iles Féroé. La photographie se passe de la mise en exergue par des décors fantasmatiques contrairement à celle de FF la veille, une constante du côté «concret» de L’Equipe.

2.3 Complémentarité au sein du groupe Amaury

Malgré les affirmations de la plus totale indépendance de chacune des rédactions des journaux étudiés, il est avéré que l’appartenance commune à un groupe de presse provoque des mécanismes de fonctionnement et instaure des règles tacites de « non-agression » entre des titres. Quand l’intérêt particulier rejoint l’intérêt commun il est plus que probable que des publications existant parallèlement ne marcheront pas sur les plates-bandes l’une de l’autre. Pour faire simple, France Football a tout intérêt à ce que L’Equipe soit en bonne santé. Comment se manifeste ce phénomène de concentration au niveau rédactionnel ? Y’a-t-il des signes ostensibles qui permettraient de conclure à une complémentarité voire une collaboration entre les deux journaux ?

Présentons d’abord le Groupe Amaury (E.P.A : Éditions Philippe Amaury) tel qu’il est composé aujourd’hui. Ce groupe de presse français est détenu à 75 % par la famille Amaury et à 25 % par Hachette Filipacchi Médias. Il a réalisé un chiffre d’affaire en 2005 de 650 millions d’euros, dont 80% dans la presse. Amaury édite, via la société SDVP, le quotidien régional le Parisien et sa déclinaison nationale Aujourd’hui en France, et le quotidien d’Eure-et-Loir l’écho républicain. Via la société SNC L’Équipe, le groupe est aussi l’éditeur de l’Équipe, de France football et de Vélo Magazine. Le mensuel Rugby est venu récemment se rajouter à leurs publications sportives.

Depuis le décès de Philippe Amaury en mai 2006, le groupe est dirigé par sa veuve Marie-Odile Amaury.

2.3.1 Changement structurel et formatage

Le problème pratique qui se pose aux titres appartenant à une structure commune sera de pouvoir conserver leur identité propre et leur liberté rédactionnelle sans être dépendant de la bonne santé du groupe et sans devoir s’aligner sur un mot d’ordre d’ensemble. Pourtant comment ne pas regarder ce que fait le voisin/associé ? Comment ne pas s’intéresser à des innovations structurelles qui modifieront la façon même de faire votre travail ? En effet le chiffre de vente et de diffusion ne suffit pas à peser la rentabilité d’un journal quand son budget de fonctionnement peut être utilisé pour diversifier les activités du groupe. Ainsi le titre doit s’adapter aux choix opérés lorsqu’il s’agit par exemple de délocaliser une activité. En 2003, L’Équipe était par exemple imprimé depuis Mitry-Mory pour sa première édition entièrement en couleurs, une imprimerie crée par le groupe pour réduire ses coûts de fabrication. L’ouverture consécutive d’imprimeries à Lyon, Vitrolles, Toulouse, Nantes et Nancy prévoyait que tous les quotidiens nationaux du groupe devraient être imprimés en quadrichromie avant la fin novembre 2003. Ces investissements relèvent d’une volonté de contrôler toutes les phases nécessaires à la création de journaux. Conséquence indirecte de cette concentration verticale, la tendance à l’uniformisation des revues et quotidiens publiés, celle-ci relevant seulement en apparence d’un problème de forme peut s’avérer dangereuse puisque le rédactionnel pourra être touché de manière collatérale. Pour aller au-delà du Groupe Amaury nous citerons les magazines Télérama et Les Inrockuptibles n’appartenant  pourtant pas au même groupe (Le groupe Le Monde pour le premier et les Editions Indépendantes pour l’autre) sont devenus si jumeaux sur la forme qu’ils en ont finis par adopter les mêmes structures narratives et la même politique idéologique de fond (les films et groupes musicaux aimés par l’un seront souvent les mêmes de ceux aimés par l’autre). Les collusions d’intérêt existent même dans des groupes divers. Pour sa part L’Equipe est un des derniers journaux à avoir conserver son grand format d’origine mais il reste sensible aux modifications souhaitées par la maison mère et tendrait selon une récente nouvelle à adopter le format tabloïd. Selon le journal Presse News, il pourrait à terme adopter le tabloïd. « Un exemplaire à ce format a été imprimé début mai et une série de tests de lectorat, à la fois en interne et auprès de lecteurs à Paris et en province, est actuellement en cours avant que le changement soit validé ou non », ajoute Presse News.

2.3.2 La répartition des secteurs de l’information

Malgré son indétrônable première place dans la PQN, L’Équipe a connu des cycles divers de progression et de régression du chiffre de sa diffusion. Le journal reste très soumis aux aléas de l’actualité comme le démontre la chute de sa diffusion de 8,5% lors de la saison 2001/2002, période particulièrement difficile pour le sport Français et certaine saturation du public : piètres performances de l’équipe de France de football à la coupe du monde Asiatique, baisse d’intérêt pour quelques grands événements, comme la Ligue des champions ou la Formule 1. Cependant d’autres pistes sont évoquées pour expliquer la perte de rythme du titre, en interne certains n’hésitent pas à pointer les effets pervers provoqués par les concentrations et les nouveaux partenaires/adversaires issus de la presse généraliste: « Le Parisien a pris le territoire des scoops et Le Monde celui des grandes voix du sport, de l’establishment, affirme un responsable du groupe. Il ne reste plus à L’Équipe que les résultats et les commentaires de matchs. Mais pour cela, il y a aussi la télévision et Internet. La vérité, c’est qu’il faut libérer les énergies de L’Équipe ». Jérôme Bureau, le rédacteur en chef d’alors fut débarqué l’année suivante, remplacé par Claude Droussent. Les chiffres de vente en question ? C’est une des raisons à n’en pas douter mais certains de ses partisans se souviendront qu’il avait osé imposer l’indépendance de la rédaction dans les affaires de dopage en juillet 2002. Or le Tour de France était alors organisé par ASO…filiale du groupe Amaury. Ne pas attaquer les autres sociétés reliées à la maison mère semble la règle tacite en vigueur. Dans les faits cela se manifeste par de la promotion réciproque entre les différents titres ainsi il est courant de trouver au milieu du numéro de L’Equipe du lundi une page entière de publicité…pour le numéro de France Football du lendemain, la Une est d’ailleurs dévoilée en exclusivité. D’autres tendances incitatives se sont développées (et d’autant plus avec le facteur d’’attractivité provoqué par les nouvelles formules) telles les offres avantageuses d’abonnement « à L’Equipe réservé aux lecteurs de France Football » qui forcément sont portées à la connaissance exclusive des lecteurs de FF les découvrant au gré du feuilletage.

2.3.3 Nouvelles formules et tendance à l’information brève

 Les nouvelles formules dans lesquelles se sont lancés les deux médias étudiés (FF depuis le 20 février 2007 et dans une moindre mesure L’Equipe depuis fin mars) semblent tout droit issues du besoin de se repositionner sur le marché et de rafraichir des identités trop figées. L’un a accentué son traitement ‘magazine’ tandis que l’autre ne cherche plus trop à aller au-delà de sa fonction « journalière ». Dans les deux cas, on retrouve des articles de plus en plus courts (« aérés ») et traités sous des formes très didactiques, n’assénant rien de manière magistrale. Quant au fond, les sujets et clubs moins facilement abordables (petites divisions) sont partiellement relégués ou tout bonnement exclus des pages, l’actualité est trustée par la ligue majeure. France Football ne réalise plus systématiquement un article de fond sur un club de national (équivalent de la troisième division) et se contente de publier les grilles de résultats du CFA sans mettre en avant le moindre club. En revanche le bihebdomadaire a renforcé ses pages de brèves et n’hésite plus à accorder beaucoup de place aux transferts, deux pages sont également consacrés à la ‘culture foot’ c’est-à-dire le plus souvent un témoignage d’un « people » qui voue une passion au football + une tribune d’expression pour des supporters originaux. Quant au courrier des lecteurs, autrefois secondaire voire facultatif d’un numéro à l’autre, il occupe désormais systématiquement deux pages et il comporte la question de sondage et le dessin d’humeur…deux concepts tout droit sortis de L’Equipe. Au niveau rédactionnel le traitement fait par FF a pris un virage plus froid et distancié tandis que sur la forme il s’est ouvert à un penchant plus « glamour » : les photographies prennent plus de place qu’avant et le graphisme a été totalement revu pour être plus coloré et attractif. Concernant le lifting entamé par L’Equipe à la fin mars le changement est moindre. Il a surtout consisté à réformer la page 2, au statut jusqu’alors hybride puisque elle contenait un article à la surface variable qui côtoyait l’éditorial, la météo,… désormais cette page regroupe toutes les petites rubriques auparavant éparpillées telle « la question du jour » qu’on retrouvait à un endroit différent en fonction du sport sur lequel elle portait. Les espaces sont délimités et on retrouve d’un numéro à l’autre la même déclinaison. En plus de la météo, le programme tv sportif du jour auquel s’est rajouté « le coin des radios », le dessin du jour et l’éditorial déjà présents sont venus se greffer de nouveaux éléments. Ainsi une synthèse des faits marquants de l’actualité du jour est présente dans un large bandeau en haut de page, autre nouveauté un « tableau de bord » fait le point sur les divers classements en cours. Ce qui retient notre attention dans cette rénovation c’est le statut désormais quelconque qui est attribué à l’éditorial, il est présent à mi-hauteur gauche de la page et bénéficie d’une surface égale voire inférieure à celle du dessin. A noté de surcroit que le format des caractères utilisés dans l’édito a été grossi. Le peu de mise en valeur de ce qui dans l’histoire des journaux a toujours été le papier ultime, synonyme d’opinion et d’engagement ne manque pas de surprendre. Conséquence de la modernité, de la dite nouvelle façon de s’informer du grand public ? Un journal doit parfois prendre des décisions qui ne dépendent pas que de lui.

PARTIE III : LES DEFIS COMMUNS FACE AUX AUTRES MEDIAS
3.1
La banalisation télévisuelle du football

3.1.1 Le sport visionné : une nécessité pour l’amateur

S’il peut être plaisant de suivre le sport à travers la façon dont la presse écrite le relate, il a pour première spécificité et pour premier facteur d’attraction sa visibilité. Le partisan du sport ne pourra totalement être épanoui par sa passion qu’en ayant un accès régulier aux images, directement sous ses yeux lorsqu’il se rendra dans une enceinte sportive ou à travers le prisme cathodique. Plus que tout, le sport prend son sens dans l’alliance de l’image et du commentaire, le lecteur aura donc tout lieu d’être un adepte multimédia, ce qui n’est pas forcément vrai pour un lecteur friand de politique ou de faits divers pouvant se contenter de ses seules sources écrites. C’est un phénomène de logique de continuité pour le public, il ne découvrira  rarement les résultats par la presse sportive. Il en aura eu connaissance au préalable et lira d’autant plus volontiers le journal sportif s’il a vu l’événement relaté. Il se crée même une convergence dans l’esprit du supporter-lecteur « Je suis curieux de savoir ce que ça va en dire L’Equipe », qui n’a jamais entendu ce genre de commentaires au sortir d’un stade ou d’un établissement public retransmettant du sport ? Combien d’ailleurs de bars sportifs étalent sur leur comptoir les revues sportives auxquelles ils sont abonnés ?

3.1.2 Multiplication des retransmissions et changement de narration

Convergence apparemment donc entre les intérêts des diffuseurs de sport et ceux de la presse sportive. En réalité les rapports ne sont pas idylliques mais l’interdépendance est réelle. Concernant le seul football, son ascension médiatique a été très étalé dans le temps comme nous l’avons déjà suggéré en introduction, jusqu’aux années 1970 on ne retransmettait en France que les rencontres événements, les finales des grandes compétitions ou les matches de l’équipe nationale notamment en coupe du monde. La popularité du football prend son envol avec la succession de bonnes performances de l’AS Saint-Etienne en coupe d’Europe, les Français se rassemblent autour du poste les soirs de matches. La télévision est encore alors une propriété exclusive de l’Etat et apparait comme un objet extraordinaire pour plusieurs générations qui ne sont pas nés avec. Il faut bien avoir conscience de la différence du regard critique que le téléspectateur moyen porte aujourd’hui à ce média par rapport à celui du téléspectateur de l’époque qui était toute à son appréciation de la nouveauté qu’il avait sous les yeux et qui avait longtemps su se contenter de la chaine unique avant d’en voir apparaitre une deuxième puis une troisième. Mais l’année de révolution pour la diffusion du football en France intervient en 1984 avec l’apparition de la chaine cryptée canal +. Elle débarque avec des projets qui vont profondément transformer le PAF (Paysage Audiovisuel Français). Deux grands versants : le cinéma (films à l’antenne seulement un an après leur sortie cinéma et principe de multidiffusion) et le sport. La chaine amène notamment sur les ondes des sports peu retransmis alors (basket Américain, catch, volley-ball,…) et en point d’orgue elle donne une nouvelle visibilité au football : la diffusion intégrale d’une rencontre de division 1 à chaque journée de championnat. Jusque là le public se contentait des résumés des rencontres dans le magazine Téléfoot, apparu à la fin des années 1970 ou des bribes diffusées par les journaux télévisés.

De la même façon que la presse écrite avait su évoluer lors de l’apparition de la radio elle va devoir gérer le tournant de l’avènement de l’ère télévisuelle du football. Les angles utilisés jusque là pour évoquer l’actualité footballistique et les rubriques habituelles se transforment. Par exemple FF illustrait quelques buts de chaque journée de ligue 1, des silhouettes sous lesquelles étaient inscrits les noms des joueurs représentés, des flèches qui indiquaient les différentes circulations du ballon et les trajectoires…cela tendait à « raconter un but » à une époque où il n’y avait qu’un match décalé de division 1 qui était retransmis. Mais canal + n’a eu de cesse d’augmenter son quota foot au fil des années : un magazine de résumé le samedi soir une demi-heure seulement après la fin des rencontres, un deuxième match décalé, une émission présentant les images des autres championnats Européens,… et puis une nouvelle révolution autour de 1995-1996, la diffusion en paiement à la séance (le fameux pay per view) de toutes les rencontres de la journée de ligue 1 d’où le fait que chaque supporter d’une équipe de ligue 1 pouvait potentiellement suivre tous les matchs de la saison de son équipe.

Canal + a su à la fois saisir le phénomène football en émergence mais il a aussi contribué à le renforcer, le faire rentrer dans une autre dimension. Cela en multipliant le nombre de rencontres retransmises mais aussi en créant une nouvelle mise en scène autour des matches. Il en a fait ce qu’il appelle aujourd’hui « le feuilleton de la ligue 1 ». L’exigence du public s’est renforcé avec la création du bouquet Canalsatellite en 1996 et de son concurrent TPS dans la foulée début 1997, des chaines de plus en plus spécialisées allaient prendre le virage du sport comme intérêt majeur du public. Même la deuxième division connait un boom médiatique à partir de  sa diffusion sur la chaine Eurosport. L’Equipe va savoir tirer son épingle du jeu au milieu de ces mutations profondes. Par sa filiale L’Equipe 24/24 elle lance L’Equipe TV sur le bouquet Canalsatellite en 1998, une chaine composé de flashs sportifs réguliers et d’émissions spécifiques pour les sports les plus populaires. A partir de cette période qui sera bien poussée par l’effet coupe du monde 1998, l’abonné qui peut se permettre de souscrire à l’ensemble des options d’un bouquet satellite pourra s’il le souhaite regarder du football tous les soirs. Regarder des matches bien sûr mais aussi la nouvelle tendance imposée par le succès sur LCI depuis 2002 de On refait le match : des émissions où les journalistes en présence débattront sur l’actualité du football sur un mode aussi sérieux et impliqué qu’un débat politique.

3.1.3 Les multiples possibilités offertes à l’amateur de football

Interrogeons-nous sur les moyens qu’a aujourd’hui un supporter moyen à sa disposition pour voir les faits saillants d’une journée de championnat ayant eu lieu pour sa plus grande partie le samedi soir. Il peut dans le meilleur des cas être abonné au service « foot+ » du bouquet Canalsatellite c’est-à-dire avoir accès au multiplex en direct, à l’ensemble des matches de la journée hormis les trois décalées sur canal +. Quand bien même il ne suivra pas l’événement en direct il pourra apprécier les résumés dans Jour de foot le soir même autour de 22h30 sur la chaine premium du bouquet. Mais ses possibilités ne s’arrêtent pas là, il pourrait avoir eu les images directement sur son téléphone portable via le partenaire officiel de la ligue 1 Orange, en rentrant d’une soirée il pourra se brancher sur une chaine en continue ou sur Internet. Autrefois grande messe des fans de football car unique source d’images, le dominical Téléfoot ne devient qu’une option parmi d’autres. Une situation que TF1 qui diffuse l’émission depuis plus de trente ans a bien pris en compte, le fonctionnement en a été totalement altéré. Axé davantage sur le reportage et les rubriques hors-champ, elle n’accorde plus qu’un tiers de son temps aux images de ligue 1, elle ne fait d’ailleurs plus mine depuis quelques années d’entretenir le suspense quant aux résultats de la veille qu’elle annonce dés le sommaire. En résumé Téléfoot est à Jour de foot ce que France Football est à L’Equipe.

Un récent appel d’offres est d’ailleurs venu confirmer le divorce entre la chaine TF1 et la ligue 1 puisque c’est sans regrets qu’elle a laissé filer les droits du magazine à France Télévisions ou plus exactement les droits à la diffusion des images de ligue 1 et ligue 2 ce qui à terme pourrait signer la fin de Téléfoot.

3.1.4 Les retombées du buzz médiatique et l’information centralisée

Il est évident que faire face à cette profusion d’images et cette généralisation des débats constructifs autour du football obligerait la presse à redoubler d’efforts mais rien ne serait plus faux que d’affirmer que la télévision est l’ennemie de la presse dans ce domaine. D’ailleurs n’y a-t-il pas des pages présentant les programmes tv aussi bien dans L’Equipe que dans France Football ? Par un étrange effet domino, la personne sensible à ce sport semble imperméable à la lassitude. Pour preuve, c’est alors que l’on voyait les joueurs Français sur toutes les ondes et toutes les couvertures après la victoire de 1998 que France Football a atteint son record absolu de ventes (520 000 exemplaires) pour son numéro du 14 juillet.

La presse sportive devrait-elle prendre le contrepied des informations et des images qui ont le plus circulés ? Evoquer les faits que les téléspectateurs auront le moins eu de chance de prendre connaissance ? Le systématisme avec lequel la presse sportive se concentre sur la mise en exergue d’un nombre restreint de clubs et de thèmes (le feuilleton des transferts reste un des plus vendeurs) se pose en parallèle avec les démarches télévisuelles. Sur la période que nous avons spécifiquement étudiée c’est-à-dire novembre 2006-avril 2007 la prédominance des clubs de l’OM et du PSG en avant scène est manifeste (cf. annexes). Or sur la saison 2006/2007 l’OM est le club le plus diffusé sur la chaine canal +, vingt sept de ses rencontres ont été décalées (heure différente de l’ensemble de la journée) sur les trente six journées « ouvrables », les deux dernières étant traditionnellement consacrées à des multiplexes inter-rencontres. Quant au PSG il est le club symbole du mélange des genres entre journalisme et sport, puisque possession de la chaine canal + elle-même entre 1991 et 2006 d’où la présomption qui n’a jamais été complètement levé concernant cette évidente collusion d’intérêts. Par ailleurs la forte proportion de la presse à titrer sur ces clubs là ainsi que sur Lyon s’explique très logiquement, étant les équipes dont les matches sont le plus souvent décalés leurs résultats ressortiront d’autant plus que si elles avaient disputées leurs rencontres parallèlement aux autres équipes.

 

3.2 Différentes déclinaisons

                  3.2.1 La place forte dans le domaine de l’édition

Les journaux sportifs sont rentrés dans une phase où être performant dans leur domaine ne suffit plus à garantir leur subsistance. Au-delà de son édition quotidienne, L’Equipe est devenue une véritable marque et un label de qualité reconnu. Il est rentré dans la pensée courante des Français et peu contestent sa légitimité. S’appuyant sur ses acquis, le journal s’est doté depuis plus de vingt ans d’une édition magazine hebdomadaire, fournie en supplément du numéro du samedi. Le gratuit du vendredi Sport crée autour de 2003/2004 a brillamment repris le modèle de ce magazine et constitue une petite concurrence dans la mesure où il évoque lui aussi des sports peu cotés habituellement et constitue un guide pour le week-end à venir. Plus récemment, L’Equipe Femina a été lancé pour conquérir un nouveau public, le lecteur de presse sportive restant essentiellement masculin (90% pour FF). Mais d’autres parutions plus luxueuses sortent annuellement comme Le livre du football ou Le livre de l’année qui récapitule tous les grands moments de l’actualité sportive et contient notamment toutes les Unes écoulées. Les journalistes du quotidien sortent des livres édités par le groupe selon des moments stratégiques comme les dates anniversaires, des pièces de collection qui sont de véritables bibles pour les amateurs de sport : histoire du Tour de France, histoire de Paris-Roubaix, 50 ans d’histoire de coupes d’Europe de football, 100 ans de courses automobiles, la belle histoire de l’Equipe (pour les 60 ans du journal). Le concept en vogue ces dernières années est de constituer des coffrets sur différents clubs en rassemblant dans des cadres somptueux toutes les Unes les plus emblématiques qui leur ont étés consacrés leur donnant une dimension légendaire. D’ailleurs les Unes sont chacune en vente séparément sur le site Internet du quotidien au prix de 23 euros.

France Football s’est montré moins innovateur mais il lui arrive de joindre des suppléments à ses numéros du mardi comme un historique sur tous les vainqueurs du ballon d’or. Il lui arrive épisodiquement de réaliser des numéros hors série comprenant des dvd comme ce fut le cas pour fêter les 50 finales de l’histoire de la Champions League en 2005. Enfin, au début de cette saison 2006/2007, FF, en partenariat avec la société Panini, spécialisée dans les albums de vignettes et après avoir offert l’album sur les équipes de la ligue des champions de cette saison, il a durant plusieurs semaines offert une pochette contenant cinq vignettes à chaque numéro pour inciter le lecteur à poursuivre l’album. Une opération qui visait déjà, alors que le projet de nouvelle formule se précisait, à donner une image rajeunie et dynamique.

3.2.2 L’implantation dans les autres médias

Les journaux doivent être présents sur tous les fronts pour assurer la plus grande visibilité à leur enseigne et que le public ne se détourne pas d’eux. Les logiques de déclinaisons et de tentatives d’implantation dans d’autres domaines vont donc pullulés.

Comme nous l’avons déjà vu, le groupe Amaury via sa filiale L’Equipe 24/24 est devenue une véritable entreprise multimédia. L’Equipe TV a connu un rapide succès et a contribuée à la victoire du service des sports de Canalsatellite sur celui de TPS qui a aboutit à une fusion effective en 2006. L’étape devant logiquement suivre fut celle d’Internet. Sur ce point les deux journaux n’avaient pas le même point de vue. FF ne jugea pas comme une priorité de se lancer sur la voie d’un site où forcément il aurait été dans l’obligation de traiter l’information avec des mises à jour régulières ou tout du moins d’apporter un plus à son édition papier. D’ailleurs un magazine ou un journal à parution très espacée n’est-il pas contradictoire par son fonctionnement avec les attentes du public internaute. En revanche L’Equipe lança rapidement sa première mouture en 2000 mais intégra des aspects novateurs à partir de 2005. C’est au mois d’octobre de cette même année que FF délivra sa première version. Le succès était loin d’être garantie car dans le domaine de l’Internet un autre groupe avait pris les devants. Il s’agit du groupe Sporever qui était leader incontesté du marché avec le site Football365.fr. Mais il apparaissait aberrant pour le supporter moyen que le journal dominant de la presse football ne soit pas présent sur la toile. Il va s’atteler à copier les processus du site référence tel la newsletter, un suivi en direct des principaux matches, un agenda TV. Il marque son identité par un service de blog selon plusieurs tarifs et propose naturellement un abonnement à l’édition papier. Mais ce qui interpelle est la faiblesse des informations mis en ligne…issues directement de la rubrique « foot » de lequipe.fr. En réalité l’exclusivité est rare sur les différents sites football et il semble qu’ils possèdent tous les mêmes sources et sont abonnés aux mêmes agences de presse donc il s’agit surtout de dépêches qui déroulent en page d’accueil, pour le reste beaucoup de rubriques ne nécessitent pas de traitement journalier. Lors de l’apparition de sa nouvelle formule sur le marché en février 2007 , FF en profite pour rénover son site, il devient plus fluide dans la navigation et possède les grilles de résultats les plus complètes de tout Internet. Autre aspect ludique, la possibilité qui est offerte de feuilleter un peu plus d’un tiers de l’édition papier en cours. Les caractères sont étudiés de façon à ce qu’on puisse se laisser tenter par le sommaire du numéro et avoir un aperçu des thèmes traités sans pouvoir lire le contenu au-delà des titres.

3.2.3 De nouveaux horizons à explorer

Le fonctionnement de tout média étant largement soumis aux réglementations en vigueur, on doit tenir compte du cadre précis dans lequel l’espace de communication est autorisé. Chaque campagne de presse est pesée et chaque éventualité d’accueillir dans ses colonnes les publicités de telle ou telle société est évaluée. Là où on pourrait croire à un paradoxe de voir par exemple des publicités pour de l’alcool dans la presse sportive, il ne s’agirait en fait que d’une association parmi d’autres et sans contradiction avec les aspirations du lectorat à dominante jeune (15-34 ans représentent 60% du lectorat). Mais au-delà des publicités que contiennent ses pages, un journal doit penser à développer sa propre promotion. Au gré de la législation, il pourra s’implanter dans des milieux autrefois interdits d’accès. C’est ainsi qu’à partir d’une simple loi peut se redéfinir les enjeux de la communication d’un titre de presse. Une loi devenue effective le 1er janvier 2004 rendait possible la publicité télévisuelle pour la presse écrite. Plusieurs éditeurs sautèrent sur l’occasion pour promouvoir leurs titres. Selon l’Observatoire des pratiques promotionnelles des médias, cité par Les Echos, la presse dépensa dans les premiers mois de l’année 2004 quelques 10,07 millions d’euros en spots télévisuels. Le Journal L’Equipe a pris le pas du mouvement. Le quotidien a confié à l’agence DDB Paris la réalisation d’un spot publicitaire visant à « réaffirmer la valeur ajoutée éditoriale des titres et médias du groupe dans l’univers de l’information sportive ». A cette occasion, une nouvelle signature faisait son apparition : « L’EQUIPE légende le sport ». Des passages télévisés auxquels se sont rajouté des spots à l’attention des salles de cinéma. Après avoir largement investit les radios, la publicité pour les journaux avait vu la boite de Pandore s’ouvrir en matière télévisuelle. Pourtant, après cet élan inaugural la tendance s’est nettement refroidie. Les liens entre grands annonceurs et groupes de presse restent eux entiers et un nouveau pas a était franchie lors de ce premier semestre 2007 avec l’alliance de L’Equipe avec l’annonceur Français numéro un le constructeur automobile Renault. L’opération consiste à lancer une gamme spéciale du modèle Mégane. « La Mégane L’Equipe » telle est la façon dont le constructeur présente cette dernière création. Une façon idéale de persuader l’acheteur d’une véritable nouveauté pour ce qui constitue qu’une variété de plus d’un modèle qui a déjà connu ses heures de gloire.

On l’a compris, le journal sportif comme d’ailleurs la presse écrite en général a tout intérêt à jouer sur un côté hybride et savoir donner l’impression d’être partout à la fois, au cœur des événements et en phase avec la société moderne.

 

3.3 Ethique journalistique contradictoire avec les intérêts généraux ?

La place pour une presse d’information dans le football est devenue de plus en plus compliquée, en effet les enjeux sportifs et financiers entourant le sport-roi sont tellement importants que la communication d’un club est très contrôlée pour ne pas dire verrouillée. On dit souvent dans le milieu journalistique qu’il y a un seul domaine où il y a plus de langue de bois qu’en politique et c’est bien du football qu’il s’agit.

3.3.1 Un diffuseur tout puissant et légitime

Les facteurs pouvant tendre à expliquer cette tendance sont de plusieurs ordres. On ne peut dissocier d’abord la puissance financière des clubs de l’émergence d’un diffuseur dominant, meilleur partenaire de la Ligue de Football Professionnel : Canal +. Les revenus perçus pour les droits TV constituent en France plus de la moitié du budget annuel des clubs. La situation s’est accentuée lors du dernier appel d’offres qui a eu lieu en 2004. Il s’agissait de remettre en jeu les droits du championnat de ligue 1 pour la période 2005-2008. On sortait alors d’une période de partage de la diffusion des rencontres entre les opérateurs Canal + et le groupe TPS depuis 1999. Ce nouvel appel d’offres répartissait les lots d’une telle façon qu’il a semblé tout de suite évident qu’il y aura probablement un des deux candidats qui raflerait la mise. Mais la ligue ne s’attendait pas à la grosse offensive opérée par Canal + : 1,8 milliard d’euros sur la table pour acquérir l’intégralité des lots. « Le prix de l’exclusivité » déclarent les principaux dirigeants de Canal +, une somme qui correspond presque au double de la somme versée lors de la précédente remise en jeu des prix. Autrement dit un apport de cash considérable pour les clubs de ligue 1 en même temps qu’une nouvelle exigence de la part du premier argentier du football Français attendant une balance du rapport qualité/prix positive. Toujours est-il que Canal + amis la somme et qu’il doit à présent « vendre » son produit à ses abonnés et c’est là que commence les problèmes. Devant une stagnation du niveau de jeu des matches de la ligue 1 et le manque de suspense depuis trois saisons dû à la forte domination  de Lyon, Canal + fait la sourde oreille et tente toujours de persuader qu’il tient « le plus beau des feuilletons ». Une situation que les organes de presse écrite constatent objectivement mais sur laquelle ils n’ont pas intérêts à s’attarder car ils ont besoins d’un Canal + puissant. Un premier problème de conscience se pose au journaliste : avouer qu’il a assisté à un match médiocre et faire fuir ainsi le public ? Ou survendre un fait bien ordinaire pour faire rêver ce même public ? Entre ses deux versants Canal + et la presse football dans son ensemble ont pris le parti du rêve en créant des suspenses artificiels et des engouements très éphémères envers des équipes qui ne parviennent pas enchainer deux bonnes performances.

Canal + a aussi conservé jusqu’à la fin de la saison 2005/2006 la particularité d’être propriétaire du club du Paris SG donc à la fois juge et parti et il n’a pas toujours su faire  preuve de la meilleure distanciation entre ses deux fonctions. Ainsi lorsque L’Equipe publie le 25 mars 2006 une enquête intitulée « le dossier noir du PSG » au sujet des pratiques litigieuses qui avaient eu cours au club en matière de transferts, il reçoit les foudres de la chaine du foot qui décide de suspendre ses annonces publicitaires présentes habituellement dans le quotidien. Cette forte pression à l’encontre d’un dossier évoquant une affaire qui était en cours d’instruction illustre l’étroitesse de la marge de manœuvre dont dispose le journaliste sportif. Dans un milieu où le pouvoir est concentré entre un tout petit nombre de mains il est difficile de pouvoir exprimer une dissonance à la sonorité générale.

3.3.2 La création d’un sportivement correct ?

Cette chape de plomb qui pèse sur le journaliste sportif conduit-elle à l’avènement d’une information d’où est délibérément extrait ce qui ne plait pas ? Ce qui s’écarte trop du sportivement correct ?

La question sous-jacente derrière tout cela est celle de la norme de la pensée, de journalistes qui « ne sortiraient plus des clous » pour révéler l’envers du décor au public. En se condamnant à traiter les sujets de manière trop lisse ou superficielle, les journalistes habituent le public à un certain mode de réception. De même en mettant toujours en avant les mêmes équipes, le journaliste répond t-il aux goûts du public ou contribue t-il à les lui imposer ? Ce débat est demeuré à travers le temps. Déjà en 1946, Gaston Meyer alors rédacteur en chef de l’éphémère Sports mettait en cause dans un éditorial le fait que les journaux puissent dicter ses goûts au public. En l’occurrence il mettait un bémol à la popularité du cyclisme : « L’Auto a donc aidé le développement de tel ou tel sport au détriment de tel ou tel autre. Le public pendant des années, et peut-être sans s’en rendre très exactement compte, s’est intéressé aux épreuves dont on lui parlait abondamment et s’est désintéressé de celles dont on l’entretenait peu. (…) Si les colonnes des journaux avaient été consacrées au bilboquet, il n’est pas douteux que le bilboquet serait aujourd’hui le premier sport Français. »

Intéressant que ce débat éternel : Est-ce que les journalistes imposent le sportivement correct au public ? Ou ne font-ils que répondre à l’intérêt manifesté par celui-ci ? De toute évidence il y a un effet de co-influence entre les deux parties : On met en avant ce que l’on sait le plus vendeur et le public confirme le choix effectué en réservant un bon accueil au numéro. En revanche cela instaure l’idée d’une hiérarchie démesurée entre les sports en général et entre les clubs particulièrement pour ce qui est du football. Le nouveau public qui aura grandi avec la forte médiatisation de certaines équipes adoptera soit un comportement d’adhésion envers celles soit une attitude de rejet mais dans les deux cas il ne leur restera pas insensible. Cela explique que dans les sondages de popularité le Paris SG et l’Olympique de Marseille se retrouvent à la fois être les clubs les plus aimés et les clubs les plus détestés. Quant l’un des deux est dans une position sportive délicate, les journaux savent qu’ils pourront tabler sur le double intérêt : celui des supporters inquiets et celui des détracteurs qui se gaussent de cette situation. Le cas concret s’est présenté cette saison autour des mois de mars et avril lorsque les deux journaux du corpus ont multipliés les articles sur le thème « Paris SG risque t-il de descendre en ligue 2 ? ». Pour pouvoir développer un esprit critique sur un sujet il faut encore être suffisamment informer sur celui-ci, c’est pour cela que la médiatisation précède la popularité ou le rejet. Malgré une série de succès impressionnants d’une saison à l’autre l’Olympique Lyonnais a longtemps laissé indifférent en dehors de sa commune mais une nouvelle génération d’amateurs qui grandit avec la domination de l’OL dans les années 2000 constituera les supporters de demain. L’attachement existant aujourd’hui pour l’OM trouve une partie de sa source dans la riche histoire du club et notamment les titres gagnés sur trois décennies (du milieu des années 1970 au milieu des années 1990). Ce que dénonçait plus ou moins honnêtement Gaston Meyer (qui finira rédacteur en chef de L’Equipe) n’est pourtant pas le plus inquiétant, le plus grave serait que selon un processus inverse ce soit le journaliste sportif qui s’aligne sur les sujets attendus par le public et perde de sa liberté d’entreprendre. Le nouveau positionnement de France Football semble démontrer qu’il n’est pas libéré de cette contrainte puisqu’il tend depuis quelques mois à se placer sur le même terrain que des titres mensuels auxquels il se distinguait jusqu’alors.

3.3.3 Conflits d’intérêts entre journalistes et sportifs

Le journaliste sportif évolue donc au milieu de protagonistes pour qui leurs papiers revêtent un grand enjeu et une source d’influence. Il doit donc prendre garde à ne pas se mettre à dos les diffuseurs comme on l’a vu avec l’exemple de Canal + tout en captant l’intérêt du public. Mais il y a un dernier frein au travail d’investigation du journaliste : la nécessité de tisser des relations de confiance privilégiées avec le milieu sur lequel il écrit. C’est valable dans le domaine politique mais plus particulièrement criant dans le sportif. Le journaliste devra entretenir des relations cordiales avec les acteurs du sport pour qu’ils ne le regardent plus comme un problème courant à contourner mais comme un facteur à intégrer au naturel. Plus le journaliste saura donner l’impression d’une présence discrète et d’un questionnement spontané dans le moment où il se mêlera avec le cadre sportif plus il pourra acquérir la confiance des acteurs du sport et légitimait sa tâche. Le lien que tissent les deux parties va au-delà d’une simple entente rendu nécessaire. « Ce ne sont pas seulement des relations d’intérêt qui unissent le champion au journaliste sportif – le premier donnant au second matière à articles, le second faisant la gloire du premier – mais des liens plus profonds, ceux d’êtres partageant une même passion. » (Seidler ; 1964)

Même si le fond de cette affirmation s’applique toujours le fonctionnement actuel va à rebours de ces « liens profonds ». Le journaliste n’est plus celui qui se confond dans le vestiaire du groupe professionnel et qui va autour d’une conversation anodine obtenir des révélations auprès d’un entraineur ou d’un dirigeant. La parole du sportif est institué et restreinte dans des cadres précis et le journaliste est à présent un individu parqué dans une salle avec ses confrères en attente de savoir qui daignera se présenter à la conférence de presse d’après-match. Ce sont eux qui se doivent d’être à la disposition des sportifs et non l’inverse. Le mérite que l’on reconnait au journaliste sportif, même dans des milieux hostiles c’est la rigueur avec laquelle il dissocie la vie professionnelle et la vie privée d’un athlète, le fait qu’il entretienne ou pas une vie de couple, qu’il possède une vie débridée en dehors des terrains ou la manière dont il dépense son argent ne seront pas l’objet de polémiques. Du moins tant que cela n’influence pas ses performances sportives. Les faits hors terrain sont bel et bien connus de tous les journalistes mais jamais source d’articles. Il n’y a pas de « people-isation » du sportif,  réalité historique qu’il convient de relativiser suite au boom constatée après le phénomène équipe de France suite aux succès de la génération 1998-2000, même FF contenait dans sa rubrique « transversales » des photos d’un joueur avec sa compagne ou les dernières péripéties extra-sportives d’un autre. Cependant, il règne un devoir déontologique plus profond que dans d’autres types de presse.

Cette particularité n’est pas exempte d’une certaine hypocrisie puisque c’est surtout le souci de conserver ses entrées et ses contacts qui poussent les médias de sport au mutisme sur certains sujets ou à la prise de position mesurée. Le cas Jacquet est resté dans toutes les mémoires. Mais la frontière de la vie privée n’explique pas que les médias soient si discrets sur les travers du football tel le dopage et la violence, les présentant le plus souvent comme des événements marginaux.

Conclusion : Le futur de la presse sportive

On a pu s’en rendre compte, les aspirations de journalistes de presse sportive sont tiraillées entre plusieurs positionnements et plusieurs intérêts. Le manque de concurrence spécifique aux deux journaux que nous avons pris pour exemples a influencé leurs orientations.

Mais le problème du journalisme sportif est universel et la conscience quant aux diverses positions à adopter à l’égard du public qu’il vise existait déjà aux cours des années 1960.

« La presse sportive, demain, en transformation, sera-t-elle délibérément ce qu’elle fut toujours inconsciemment et indistinctement : presse de loisirs, presse d’évasion ? Ou reconnaîtra-t-elle que son salut réside dans un strict respect des règles de spécialisation qui ont faits son succès, et qui peuvent le perpétuer face aux concurrences nouvelles ? »

Edouard Seidler posait ainsi les nouveaux défis qui se présentaient aux journalistes sportifs, les interrogations demeurent les mêmes aujourd’hui, les concurrents qui poussaient à la métamorphose à l’époque était la radio et la télévision, encore à un état peu avancé. A présent les défis sont de répondre à la généralisation d’Internet dans les foyers et la nouvelle exigence de l’immédiateté du public. Autrement dit, l’auteur posait le débat de la presse face à l’apparition de nouveaux médias: doit-elle se montrer grand public ou s’adresser aux puristes ? Doit-elle se décomplexer devant les nécessités commerciales ? Doit-elle revêtir un vrai contenu idéologique ou traiter les choses de manière futile ?

D’autres distinguent deux façons de traiter du sport : le « pôle commercial qui regroupe les médias sportifs » et le « pôle intellectuel qui concerne la presse généraliste ouvrant ses pages à des rubriques sportives comme Libération, Le Figaro ou Le Monde » (Françoise Papa ; 1999).

Ce dernier point rejoint la tendance actuelle des medias spécialisés de presse écrite à fournir seulement les résultats et comptes-rendus et ayant perdus l’œil critique. D’où l’orientation grand public en opposition avec celle des grands quotidiens nationaux qui seront plus prompt à révéler les travers du foot (exemple récent du Monde au sujet de révélations du médecin Fuentes concernant le dopage au Real Madrid et au FC Barcelone).

ANNEXES

LES UNES « FOOT » DE L’EQUIPE

S’il est généraliste, le quotidien sportif accorde une place extrêmement plus large au football qu’aux autres sports. Nous avons compilés toutes ses Unes consacrées au football lors de la période étudiée (novembre 2006-avril 2007) il ressort que sur un mois il truste  la première place dans la hiérarchie de l’actualité plus de deux fois sur trois. Le mois de mars constitue une exception avec « seulement » 16 Unes, cela s’explique du fait de cette période phare de l’année pour le rugby avec la fin du tournoi des six nations et aussi par les bonnes performances de Laure Manaudou lors des championnats du monde de natation (4 Unes). A noté les pics très importants au mois d’avril (26 Unes) et surtout au mois de décembre où le football ne passe pas loin du carton plein (29 Unes sur 31), d’autant qu’il faut nuancer les deux ne lui étant pas consacrés entièrement car elles consistaient à des rétrospectives sur l’année 2006, l’hommage aux grands sportifs qui ont stoppés leur carrière au cours de l’année (dont Zidane) et la remise du prix des champions Français revenu à Laure Manaudou.

Par ailleurs cela met aussi en exergue la forte concentration de l’espace médiatique du football Français autour de deux voire trois clubs : Olympique de Marseille, Paris SG et Olympique Lyonnais dans une moindre mesure. Nous nuançons la présence de Lyon en vertu de la logique d’une telle place puisqu’il domine le championnat Français sans discontinuer depuis la saison 2001/2002 et est le club qui a eu à disputer le plus de rencontres dans l’année. En revanche les deux autres clubs sont privilégiés pour leur fort impact plus que pour la qualité de leurs prestations.

Dernier point à relever, cette domination sans partage du football au sein de ce quotidien tend à réduire les réserves que l’on peut émettre sur la difficulté matérielle existant à la base dans le principe même de comparer un journal spécialisé dans un sport et un autre qui a pour objectif de traiter de tous les sports.

Ces Unes ont été récupérées depuis l’equipe.fr selon deux modes différents, celle de l’année en cours étant accessibles dans une section du site sur un format réduit elles ont étés collées telles quelles. Pour ce qui est de celles des mois de novembre et décembre, on les trouve dans une partie du site archivant l’ensemble des Unes (depuis la première de L’Auto-vélo en 1900) sous un grand format d’où un réajustement fut nécessaire pour les ramener au même format que les autres. Cela explique aussi qu’elles soient barrées de l’inscription rouge « l’équipe ».

NOVEMBRE 2006

DECEMBRE 2006

JANVIER 2007

 

 

FEVRIER 2007

MARS 2007

AVRIL 2007

SELECTION D’ARTICLES REPRESENTATIFS

L’Equipe du vendredi 24 novembre 2006

Le quotidien sportif a osé un œil assez critique sur le drame du Parc des Princes et sa prévisibilité comme le démontre ce procès-verbal qui prouve que les autorités avaient eu connaissance du climat à haut risque autour de ce match. Le quotidien a aussi égrené une longue liste d’incidents survenus dans un contexte foot et notamment ceux ayant émaillé l’histoire récente du Paris SG.
France Football du mardi 28 novembre 2006

La façon de traiter le dossier par France Football donne largement plus la place au point de vue des supporters et condamne davantage les pouvoirs publics que les instances du football ou le club Parisien.

France Football du vendredi 1er décembre 2006

Une nouvelle tribune est accordée au point de vue d’un supporter et en l’occurrence un hooligan, les incidents survenus à Nancy n’ont droit qu’à une demie-page au sein du dossier sur les retombées du drame de Saint-Cloud.
L’Equipe magazine du samedi 27 janvier 2007

Les différentes façons de présenter les points de vue sur le drame du 23 novembre 2006.

France Football du vendredi 23 février 2007

Exemple du style d’interview-carrière que propose France Football, en rupture avec les petites interviews sur l’actualité du moment.

L’Equipe du dimanche 25 février 2007

FranceFootball du mardi 27 février 2007

Les commentaires suite au match Toulouse-Marseille sont largement centrés sur le club Marseillais.

La presse football en France

(Données répertoriées début mai 2007)

Titre

Périodicité

Numéro   en cours

Particularité

Allez Lyon !

Trimestriel

N°10

Ballon mag

Mensuel

N°19

But

Hebdomadaire

Se   décline par clubs : But Marseille, But Lyon,…

Champions

Bimestriel

N°4

Foot

Bimestriel

N°8

Foot plus

Bimestriel

N°2

Foot revue

Bimestriel

N°41

Foot star

Mensuel

N°61

Foot transferts

Bihebdomadaire

Parait   mercredi et samedi.

Football clubs

Mensuel

N°29

Four Four Two

Mensuel

N°8

Global foot

Mensuel

N°7

Kop football

Mensuel

Axé   sur les supporters.

La gazette des   transferts

Hebdomadaire

Le foot

Mensuel

N°179

Se   décline par club ou zone géographique.

Le foot magazine

Bimestriel

N°64

Se   décline par clubs.

Le journal du   football

Mensuel

Le monde des tribunes

Bimestriel

N°4

Les cahiers du   football

Mensuel

N°35

Sorte   de Charlie hebdo du football.

Maillot vert

Mensuel

N°22

Consacré   à Saint-Etienne.

Marseille foot

Mensuel

N°77

Miroir du football

Mensuel

N°2

OM mag

Mensuel

N°26

OM plus

Mensuel

N°377

Onze mondial

Mensuel

N°221

Paris foot

Bimestriel

N°36

Planète foot

Mensuel

N°164

So foot

Mensuel

N°45

Propose   un angle très politique.

Super foot mag

Mensuel

N°35

Top foot

Bimestriel

N°19

Publie   aussi des Hors série.

100% PSG

Mensuel

N°63

 

Enquête Lecteurs L’Equipe-France Football

Le questionnaire porte exclusivement sur la partie football des deux journaux.

Si vous ne lisez que l’un des deux, répondez seulement aux parties concernées.

 

1/ Vous venez d’acheter  :

  • L’Equipe
  • France Football

2/ Etes-vous aussi un lecteur de l’autre journal ? (oui/non)

3/ A quelle fréquence les achetez-vous ?

L’Equipe :

  • Tous les jours
  • Plusieurs fois par semaine
  • Une fois par semaine
  • Moins d’une fois par semaine

France Football :

  • Les deux numéros de la semaine
  • Seulement celui du mardi
  • Moins d’une fois par semaine
  • Moins d’une fois par mois

4/ Quels sont les facteurs qui influencent votre achat ? (numérotez par ordre d’importance) :

L’Equipe :

  • La une du journal
  • La consultation des résultats
  • L’actualité sportive du moment
  • Le style propre au journal
  • C’est devenu une habitude d’achat

France Football :

  • La une du journal
  • La consultation des résultats
  • L’actualité sportive du moment
  • Le style propre au journal
  • C’est devenu une habitude d’achat

 

5/ Quelles sont les qualités que vous attribuez aux deux journaux ? (numérotez par ordre d’importance) :

L’Equipe :

  • Informe bien sur l’actualité du football
  • Colle au plus prés des événements
  • Offre des comptes rendus détaillés des matches
  • Evoque bien l’histoire du football
  • Développe bien des thèmes précis

France Football :

  • Informe bien sur l’actualité du football
  • Colle au plus prés des événements
  • Offre des comptes rendus détaillés des matches
  • Evoque bien l’histoire du football
  • Développe bien des thèmes précis

6/ Qu’est-ce qui vous apparait comme les événements majeurs depuis le début de la saison ? (numérotez par ordre d’importance)

  • La mort d’un supporter Parisien après le match Paris SG -Tel-Aviv.
  • La montée de la violence dans les stades Européens.
  • Le PSG risquant de descendre en ligue 2.
  • L’élimination dés les 1/8 de finale de Lyon en champions league.
  • La vraie-fausse reprise de l’OM par Kachkar

Enquête Lecteurs L’Equipe-France Football

Dans le souci de pouvoir approcher les motivations qui poussent les lecteurs à acheter les deux journaux sportifs historiques, nous avons établis ce petit questionnaire soumis à un panel de cent personnes. Celui-ci visait à être un indicateur supplémentaire mais n’avait pas vocation à révéler des tendances inconnues. En effet quand il fut question d’évoquer le lectorat durant cette étude, nous nous basions aussi sur des informations fournies par les deux organes de presse qui réalisent des enquêtes d’opinions régulièrement.

Cependant nous avons saisis l’opportunité de soumettre nos demandes à des lecteurs sur le vif, c’est-à-dire au moment où ils achetaient un des deux journaux, il nous a semblé en effet important de se baser sur un lectorat solide, celui de la diffusion payée. A partir de ce principe nous avons soumis certaines questions générales et d’autres plus spécifiques pour tenter d’entrevoir des tendances et mûrir des hypothèses : les lecteurs de l’un sont-ils les mêmes que ceux de l’autre ? A quelle fréquence et selon quels critères les achetaient-ils ? Quelles qualités leur reconnaissaient t-ils ? Quels thèmes les avaient particulièrement marqués lors de cette saison ?

Cette enquête comportait des limites intrinsèques :

–          Préparé fin mars, il ne pouvait rendre compte dans ses propositions de tous les événements qui ont marqués la saison 2006/2007, il est par exemple évident que la relégation du FC Nantes en ligue 2 serait rentré dans les thèmes proposés à la dernière question si il avait été conçu un mois plus tard. Ce long délai entre sa conception et la constatation des conclusions était cependant indispensable pour pouvoir recueillir le nombre suffisant de participants.

–          Elle ne s’est déroulait que sur la ville de Toulouse et en particulier dans deux Tabac-Presse donc a forcément une valeur relative quant à ce qu’on appelle communément un échantillon représentatif. Cependant ce défaut a tendu à être contrebalancer par le choix des deux points de vente considérés : l’un situé au centre-ville à la clientèle variée mais fidèle et un autre qui vit davantage sur le principe du fonctionnement de commerce de proximité, situé en zone étudiante et donc appelé à avoir une clientèle sans cesse renouvelée.

Les principaux résultats qu’on retire du questionnaire sont les suivants :

  • 65% des interrogés venaient      d’acheter L’Equipe contre 35% pour France Football.
  • 98% des lecteurs de FF sont      aussi lecteurs occasionnels de L’Equipe.
  • 84% des lecteurs de L’Equipe      sont aussi lecteurs occasionnels de FF.
  • L’Equipe est acheté tous les      jours par 37% de ses lecteurs, plusieurs fois par semaine pour 39% et une      fois par semaine pour 24%.
  • FF possède un public semble      t-il plus volatile puisque 38% l’achètent moins d’une fois par mois, 32%      achètent toujours le numéro du mardi, 21% moins d’une fois par mois et      seulement 9% achètent systématiquement les deux numéros.
  • Facteurs d’achat pour      L’Equipe : La Une à 41%, la consultation des résultats 32%,      l’actualité sportive du moment 15%, habitude d’achat 12%.
  • Facteurs d’achat pour      FF : La Une à 66%, l’actualité à 23% et la consultation des résultats      à 11%.
  • Qualités de L’Equipe :      Informe bien sur l’actualité 46%, Comptes-rendus détaillés 40%, Colle aux      événements 14%.
  • Qualités premières de France      Football : Informe bien sur l’actualité 52%, évoque l’histoire du football      16%, développe bien des thèmes précis 13%, Comptes-rendus détaillés 11% et      colle aux événements 8%.
  • Evénements majeurs de      l’année : Mort d’un supporter Parisien 59%, La difficile saison du      Paris SG 22%, Elimination en 1/8 de Lyon 10%, montée de la violence dans      les stades Européens 5% et autres 4% (Descente de Nantes, Trois clubs      Anglais en ½ finales de la Champions League).


BIBLIOGRAPHIE

 

Bibliographie principale

 

–          J .M BROHM-M.PERELMAN; Le football une peste émotionnelle; Collection Folio Actuel ; Verdier ; 2006

–          J.M FAURE ++ (Ouvrage collectif) ; Football & sociétés ; Collection Sociétés & Représentations ; Credhess numéro 7 ; Publications de la Sorbonne ; décembre 1998

–          J.GRITTI; Sport à la une; Armand Colin  1975

–          M.PAUTOT ; Le sport-spectacle ; Collection Questions Contemporaines ; L’Harmattan ; 2003

–          E.SEIDLER; Le sport et la presse; Armand Colin ; 1964

Bibliographie complémentaire

–          C.BROMBERGER; Le match de football: ethnographie d’une passion partisane; Editions de la Maison des Sciences de l’Homme ; 1995

–          J.M BROHM ; La tyrannie du sport;  Editions Beauchesne ; 2006

–          A.LORET& X.ALLOUIS; Sport et société: sport et médias; Editions du CNFPT ; 1998

–          J.MARCHAND; La presse sportive ; Presse et Formation ; 1989

–          J.MARCHAND; Journalistes de sport ; Editions Atlantica ; 2004

–          W.NUYTENS; La popularité du football; Collection Cultures Sportives ; Editions Arras ; 2004

–          L.RAVENEL; La géographie du football en France; Presses Universitaires de France ; 1998

–          R.THOMAS; Le sport et les médias; Editions Vigot 1993

–          G.VIGARELLO; Du jeu ancien au show sportif: naissance d’un mythe ; Collection Couleur des Idées ; Editions du Seuil ; 2002

–          L’Equipe ou une histoire d’hommes ; L’Equipe Magazine Editions ; 2006

 

  

RESSOURCES INTERNET

 

–          www.lequipe.fr

–          www.francefootball.com

–          www.sport.fr

–          www.esj-lille.fr

 

–          www.clemi.org

–          www.ojd.com

–          www.wikipedia.org

–          www.radiotv.org

–          www.mediabb.com

–          www.pressedefrance.com

–          www.nouvelobs.com

–          www.lci.fr

–          www.humanite.fr

–          www.20minutes.fr

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION : la place du football et de la presse sportive dans la société

0.1 Le caractère universel du football

0.2 La presse sportive en France

0.3 Les deux journaux étudiés: Pourquoi et comment?

0.4 Les deux journaux traversent les époques

I DES DIFFERENCES DE TRAITEMENT FORMELLES

1.1 Comparaison de traitement sur deux thèmes précis

1.1.1 Mort d’un supporter Parisien et hooliganisme

1.1.2 Récit d’une journée ordinaire de ligue 1

1.2 Les constatations que l’on peut tirer

1.2.1 Mort d’un supporter Parisien et hooliganisme

1.2.2 Récit d’une journée ordinaire de ligue 1

II LES CAUSES DE LA NECESSAIRE DISTINCTION

2.1 La périodicité influence directement: immédiateté contre agenda

2.1.1 Le flux continu de l’information

2.1.2 Le degré de prévisibilité ou la pré-information

2.1.3 L’information intrinsèquement éphémère

2.1.4 L’agenda ou l’information auto généré

2.2 Lignes éditoriales historiquement divergentes

2.2.1 Premier degré face à une certaine légèreté

2.2.2 Un cas concret: l’épisode Aimé Jacquet

2.2.3 Le langage technique plutôt que l’émotion

2.2.4 Vision idéalisée et fantasmée du football

2.3 La complémentarité au sein du groupe Amaury

2.3.1 Changement structurel et formatage

2.3.2 La répartition des secteurs de l’information

2.3.3 Nouvelles formules et tendance à l’information brève

III LES DEFIS COMMUNS FACE AUX AUTRES MEDIAS

3.1 La banalisation télévisuelle du football

3.1.1 Le sport visionné: une nécessité pour l’amateur

3.1.2 Multiplication des retransmissions et changement de narration

3.1.3 Les possibilités offertes à un amateur de football

3.1.4 Les retombées du buzz médiatique et l’information centralisée

3.2 Différentes déclinaisons

3.2.1 La place forte dans le domaine de l’édition

3.2.2 L’implantation dans les autres médias

3.2.3 De nouveaux horizons à explorer

3.3 Ethique journalistique contradictoire avec les intérêts généraux ?

3.3.1 Un diffuseur tout puissant et légitime

3.3.2 La création d’un sportivement correct ?

3.3.3 Conflits d’intérêts entre journalistes et sportifs

CONCLUSION: Qualité compatible avec précarité?

ANNEXES

Annexe 01: Les Unes « foot » de L’Equipe

Annexe 02: Extraits d’articles représentatifs sur la période donnée

Annexe 03: L’offre de presse football en France

Annexe 04: Enquête lecteurs L’Equipe-France Football

BIBLIOGRAPHIE

RESSOURCES INTERNET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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