My Own Private Festival 2014 – 1ère Présélection vue du jury (Arte Creative, 4 mars 2014)

La nuit américaine d'Angélique

La nuit américaine d’Angélique

Dimanche 2 mars (Cinéma ABC)

Si novembre marque son éclosion définitive, le Festival Séquence parsème ses trouvailles tout au long de l’année. Rendez-vous était pris du côté de l’ABC en cette fin de dimanche après-midi, frigorifique, tout à fait indiqué pour investir une salle sombre. Heureusement, la première présélection n’a quant à elle pas laissé les amateurs de glace. Aux votes consacrant les deux films préférés du public s’ajoutait ceux du jury, dont j’ai eu l’honneur de faire partie pour la deuxième année consécutive.

Les films présentés

La séance s’ouvre avec le touchant Où je mets ma pudeur, épisode de vie sous forme d’épreuve pour une étudiante en histoire de l’art. Résolue à dévêtir son hijab dans le cadre d’un oral de présentation d’une œuvre picturale, elle lutte sous le poids d’une tradition qui a davantage trait à son intimité qu’à la religion. Devant ce sujet polémique, le réalisateur a opté pour le choix salvateur de la suggestion plutôt que la démonstration, bien aidé en cela par la sobriété du jeu de Hafsia Herzi, interprète principale.

Suit l’animation La nuit américaine d’Angélique, à la fois hommage explicite au film culte de François Truffaut et évocation très personnelle. Ne peut-on trouver derrière les dessous de la création cinématographique des ingrédients pour se confronter au monde réel ? La structure de la narration enrichit le propos, par le biais d’idées intelligentes (voire par ailleurs).

Tout aussi original, La lampe au beurre de Yak nous propose d’assister à une session photos bien particulière. Si la richesse des décors ne doit qu’à un astucieux stratagème d’un photographe itinérant, le fond rejoint la forme grâce à la présence de ces Tibétains en constant exil. Leur plaisir de se mettre en scène devant des lieux auxquels ils n’auront pas forcément accès donne à interprétations multiples. À ce titre, la scène de la vieille dame se figeant devant un cadre, fantasmatique à ses yeux, prête autant à rire qu’à pleurer.

Premier automne démontre le caractère inconciliable des saisons via l’affrontement sourd entre deux êtres vivant dans des univers antagonistes : l’un dans l’hiver, l’autre dans l’été. Malgré une volonté de rencontre pacifique, le conflit est latent, faute de terrain d’entente intermédiaire. Ainsi envahissent-ils à tout de rôle leur espace vital. Construit sans dialogues pour mieux baigner une atmosphère mystique, ce court-métrage bénéficie de plus d’un superbe dessin et va visuellement au bout de son idée de deux mondes asymétriques.

Un peu plus de légèreté avec la tranche de vie d’enfants en colonie de vacances dans Gambozinos. Une évocation qui parlera à tous, tant leurs affres s’inscrivent dans un cadre réaliste. Humour et sensibilité (sans pathos) sont au cœur de cette coproduction franco-portugaise, traversée par une chanson qui a d’ailleurs servie de générique à la 22e édition du Festival Séquence.

Sur fond de conflit armé, Cargo cult met le focus sur les méthodes de survie et les croyances d’un peuple, victime collatérale de ce qui se trame autour de lui. De cette occupation militaire pourrait paradoxalement surgir la bénédiction. La dimension religieuse est omniprésente dans cette animation uniquement composée de musique et de dialecte imperceptible. L’exercice de style choisi s’avère limpide et porteur d’un message d’espoir.

La séance s’achève avec un OFNI venu de la Guadeloupe. Un toit pour mes vieux os déroule une histoire ubuesque, lutte par tous les moyens d’un habitant pour contrecarrer la construction d’un centre commercial sur les terres qu’il occupe. L’univers proposé est proche d’un comique de cartoon, volontairement outrancier et diablement efficace. Car on ne peut que céder à l’amusement créé par ces différentes disputes et numéros de sorcellerie. L’émotion reste bien présente en creux, notamment avec la scène de démontage de son squat sous le regard impuissant de JBB. Un beau moment de fraîcheur pour clore la présélection.

Le film coup de coeur

François Truffaut est sans nul doute parmi les cinéastes les plus cinéphiles toutes époques confondues. Le Septième Art était un objet qu’il aimait autant analyser que nourrir de ses propres créations. Logique que son manifeste La nuit américaine donne lieu à son tour à une déclinaison. En l’occurrence à un rêve de petite fille devenue adulte. Fascinée par le métier de scripte, Angélique construit un rapport empathique avec le personnage joué par Nathalie Baye dans son film référence. Mais le cinéma est bien plus pour elle, il est un médiateur social entre son père et elle, l’outil de transmission de ce qu’on ne peut se dire de manière brute. La voix off de la narratrice est loin d’être le seul élément de captation du spectateur. Cette animation au noir et blanc sobre est en effet riche de ses procédés et idées ingénieuses. De ses vignettes schématiques que l’on assemble ou éparpille en passant par la subjectivité d’ombres chinoises, reflétant un visage humain par une mise en place astucieuse d’un jeu d’ustensiles de cuisine. Au-delà du simple hommage, ce court-métrage est marqué par son approche artistique assez unique.

Le vote du jury

Pendant que les votes du public étaient décomptés, et que ces mêmes spectateurs avaient droit à un film surprise, les membres du jury se réunissaient autour d’une table. La trouvaille et le message de La lampe au beurre de Yak obtenait aisément la majorité en sa faveur, tandis que Gambozinos était écarté tout aussi rapidement, faute d’une certaine profondeur par rapport à ses concurrents du jour. Le deuxième choix s’est avéré pour la plupart un crève-cœur. Comment comparer les mérites d’une fiction déjantée comme Un toit pour mes vieux os avec la sobriété éloquente de Où je mets ma pudeur ? Comment le traitement dur et palpable de Cargo cult pouvait être mis sur un pied d’égalité avec la vision fantasmée de Premier automne ? Quant à La nuit américaine d’Angélique, il a souffert de son caractère très personnel par rapport à l’universalité du propos des autres CM. Sur le fil, Premier automne se dégage d’une courte tête pour obtenir la garantie d’être présent lui aussi dans la sélection définitive de novembre.

Quant au choix du public, il est encore sujet à bouleversement puisqu’il y a encore cinq projections prévues dans la région Midi-Pyrénées (du 10 au 20 mars). La sensibilité des habitants d’Auterive diffère-t-elle de celle des Vauréens ? Séquence ne rentrera pas dans ces débats et se contentera de « sauver » les deux films ayant remporté le cumul des voix aux différentes séances.

Le petit « on s’en fout » (enfin pas tout à fait) du jour

Le véritable évènement entourant cette séance est passé inaperçu aux yeux du public. Il s’agissait en effet du dernier tour de piste de Theodora N. en tant que programmatrice en chef de Séquence. Après huit années à vouer sa sensibilité, son temps, ses yeux, son cerveau, ses mous dubitatifs, son enthousiasme iconoclaste au petit monde du court-métrage, elle s’en va gravir de nouveaux sommets. On lui pardonnera sa dernière faute de goût, ne pas avoir introduit son ultime programme.

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