Critique Nymph()maniac Vol.2 (Allociné, 20 février 2014)

Allociné Nymph()maniac Vol.2

Nymph()maniac vol.2 de Lars Von Trier avec Charlotte Gainsbourg, , Stellan Skarsgard, Shia LaBeouf, Stacy Martin (Danemark; 2013)***

La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Plus trash, plus sombre, plus glaçant. Certes le volume deux reprend le récit pile à l’endroit où le premier l’avait interrompu, mais ce sera sa seule continuité. « Je ne sens plus rien. » concluait une Joe semblant avoir atteint le rassasiement complet après des années de sexualité débridée. Cette partie se concentre donc sur son virage vers des pratiques plus marginales. Toute la légereté accompagnant certaines scènes du premier volet a disparu pour laisser place à un univers glauque voire insoutenable pour les âmes sensibles. Aussi longue, mais plus ramassée via son découpage en trois chapitres contre cinq pour la précédente (pour coller à une théorie associant ces deux chiffres), l’œuvre perd un peu de sa superbe au niveau des dialogues entre l’hôte et la narratrice. Les fulgurances se font plus rares, les digressions et parallèles de Selligman s’avèrent moins limpides, bien que toujours aussi percutants. Tel ce développement convaincant sur l’hypocrisie des euphémismes utilisés dans le jargon bien-pensant. Avec ses vœux de silence à la presse, le réalisateur devrait de plus en plus s’exprimer via ses personnages et cela promet de nouvels élans prompts à choquer le bourgeois. D’ailleurs une large place est de nouveau accordée à l’autocitation, cette exaltation de la nature qui rappelle Melancholia, ce bébé sacrifié au plaisir coupable comme dans Antichrist. Il s’agit sans doute d’un défaut collatéral de ce diptyque, si complémentaire de la filmographie de Von Trier qu’il ne peut presque pas être reçu indépendamment, ou apprécié à travers un autre prisme. Dans un souci d’exhaustivité de l’exploration sexuelle, Joe parcoure le triolisme, le sadomasochisme, les pratiques saphiques et trouve finalement son équilibre dans l’homosexualité, avec une nymphette lycéenne débauchée pour en faire son « héritière ». Le dernier chapitre est à ce titre un peu poussif et dénote du glissement cohérent qu’avait arpenté son récit jusqu’alors. Comme si ce souci de complétude absolue entrainait le discours dans une sonorité fausse. Dans la même position d’observateur que nous, le vieil homme signalera ne goûter guère aux circonstances trop énormes pour être vraies, telles les réapparitions du personnage de Jérôme. Dans une fausse piste diabolique, Von Trier nous laisse croire à un message humaniste et rédempteur. Avant de rappeler que l’homme est un loup pour l’homme. Que les vieux sages donneurs de leçons sont munis des plus bas instincts.

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