Les cinq enseignements de TFC-Reims (Fou de Foot, 11 mars 2014)

Au bout du suspense, les Toulousains sont allés chercher trois points précieux. Pour le maintien ? Pour une tardive entrée dans la course à l’Europe ? Pour redresser le médiocre bilan à domicile ? Un peu tout cela à la fois. Et surtout pour donner de l’épaisseur à une saison trop vite étiquetée « de transition ».

La malédiction naissante du Stadium a été vaincue. Et de quelle manière ! Passer de Fantômas à Moïse en une heure d’intervalle, ce n’est pas donné à tout le monde. Ce double visage interdit de parler de match référence, ni même de quart d’heure de grâce. Aux alentours de 22h samedi dernier, il était plus question d’émotions pures que de football. Aussi la rationalité n’est pas de mise pour analyser cette rencontre de manière traditionnelle. Les murs ont tremblé sous les vociférations d’Alain Casanova (voire qui sait d’Olivier Sadran) à la mi-temps ? Sans doute. Mais un cri n’a jamais poussé la balle au fond des filets. Reste à dresser un constat objectif de la situation.

 

1. Nouvelle illustration des tendances d’une équipe à réaction(s)

Cela fait à présent 17. Soit le nombre de points acquis après avoir été initialement mené au score, ce qui concerne pas moins de neuf rencontres. La proportion est énorme quand on met en relief ce nombre avec le total de 39 unités acquises par le TFC après 28 journées. Cette capacité à la réaction a été poussée à son paroxysme, avec pour la première fois la remontée d’un handicap de deux buts. Les locaux avaient bien failli ouvrir le score sur un ballon fuyant devant Aurier (15’). Pour le reste Reims démontrait un beau contrôle des opérations, dominait les débats sans même se donner la peine d’esquiver le milieu de terrain toulousain, beaucoup moins carnassier que d’habitude. Pour généreux qu’il soit, le premier pénalty des visiteurs venait récompenser leur début d’emprise (20’). Le second (35’) aurait détruit mentalement bon nombre d’équipes, d’autant que concéder de nouveau deux coups de pied de réparation après l’épisode PSG doit constituer une sorte de record à ce niveau de la compétition. Mais selon l’adage « ce qui ne tue pas rend plus fort », le TFC entrevoyait l’espoir lorsqu’Oniangué manqua un 0-3 tendant les bras aux Rémois (42’). Les violets se jetèrent à corps perdus dans la dernière demi-heure, mitraillant un Agassa de plus en plus abandonné par les siens. Au-delà du numéro de prestidigitateur décisif de Ben Yedder (88’), Serge Aurier aura une nouvelle fois été le taulier de la maison violette : un but à l’envie (75’), un centre décisif pour la tête/main plongeante de Ben Basat (79’) et sur toutes les actions chaudes (15’, 52’, 62’). Pour un peu que la Côte d’Ivoire flambe au Brésil l’été prochain, il sera bien dur de conserver ce joyau dans l’effectif.

2. Une révolte avant tout mentale et athlétique

S’il ne doit rien au hasard, ce renversement de situation ne peut s’analyser par le prisme de la tactique. Pas de changements profonds du système de jeu en cours de match, seule une plus grosse volonté et un abattage physique supérieur à celui de leurs adversaires. Rentré à la 73’, soit deux minutes avant la réduction de l’écart par Aurier, Oscar Trejo a sans doute rééquilibré un entre-jeu où Chantôme commençait à s’épuiser. Cependant le mitraillage des cages de Kossi Agassa avait débuté bien avant. En conférence de presse Jonathan Zebina, encore un peu poussif sur le terrain, assurait que le facteur mental avait été primordial : « On est considéré comme une équipe qui joue bien mais qui ne joue rien. Il fallait absolument changer cette mentalité, on est en train de le faire. » En effet les violets n’ont guère mieux joués durant la deuxième mi-temps, ils ont seulement démontré une plus grosse agressivité sur le porteur et surtout ont dégainé des frappes comme rarement par le passé. Neuf tirs au cours de la seconde période, pour la plupart cadrés. Ainsi Agassa ne s’est pas contenté d’aller ramasser trois fois le ballon dans ses filets, il a largement contribué à maintenir sur les bons rails son équipe. L’aspect le plus réjouissant de la rencontre ? Le danger a été loin de se limiter aux habituels joueurs offensifs, il est venu de toutes parts. Peu après l’égalisation, Sylla puis Aguilar forçaient le portier rémois à sortir des parades pour retarder l’échéance. Moins bon élève que d’habitude dans son occupation du terrain, le TFC a compensé par un surplus d’audace salvateur.

3. Le meilleur scénario pour stopper une série noire

Quitte à crever une bulle en cours de formation, autant le réaliser avec panache. De même que la défaite honorable face à Paris a pu convaincre du potentiel de cette équipe, ce retournement de situation ne pouvait intervenir à meilleur moment de la saison. De quoi dédramatiser les vents contraires apparus du côté de l’île du Ramier depuis fin novembre. Faire prendre conscience de sa force à une équipe incapable de bien démarrer les matchs à sa portée. Pour trouver un renversement de ce genre dans l’histoire toulousaine récente, il faut remonter au début de la saison 2011-2012 et à un derby de la Garonne estival. Une telle performance est souvent prompte à ressouder un groupe et créer une unité avec son public, hélas encore peu nombreux face à Reims (un peu plus de 10 000). Tout fan de football moyen veut être de ce genre de soirée où la logique observable cède la place à une spectaculaire furia. C’est sans doute avec ce genre de perspectives en tête qu’un nouvel afflux de spectateurs viendra garnir les travées face à Evian TG, nous en tenons le pari. Perdre ou gagner, mais ne pas s’ennuyer, voilà l’exigence reine en la matière.

4. Ben Yedder et son potentiel stratosphérique

C’est tout juste s’il n’avait pas passé la première moitié de saison dans l’anonymat, mise en retrait conditionnée par la hype autour de Martin Braithwaite. Il aurait alors semblé présomptueux de croire qu’il atteindrait un nombre de buts semblable à celui de l’an dernier (quinze). Il est à présent raisonnable de croire qu’il le dépassera. Le jeune virtuose de la ligne d’attaque toulousaine reste sur cinq réalisations dans les quatre derniers matchs, avec deux chefs d’œuvre à la clé, sa reprise de volée face à Paris et son numéro de zébulon devant la défense rémoise samedi. Normalement, la coutume est de parler collectif à l’issue d’une bonne opération du TFC. Or nulle analyse ne s’y trompe cette fois, à commencer par notre grand quotidien sportif qui a réservé une large place à l’exploit du franco-tunisien dans son édition de dimanche. Une star est née. Son éclosion est-elle comparable à celle d’un Antoine Griezmann ou d’un Alexandre Lacazette ? La compétition au Brésil arrive bien trop vite pour qu’il puisse avoir sa chance en bleu. Mais le sélectionneur national serait bien avisé de suivre son évolution de près.

5. La fin de saison conserve tout son intérêt

En venant à bout de Reims, le TFC n’a pas vaincu un simple adversaire. Il a réalisé une sorte de +3/-3 sur un club situé dans sa sphère au classement général. En cas de succès, les hommes d’Hubert Fournier auraient relégué les violets à neuf longueurs et seraient de fait sortis de l’ombre pour la course à la « petite » Europe. Compte tenu des autres résultats de cette 28e journée, ils ne sont plus qu’un candidat outsider, encadré par Lyon, Marseille, Bordeaux…et Toulouse. Cinq équipes en six points. Alain Casanova a dû se résoudre à le remarquer : « Ce succès nous permet de regarder devant, la 5e place est proche. Ça augure de belles choses… ». À commencer par une première passe de trois samedi soir à Rennes ?

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