Lorient-TFC : les nomades vous saluent bien (Fou de Foot, 20 février 2014)

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Ils nous surprendront toujours. Alors que tous les compteurs pointaient à l’orangé (piteuse élimination en Coupe de France, deux points pris dans les quatre derniers matchs de championnat, des recrues hivernales dignes d’interrogations), les violets ont de nouveau obtenu LA victoire qui leur permet de se maintenir dans cet entre-deux rassurant. Comme si le mot crise ne devait jamais se conjuguer avec la Ville Rose.

Et pourtant, ça ne s’annonçait pas bien fameux. Après l’avalanche de suspensions qui avaient conduit à un onze de départ curieux (et un naufrage) face à Bastia le mardi précédent, quelques remaniements étaient de rigueur. L’un d’eux surprit particulièrement : la mise au ban(c) du capitaine Zebina, annoncé de manière diplomatique « au repos ». L’occasion de voir Spajic reprendre l’axe et Veskovac effectuer ses débuts sous la tunique toulousaine. L’opportunité aussi pour Serge Aurier de revêtir le brassard de capitaine. Pas sûr qu’il le lâche de sitôt.

 

Aurier tout puissant

 

Nous n’avons pas attendu le déplacement au Moustoir pour découvrir les qualités de ce formidable couteau suisse, mais elles ont sans nul doute atteint leur plénitude. Dans un contexte hautement défavorable. Après cinq minutes de jeu, Zacharie Boucher avait déjà été mis à contribution à deux reprises. Les Morbihanais jouaient intelligemment sur l’aile de Veskovac, pour trouver Aliadière dans son dos ou effectuer des débordements. Pour une fois l’itinéraire Yago n’était pas la piste privilégiée d’un opposant au TFC… En face Braithwaite se jouait tout autant de son vis-à-vis du soir, Koné. Sans armer le moindre tir pour autant (7’, 8’, 21’).

 

L’expulsion du Lorientais Alain Traoré (24’) ne donnait guère plus de fougue aux visiteurs. Pis, les locaux étaient en position d’ouverture du score par Aboubakar (28’), si ce n’était l’ignorance de la règle de l’avantage par Mr Castro. Quand bien même, le coup franc qui suit faillit récompenser les efforts de l’équipe en infériorité numérique.

C’est alors que le diesel Aurier se mit à chauffer. Il donna d’abord le tournis à son préposé au marquage Guerreiro, prenant possession de son aile droite. Ironie du sort, le capitaine est l’homme devancé de la tête par Lautoa lors du corner débouchant sur l’inévitable but breton (41’). S’est-il alors senti empreint du devoir de laver cet affront ? En toute fin de mi-temps, sa percée guerrière dans la surface adverse est hélas stoppée par le même Lautoa. Mais au petit jeu du duel de capitaines sur synthétique, le Toulousain va remporter le round le plus important. Au tir, au dribble, au centre, à l’origine de, à l’initiative de, à la retombée de…son propre centre, Aurier est partout en deuxième période. Le niveau du reste de l’équipe reste tout juste passable, mais lui s’emploie à faire sauter le verrou. Audard s’échine à repousser sa frappe du droit (47’), Guerreiro tremble à chacune de ses prises de balle, puis bientôt tout l’édifice vacille. L’égalisation « à l’anglaise » provient de son centre au cordeau, dévié par Akpa Akpro, repris d’une tête peu esthétique par Ben Yedder (60’). Les mouches ont changé d’âne et, dans un élan de folie si peu caractéristique, Alain Casanova remplace Trejo par Ben Basat (62’) pour aboutir à un trio d’attaque iconoclaste.

 

Qu’importe, c’est Aurier et personne d’autre qui va signer le but du 2-1 (73’), sur un renvoi d’ascenseur de Ben Yedder. Le franco-tunisien prolongeait l’embellie avec une ouverture idéale pour Braithwaite, auteur du but libérateur après avoir crocheté Audard (80’). Ben Yedder aura été aussi décisif en une vingtaine de minutes qu’il avait été introuvable les soixante premières. Quant aux Bretons, les ressources leur ont sans doute manqué pour lutter contre tant d’éléments hostiles. Et puis ça aurait été oublié que s’extraire d’une situation mal goupillée est une spécialité haute-garonnaise. Qui peut encore en douter ?

Définitivement une équipe à réaction

 

C’est une statistique qu’il est rarement donné d’analyser, et pourtant tellement significative et raccord avec ce qui constitue son trait de caractère numéro un : le Toulouse Football Club est l’équipe de L1 à avoir pris le plus de points après avoir été mené au score. De la même façon qu’il assume péniblement l’étiquette de favori lors de matchs à sa portée, il a cette capacité à se transcender quand le scénario démarre sous de mauvais auspices. Même le festival offensif face à Sochaux avait été lancé par des prémisses défavorables.

Ci-dessous un tableau récapitulatif de l’ensemble des retours au score fructueux du TFC cette saison. Nous ne prenons pas en compte les rencontres où les violets sont un temps revenu à égalité, avant de s’incliner au final, telles les deux oppositions face à Bastia.

Journée

Match

Déroulement

Gain de points

J2

TFC/Bordeaux

Mené 0-1, revient à 1-1, score final.

1

J6

St-Etienne/TFC

Mené 0-1, s’impose 2-1.

3

J13

TFC/Ajaccio

Mené 0-1, revient à 1-1, score final.

1

J15

TFC/Sochaux

Mené 0-1, s’impose 5-1.

3

J16

Lyon/TFC

Mené 0-1, revient à 1-1, score final.

1

J17

TFC/Montpellier

Mené 0-1, revient à 1-1, score final.

1

J23

Marseille/TFC

Mené 0-1 puis 1-2, revient les deux fois.

1

J25

Lorient/TFC

Mené 0-1, s’impose 3-1.

3

 

TOTAL

14 points pris après avoir été mené au score.

Huit retournements de situation efficients en vingt cinq journées, soit un match sur trois.

Comment une équipe évoluant dans un environnement aussi peu propice à la pression parvient à paradoxalement s’en nourrir ? Que ce soit pour être inhibée lorsqu’on la suppose supérieure à son adversaire (la fameuse « peur de gagner ») ou pour lâcher les chevaux quand elle n’a a priori rien à espérer sur le papier (le fumeux « rien à perdre ») voire donc renaître au fil d’une affaire mal engagée (« On prend un but très tôt, à partir de là… »).

 

Malgré la propension du Stadium à faire office de 20e match à domicile des autres pensionnaires de Ligue 1, ce facteur ne transpire pas de cette statistique spécifique. Autant de renversements dans son antre que sur terrain adverse.

 

Le statut des équipes impliquées dans ce « record » n’est pas non plus en cause puisqu’il concerne aussi bien des candidats au maintien (Sochaux, Montpellier, Ajaccio), des ventres mous de premier ordre (Bordeaux, Lorient) ou des habitués à l’Europe (Lyon, St Etienne, Marseille). Certes, le TFC n’est pas encore parvenu à renverser la vapeur contre les cadors monégasques et parisiens. En principauté, l’occasion ne s’était pas présentée puisque les débats s’étaient conclus sur un 0-0. Au retour, les violets avaient livré une prestation solide sans parvenir à inverser la tendance (0-2), idem au Parc des Princes. Reste la réception du PSG dimanche pour prouver que cette faculté défie toute logique sportive…