Preview UFC 171 – Mise aux poings chez les welters (12 mars 2014)

Après le retrait de Georges St. Pierre en novembre dernier, il est l’heure de clarifier la hiérarchie dans ce qui est sans doute la catégorie la plus relevée de l’Octogone. L’opposition Hendricks/Lawler donnera un virage radical à son avenir : soit le sacre attendu d’une star montante soit le retour de flamme impensable d’une ancienne gloire. Avec cinq duels de welters à son programme, la carte de Dallas délivrera bien d’autres enseignements.

« Je ne frappais qu’à 70% de ma capacité, et je me suis rendu compte que ça suffisait. » lâche Johny Hendricks durant la conférence post-ufc 167, persuadé que le couronnement mondial ne devait lui échapper. Dana White, le président de la compagnie, le reprend de volée : « Non cela ne suffisait pas, puisque tu as laissé ton sort entre les mains des juges. » Quant à Georges St. Pierre, il se refuse à entrer dans la polémique, il vient de connaitre la plus difficile défense de titre de sa carrière et est déjà ailleurs. Le rematch tant souhaité n’aura pas lieu, pour une mystérieuse raison qui lui appartient. Ou alors une simple lassitude après quasiment une décennie à livrer sa science dans l’Octogone. Le même soir, une autre étoile canadienne s’est assombrie. Rory MacDonald, l’héritier désigné de Rush, s’incline à la surprise générale devant un Robbie Lawler à l’agressivité retrouvée. Le disciple de l’équipe TriStar ne connaitra pas les fastes d’un match de championnat, l’honneur échoit logiquement à son tombeur. Et voilà comment on se retrouve avec une affiche absolument inenvisageable il y a quelques mois.

Un seul être vous manque…et rien n’est dépeuplé

L’homme du passé (acteur notamment du premier combat UFC retransmis sur une chaine satellite américaine contre Steve Berger) face à l’avenir de ce sport. Étrange présentation des débats quand une seule année sépare les deux hommes. La balance penche davantage lorsqu’il s’agit de comparer l’expérience professionnelle en MMA : Lawler (record de 22-9 et 1 no contest) compte quinze combats de plus que le puncheur barbu (15-2). Hendricks aborde la rencontre avec un statut de numéro un bis. Il a, de l’avis des experts du milieu fight, dominé GSP et sera largement favori samedi soir. Hormis une vieille défaite à la décision face à Rick Story, sa carrière suit une trajectoire parfaite depuis son arrivée à l’UFC. À son tableau de chasse tout le who’s who de la division : Josh Koscheck, Jon Fitch (mis KO en 12 secondes), Carlos Condit, Martin Kampmann (tombé en 46 secondes)… Impossible de considérer sa performance contre GSP comme un échec, tant il a brillamment validé son premier test sur cinq rounds. Cardio, boxe, habiletés au sol, Hendricks apparait comme le « forfait complet » de son époque. De son côté, Robbie « Ruthless » Lawler fait figure de vieux de la vieille. Et pour cause, sa première apparition à l’UFC date de 2002 pour la 37e édition. Une première pige qui se poursuivra jusqu’à fin 2004 et débouche sur un palmarès mitigé (4-3). Après son licenciement, l’élève du grand Matt Hughes tente de se relancer à travers tout ce qui existe alors en termes d’alternative à l’UFC (Pride, StrikeForce, Elite XC, IFL), il conquière même plusieurs titres poids moyens dans des compagnies mineures. Ses deux dernières années au StrikeForce donne à voir un homme dépassé par la nouvelle génération, ce qui se matérialise par trois défaites lors de ses quatre derniers combats. Mais Ruthless garde une notoriété importante et l’UFC le recrute à ce titre au moment de la cession d’activité de son ancien concurrent. Depuis, c’est la résurrection. Trois succès très convaincants, dont l’énorme surprise face à Rory MacDonald. La foudre peut-elle frapper une nouvelle fois à Dallas ?

En co main event, Carlos Condit aura l’opportunité de poursuivre son redressement face à Tyron Woodley. Loin d’être une sinécure. L’ancien challenger numéro un de la division au StrikeForce a bonifié son style. Il n’est plus ce combattant ennuyeux qui obtenait des victoires à la décision contestables, au détriment de Tarec Saffiedine, Paul Daley ou Jordan Mein, mais a affûté ses poings. Conséquence : deux KO au premier round en 2013 (Jay Hieron et Josh Koscheck) pour une seule défaite à la décision partagée contre l’empêcheur de fighter en rond, Jake Shields. Niveau spectacle Condit n’est pas en reste puisqu’il vient d’enchainer trois prix de Fight Of The Night. Vu que seuls GSP et Hendricks l’ont vaincu (par décision) récemment, il est estampillé du rang officieux de numéro 3. L’expérience parle pour lui (29-7), alors qu’il affiche paradoxalement deux ans de moins que son adversaire (12-2), auteur de débuts tardifs en MMA. Plusieurs schémas sont envisageables pour ce combat : un T-Wood parvenant à imposer le corps à corps avec son haut niveau en lutte, un Condit dominateur grâce à son habituel jeu de leg et low kicks, une opposition davantage axée sur le jiu-jitsu brésilien où ils s’avèrent de niveau comparable (tous deux ceinture marron). Précision diabolique, sens de l’esquive, art du faux rythme, striking peu orthodoxe, les deux hommes ont d’ailleurs nombre de qualités communes.

Où se situe vraiment Hector Lombard ?

Le dernier gros choc de la carte principale concerne deux poids welters sujets à polémique. Pour des raisons différentes. Côté pile Jake Shields, fighter couronné de multiples fois (Shooto, Elite XC, StrikeForce), longtemps adepte des manœuvres de soumission expéditives durant son âge d’or, mais surtout réputé aujourd’hui pour son style soporifique. Shields porte parfaitement son nom (signifiant « bouclier ») tant sa capacité à annihiler les forces de ses adversaires est éloquente. Ainsi s’adjuge-t-il des décisions en sa faveur, rarement à l’unanimité des juges, sans particulièrement convaincre. Doux euphémisme pour celui dont le dernier combat n’étant pas allé à la limite remonte à juin 2009…et un certain étranglement par guillotine infligé à Robbie Lawler.

La controverse touchant Hector « Lightning » Lombard est beaucoup plus flatteuse. Champion emblématique du Bellator FC jusqu’à l’orée de l’année 2012, invaincu pendant de nombreuses années avant sa signature à l’UFC, le Cubain a vu son étoile se ternir. Sans démériter. D’abord pressenti pour défier rapidement Anderson Silva dans la division middleweight, il a dû revoir ses ambitions à la baisse après deux défaites étriquées à la décision des mains de Tim Boetsch et Yushin Okami. Deux « vols qualifiés » selon de nombreux observateurs, avides de la théorie du complot qui voudrait que l’UFC soit hostile aux combattants ayant construit une forte notoriété sous d’autres cieux. Lombard a équilibré son score dans la compagnie américaine grâce à des KO rageurs devant deux figures de proue, Rousimar Palhares et Nate Marquardt, réalisant sa première descente à 77 kg face à ce dernier. Mais pour cause de ce retard à l’allumage il n’est actuellement classé que 12e de la catégorie. Le profil de Jake Shields présente toutes les caractéristiques du piège, notamment quand on sait que le Cubain a seulement subi des revers à la décision au cours de sa carrière MMA (4 en 39 combats depuis 2004). Lightning, solide compétiteur de judo et jiu-jitsu, saura-t-il éviter la tentation d’un duel uniquement placé sous le signe du grappling ? Car à ce petit jeu on ne donne pas chère de sa résistance à l’éteignoir Shields…

Et les autres…

Deux autres affrontements, en apparence plus mineurs, regroupent des membres de la division des 77 kg. Dans le premier le tout récent vainqueur du TUF 17, Kelvin Gastelum va tenter de poursuivre son sans-faute (7-0, 100% de finalisations) et se faire un nom sur le dos du vétéran Rick Story (16-7), quatorze duels livrés à l’UFC dont une victoire par décision unanime face à Johny Hendricks…en 2010. Dans le second, Sean Spencer (11-2) croise un autre jeune loup dans le vent, Alex Garcia (11-1). Ils sont actuellement dans le sas de transition. Le vainqueur ira sûrement se frotter par la suite à un gatekeeper, ces combattants de valeur sûre pour orienter l’avenir des stars en herbe.

Pour symboliser la difficulté à établir une hiérarchie dans cette division, voici un tableau/synthèse des résultats observés dans les rencontres directes entre six des Welterweights présents sur la carte de cet UFC 171. On peut constater qu’il n’y a pas de place pour un syllogisme de type A a battu B qui a battu C donc A battra C.

 

Johny Hendricks

Robbie Lawler

Carlos Condit

Tyron Woodley

Jake Shields

Rick Story

Johny Hendricks

 

UFC 171

Victoire mars 2013

 

 

Défaite déc.2010

Robbie Lawler

UFC 171

 

 

 

Défaite juin 2009

 

Carlos Condit

Défaite mars 2013

 

 

UFC 171

Défaite avr.2006

 

Tyron Woodley

 

 

UFC 171

 

Défaite juin 2013

 

Jake Shields

 

Victoire juin 2009

Victoire avr.2006

Victoire juin 2013

 

 

Rick Story

Victoire déc.2010

 

 

 

 

 

Hector Lombard, Alex Garcia, Kelvin Gastelum et Sean Spencer n’ont pas été inclus dans ce tableau puisqu’ils n’ont pas encore croisé de cadors de la catégorie.

Si les confrontations directes ont été peu nombreuses et ne permettent pas de tirer de conclusions, on peut établir des réflexions à partir des autres éléments connus sur leur carrière.

        Carlos Condit a souvent loupé ses grands rendez-vous, matchs de championnats ou pour devenir prétendant numéro un. En l’occurrence ses échecs contre Hendricks et Shields se sont joués d’une courte tête.

        Jake Shields est le seul à compter plus d’une victoire face à ses concurrents directs. Cependant deux d’entre elles commencent à dater. Nous touchons au paradoxe de son impopularité dissymétrique avec ses accomplissements.

        Johny Hendricks n’aura sans doute pas l’occasion de venger sa défaite face à Rick Story, ce dernier étant depuis rentré dans le rang.

        Même en cas de victoire sur Carlos Condit, Tyron Woodley n’est pas assuré du prochain title shot. Sa seule grosse victoire a eu lieu au détriment de Josh Koscheck, désormais sorti du top 10. Dans le cas de résultat contraire, The Natural Born Killer serait un candidat plus légitime. Notamment dans le cas de figure d’une revanche contre Hendricks.

        Le Canadien Rory MacDonald, relancé après son succès sur Demian Maia en février, devrait assurément être placé pour son prochain combat face à un des vainqueurs des affrontements Condit/Woodley ou Shields/Lombard. Voire obtenir une revanche de Robbie Lawler, si ce dernier ne s’empare pas du titre.

Terminons avec le rappel du programme complet de ce prochain UFC.

UFC 171 – 15 mars 2014 Dallas, Texas (American Airlines Center)

Carte principale

Championnat du monde Welterweight : Johny Hendricks vs Robbie Lawler

Catégorie Welterweight : Carlos Condit vs Tyron Woodley

Catégorie Lightweight :  Diego Sanchez vs Myles Jury

Catégorie Welterweight : Hector Lombard vs Jake Shields

Catégorie Light Heavyweight : Ovince St. Preux vs Nikita Krylov

Carte préliminaire

Catégorie Welterweight : Kelvin Gastelum vs Rick Story

Catégorie Women’s Bantamweight : Raquel Pennington vs Jessica Andrade

Catégorie Featherweight : Jimy Hettes vs Dennis Bermudez

Catégorie Welterweight : Sean Spencer vs Alex Garcia

Catégorie Lightweight : Renee Forte vs Frank Trevino

Catégorie Flyweight : Will Campuzano vs Justin Scoggins

Catégorie Middleweight : Robert McDaniel vs Sean Strickland

Catégorie Featherweight : Daniel Pineda vs Robert Whiteford

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