Critique Le Loup de Wall Street (Allociné, 14 janvier 2014)

Allociné Le Loup de Wall Street

 –Le loup de Wall Street de Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Rob Reiner, Kyle Chandler… (États-Unis ; 2013) ****

L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

 

Pour une raison qui lui appartient Martin Scorsese a fait de Leonardo Di Caprio son acteur fétiche depuis une dizaine d’années. Les allergiques par principe au bellâtre peuvent jeter l’éponge direct, il est en effet de quasiment tous les plans qui constellent un film approchant les trois heures. Pour ceux sachant apprécier objectivement son jeu tout en ambiguïté (encore démontré récemment dans Django unchained), le plaisir s’avère saisissant et ne lâche prise jusqu’à une dernière image riche de sens. Un plan qui renvoie dos à dos l’escroc génial et ses contempteurs. Car comme à son habitude, le cinéaste a préféré l’immersion et l’empathie à la charge. Ce parcours de vie structuré sur l’indémodable modèle dit du « rise and fall » (ascension et chute) ne brille par l’originalité de son histoire. Qu’importe, le maître a retrouvé sa vista et livre ici le pendant années 2010 des Affranchis, passant du monde de la mafia à celui de la finance…pas si éloignés l’un de l’autre ?

Les prémisses laissent pourtant croire à une revisite pure et dure du Wall Street d’Oliver Stone, lorsqu’un Di Caprio encore idéaliste est pris sous l’aile du cynique Gordon Gekko local. Une fausse piste, car dans le fond Scorsese se fiche bien (et nous avec) des chiffres et des mécanismes de ce milieu d’élite, bien plus l’intéresse les excès en tous genres et les millions qui font tourner les têtes. Ainsi alterne-t-il avec soin les scènes de grandiloquence et les moments d’intimité, le plus souvent conflictuelles. On peut reprocher le choix du manque de suggestion, expliquant la durée du long-métrage, ou s’en délecter. Nulle ellipse dans cet univers impitoyable : fêtes, orgies, jeux malsains, défonces répétées et conséquences, tout saute aux yeux sans ménagement. Aussi faut-il avoir le cœur bien accroché, pour ne pas céder à l’écœurement, pendant la séquence où Di Caprio lutte contre un endormissement aux allures d’overdose. Sa voix off nous guide allégrement, ne nous épargne rien, nous fascine autant qu’elle nous répugne. Nous nous trouvons dans la même position que cet agent du FBI, un instant balloté dans ses aspirations à la justice, avant que l’envie d’en découdre ne l’emporte. Au final nulle condamnation morale pour Jordan Belfort, mais une observation d’un système rendant son art de l’esbroufe possible et même louable. Pour le coup cela nous renvoie au rêve américain façon Howard Hughes, autre personnage réel passé sous le crible scorsesien en 2004 dans Aviator. Après des détours depuis dans des domaines éloignés de son cinéma de prédilection, ce nouveau biopic rappelle les dons d’un grand narrateur.

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